ET ETABLISSEMENTS MILITAIRES
Citadelle et enceinte de la place
Jusqu'au moment où l'emploi de la poudre à canon vint donner aux armes de jet une puissance foudroyante, la presqu'île de Besançon put se considérer comme assez fortifiée par la nature : aussi, durant les époques gauloise et romaine, une simple muraille formait-elle l'enceinte de la citadelle et de la ville.
Quand un nouveau quartier se construisit, au xie siècle, sur des pentes situées au nord et en regard de la presqu'île, des obstacles plus sérieux furent nécessaires pour mettre ce quartier découvert à l'abri du danger des escalades. Ce fut la région que le moyen âge s'ingénia à fortifier. Dans une charte de 1266, il est déjà question de nouveaux murs et de nouveaux fossés que l'on venait de faire autour de la porte de Battant. Lorsque la commune eut pris d'assaut le château fort de l'archevêque Eudes de Rougemont, en 1291, elle employa les grosses pierres de cette forteresse à reconstruire les murailles de Charmont et d'Arènes.
La citadelle n'avait que son vieux mur, bordant la
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ligne extérieure de ses escarpements. Le versant qui regarde la ville était peuplé de maisons canoniales, la plupart disposées le long d'une grande rue que reproduit à peu près le chemin qui conduit actuellement à la forteresse. Sur la plate-forme était la basilique de Saint-
Porte Rivotte
Etienne, la seconde cathédrale de Besançon, celle qui abritait les sépultures des anciens souverains et des plus nobles familles de la province. Tout à côté se trouvait la petite église paroissiale de Saint-André, et un peu plus bas l'oratoire de Saint-Michel : ici vivait, entre quatre murs, un reclus qui prenait la qualité de pénitencier de l'archevêque. De toutes ces habitations, il ne reste, près du grand puits de la citadelle, que deux ou trois des bicoques qui servaient de logis aux clercs de l'église de Saint-Etienne.
A mesure que les moyens d'attaque se montraient plus puissants, l'art de la défense devenait plus compli-
MONUMENTS MILITAIRES
que. Des ouvrages que le gouvernement communal avait fait construire dans la seconde moitié du xve siècle, deux tours rondes sont encore debout : celle qui avoisine l'ancienne porte Notre-Dame et celle qui est à l'extrémité du quai de Strasbourg, appelée Tour de la Pelote (il serait
Porte-Taillée
mieux de dire Pillotte), parce qu'elle occupe un terrain acheté de Pierre Pillot (1475). L'empereur Charles- Quint, qui appelait Besançon l'un des boucliers de son vaste empire, aida la commune de cette ville à renforcer son système de fortifications. De cette époque datent la tour carrée qui est dans le bastion de Battant, les deux tours rondes de la porte de Rivotte (1526) et la tourelle qui surmonte la Porte-Taillée. On appelle ainsi le cou*loir que les constructeurs romains avaient pratiqué dans l'un des contreforts du rocher de la citadelle, pour in-
troduire en ville le canal d'Arcier; on y fit passer une route, lorsque les voitures cessèrent de fréquenter, comme trop pénible, le chemin qui traversait la citadelle. Ce permis fut élargi en 1715, ainsi que le constatait une inscription latine placée au-dessus de la porte, du côté de la ville.
L'appréhension d'un siège de la ville par le roi de France Henri IV, en 1595, fit reconnaître la nécessité d'un fort entre les portes de Battant et de Charmont : un ingénieur italien, Jean Griffoni, en donna le tracé, et du nom de son auteur cet ouvrage s'appela le Fort- Griffon; la construction par laquelle Vauban l'a remplacé conserve cette dénomination.
En 1633, Richelieu paraissait vouloir donner la Franche-Comté en pâture à ses farouches alliés de la Suède : Besançon jugea utile d'ajouter un élément à ses moyens de défense ; un nouveau fort se construisit alors à côté de la porte de Battant et s'appela le Fort Saint- Claude.
Quand Besançon eut capitulé, en 1668, sur une simple sommation du grand Condé, Vauban fit commencer de suite l'établissement d'une citadelle sérieuse sur la montagne de Saint-Etienne; mais, au bout de trois mois, la place dut être restituée au gouvernement espagnol. Le prince d'Aremberg, alors nommé gouverneur de la province, fit poursuivre les travaux ébauchés par les Français. Sous la direction de l'ingénieur hollandais Verboom, du prévôt de Valenciennes Briard, de don Auguste Pacheco et des ingénieurs milanais Baretti et
MONUMENTS MILITAIRES
Gaspard Haretta, deux fronts furent construits : le front royal du côté de la ville, le front de secours vers l'extérieur ; mais rien d'important ne fut fait pour défiler la-
CiUidelle (vue de la route de Lyon)
téralement la citadelle des hauteurs de Bregille et de Chaudane qui la dominent.
