‹ Besançon et ses environs. Nouv. éd., complétée et mise a jourChapitre 52 sur 119 · SALLE DE SPECTACLE · texte numérisé non relu

SALLE DE SPECTACLE

Antérieurement à l'annexion française, Besançon ne posséda pas de local affecté aux représentations théâtrales : ce fut en plein air, sur des échafauds volants, que se jouèrent les quelques drames dont la municipalité encouragea la mise en scène. En 1487, on monta, sous ses auspices, le Jeu des saints Ferréol et Ferjeux, dont la représentation dura cinq jours. Quatre jours suffirent

à l'exécution d'une moralité de V Homme pécheur , qui eut lieu en 1533, à l'hôtel de ville, et dans laquelle Nicolas Boncompain, contrôleur de la ville et cogouverneur de la cité, remplit le principal rôle. En 1548, un subside de vingt francs fut alloué à ceux qui jouèrent une moralité récemment faite et appelée le Jugement du duc Charles. Il fut encore donné une petite récompense à ceux qui interprétèrent, en 1553, la moralité du Monde qui tourne le dos à chacun. Mais en 1573, sur ^a réquisition de l'archevêque, le gouvernement municipal expulsa des comédiens qui essayaient de s'établir dans la ville.

A partir de ce moment, la municipalité eut comme règle absolue de n'autoriser aucune représentation dramatique : aussi la population se scandalisa-t-elle quand, au mois de septembre 1674, l'intendant fit prêter la grande salle de l'hôtel de ville à une troupe de comédiens qui était de passage. Bientôt après ce fut la garnison qui fit la loi en cette matière, et les comédiens qui voulurent jouer en chambre n'eurent besoin que d'une autorisation du major delà place. En 1698, malgré l'opposition de la municipalité et un mandement de l'autorité diocésaine, la troupe italienne de Joseph Tortoriti, dit Pascariel, monta un théâtre dans une salle de jeu de paume qui existait au bas de la rue des Granges (maison n° 9) : toutefois elle dut décamper bien vite, l'un de ses acteurs, Grégoire-Joseph Toscano, dit Arlequin, s'étant enfui après avoir commis un attentat aux mœurs. Les représentations de circonstance continuèrent d'avoir

lieu dans ce même local jusqu'en 1740, époque à laquelle le duc de Tallard autorisa la conversion en salle de théâtre d'un quartier du Palais Granvelle qui donnait sur le jardin.

L'idée de doter Besançon d'un théâtre monumental vint de l'intendant Charles-André de Lacoré, de qui l'on disait, comme de Périclès à l'égard d'Athènes, « qu'après avoir trouvé la Franche-Comté de briques, il l'a laissée de marbre. » Cet administrateur obtint que l'État ferait les deux tiers de la dépense. Il choisit comme architecte Charles-Nicolas Ledoux, qui caressait alors l'idée de bâtir de toutes pièces, dans la forêt de Chaux, une ville modèle. Le théâtre conçu pour cette cité imaginaire fut réalisé à Besançon.

Comme emplacement de l'édifice, on choisit un terrain situé entre la rue Saint- Vincent et le traige du Point-du-Jour, où étaient les magasins de marchandises du transmarchement et le jardin botanique de l'Université. Les travaux commencèrent au mois de février 1778, sous la direction de l'architecte Bertrand. On en hâta l'achèvement sur l'annonce de l'arrivée dans la ville, du prince de Condé et de son fils le duc de Bourbon. Ces deux princes assistèrent, le 9 août 1784, à l'inauguration de la salle : on joua devant eux la Métromanie, de Piron, et le Tableau parlant, de Grétry; le lendemain, ils assistèrent encore à la représentation du Malade imaginaire et des Evénements imprévus.

La dépense de construction du théâtre avait été en tout d'environ 260,000 livres.

« Quoique rapprochée de la forme des théâtres antiques, dit l'architecte Delacroix, la salle qui avait été adoptée tranchait avec l'usage ; c'était une révolution dans ce genre de constructions. Plus d'étages de galeries superposées comme les fenêtres d'une façade : du haut en bas la disposition amphithéâtrale qui permet de voir tout le monde et d'être vu de tous.

" Telle qu'elle était conçue, la salle de Ledoux, excellente en elle-même, manquait des accessoires les plus nécessaires, tels qu'un foyer. Ce fut sous la mairie de M. César Convers, en 18.57, que l'on cr^a cet indispensable complément. On remplaça les grands escaliers de bois par des escaliers de pierre; le parterre fut agrandi, et la salle restaurée tout entière. Mais on eut le plus grand soin de ne pas changer les dispositions premières de Ledoux. »

La ville avait affecté 75,000 francs à cette restauration, qui fut intelligemment conduite par l'architecte Delacroix. D'autres améliorations ont été ultérieurement introduites par M. Edouard Bérard, architecte de la ville.

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