‹ Berthe aux grands pieds, imagériesChapitre 2 sur 17 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Et la forêt du Mans sans ciel et sans limite,

Et le bon paysan après le bon ermite,

Et là-bas, seuls et vieux sous leur nom tout en fleur,

Le roi Flores avec la reine Blancheflleur.

Tour de Strigon

Lc4 TOU\ VE Sri{^lG05^

Une plaine. Du soir. Du silence. Une tour : Au pied, un lac tranquille, et des bois alentour. C'est rheure des langueurs et des monotonies. La nuit masse déjà, plus sombre au bord des cieux, L'accroupissement noir des monts silencieux. Berthe avec Blanchefleur rêvent, les mains unies.

lO

Et Berthe dit : « Ma mère, on croirait que le soir Est triste d'une absence et vide d'un espoir; En vain, mon œil s'attache aux plis de la colline; Personne ne viendra, personne n'est venu; Ma jeunesse est stérile et mon cœur méconnu; Je vous aime, et pourtant je me sens orpheline.

« J'espère encore, et me sens triste d'espérer;

Je voudrais être seule et je voudrais pleurer :

Quelque chose en mon cœur se lamente et s'étonne.

Qu'ai-je fait de ce jour qui penche à son déclin?

J'ai brodé de la toile et j'ai filé du lin.

Mon printemps est pensif et las, comme un automne.

ce Pourquoi ne suis-je pas fille de pauvres gens? Légère sous le poids des labeurs diligents. L'hiver au coin de l'âtre où pétillent les bûches, Et l'été dans la plaine où flambent les midis. Ma beauté serait fraîche et mes gestes hardis; J'aurais vécu des jours sans rêve et sans embûches.

Page 1