GLATIGNY
parce qu'il faut aller m'habiller pour jouer Herbillon dans Léonard. » Dans une autre, il annonce ses débuts à l'Alcazar en qualité d'improvisateur dans des vers alignés comme de la prose: « Mes vaisseaux sont brûlés ! Je me fais saltimbanque. Pégase, à l'Alcazar, ira franchir la banquette irlandaise, et fera la haute école aussi. Ce n'est pas gai ; mais, rien ne m'ayant réussi, je me donne en spectacle ; et suis équilibriste, pour goûter à la fin, aux plats du baron Brisse. Ne me blâme pas trop, et songe qu'en tout temps, il faut mander, afin de vivre soixante ans. » Dans une lettre de Boulogne-sur-Mer, 22 août 1860, il écrit à Poulet- Malassis qu'il lui envoie son livre « tout fraîchement édité avec une belle imago de Voillemot et de Bracquemond. J'ai été contraint, ajoutc-t-il, encore une fois de quitter Paris, et cela pour me faire souffleur. Il lui demande comment il pourrait obtenir la rédaction d'un journal de province : j'ai passé l'âge des vagabonderies imbéciles et je n'aime plus les viandes creuses. » Th. de Banville a fait ce quatrain pour son portrait:
'< Ce lyrique mal mis, ce fumeur au long: eou Qui s'allonge toujours sans qu'on sache jusqu'où, C'est Glatigny, jeune homme aussi gras qu'une échelle, Kxilé de Paris, comme de La Rochelle. »
Glatigny ne se trouvant pas suffisamment portraituré par ces vers, y ajouta ceux-ci :
'■ n'est Glatigny, rival de l'ancien télégraphe, Amoureux de la mo.se, aimé de la girafe, A qui, doux résultat d'un voyage à Paphos,
Il a fait, d'un seul coup, deux petits girafaux. »
Imitateur de Baudelaire, il risque avec un certain art les expressions les plus brutales et les images les plus osées. Il n'est pis des premiers en poésie moderne fortement pimentée des saveurs naturalistes, mais il est loin d'être un des derniers. Il a des qualités de style et d'inspiration qui le classent dans la famille des vrais poètes, mais il a des partis pris de brutalité littéraire qui obligent de le lire avec prudence et réserve. Quelques vers empruntés à ses œuvres indiqueront mieux qu'une critique son faire poétique.
« Elle est belle vraiment la normande robuste Avec son laru'e col implanté grassement; Avec ses seins, orgueil et gloire de son buste Que fait mouvoir sans cesse un lourd balancement.
Elle est belle, la fdle aux épaules solide-. Belle comme la Force aveugle el sans effroi ! Il faut pour l'adorer longtemps des cœurs valides A l'é] iTe du chaud, de la pluie et du froid.