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GRANDS-CARMES

(Grande-Rue, 86-88, et rue de la Préfecture, 2)

En 1392, l'amiral de France Jean de Vienne et Clémence d'Oiselay, son épouse, appelèrent à Besançon des religieux Carmes et leur abandonnèrent deux maisons qui se rejoignaient par leurs jardins, Tune regardant la Grande-Rue, l'autre ouvrant sur la rue Saint- Vincent, toutes deux étant longées par une ruelle qui s'appelait li ruate au Golart.

Ces religieux ne tardèrent pas à entreprendre la bâtisse d'une église. En 1435, le chœur existait déjà, mais les nefs s'élevèrent lentement : de sorte que la consécration de l'édifice, sous le vocable de l'Annonciation de la Vierge, n'eut lieu que le 10 février 1472, par Antoine Maisoer, évêque de Sidon, de l'ordre des frères prêcheurs, suffragant de l'archevêque de Besançon.

La famille de Granvelle relia son palais à cette église au moyen d'un passage couvert ; elle voulut de plus y avoir une chapelle sépulcrale. Cette chapelle, commencée en 1549 et achevée en 1555, se compose de trois sections de voûte en étoile retombant sur des pilastres de style dorique; les fenêtres sont en plein cintre avec

meneaux formant des arcatures. Sous le sol existe un caveau voûté en berceau, long de 15 mètres, sur une largeur de 2m20. Douze statues en pierre, grandes comme nature, représentant les patrons de la famille Granvelle, se voyaient sur des piédestaux dans cette chapelle. L'autel avait pour retable une Déposition de la

Croix du Bronzino, offerte à Nicolas Perrenot de Granvelle , premier ministre de Charles -Quint, par le grand-duc de Toscane, Cosme de Médicis.

Cette chapelle sert aujourd'hui de logement à un boulanger. Parmi les objets qui en ont été expulsés, deux ont survécu et se trouvent dans les musées de la ville :

le tableau sur bois du Bronzino et le sarcophage en pierre avec épitaphe du garde des sceaux Nicolas de Granvelle.

Bronzino. - Déposition de la Croix L'église elle-même

a été divisée en deux étages : celui du bas est organisé en magasins ; dans celui du haut on a installé le cercle militaire. La première travée de l'église a été coupée pour procurer aux bâtiments adjacents un débouché sut la rue de la Préfecture : la muraille qui faisait façade est aujourd'hui comprise dans l'intérieur d'un café; on y voit l'arcature du portail principal. Un petit portail latéral sert de frontispice au cercle militaire.

Les bâtiments conventuels avaient été réédifiés sur un plan très vaste, de 1685 a 1695; la première de ces dates se lit en grandes lettres de fer forgé sur les deux faces de l'aile sud-ouest des bâtiments. Les quatre ailes encadrent une vaste cour : au rez-de-chaussée, sont des portiques qui constituaient le plus beau cloître de la province de Franche-Comté.

De tels locaux étaient disproportionnés avec les besoins du personnel assez restreint qui peuplait le monastère : aussi les Carmes abritèrent-ils, moyennant loyer, diverses institutions. Ce fut là que l'Université de Dole, subitement transférée en 1691, s'établit à titre provisoire et fonctionna jusqu'à la Révolution française. La confrérie de la noblesse de Franche-Comté, dite de Saint- Georges, avait également là le siège de ses assemblées annuelles : la salle qu'elle occupait est décorée de boiseries sculptées au xvmc siècle; chaque panneau comprend un trophée d'insignes ecclésiastiques et chevaleresques. Un restaurant utilise aujourd'hui ce local pour ses grands dîners. Chez les Carmes était aussi la bibliothèque de l'ordre des avocats, qui fut donnée à la ville en 1790.

Vendu comme bien national et partagé depuis entre plusieurs propriétaires, ce grand immeuble a reçu, de 1868 à 1872, une physionomie nouvelle : un débouché monumental lui a été donné sur la Grande-Rue, un second étage de logis a été construit sur ses portiques, une rue a été percée dans ce qui restait de ses jardins; enfin, sur la rue de la Préfecture, s'est élevé un portail où se trouvent réunis en sculpture les blasons de l'ordre des Carmes, de Jean de Vienne, de Nicolas Perrenot de Granvelle, de la confrérie de Saint-Georges, et de l'Université de Franche-Comté.

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