‹ Besançon et ses environs. Nouv. éd., complétée et mise a jourChapitre 99 sur 119 · CHAMARS · texte numérisé non relu

CHAMARS

La portion de terrain affectée par les anciens aux exercices militaires fut considérée dans la suite comme appartenant, pour le fond, au domaine public, et, quant à la jouissance, un peu à tous les citoyens. Lorsque les archevêques devinrent souverains de la ville, le vieux Champ-de-Mars entra dans leur domaine, mais ils ne purent méconnaître que les habitants y avaient, de toute ancienneté, les droits d'usage, de pâturage et de passetemps, entre la Saint -Jean et la Saint-Georges, c'est-à-dire depuis la première tondaison de l'herbe jusqu'au moment du renouveau ; en conséquence, la commune put, en 1653, planter quelques tilleuls pour l'agrément des habitants, sur un morceau de ce terrain.

L'administration française s'empara de Chamars comme d'un terrain militaire; elle y établit une ligne intérieure de remparts précédée d'un fossé plein d'eau. Toutefois elle finit par reconnaître le droit immémorial qu'avaient les citoyens d'user de ce lieu pour leur promenade, et elle autorisa la ville à y faire des plantations d'arbres. Le Petit-Chamars, c'est-à-dire le morceau le moins sujet à être inondé, fut planté de tilleuls en 1708.

Le Grand-Chamars était coupé en écharpe par une dérivation du Doubs qui faisait tourner deux moulins : l'un de ceux-ci appartenait à l'archevêque et l'autre à la ville. L'ensemble de ce terrain était marécageux et son voisinage considéré comme peu salubre. L'intendant, qui y faisait bâtir son hôtel,, en désira l'assainissement : les citoyens furent unanimes pour se rendre à ce vœu; et comme la caisse municipale était pauvre, une souscription publique s'ouvrit à cet effet, en 1772, et dura une quinzaine d'années. L'architecte Bertrand, directeur des travaux, était parvenu à faire de Chamars la plus belle promenade que jamais ville de guerre ait enfermée dans son enceinte. Le pont de pierre qui en reliait les deux parties était terminé par des piédestaux que surmontaient deux vases magnifiquement sculptés par Boutry, de Neuchâtel. Des cygnes, envoyés de Chantilly

Promenade de Chamars

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par le prince de Condé, se promenaient sur le cours d'eau, et une grande volière renfermait des oiseaux rares. Les platanes avaient merveilleusement réussi dans ce sol humide : ceux qui subsistent atteignent la hauteur extraordinaire de trente-trois à trente-cinq mètres; on remarque surtout celui dont les branches affectent la forme d'un colossal saule-pleureur.

Les travaux de canalisation, exécutés de 1830 à 1834, portèrent à la promenade de Chamars une atteinte irrémédiable : il fallut y creuser une gare pour les bateaux et supprimer le bras de rivière ; les arbres n'eurent plus, dès lors, pour se mirer qu'un fossé d'eau croupissante. La ville obtint, en 1874, de combler ce fossé en rasant la seconde ligne des remparts ; mais à partir de ce moment, Chamars perdit les derniers traits de sa physionomie de promenade.

A l'entrée de Chamars, dans l'axe de la grille de l'hôpital, le parti légitimiste avait érigé, en 1829, une statue en bronze du général en chef Pichegru. Ce monument, qui était l'œuvre du sculpteur Fragonard, fut renversé par le populaire en 1830 : il n'en reste que la tête qui, après avoir été traînée sur le pavé des rues de Besançon, est aujourd'hui au musée archéologique.

Une seconde statue en bronze existe dans ce qui fut la promenade de Chamars : c'est l'effigie du général Pajol (v. p. 372).

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