ACTE IV
Makthe. Les rues sont désertes, les boutiques sont fermées, les ouvriers que nous avons envoyés ont eu beau crier : Vive Burkenstaff ! personne n'a répondu ! —
Eaton. — Personne ! c'est inconcevable ! des gens qui
m'adoraient hier! qui me portaient en triomphe et
aujourd'hui ils restent chez eux !
Jean. — Et le moyen de sortir? Il y a des soldats dans toutes les rues.
Eaton.— Vraiment !
Jean.— Les portes de nos ateliers sont gardées par des piquets de cavalerie.
Eaton.— Ah ! mon Dieu !
Makthe. — Et ceux des ouvriers qui ont voulu se montrer ont été arrêtés à l'instant même.
Eaton, effrayé.— Voilà qui est bien différent. Écoutez donc, mes enfants, je ne savais pas cela, Je dirai à la reine-mère : Madame, j'en suis bien fâché ; mais à l'impossible nul n'est tenu, et je crois que ce que nous avons de mieux à faire est de retourner chacun chez nous.
Mabthe. — Ce n'est plus possible, notre maison est envahie ; des trabans de la garde y sont casernes; ils mettent tout au pillage ; et si vous y paraissiez maintenant, il y a ordre de vous saisir et peut-être pire encore.
Eaton. — Mais ça n'a pas de nom ! c'est épouvantable ! c'est d'un arbitraire ! Et où nous cacher maintenant?
Marthe. — Nous cacher ! quand mon fils est en danger, quand on dit qu'il vient d'être condamné !
Eaton.— Est-il possible!
Marthe. — C'est vous qui l'avez voulu; et maintenant que nous y sommes, c'est à vous de nous en retirer ; il faut agir ; décidez quelque chose.
Eaton.— Je ne demande pas mieux, mais quoi?
Jean. — Les ouvriers du port, les matelots norwégiens sont en liberté; ceux-là ne reculeront pas; et en leur donnant de l'argent....
86 BERTRAND ET RATOH.
Marthe, vivement. — Il a raison ! De l'or ! de l'or ! tout ce
que nous avons !
Raton. — Permets donc
Marthe. — Vous hésiteriez?
Raton, — Du tout; je ne dis pas non, mais je ne dis pas oui.
Jean. — Et qu'est-ce que vous dites donc?
Rato'-t. — Je dis qu'il faut attendre.
Marthe. — Attendre! et qui vous empêche de prendre un
parti?
Jean. — Vous êtes le chef du peuple.
Raton, avec colère. — Certainement, je suis le chef! et on ne me dit rien, on ne me commande rien ; c'est inconcevable !