ACTE IL SCÈNE VIII
RANTZAU
Eh ! mais, vous avez Tair de vous justifier d'un trait qui vous fait honneur.
ÉRIC, troublé.
Moi, monsieur le comte !
MARTHE, a part.
Un comte î... {Avec mauvaise humeur:) C'est fini, notre boutique est maintenant le rendez-vous des grands seigneurs.
ANTZAU,^ qui pendant ce temps a jeté un regard pénétrant sur Christine et sur Eric, qui tous deux haisseitt les yeux. Cest bien .'...c'est bien... {Souriant,) Une belle
dame en danger, un jeune chevalier qui la déiivre ; j'ai
vu des romans qui commençaient ainsi.
ÉRIC, voulant changer la conversation.
Mais vous-même, monsieur le comte ; vous êtes bien hardi de sortir ainsi à pied dans les rues.
RANTZAU
Pourquoi cela ? Dans ce moment, les gens à pied sont des puissances ; ce sont eux qui éclaboussent ; et puis, moi, je n'ai qu'une parole ; je vous avais promis, en venant ici faire quelques emplettes, devons apporter votre brevet de lieutenant... {le tirant de sa poche et le lui présentant) le voici !
ÉRIC
Quel bonheur ! je suis officier !
MARTHE
C'est fait de mo\,,. {Montrant Rantzau.) J'avais raison de me défier de celui-Jà.
RANTZAU, se tournant vers elle.
Je vous fais compliment, madame, sur la faveur dont vous jouissez en ce moment.
MARTHE
Que voulez-vous dire ?
RANTZAU
Ignorez-vous donc ce qui se passe }
MARTHE
Je viens de nos ateliers, où il n'y avait plus personne.
RANTZAU
Ils sont tons dans la grande place ; votre mari est devenu l'idole du peuple. De tous les côtés on rencontre des bannières sur lesquelles flottent ces mots :
Vive Burkenstaflf, notre chef! Burkenstafif pour toujours ! "... Son nom est devenu un cri de ralliement.
MARTHE
Ah ! le malheureux !
RANTZAU
Les flots tumultueux de ses partisans entourent le palais, et ils crient tous de bon cœur : A bas Struensée! {Souriant.) Il y en a même quelques-uns qui crient : A bas les membres de la régence !
O ciel ! et vous ne craignez pas...
RANTZAU
Nullement ; je me promène incognito, en amateur ; d'ailleurs, s'il y avait quelque danger, je me réclamerais de vous !
ÉRIC, vivement.
Et ce ne serait pas en vain, je vous le jure i
RANTZAU, lui prenant la main.
J'y ai compté.
MARTHE, remoniajit le théâtre. ^ Ah ! entendez-vous ce bruit
RANTZAU, à partj et prenant la droite.
C'est bien ! cela marche ! et si cela continue ainsi, on n'aura pas besoin de s'en mêler.