Lorsque la ville et la citadelle eurent été prises une seconde fois, en 1674, après un double siège de vingtsept jours commandé par Louis XIV en personne, Vauban fut chargé de transformer Besançon en une place de guerre de premier ordre. Une explosion de poudre
avait gravement endommagé la basilique de Saint- Etienne, durant le siège de la citadelle : Vauban considéra cet édifice et ceux qui l'avoisinaient comme des amas de matériaux à utiliser pour sa forteresse ; plusieurs escaliers des casernements de la citadelle ont été faits avec des tombes provenant de ces églises. Le grand ingénieur'perfectionna les deux fronts bâtis par les Espagnols et éleva un front intermédiaire appelé le front Saint- Étienne. Les piles d'un pont de secours furent établies dans un grand fossé parallèle à l'arrière-front de la forteresse; elles ont été démolies seulement en 1875. Vauban ne négligea rien pour que son œuvre fût digne de la réputation dont il jouissait : il en avait confié l'exécution à trois ingénieurs du nom de Robelin ; mais luimême venait fréquemment prendre connaissance des travaux accomplis. Ceux-ci ne furent terminés qu'en 171 1 : la ville avait été contrainte d'y coopérer par un versement de 300,000 livres.
La basilique de Saint-Etienne est remplacée à la citadelle par une vaste chapelle, construite d'après le type adopté, du temps de Louis XIV, pour les édifices de ce genre. Cette chapelle fut consacrée le 11 septembre 1683 par l'archevêque Antoine-Pierre Ier de Grammont. Dévastée à l'époque révolutionnaire, elle n'a retrouvé son lustre que sous le pontificat de l'archevêque Césaire Mathieu qui, en 1848, l'obtint du ministre delà guerre. L'éminent prélat se plut à embellir un monument qui rappelait tant de souvenirs intéressant l'histoire de son diocèse : il fut généreusement secondé dans cette tâche
MONUMENTS MILITAIRES
par l'abbé Guibard, qu'il avait fait nommer aumônier de la citadelle. Un pavé en mosaïque de marbres rares fut placé dans le sanctuaire, un autel en bois de chêne sculpté s'y superposa, des vitraux peints s'encadrèrent
Citadelle (vue de la ville)
dans les fenêtres, des peintures à fresque reproduisirent sur les voûtes les insignes reliques qui avaient fait la gloire de la seconde cathédrale de Besançon.
Depuis cette restauration de la chapelle, tous les ans, le 26 décembre, l'autorité militaire permet aux habitants de visiter le sanctuaire dédié à saint Etienne; mais, depuis les événements de 1870, les autorisations individuelles de visiter la citadelle sont devenues difficiles à obtenir. C'était pourtant un point bien favorable pour apprécier d'un coup d'œil le site de Besançon et vérifier l'exactitude de la peinture que César en avait faite. Une
promenade sur les chemins de ronde de la forteresse en apprenait plus que la lecture des plus minutieuses descriptions. Il fallait néanmoins se méfier des légendes que racontait le porte-clés faisant l'office de cicérone : dans l'une des guérites de pierre établies comme postes d'observation, il vous montrait la tombe du capucin qui avait tué d'un coup de canon le cheval de Louis XIV; or, cette pierre tumulaire, qui représente un chanoine, est tout simplement un des débris réemployés de la basilique de Saint-Etienne.
La citadelle possède tous les établissements nécessaires pour se suffire à elle-même : casernes, manutention, arsenal de dépôt d'artillerie, magasins à poudre. En outre, sur le front Saint-Etienne, est un vaste logis servant de prison et de pénitencier militaire. Parmi les prisonniers d'État qui y ont été enfermés, nous citerons le général, depuis maréchal, comte de Bourmont, soupçonné d'intelligence avec le parti royaliste et qui, après deux années de captivité, parvint à s'évader en 1804; le duc de Saint-Simon, coupable d'avoir, malgré son origine française, défendu, en 1808, Madrid contre les Français; après la seconde Restauration, le général Radet, agent principal de l'arrestation du pape Pie VII, et le général Marchand, accusé d'avoir ouvert les portes de Grenoble à Bonaparte échappé de l'île d'Elbe.
