HUG
Mais non , toujours des étrangers , des paysans !..
I30NFLL0.
C'est une horreur! . .préforer les bénédictions des malheureux «ux remercîmens do gens qui n'ont besoin de rien !
HU(i'>.
Et toutes ces bénédictions ne la rendent pas plus heureuse.
BONELLO.
Cette pnuvre dame!., pourquoi donc la voyons-nous toujours si sombre?., si triste?..
HUGO
Ah! pour.quoi !.. poiu-quoi!.. j'avais bien dit que ce mariage-là ! . .
EOMELLO.
C'est donc le comte qui cause son chagrin?
HUGO
Non , non , ce n'est pas le comte.
BONELLO.
Cependant , il est toujours en voyage.
HUGO
Possédant la confiance du monarque, il a des devoirs a remplir : dans ce moment , il commande les '.roupes destinées à coinbaitre le fameux pirate Bertram !.. etnous ne le rêver-
rons point qu'il n'ait délivré la Sicile de ces brigands qui la dévasleut.
BONELLO.
N'importe ; un mari qui n'est jamais chez lui , ça n'est pas gai pour une femme.
HUGO
Pour une femme qui aime son époux ; mais. .
BONELLO.
Qu'est-ce que vous me dites là, maître ïlugo? comment, il serait possible?..
HUGO
Chut !.. voilà madame la comtesse avec mademoiselle Clolilde, sa suivante; va t'eu, je ne veux pas qu'elle me voie causer avec toi.
BONELLO.
Je n'y tiens pas beaucoup non plus 3 ainsi , serviteur.
scè:œ xiî.
IMOGÈNE, CLOTILDE, Suite.
( Imogene est triste j une sombre mélancolie se peint dans tous ses traits. Elle entre lentement et parait plongée dans une profonde rêverie. Clotilde fait signe à Hugo de se retirer ; il ohéit. La suite d' Imogene s'éloigne avec lui ). ■
CLOTILDE
Allons , madame, cessez de vous livrer à ces tristes pensées ; l'orage est appaisé , le ciel a exaucé vos vœux. La plupart de ces malheureux vont être sauvés et votre bienfaisance va leur faire oublier leurs désastres.
IMOGENE.
Tu as raison. La seule idée de soulager les maux des autres peut encore me causer quelques instans de plaisir.
CLOTILDE
D'ici , la vue est superbe ; si vous m'en croyez , nous nous reposerons au milieu de ces ruines ; et, eu attendant l'arrivée du digne père Laurencio , nous reprendrons notre couvers:.tion.
IMOGENE.
Pourquoi veux-tu , ma bonne Clotilde , que je détruise une illusion qui t'est chère?., tu aunes, ton amour fait ton bonheur , et tu ne peux croire que cette passion soit pour d'autres le tourment le plus cruel!.. Il me serait bien facile de t'en donner la preuve.
CLOTILDE
Parlez , madame , j'ai tant de plaisir à vous entendre. imogÈne.
Écoute. J'ai connu l'une de ces femmes infortunées dont l'amour a causé le malheur éternel. Elle était d'une liumble naissauce, cependant elle osait aimer un jeune seigneur, fier et allier, favori de son souverain j comblé de gloire, il daignait la regarder tendrement. Il tomba soudain dans la disgrâce, sesbaniîières flottantes furent arrachées des tours de son manoir par un implacable ennemi. Exilé , avili , sans demeure , sans nom , il se sauva de dangers en dangers, pour conserver sa vie. Aucun vassal fidèle ne le suivit, car la crainte avait saisi tout le monde , excepté une faible femme , qui , malgré la honte et la misère de ce chevalier, ne cessa jamais de l'aimer. Bientôt ses maux devinrent plus affreux encore. Dépouillé de sa haute renommée , ce malheureux s'associa , avec des hommes désespérés , dans des entreprises dangereuses. Un changement si extraordinaire s'opéra dans son caractère et dans son cœur , que celle même qui l'avait porté dans son sein , sa mère , reculait à sa vue , et ne reconnaissait plus l'étrange physionomie de son fils. Cependant son amie l'aimait toujours , et l'aimait sans espoir ! . .
CLOTILDE
Infortunée I qu'est-elle devenue?
imogÈne.
Tu ne la croirais pas malheureuse j tout ce qui l'entoure annonce le bonheur. Lorsqu'elle sort , la foule des ses vassaux se prosterne sur son passage, et des pages obéissaus s'erapres.sent de prévenir ses moindres désirs 5 mais on ne la voit pas dans la solitude 3 c'est là sa retraite chérie, car elle pleure, et son époux ne l'entend pas.
CLOTILDE
Son époux'... comment a-t-elle pu former des liens aussi sacrés ?..
IMOGÈNE
Que pou vais-je faire grand dieu !.. as tu vu ta famille accal>lée de malheurs ? as-tu souffert de sa honte et de son indigence? près d'un père infirme, as-tu lu dans ses regards les angoisses du désespoir? j'aurais tout sacrifié pour éviter celte union j mais mes devoirs , ou peut-être une fatalité irrésistible entraîna mes esprits ; car ma mémoire me retrace avec peine des événemcns
( 17 ) pnsst's depuis de longues anuées , et j'ignore le moment où ma maiu fut donnée au comte Aldini.
CLOTILDE
Puissances du ciel !.. était-ce vraiment vous-même ?
IMOGÈME,
Oui, je suis celte malheureuse, l'épouse d'un homme honoré, d'un noble, la mère d'un enfant dont les sourires me poignardent. Mais toi , {^frappant son cœur), tu es encore à Beriram , à Berlram pour toujours.
Oh î madame ! vous me faites frémir !..
] MO GENE
Observe-moi bien , Clotilde !.. je ne suis pas de ces femmes coupables qui cherchent à voiler leurs désordres criminels du prétexte d'une passion invincible. Je suis une épouse malheureuse , mais pure. Je n'ai été que trop obéissante à mon père! mais , hélas ! les lourmens d'un cœur tendre, navré par le besoin d'une miséricorde qu'il ne peut inspirer, pour qui une parole de tendresse ou de piiié est un coup de poignard ; croismoi, voilà ce qui passe toutes ks douleurs. Oh î je ne saurais te peindre ma misère... ( Elle pleure ).
CLOTILriE.
Calmez-vous, Imogène... une foule d'hommes s'approclîe conduite par vos vassaux j ce sont, sans doute, les maliieureux naufragés qui viennent vous remercier de votre compassion géuéreuse.
IMOGÈXE , avec force.
Clotilde!.. pas un mot ! ( Clotilde met la main sur son cœur et semble lui promettre un secret éternel ).
scÈ]NE xm.
CLOTILDE , LMOGÈNE , RONELLO , ITULEO ,
Pirates, Pêcheurs ;, suite d'Imogène.
EONELLO.
Venez , braves gens , voici votre bienfaitrice. Celle bonne dame vous accorde un asile dans son château , et je vous réponds que vous ne le quitterez point que toutes vos perles ne soient réparées.
ITOLBO , à part.
Nous l'espérous bien.
Beriram. 3
EONELLO.
Eli ! bien, qu'aliendez-vons? tombez-doncaiix pieds de la comtesse , et remerciez-la de ses bontés.
TTILI O.
C'est juste. ( s' agenouillant). Recevez nos «ictions de grâces, madame , et croyez à toute notre reconnaissance. ( Tous les pirates se mettent à genoux ^ à V imitation d'Itulbo ).