Souvenirs d'un président d'assises, p
sur des bancs plus rapprochés de nous (les bancs du barreau). Sous l'empire de l'émotion qui nous a saisi nous-même, nous ne voulon rien ajouter de plus.
Il serait difficile de décrire l'émotion qui règne dans la salle pendant la suspension de l'audience K
]VP* de Jeufosse fut acquittée.
Au début de l'année 1858, ce ront d'humbles religieuses menacées de la ruine qui s'adressent à Berryer. A la suite de réformes accomplies par le souverain pontife dans la congrégation de Picpus, un certain nombre de sœurs abandonnent la communauté. Parmi elles la marquise de Guerry. Mais, en rentrant dans le monde, elle réclame 1,200,000 francs qu'elle déclare avoir apportés à l'Ordre. M. Emile Ollivier soutient avec talent les prétentions de l'ancienne religieuse; Berryer défend énergiquement l'institut de Picpus. Le tribunal de première instance donne raison à la congrégation et à son avocat, mais la cour d'appel accorde 475,000 francs d'indemnité à la marquise de Guerry. Dans ces longs débats, Berryer trouve l'occasion de prendre une attitude franchement chrétienne. Il n'y manque point, proclamant une fois de plus et avec énergie le droit que les catholiques possèdent de s'associer en toute liberté et de recevoir des testaments.
L'Église n'ordonne pas au catholique de s'enfermer dans un cloître, mais elle lui dit que la voie de la perfection, c'est de se vouer au service des hommes, au service de la charité, à l'intercession, à la prière; de ce jour, le catholique est libre d'':^iitrer dans la vie religieuse et de s'y consacrer. C'est une liberté qui n'a pas de limites.,..
L'orateur célèbre le dévouement obscur et d'autant plus
1, Plaidoyers, III, p. 129.
héroïque de ces religieux auquel le gouvernement lui-même no cesse de faire appel :
Quoiqu'il ne les ait pas autorisées, l'État sait bien employer les congrégations. Il va chercher dans leur sein des instruments pour faire le bien. Qu'a-t-il fait il n'y a pas longtemps ? Il a voulu aller aux extrémités les plus reculées, les plus dangereuses et les plus malsaines de nos possessions d'Afrique, donner des leçons pratiques de culture, et fonder des établissements qui puissent servir de modèles aux Français aventureux qui voudraient s'y fixer. A qui s'est-il adressé ? Aux Trappistes ; il les a priés d'aUer s'établir à Staouéli. Ainsi, c'est une société non autorisée qui a été amenée là par le gouvernement; ce sont des raemlires de cette société qui, tout en demeurant fidèles à leur règle, ont été soutenus, protégés par le gouvernement. Hélas ! il y a eu bien des victimes parmi les Trappistes poui* arriver à la fondation de l'établissement qui se développe magnifique aujourd'hui !
Nous venons de faire une grande guerre, nous venons de Crimée. Nos soldats ont été là, comme partout, admirables, héroïques dans la traversée, pleins de vigueur dans l'attaque, de fermeté dans toutes les péripéties de la guerre, d'impassibilité au milieu des rigueurs du climat, de la contagion, de la maladie. Eh bien, quels étaient ces deux aumôniers qu'on a admirés marchant dans les rangs ou assis sur un affût de canon au milieu d'une grêle de balles? Deux jésuites, le P. de Damas et le P. Parabére, qui avaient été demandés à la Compagnie de Jésus par le gouvernement, pour aller faire ce que nos soldats ne pouvaient faire : donner des consolations aux blessés et aux mourants.
n y a un grand établissement à Cayenne. Là sont des êtres réprouvés de la société, mis en dehors de son sein, à jamais aigris et révoltés par la misère et la dépravation contre les nécessités sociales, contre le secret de l'inégalité des conditions de la vie humaine que Dieu seul connaît. Les voilà au loin séparés par l'océan de toute société humaine sous un climat très dur, si dur qu'il a fait hésiter si l'on persisterait à y établir un pénitencier. Eh bien, il faut des lionimes qui réconcilient ces malheureux avec la société, qui fassent pénétrer quelques sentiments dans ces cœurs exaspérés, il les faut : A qui va-t-on proposer d'aller braver les rigueurs mortelles de ce climat? A qui va-t-on s'adresser ? Est-ce ù des philanthropes? Non, non, à la Compagnie de Jésus. Sur l'appel qui lui a été fait, deux cents de ses membres se sont présentés pour aller s'immoler sous ce olimat meurtrier; le gouvernement en a pris vingt-cinq « I
h Plaidoyers, Tll, p. 289.