Forts détachés
La citadelle étant dominée à courte distance par les montagnes de Bregille et de Chaudane, Louvois insis-
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tait pour que cette dernière hauteur fût couronnée par un fort. Vàuban s'y opposa formellement; à son sens, c'était trop ou trop peu; un seul fort détaché eût été facilement enlevé par l'ennemi, qui s'y serait ensuite cantonné pour accabler de projectiles la citadelle. Comme on parlait aussi de deux ouvrages analogues à construire en avant du front de secours de la citadelle, l'illustre ingénieur convenait que « ce serait un beau dessein et pour le moins aussi raisonnable que Chaudane. »
Ce « beau dessein » fut exécuté, au début de la Révolution française, par le général du génie Le Michaud d'Arçon, qui s'était illustré au siège de Gibraltar en inventant les batteries flottantes. Cet ingénieur donna, en 179 1, le plan d'un système qui consistait cà créer, sur le pourtour de Besançon, les deux lunettes encore existantes de Trôchatey et de Touzey, et à en construire d'analogues sur Chaudane et sur Beauregard. On compléta ce système par un ouvrage en terre établi sur la montagne de Bregille.
Durant la longue période de paix qui suivit la chute du premier Empire, le génie militaire travailla sans relâche à améliorer la place de Besançon. La lunette de Beauregard subit, en 1831, une transformation complète : elle est devenue le fortin de Beauregard. La lunette d'Arçon, établie sur la montagne de Chaudane, fut remplacée, en 1837, par un beau fort pentagonal. La position de Bregille ne pouvait être sérieusement défendue par un simple ouvrage en terre : on y commença en 1820 un fort bastion né, qui fut achevé en 1832.
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Après les premiers insuccès de la campagne de 1870, quand il devint évident que la France allait être envahie par les Allemands, la place de Besançon dut être mise en état de soutenir un siège ; on songea de suite à improviser un complément de forts détachés. Les plus importantes de ces ébauches furent faites aux Justices, non loin de la nouvelle église de Saint-Claude ; à Patente, à Champ- Forgeron, à Montfaucon et aux deux extrémités de la montagne des Buis.
Lorsque le pays eut repris possession de lui-même, sa première pensée fut de munir solidement les frontières restreintes que le sort venait de lui imposer. En raison de la longue portée des pièces d'artillerie, l'ancien périmètre de la défense des places ne suffisait plus à préserver celles-ci du bombardement; il fallait élargir le circuit de leurs forts détachés. Pour Besançon, la zone des fortifications nouvelles était tracée par un heureux enchaînement de sommets. Les trois points culminants de ce pourtour, Chailluz, Montfaucon et Planoise, sont devenus de véritables places de guerre qui sont reliées et complétées par huit ouvrages plus ou moins importants : Fontain (ou Marulaz), Rolland (0 (en arrière d'Arguel), Rognon (ou Verne), Hôpital (ou Bouchet), Montboucons (ou Ferrand), Calvaire (ou Ferrière), Châtillon-le-Duc, Palente (ou Benoit) (2). Ce formi-
(1) Ainsi nommé en souvenir du capitaine de vaisseau Rolland, de Marseille, qui remplit avec une grande énergie, pendant la guerre franco-prussience, les fonctions de commandant supérieur de la place de Besançon.
(2) C'est le nom du colonel du génie qui était en 1870 directeur des fortifications.
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dable ensemble, commencé en 1872, a été achevé en 1880.
Casernes
Sous l'ancien régime, il était de principe que les bourgeois des places fortes devaient le logement aux militaires de la garnison. Les villes qui voulaient exonérer de cette charge leurs habitants devaient construire à leurs frais des casernes, les meubler et les entretenir. C'est ce que fit la ville de Besançon de 1680 à 1683 '■> avec le produit d'un supplément de gabelles, elle pourvut à la construction d'un corps de casernes adossé aux remparts de Saint-Paul et de deux pavillons au fort Griffon. Le roi voulut bien meubler les casernes de Griffon, à condition que la ville meublerait celle de Saint-Paul.
En 1706 et 1729, on construisit, dans le voisinage des Bénédictines et de la Visitation, deux corps de casernes avec écuries pour la cavalerie de la garnison : le premier de ces bâtiments fut payé par le roi et le second par la ville.
