CHRISTINE, ÉRIC, JEAN, MARTHE, EANTZAU
Jean, accourant tout essoufflé. — Victoire ! victoire ! nous
l'emportons !
Marthe, Éric et Eantz au.— Parle vite, parle donc !
Jean. — Je n'en peux plus, j'ai tant crié ! Nous étions dans
la grande place, devant le palais, sous le balcon, trois ou quatre mille ! etnous répétions, Burkenstaff, Burkenstaff! qu'on révoque l'ordre qui le condamne ; Burkenstaff ! ! ! Alors la reine a paru au balcon, et Struensée à côté d'elle, en 'grand costume, du velours bleu magnifique, et un bel homme, une belle voix ! Il a parlé et on a fait silence : " Mes amis, de faux rapports nous avaient abusés ; je révoque toute espèce d'arrestation, et je vous jure ici, au nom de la reine et au mien, que M. Burkenstaff est libre et n'a plus rien à craindre."
Marthe. — Je respire !
Christine. — Quel bonheur !
Éric. — Tout est sauvé
Eantzau, à part. — Tout est perdu !
Jean.— Alors, c'étaient des cris de : Vive la reine ! vive Struensée ! vive Burkenstaff ! Et quand j'ai eu dit à mes voisins : C'est pourtant moi qui suis Jean, son garçon de boutique, ils ont crié : Vive Jean! et ils m'ont déchiré mon habit, en m'élevant sur leurs bras pour me montrer à la multitude. Mais ce n'est rien encore ; les voilà tous qui s'organisent, les chefs des métiers en tête, pour venir ici complimenter notre maître et le porter en triomphe à la maison commune.
Marthe, à part. — Un triomphe ! il en perdra la tête
Eantzau, à part. — Quel dommage ! . . . une révolte qui commentait si bien ! .... A qui se fier à présent !