SCÈNE I
LA EEINE, seule, à droite, assise près du guéridon. — Personne ! personne encore ! Je suis d'une inquiétude que chaque instant redouble, et je ne conçois rien à ce billet adressé par une main inconnue. (Lisant.) "Malgré le contre-ordre donné par vous, un des conjurés a été arrêté hier soir dans l'hôtel de Falkenskield. C'est le jeune Éric Burkenstaff. Voyez son père et faites-le agir; il n'y a pas de temps à perdre." Éric Burkenstaff arrêté comme conspirateur ! Il était donc des nôtres ! Pourquoi alors Koller ne m'en a-t-il pas prévenue? Depuis, hier je ne l'ai pas vu ; je ne sais pas ce qu'il devient- Pourvu que lui aussi ne soit pas compromis ; lui, le seul ami sur lequel je puisse compter: car je viens de voir le roi; je lui ai parlé, espérant m'en faire un appui ; mais sa tête est plus faible que jamais : à peine s'il a pu me comprendre ou me reconnaître. Et si ce jeune homme, intimidé par leurs menaces, nomme les chefs de la conspiration, s'il me trahit. . .Oh ! non ; il a du cœur, du courage. Mais son père ! son père qui ne vient pas et qui maintenant est mon seul espoir '. Je lui ai fait dire de m'apporter les étoffes que je lui avais commandées, et il a dû me comprendre; car à présent notre sort, nos intérêts sont les mêmes : c'est de notre accord que dépend le succès.
Un Huissieb de la Chambke, entrant. — Messire Eaton Burkenstaff, le marchand, demande à présenter des étoffes à votre majesté.
La Eeine, vivement. — Qu'il entre ! qu'il entre !