‹ Bibliographie clérico-galanteChapitre 36 sur 152 · BEROALDE DE VERVILLE · texte numérisé non relu

BEROALDE DE VERVILLE

d., 2 tom. petit in-12, beaux caract. elzév. (cat. Giraud, 100 fr.). — Londres (Paris, Cazin),1781,1786 (Techener, 1858, 9 fr.), 3vol. in-18. — Paris, Gosselin, 1841, in-8. — Techener, 1841, 2 vol. petit in-8 (Giraud, 21 fr.).— Paris, Willem, 1870-72, 2 vol. petit

in-8, fig. s/ bois, à mi-page.— Le même ouvrage a paru sous les

titres : Le Coupecu de la mélancolie, ou Vénus en belle humeur. Paris (holl. à la sph.) et Parme, le Gaillard, 1698, petit in-12 (Giraud, 22 fr.; Bertin, 115 fr.; Bull. bibl., 1848, 78 fr.). — Le

Salmigondis, ou le Manège du genre humain. Liège, 1698, petit in-12 (cat. Giraud, 22 fr.).

Ce dernier titre est celui qui rend le mieux l'esprit de l'ouvrage. Sous le prétexte

d'un diner plantureux entre personnages anciens et modernes : Platon et Rabelais,

Plutarque et Ramus, Bèze et Pythagoras, Cicéron et Cardan, César et Mécénas, Margot et Alcibiade, Arétin et Pierre l'Hermite, Sapho et Calvin, Chose et l'Autre,

Quelqu'un et l’Evèque, etc., c’est un ramassis, sans queue ni tête, à la diable, un

peu à la c....., de contes plaisants, de facéties licencieuses, de calembredaines singulières sur la philosophie, la religion, la vertu. C’est une critique à la Rabelais des moines, des femmes, des écrivains, du mariage; des coups de fouet à nu, en pleine chair, sur tous les membres de la société civile et religieuse. C’est un bavardage

intempéré entre gens spirituels et savants qui ont bien mangé, mais encore mieux bu. S'ils cherchent le quolibet et tirent un peu le calembourg, ils ne cherchent pas l’historiette faisandée, elle vient toute chaude, nue et éhontée, se placer entre les verres. Un artiste de grand nom a mis sur un exemplaire longuement annoté par

lui, que nous possédons, cette note comme conclusion : « Bref, c'est surtout le moyen de parvenir à être c...., car, de tous les savants, philosophes et écrivains qui sont attablés à ce banquet, aucun n@ parle selon son esprit, son caractère, ses études, sa réputation, ses écrits, mais de femmes, d'amour, de religion, de société comme ivrognes impudiques et effrontés. Ce n'est pas de la philosophie spirituelle, sceptique ou chrétienne, c’est de la philosophie... porcique. » C'est sévère, peut-

être, mais il y à du vrai. On l’attribue à Rabelais, on a tort; si c'est sa manière

indécente de présenter une critique sévère des mœurs de son temps, ce n’est plus ce style si franc, si net, si prompt, si gauloisement scandé en un large et sonore rire

qu’on admire dans ses œuvres. On à pris son encrier un peu chargé d’ordures, mais

on à perdu sa plume et surtout la manière de s’en servir. D’autres, comme John Blavignac, dans ses Recherches sur le moyen de parvenir, parus en 1865 dans le Bullelin de l'Institut national genevois et dans un discours prononcé en 1867 dans cet Institut, veulent prouver qu'Henri Estienne en est l’auteur. Ce littérateur base ses principaux raisonnements sur ce que l’auteur place ses acteurs à Genève, parle de ses rues, de ses usages et met en scène toutes sortes de personnages, excepté Calvin. donc l’auteur habitait et connaissait Genève et redoutait le fanatique Calvin, donc c'était le réfugié H. Estienne. Il serait moins ferme dans ses assertions s’il savait que Mathieu Beroalde, père de notre auteur, adepte fervent de la religion réformée, en faveur de laquelle il a écrit : Chronicon scripluræ sacræ autorilale constilutum, Genève, 1575, in-fol., persécuté pour ses convictions, quitta la France et se retira à Genève où il fut ministre et professeur de philosophie. François, qui avait suivi son père dans cette ville, fut élevé dans les principes de Luther et il est probable que, jeune encore, il commença en vers ce salmigondis, que devenu catholique et chanoine, il remania sans changer entièrement. Ce qui le prouve, c’est que protestants eb catholiques ne sont guère mieux traités, mais si quelques-uns sont un peu ménagés, ce sont plutôt les catholiques. Or, Estienne exilé et persécuté par les

- catholiques ne les ménageait point, ses écrits le prouvent. Beroalde ayant habité,

enfant et jeune homme, Genève, il n’est pas étonnant qu'il la connüt dans ses quartiers les plus reculés mieux qu’Estienne, déjà homme mür et forcé pour vivre et pour soutenir son parti de travailler sans cesse et sans repos. Au reste, le Moyen de parvenir offre souvent des détails de mœurs et des locutions de Touraine... Comment

. les expliquer ? Estienne ne connaissait pas cette province. La limite de cette biblio-

graphie ne nous permet pas de pousser plus loin cette digression bibliographique,

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