HOTEL DE LA PRÉFECTURE
En faisant de Besançon la capitale de la Franche-Comté, le gouvernement français y délégua tout d'abord un intendant de justice, police et finance. Ce haut fonctionnaire avait pour mandat officiel d'exercer la juridiction administrative et le contrôle des dépenses publiques; mais son rôle consistait essentiellement à tirer le plus d'argent possible des particuliers et des communes. La municipalité de Besançon dut considérer ce personnage comme son tuteur, et elle en vint au point de n'oser rien délibérer sans avoir eu son assentiment préalable. Le logement de l'intendant devait être fourni par la ville où il faisait sa résidence.
Le premier intendant de Franche-Comté s'installa dans l'hôtel de Montmartin, qui appartenait à la ville; mais bientôt l'immeuble fut requis pour loger le commandant militaire de la province : la municipalité dut alors amodier pour l'intendant une maison de quelque importance. L'un de ces locaux d'emprunt fut l'hôtel qu'avait fait construire la famille d'Emskerque, dite d'Anvers, dont la jolie façade est sur la Grande-Rue, où elle port' le numéro 44. Les intendants ne tardèrent pas à s'y trouver à l'étroit, et il fallut leur procu-
rer un plus vaste immeuble : la ville amodia pour eux, en 1718, cette grande maison sans style qui est encore connue sous le nom de Vieille-Intendance.
L'intendant Charles-André de Lacoré ne put se voir dans cette maison qui tombait en ruine; il fit adhérer le corps municipal à l'idée de construire un hôtel d'intendance aux frais de la province de Franche-Comté tout entière. Les plans en furent demandés à l'architecte Louis, auteur du grand théâtre de Bordeaux, et l'architecte Nicole eut mandat de les faire exécuter. Les travaux, commencés au début de 1771, furent terminés en 1778; la dépense s'était élevée à plus de 611,000 livres. Pour servir d'avenue au nouvel édifice, une rue dite de Traverse fut percée entre la rue Neuve, aujourd'hui Charles Nodier, et celle de Saint- Vincent, actuellement Mégevand, et néanmoins on omit de faire concorder le milieu de cette rue avec l'axe du bâtiment.
L'hôtel de l'Intendance, devenu celui de la Préfecture du Doubs, est réellement un bel édifice. La façade du côté du jardin, avec l'élégante rotonde qui en forme le centre, semblerait, dans son cadre de verdure, annoncer une résidence princière. Toute la corniche avait été surmontée d'une riche balustrade en pierre, qui cachait à demi la toiture et ajoutait encore à la décoration extérieure du monument; mais cette balustrade, construite en pierres gélives, a dû disparaître. Les salons de l'hôtel ont de belles proportions et sont revêtus de boiseries très soignées : il faut citer particulièrement le
MONUMENTS CIVILS. QO.S
salon ovale du rez-de-chaussée de l'édifice; c'est une merveille de bon goût.
Un bâtiment pour le service du Conseil de préfecture a été récemment élevé à l'angle des rues Charles Nodier et des Archives.
Préfecture (vue du jardin), d'après toi tableau de M. Isenbart
Dans cet hôtel sont descendus tous les princes qui ont visité Besançon depuis le commencement de ce siècle. Au lendemain de la chute du premier Empire, le comte d'Artois, destiné à devenir le roi Charles" X, y fut l'objet d'un accueil enthousiaste : en mémoire de quoi l'édifice s'appela, pendant les règnes des deux derniers Bourbons, Palais Monsieur.