ACTE Itï
Goelhek.— Ils n'ont peut-être pas tort, parcequ' enfin, quand le peuple aura bien crié
Bantzau.— Il se lassera.
Goelhek. — C'est ce que j'allais dire.
Koller. — Il fera comme ce matin.
Bantzau, s' asseyant. — Oh ! mon Dieu, oui.
Goelhek, se rassurant — N'est-il pas vrai? Il brisera les
vitres, et voilà tout.
Koller. — C'est ce qu'ils ont déjà fait à tous les hôtels des ministres. (A Gœlher.) Ainsi qu'au vôtre, monsieur.
Goelhek. — Eh bien ! par exemple !
Eantzau.— Quant au mien, je suis tranquille ; je les en défie
bien.
Goelhek.— Et pourquoi cela?
Eantzau. — Parceque depuis la dernière émeute, je n'ai pas fait remettre un seul carreau aux fenêtres de mon hôtel. Je me suis dit : Ça servira pour la prochaine fois.
Christine, écoutant près de la fenêtre. — Cela se calme, cela s'apaise un peu.*
Goelhek. — J'en étais sûr ! Il ne faut pas s'effrayer de toutes ces clameurs-là. Et qu'en dit mon oncle, le ministre de la marine?
Bantzau, froidement.— Nous ne l'avons pas vu. {Avec ironie.) Son indisposition, qui n'était que légère, a pris depuis les derniers troubles un caractère assez grave. C'est comme une fatalité; dès qu'il y a émeute, il est au lit, il est malade !
Goelhek, avec intention. — Et vous, vous vous portez bien?
Eantzau, souriant.— C'est peut-être ce qui vous fâche. Il y a des gens que ma santé met de mauvaise humeur et qui voudraient me voir à l'extrémité.
Goelhek. — Eh ! qui donc?
* Koller quitte la droite du théâtre, remonte et va à gauche regarder à la fenêtre, ainsi que Christine. — Christine, Koller, près du balcon : Gœlher debout, Eantzau à droite s'asseyant.
Rantzau, toujours assis et d'un air goguenard. — Eh ! mais, par exemple, ceux qui espèrent hériter de moi.
Goelhee. — Il y en a qui pourraient hériter de votre vivant.
Rantzau, le regardant froidement — Monsieur de Gœlher, vous qui, en qualité de conseiller, avez fait votre droit, avez- vous lu l'article 302 du Code danois?
Goelhee. — Non, monsieur.
Rantzau, de même. — Je m'en doutais. Il dit qu'il ne suffit pas qu'une succession soit ouverte; il faut encore être apte à succéder.
Goelhee. — Et à qui s'adresse cet axiome?
Rantzau, de même. — A ceux qui manquent d'aptitude.
Goelhee. — Monsieur, vous le prenez bien haut !
Rantzau, se levant et sans changer de ton. — Pardon ! Allezvous demain au bal de la reine?
Goelhee, avec colère. — Monsieur!,
RAntzau. — Dansez-vous avec elle? Les quadrilles sont-ils
de votre composition?
Goelhee. — Je saurai ce que signifie ce persiflage .
Rantzau. — Vous m'accusiez de le prendre trop haut! Je
descends ; je me mets à votre portée.
Goelhee.— C'en est trop !
Cheistine, près de la croisée. — Taisez- vous donc ! je crois que cela recommence.*
Goelhee, avec effroi et remontant le théâtre. — Encore! Est-ce que cela n'en finira pas? c'est insupportable !
Cheistine.— Ah ! mon Dieu! tout est perdu! Ah! mon
père ! . . . .
* Elle redescend le théâtre — Koller, Christine, Gœlher, Rantzau