GRESSET
GRESSET (Jean-Baptiste-Louis), né en 1709 à Amiens, où il mourut, le 16 juin 1777. Poète harmonieux, élégant sans parure, il écrit d'abondance avec esprit et gaieté ; il est le premier après les maîtres, sans en avoir imité ou suivi aucun ; il a sa note particulière et son originalité bien individuelle. Il conquit, presque sur les bancs de l'école, une renommée qui se confirma par d'autres œuvres, mais qui eût été diminuée par les productions faibles et languissantes de son âge mûr et de sa précoce vieillesse, si l'auteur spirituel de "Vert- Vert, de la Chartreuse, du Lutrin vivant, des Ombres, etc., ne sauvait de l'oubli ou de l'indifférence l'écrivain qui demanda pardon à la Vierge d'avoir fait des comédies, comme le Méchant, et des bagatelles comme ces poèmes charmants qui resteront les chefs-d'œuvre de notre langue. Cette apostasie poétique lui valut deux mordantes épigrammes de Piron et un coup de pied droit du pégase de Ferney. Voltaire qui avait applaudi à ses débuts et l'avait salué de son affection et de son admiration comme un égal, lui décocha ce trait cruel, au milieu de bien d'autres :
Gresset, doué du double privilège D'être au collège un bel esprit mondain, Et dans le monde un homme de collège, Gresset, dévot, jadis petit badin, Sanctifié par ses palinodies, Knfin prétend avec componction Qu'il composa jadis des coméilb's.
Dont à la Vierge, il demanda pardon ; ijn-sut se trompe, il n'est pas si coupable.
Après être entré dans l'arène littéraire avec tant d'éclat, l'avoir illustrée de tant de gloire, et la déserter, pour ainsi dire, si piteusement, cela indique plus qu'une scrupuleuse dévotion, cela dénonce un certain abaissement de pensée, un affaiblissement moral et intellectuel. La faiblesse de ses différents discours à l'Académie française avait déjà surpris le monde des lettres et presque préparé à cette défaillance littéraire. A ce sujet de Pongerville a écrit : « on aurait peine à comprendre les palinodies d'un écrivain élégant, judicieux et modéré, si l'on ne savait que les défauts de l'esprit viennent de ses qualités ; ses perceptions vives et profondes se soumettent à l'influence des objets qui l'entourent, et, comme un miroir, l'esprit en reflète les images. Ainsi Gresset, professeur novice, exprime avec une juvénile élégance les plaisanteries du collège ; demi-jésuite, il se montre écrivain adroit et fin ; homme du monde, il en prend la grâce et le bon goût. Philosophe avec les philosophes, courtisan à la cour, misanthrope dans la solitude, il se renferme dans un cercle étroit,