En 1738, il fallut procurer des logements à l'artillerie qui venait d'établir une École à Besançon. Un emplacement fut choisi à cet effet près de la porte d'Arènes : le devis de la construction se montait à 320,000 livres; le roi en prit 180,000 pour sa part, mais laissa le reste, c'est-à-dire 140,000 livres, à la charge de la ville.
De 1753 à 1762, la ville ht construire un pavillon à Saint-Paul pour le logement des officiers, puis des ca-
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sernes et un bâtiment de munitionnaire près de la porte Saint-Pierre : la caisse communale fut aidée en cette circonstance par les souscriptions des particuliers.
De 1771 à 1777, un pavillon s'éleva, du côté de Bregille, pour faire pendant à celui de Saint-Paul; la ville en fit encore les frais.
En Ï842, la vieille caserne dite de Vauban fut démolie et remplacée par un troisième grand pavillon. On donna bientôt à celui-ci un pendant, et la place des Casernes eut son encadrement complet en 1848. A cette même période appartient la construction du beau manège annexé aux grandes casernes.
Récemment, un nouveau quartier, composé d'une série de bâtiments isolés les uns des autres, a été établi pour l'artillerie en face du polygone, sur la route de Saint-Fer jeux. La ville a fait à l'Etat une avance de fonds pour accélérer cette construction.
Ecole d'artillerie
En 1736, Besançon était devenu le siège d'une École d'artillerie : la ville avait dû construire des casernes pour loger les troupes de cette arme, et l'État acquérir des terrains pour leur procurer un champ de tir au polygone. Les cours théoriques de l'École se faisaient dans une salle du couvent des Grands-Carmes.
Une décision royale de 1776 envoyait à Valence l'École de Besançon. La municipalité réclama vivement; elle fit valoir les dépenses faites par la ville au profit de
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cette institution ; mais surtout elle fut appuyée par le prince de Montbarrey, Bisontin de naissance, qui allait devenir ministre de la guerre. L'École lui fut restituée. Lorsque l'Empire réorganisa les services militaires, Napoléon Ier, qui avait fait a Auxonne son apprentissage d'artilleur, rendit à cette ville son ancienne École, mais n'en rétablit point à Besançon. Ce fut une ordonnance royale du 31 janvier 1830 qui prescrivit le transfert à Besançon de l'École d' Auxonne. Son nouvel établissement s'est fait dans le ci-devant monastère des Dominicains : elle y a trouvé de vastes salles pour les cours, les conférences, les manipulations, et pour une bibliothèque qui comprend aujourd'hui 10,000 volumes. De l'ancienne École d'Auxonne lui provient un assez bon portrait du professeur d'artillerie Jean-Louis Lombard, qui avait été l'instructeur militaire du lieutenant Bonaparte.
Arsenal
Au temps de son indépendance, Besançon avait un arsenal qui formait le troisième corps de logis de l'hôtel de ville et s'alignait sur la rue Saint-Vincent. L'administration française s'empara, en 1668, du contenu de ce dépôt, et en 1674 du bâtiment lui-même. La ville ne rentra dans cette propriété qu'en 1840, mais moyennant cession à l'Etat d'une partie des terrains nécessaires à la construction de l'arsenal actuel. Cette construction fut commencée en 1840 ; de grands développements lui ont été donnés en 1872.
L'arsenal de Besançon est à la fois une grande usine et un immense dépôt. Quatre machines à vapeur mettent en mouvement les machines-outils de ses ateliers, où l'on confectionne surtout des corps d'affûts et des voitures de transport. Les magasins de dépôt sont remarquables par leurs dimensions et par Tordre admirable qui y règne.
Cercle des Officiers
En 1873, le gouvernement encouragea la création d'un cercle qui servirait de centre de réunion aux officiers des diverses armes et comprendrait une bibliothèque à leur usage. Cet établissement fonctionne dans la partie supérieure de l'ancienne église des Grands-Carmes, où il jouit d'une fort belle installation : la bibliothèque qui s'y trouve est riche d'environ 10,000 volumes.
Direction du génie V., p. ioé, l'article Bénédictines.
