‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 64 sur 230 · M. de LacomDe, Corrcfp , p · texte numérisé non relu

M. de LacomDe, Corrcfp , p

« Ce n'est pas, dit-il, le souvenir de tant d'immolations de victimes emportées dans une tourmente politique.... qu'il s'agit de perpétuer, c'est l'enseignement qui en découle. » Et s'adressant aux deux groupes de l'Assemblée, aux constitutionnels et aux révolutionnaires, l'orateur leur montrait l'avantage « de maintenir en présence des peuples le souvenir de cette grande calamité publique, dans laquelle, par un égarement déplorable, la ro3^auté fut frappée dans un homme juste.... »

« Puisque vous aimez la liberté, quel prince a plus fait pour la liberté de son pays que Louis XVI, qui a péri victime des désordres, des abus de la liberté?.... » A ce moment des murmures interrompirent Berryer : « Silence ! Messieurs, s'écria-t-il d'une voix vibrante, au jour du jugement il fut permis de parler des vertus de Louis XVI; je ne vois pas que la Convention ait interrompu les défenseurs du roi!.... [Profond silence.)

Je dis que Louis XVI était un roi fondateur, ami de la liberté, abolissant progressivement dans son royaume tout ce qui pouvait irriter et fatiguer le peuple, détruisant la torture, supprimant les corvées, rétablissant l'ordre, la discipline dans les prisons et les hôpitaux. C'est Louis XYl qui convoque en France ces États généraux qui depuis cent soixante-dix ans étaient tombés en désuétude, réunissant ses peuples dans une sorte de confédération, appelant six millions de Français pour concourir par leurs votes à la rédaction des cahiers sur lesquels devaient être méditées les réformes....

Vous aimez la liberté, vous détestez ses excès ; eh bien ! rappelezvous que le jour où Louis XVI porta sa tête sur l'échafaud, que ce jour ouvrit un abîme où tous les amis de la liberté furent précipités à leur tour, et qui engloutit les Barnave, les Vergniaud, lesChap'elier et tous les défenseurs los plus illusti'es de cette liberté dont la tête tomba à côté de celle de Louis XVI. Voilà, Messieurs, voilà le sort que préparait aux amis de la liberté la journée funeste du 21 janvier. ,. . (Sensation.)

On dit qu'une telle cérémonie peut exciter de funestes souvenirs, des ressentiments dangereux, aigrir encore les passions.

Messieurs, je m'en rapporte à la sagesse, à la prudence, à la sincérité de chacun de vous : En quoi consiste en France la commémoration du 21 janvier?

Dans chaque temple, dans chaque religion, au lieu de la prière on se réunit pour lire le testament de Louis XVI. S'il est pour les peuples, pour les rois, pour chaque individu une grande leçon de modération, de sagesse, d'oubli des injures, elle est écrite d'un style sublime dans le testament de Louis X\T!. (Murmures d'approbation.) Et quel peuple ne serait jaloux d'entendre retentir dans ses réunions pul>liques les passages du testament où Louis XVI enseigne son ûls et lui prescrit les devoirs qu'il aura à remplir, si jamais le malheur de monter sur le trône lui est réservé : ses devoirs envers Dieu, envers ses semblables, envers son peuple, envers lui-même ? (Xoicvelle approbation.) Il ne se peut pas qu'un peuple qui a un roi ne soit pas jaloux d'entendre souvent retentir de telles paroles dans ses temples. (Très bien !)

Et dans sa péroraison, avec une audace superbe, Berryer demandait non seulement le maintien de la loi, mais son exécution complète par l'achèvement du monument expiatoire déjà commencé.... « Je voudrais que le monument s'achevât, que la statue de Louis XVI y fût posée. Je voudrais que ce monument s'achevât, pour attester quelle barrière on s'efforce de placer entre la légitime et utile liberté et les excès qui ont suivi son premier établissement au milieu de nous.

« Oui, je voudrais qu'on y plaçât celte statue avec cette inscription : A Louis XVI, restaurateur des libertés françaises ^... »

Page 1