ACTE IV. SCÈNE VI
LA REINE
Ciel !... ils ont parlé !... Ce pauvre Koller sera compromis!...
RANTZAU
Non, madame ; ce pauvre Koller est le premier qui vous ait abandonnée, qui vous ait trahie.
LA REINE
Ce n'est pas possible !
La preuve... c'est qu'il est plus en faveur que jamais ... c'est que la garde du palais lui est confiée; et quand je vous disais encore hier : Ne vous livrez point à lui... il vous vendra!...
LA REINE
A qui donc se fier ?...
RANTZAU
A personne I... et vous en ferez la triste expérience ; car, en attendant le procès qu'on doit vous intenter pour la forme, on est décidé à vous jeter dans un châteaufort d'où vous ne sortirez plus. C'est ce soir même qu'on doit vous y conduire, et celui qui est chargé d'exécuter cet ordre... que dis-je ? celui oui Ta sollicité
c'est Koller...
LA REINE
Quelle horreur !
RANTZAU
Il doit se rendre ici, à la nuit tombante.
LA REINE
Lui! Koller! une pareille audace d'ingratitude!... Mais savez- vous que j'ai de quoi le perdre, que j'ai ici <les lettres de sa main ?
RANTZAU, souriant.
Vraiment !
LA REINE
Vous allez voir.
Je comprends alors pourquoi il tenait tant à se charger seul de votre arrestation, pour saisir en même
temps vos papiers et ne remettre au conseil que ceux qu'il jugerait convenable.
LA REINE, qui a ouvert son secrétaire et qui y a pris
des lettres quelle présente à Rantzau, Tenez... tenez!... et, si je succombe, qu'au moins j'aie le plaisir de faire tomber sa tête.
RANTZAU, prenant vivement les lettres qu^il met dans sa poche.
Et que feriez-vous, madame, de la tête de Koller ! Il ne s'agit pas ici de se venger... mais de réussir.
LA REINE
Réussir !... et comment Tous mes amis m'abandonnent, excepté un seuL.. une main inconnue, la vôtre peut-être, qui m'a conseillé de m'adresser à Raton Burkenstafif.
RANTZAU
Moi ... Y pensez-vous ?
LA REINE, vivement.
Enfin, croyez-vous qu'il puisse parvenir à soulever le peuple }
A lui seul ?••<, non, madame.
LA REINE
Il l'a bien fait hier.
RANTZAU
Raison de plus pour ne pas le faire aujourd'hui ; l'autorité est avertie, elle est sur ses gardes, elle a pris ses mesures ; d'ailleurs, votre Raton BurkenstafF est incapable d'agir par lui-même ! c'est un instrument, une machine, un levier qui, dirigé par une main habile ou puissante, peut rendre des services, mais à la condition qu'il ne saura ni pour qui ni comment î... car, s'il se mêle de comprendre, il n'est plus bon à rien.
LA REINE
Que me reste-t-il alors Entourée d'ennemis ou de pièges ; sans secours, sans appui, menacée dans ma liberté, dans mes jours peut-être, il faut se résigner à son sort et savoir mourir... Mathilde l'emporte... et ma cause est perdue !