PALAIS ARCHIEPISCOPAL
Au moyen âge, la résidence des archevêques de Besançon était derrière la principale abside de l'église cathédrale : de là le nom de Place du Palais que porte encore le terrain sur lequel l'édifice avait sa façade extérieure. Un corps de logis de ce vieux palais est encore associé aux constructions modernes : là se trouve la chapelle des archevêques, dont l'escalier, soutenu par une voûte à étoiles, conduit à deux portes qui forment angle et sont encadrées de rinceaux délicatement fouillés. La chapelle est éclairée par une grande fenêtre à meneaux, qui appartient au style gothique flamboyant. L'époque de la construction de ce corps de logis est indiquée par un blason archiépiscopal, deux fois sculpté sur les arceaux des voûtes de la cave qui existe audessous de cette partie du palais. C'est le blason de Charles de Neufchâtel, archevêque de Besançon entre les années 1463 et 1498 ; l'une des niches qui accostent la grande fenêtre porte le blason de l'archevêque de Busleiden (1499-1502).
Le nouveau palais, dont la façade suit l'alignement
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de la Grande-Rue, a été construit, au début du xvmc siècle, sous les auspices de l'archevêque François-Joseph de Grammont. « Ce prélat, dit l'historien Dunod, avoit un goût exquis, particulièrement pour les édifices ; il acquit plusieurs maisons voisines du palais archiépiscopal, antique et insuffisant pour le logement d'un métropolitain prince de l'Empire, dans une capitale où il est obligé de représenter, (les fit démolir et rebâtir, pour faire un vaste corps [de logis sur la rue et deux ailes qui joignent ces nouveaux bâtiments à l'ancien palais : c'est ce qui forme encore aujourd'hui le palais archiépiscopal, véritablement digne de loger un prince. »
Ce qu'écrivait Dunod, en 1750, vient seulement de redevenir une vérité. Le palais, dévasté à l'époque révolutionnaire, a été repeuplé d'œuvres d'art par le cardinal de Rohan, pourvu d'importantes collections de livres par le cardinal Mathieu, et a subi diverses modifications sous leurs successeurs jusqu'à nos jours.
Le nouveau palais comprend les appartements d'honneur, les logements des vicaires généraux et le secrétariat. L'une des ailes du nouveau palais se prolonge en galerie jusqu'à la rencontre du vieux palais restauré : ici sont les appartements particuliers du prélat et ceux de ses hôtes.
La principale pièce des appartements d'honneur est la salle synodale, qui a des proportions grandioses : une peinture de Jules Arthaud, représentant V Assomption de la Vierge , décore le plafond. Contre les parois on a dis-
posé la plus grande partie d'une collection de portraits des archevêques de Besançon, exécutée peu de temps avant la Révolution française, rachetée par l'État en 1837 et continuée jusqu'à nos jours.
Parmi les nombreux tableaux qui ornent les salons et les chambres du palais, il en est une quarantaine qui sont des œuvres d'art d'une valeur réelle. Nous nous bornerons à citer les morceaux qui ont un intérêt de premier ordre.
Christ à la colonne, de l'un des Carrache, petit tableau sur cuivre, d'une grande noblesse de style et d'un fini précieux;
Portement de croix, de Cigoli, sur bois ;
Les Israélites dans le désert, du vieux Franck ;
Jésus et un docteur de la loi, de l'école allemande, sur bois ;
L'Adoration des Mages, de Franck le jeune, petit tableau sur cuivre;
Les noces de Tobie, de Franck le jeune, sur bois ;
Christ mort, de Sébastien Conca (de Gaète) ;
Descente de croix, petit tableau du Dominiquin ;
Le sommeil de V Enfant Jésus, d'Annibal Carrache, petit tableau ;
Le Christ mis au tombeau, de Bassan ;
Scène de V histoire de Venise au XIIIe siècle, par Paul Véronèse, tableau d'une authenticité indiscutable ;
Saint Théodule multipliant la vendange, tableau d'Adrien Van der Venne, donné par le jeune prêtre Jean Chimet à la chapelle dédiée à saint Théodule, en l'église
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de Besançon, chapelle dont il était titulaire; sur la cuve est le blason de la famille Chifflet et la date de 1629;
Deux paysages, de Claude Lorrain ;
Énée sauvant son père, paysage historique de Pierre Patel ;
Quatre marines, de Joseph Vernet, fort belles ;
Le cardinal Armand-Gaston de Rohan-Soubise, coadjuteur, puis évêque de Strasbourg, magnifique portrait de Hyacinthe Rigaud;
Jean d'Estrées, commandeur de l'ordre du Saint- Esprit, abbé commendataire de Saint-Claude, très beau portrait du même peintre Rigaud ;
Pie VII, portrait d'une vérité frappante;
La cavalcade d'intronisation du pape Alexandre VIII, en 1689, curieuse peinture;
Deux panneaux ayant servi de volets à un triptyque, représentant, en grisailles légèrement colorées, d'une part la Vierge en prières, et de l'autre l'ange porteur du divin message : peintures de Jacques Prévost, de Gray, élève de Raphaël ;
Deux autres panneaux de même nature : sur l'un, Renobert Chevroton, d'Ornans, abbé commendataire de Montbenoit, et son frère le chanoine, avec l'évêque saint Renobert ; sur l'autre, Pierre Chevroton, curé de Palise, avec l'apôtre saint Pierre (début du xviie siècle); L'enlèvement des Sabines, dessin original du Poussin; Le peseur d'or, gravure rarissime de Rembrandt
Bayard mourant, esquisse en terre cuite modelée par
la princesse Marie, fille de Louis-Philippe, et donnée par l'auteur au cardinal Mathieu.
