‹ Bertrand et Raton; drame en cinq actesChapitre 11 sur 116 · ACTE i il · texte numérisé non relu

ACTE i il

Éric, froidement —Je l'ignore. Il était le maître de me congédier, il a usé de son droit, je ne me plains pas. C'est si peu de chose que le fils d'un marchand, qu'on ne lui doit même pas compte des affronts qu'on lui fait. Mais je voudrais seulement. .

La Keine. — Une autre place on vous la doit.

Kantzau, souriant. — Certainement ; et puisque le comte a eu la maladresse de se priver de vos services .... Nous autres diplomates profitons volontiers des fautes de nos collègues, et je vous offre chez moi ce que vous aviez chez lui.

Éric, vivement. — Ah ! monseigneur, ce serait retrouver cent fois plus que je n'ai perdu ; mais je ne suis pas assez heureux pour pouvoir accepter.

Kantzau.— Et pourquoi donc?

Éric. — Pardon, je ne puis le dire mais je voudrais être

officier. ... je voudrais et je ne peux m'adresser pour cela à

M. de Falkenskield. (A la reine.) Je venais donc supplier votre majesté de vouloir bien solliciter pour moi une lieutenance, n'importe dans quelle arme, dans quel régiment. Je jure que la personne à qui je devrai une pareille faveur n'aura jamais à s'en repentir, et que les jours qui me restent lui seront dévoués.

La Keine, rivement. —Dites-vous vrai?. ... Ah! s'il ne tenait qu'à moi, dès aujourd'hui, avant ce soir, vous seriez nommé ; mais j'ai en ce moment peu de crédit; je suis aussi dans la disgrâce.

Éric. — 0 ciel ! est-il possible ! . . . . alors je n'ai plus qu'à mourir.

Bantzau, passant près de lui*. — Ce serait grand dommage, surtout pour vos amis; et comme d'aujourd'hui je suis de ce nombre. . . .

Éric. — Qu'entends- je?

Kantzau. — J'essaierai, à ce titre, d'obtenir de mon sévère collègue

Éric, avec transport. — Ah ! monseigneur, je vous devrai plus que la vie ! (Avec joie.) Je pourrai donc me servir de mon

épée. . . . comme un gentilhomme ! Je ne serai plus le fils

d'un marchand ; et si l'on m'insulte, j'aurai le droit de me faire tuer.

* La reine, Kantzau, Éric,

18 BEETKAND ET EATON

Kantzau, avec reproche. — Jeune homme !

Éric, vivement. — Ou plutôt c'est à vous que je dois compte de mon sang, c'est à vous d'en disposer ; et tant qu'il en restera une goutte dans mes veines, vous pouvez la réclamer ; je ne suis pas un ingrat.

Eantzau.— Je vous crois, mon jeune ami, je vous crois. (Lui montrant la table à droite.) Écrivez votre demande; je la ferai approuver tout-à-1'heure par Falkenskield, que je trouverai au conseil. (A la reine, pendant qu'Eric s'est mis à la table.) Voilà un cœur chaud et généreux, une tête capable de tout !

La Keine. — Vous croyez donc à celui-là?

Kantzau. — Je crois atout le monde. . . . jusqu'à vingt ans

Passé cet âge-là, c'est différent.

La Eeine. — Et pourquoi !

Eantzau.— Parce qu'alors ce sont des hommes !

La Eeine, — Vous pensez donc qu'on peut compter sur lui, et que pour soulever le peuple, par exemple, ce serait l'homme qu'il faudrait?....

Eantzau. — Non il y a dans cette tête-là autre chose que

de l'ambition; et à votre place.... mais, après cela, votre majesté fera ce qu'elle voudra. Notez bien que je ne vous conseille pas, que je ne conseille rien.

(Éric a achevé sa pétition et la présente au comte de Rantzau. En ce moment on entend Raton crier en dehors.)

Eaton. — C'est inconcevable c'est inouï !

Éric. — Ciel ! la voix de mon père ! . . . .

Eantzau. — Cela se trouve à merveille.

Éric. — Non, monseigneur, non, je vous en conjure, qu'il n'en sache rien.

(Pendant ce temps la reine a traversé le théâtre à gauche, et Rantzau lui avance un fauteuil.)

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