Lettres citées par M. de Lacombc
- G8 monde l'aimait, les anciens à cause des égards respectueux qu'il témoignait pour les traditions de Tordre, les jeunes à cause de son éloquence passionnée, tous et même ses adversaires politiques, Dupin, Odilon Barrot, Mocquard, pour son caractère loyal et chevaleresque? Aussi, dès lage de vingtneuf ans, siégeait-il au conseil de l'ordre, entouré de la faveur et de l'admiration publiques.
En même temps lui arrivaient d'importantes affaires civiles et criminelles. Il plaide pour le marquis de Vérac, ami de Richelieu et gouverneur du château de Versailles. Après huit audiences retentissantes qui attirent tout Paris, il parvient à lui assurer l'héritage qu'on lui conteste ; il plaide pour Bergasse, ancien député aux États généraux, accusé d'avoir soutenu, malgré la Charte, qu'il fallait rendre tous leurs biens aux émigrés, et Bergasse est acquitté ^ : il plaide pour le banquier Séguin contre le banquier Ouvrard avec tant de succès que le lendemain Ouvrard se présente chez lui : « Monsieur, dit-il, je ne résiste pas au désir de vous adresser des félicitations : vous avez un magnifique talent. » Berryer, surpris, s'incline. <c Votre plaidoyer d'hier est un chefd'œuvre, continue Ouvrard ; permettez-moi de vous en remercier. » Oh! oh! pensait Berryer, voici un plaisant original. « Je comprendrais votre admiration et vos remerciements. Monsieur, répond-il, si je n'avais pas soutenu la cause de votre adversaire. — Qu'importe ? réplique Ouvrard, je désire, moi aussi, l'appui de votre éloquence. Tous mes procès ne sont pas contre Séguin et je vous prie instamment de vous occuper de mes affaires sur les fournitures de l'armée d'Espagne. » La demande était faite avec trop de délicatesse pour être rejetée ; Berryer réfléchit et accepta.