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cours do M. Thomas a été prononcé dans un lieu public, car une foule considérable avait accompagné M. Thomas chez M. de Chateaubriand; la maison de celui-ci était ouverte à tout le monde à ce moment; c'était inévitablement un lieu public... La maison de M. de Chateaubriand n'était point un lieu public ; quelque grande qu'elle fût, elle ne pourrait jamais contenir tous ceux qui s'intéressent à sa gloire et partagent ses sympathies : plus heureux que ce sage qui trouvait sa maison toujours ti'op grande pour le nombre de ses amis. (Applaudissements.)
Messieurs, si les magnifiques promesses de liberté qui nous ont été faites depuis juillet pouvaient suppléer aux libertés elles-mêmes, nous aurions sujet de nous tenir pour satisfaits du discours de M. le procurer général. En effet, il nous dit : Toujours le peuple a le droit de se donner un gouvernement ; mais dans l'intérêt du gouvernement actuel que le peuple s'est donné en juillet, nous ferons des procès à tous ceux qui se permettront d'apercevoir dans l'avenir quelque chose de meilleur que ce qui est. M. le procureur général a dit encore : Nous respectons toutes les opinions, mais à condition qu'elles seront toujours muettes. {On rit.)
Il a dit encore : La liberté de la presse nous est chère; nous la pro- 1 tégeons. Il ne faut pas que l'on s'effraie du nombre centuplé des procès faits à la presse depuis deux ans; il ne faut pas que l'on s'effraie i si au lieu de cinq ou six procès que la tyrannique Restauration' faisait par an à la presse, il en est fait trois ou quatre cents aujourd'hui. Nous voulons toujours et plus que jamais la liberté de la^ presse; c'est pourquoi vous allez. Messieurs les jui-és, condamner aujourd'hui les huit prévenus que nous vous déférons, et vous les' condamnerez, non pour une opinion dangereuse émise dans des termes imprudents, mais pour un fait simplement et fidèlement rapporté.
Berryer termine ainsi :
Je m'en rapporte avons, parce que vous êtes des hommes de bonne foi, libres de toute influence. Je m'en rapporte î\ vous, parce que vous êtes peuple ; et cela me rappelle un fait que sans doute vous n'avez pas oublié : en juillet 1830, quand la sédition bouleversait la capitale, quand un peuple furieux hurlait dans la rue, un homme fut rencontré et reconnu : les cris de Vive Chateaubriand ! s'élevèrent aussitôt, et M. de Chateaubriand fut porté presque en triomphe. Los hommes qui l'entouraient criaient avec énergie : Vive la Cliarte! vive la liberté 1 — Vive la liberté! répliquait M. de Chateaubriand, mais aussi Vive le liai.' On le porta ainsi jusqu'au palais du Luxembourg, comme
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pour lui dire : Asseyez-vous sur votre chaise curule, pair de France, faites entendre la voix de la liberté. Ce qu'il a dit en 1830 au milieu du peuple, il a cru pouvoir le rappeler dans sa brochure, il croit pouvoir le rappeler devant vous. Vous êtes Français, vous êtes peuple, vous acquitterez Chateaubriand i l
Alors, dit le compte rendu, des applaudissements unanimes éclatèrent et se prolongèrent plusieurs minutes, pendant lesquelles le président faisait de vains efforts pour rétablir le silence. Le malheureux procureur ayant dans sa réplique à Berryer prononcé ces paroles : « Vous venez faire ici de la popularité; mais vous vous garderiez bien de vous montrer au peuple, car il vous mettrait en morceaux, » « Berryer se leva lentement, raconte M. de Falloux, comme un homme qui veut refouler et dominer sa première émotion, fixa sur M. Persil un regard encore plus douloureux qu'indigné, et, de cet accent qu'on ne peut ni oublier ni traduire, répondit :
L'ai-je bien entendu? Quoi! Je suis dans le palais de saint Louis, qu'on appelait le grand justicier de son roj-ame. Nous avons, prétendez-vous, marché de siècle en siècle vers la justice et la liberté, et aujourd'hui, quand des hommes de conviction et d'honneur sont devant vous, -fous, magistrat, vous vous levez et vous leur dites : Descendez dans la rue, il y a là des meurtriers pour vous répondre !
A ces paroles, rien ne put contenir l'enthousiasme. Il fut à son comble quand le président annonça l'acquittement de tous les prévenus. La foule se pressait autour de Berryer et de Chateaubriand. Ce dernier dut se cramponner au bras de M. de Falloux pour n'être pas renversé. « Je n'aime pas le train! répétait-il, je n'aime pas le train! menez-moi vite à ma voiture ! » Mais sur le perron les acclamations redoublèrent. « Vive Chateaubriand ! Vive la liberté de la presse ! » On voulait dételer ses chevaux et s'atteler à la voiture. « N'en