Nous ne saurions passer sous silence l'image en peinture de l'ostensoir offert au pape Pie IX par la province ecclésiastique de Besançon, en 1849, et qui se conserve dans le trésor de Saint-Pierre de Rome.
Mgr Paulinier avait entrepris la formation d'un trésor des antiquités chrétiennes de son diocèse. Un certain nombre d'objets précieux ont été réunis à cet effet dans une salle du palais. Nous citerons les suivants :
Mitre de l'archevêque Charles de Neufchâtel, avec sujets brodés en haut relief : d'un côté Y Annonciation, de l'autre la Nativité du Christ (fin du xve siècle);
Une chasuble et. deux dalmatiques, reconstituées avec des orfrois provenant d'ornements exécutés dans les Flandres et offerts, en 1530, par Jean Carondelet, archevêque de Palerme, haut doyen du chapitre métropolitain de Besançon : broderies splendides en soies de diverses couleurs, avec les initiales de Jean Carondelet et sa devise matvra ;
Le coffret en bois sculpté dans lequel on renfermait l'insigne relique du Saint-Suaire ;
Une paix en émail de Limoges, représentant Jésus crucifié, des premières années du xvie siècle;
La croix processionnelle en argent du cardinal de Granvelle.
Non loin de ce trésor archéologique, se trouve le dépôt des reliques du diocèse. C'est une petite chapelle dont les motifs d'ornements sont empruntés aux sym-
boles qui se voient dans les catacombes. Les corps entiers ont leur place dans le tombeau de l'autel, tandis que les parcelles d'ossements occupent une série de petits reliquaires qui s'enchâssent dans un casier vertical. Le retable de l'autel présente, en lettres d'or, le catalogue des saints qui appartiennent à la Franche- Comté par leur origine ou par le culte dont ils y sont l'objet.
Un dernier sanctuaire est en relation directe avec les appartements particuliers du palais : c'est la chapelle des archevêques, dont nous avons déjà mentionné l'aspect extérieur. En lui refaisant son mobilier, le cardinal Mathieu ne prit pas le h temps de chérie cher des objets qui eussent été en harmonie , avec le style
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Louis XV, fort belles en leur genre, qu'il avait achetées à Chambéry. Dans l'espace qui restait entre le haut des boiseries et le plafond, il fit peindre, en onze médaillons, les principaux traits de la vie de saint Nicolas, et, sur le plafond, l'apothéose de ce bienheureux. Ces peintures, faites en 1870, sont l'œuvre de Charles Ménissier.
Le cardinal Mathieu a enrichi l'archevêché d'une bibliothèque de livres liturgiques, composée d'environ 6,000 volumes, dont l'ensemble n'a peut-être nulle part ailleurs son équivalent.
Dans un local contigu à la basilique métropolitaine, se trouve la bibliothèque du chapitre : son principal fonds vient d'un legs fait par l'archevêque Claude Lecoz, en 181 5. Elle s'est considérablement accrue par les soins du chanoine Denizot, mort en 1882, qui n'a négligé aucune occasion d'y faire entrer les documents se rattachant à l'histoire du diocèse. Ce dépôt renferme au moins 10,000 volumes : on peut y voir quelques beaux livres d'heures enluminés et un Graduel, en deux volumes, élégamment calligraphié sur vélin au xvme siècle.