‹ Bibliographie contemporaine (volume 3)Chapitre 68 sur 135 · GRIMM · texte numérisé non relu

GRIMM

quable qu'on ait écrite en France, sur la littérature du xviii6 siècle. Elle peint la physionomie littéraire de cette époque dans ses détails les plus minutieux et les plus variés. Il y a à se défier de son exagération, plutôt dénigrante qu'enthousiaste, car excepté Diderot, son collaborateur, dont il fut toujours l'admirateur et l'ami, il n'a, dans ses critiques, épargné ni ses amis, ni ses ennemis.

Ses jugements, s'ils ne sont ni précis, ni nets, ni définitifs, en raison de sa partialité malicieuse et satirique, ont néanmoins,, pour la critique et l'histoire littéraires, l'importance du témoignage éclairé d'un homme qui a vu, entendu, lu et vécu tout ce qu'il a écrit. Son style est clair, ferme, vivant, spirituel et gai; sa phrase a du mouvement, de la désinvolture et de la variété ; ses mots ont du pittoresque, de la finesse, une malice prompte et sûre. Grimm est un esprit positif, d'une grande érudition et d'une parfaite connaissance du monde. Il possède les trois qualités essentielles du critique : l'étendue, la finesse et la fermeté. Sur tous les ouvrages, sur tous les auteurs, il a des appréciations qui frappent et se gravent. Sans fatigue et sans efforts, il passe et touche à tous les sujets, aux plus grands comme aux plus légers.

Après avoir jugé d'une plume ferme et savante les questions les plus élevées de la politique, de la philosophie, de l'histoire, de la religion, il ne dédaigne pas de descendre aux frivolités de la littérature, il se régale de petits vers et s'amuse de contes badins et légers. Somme toute, dit Byron, dans son Journal, c'est un grand homme dans son genre. Oui, c'est un grand homme, et d'autant plus extraordinaire, qu'élevé en Allemagne, il avait à lutter contre ses germanismes, les adversaires les plus terribles et les plus indomptables du génie de la langue française. Non seulement il écrivit comme beaucoup d'auteurs français ne savent pas écrire, mais il eut si bien l'esprit parisien, que Voltaire, ce maître en esprit, ne put s'empêcher de dire de lui : « de quoi s'avise donc ce Bohémien d'avoir plus d'esprit que nous ? )>

— Correspondance littéraire, philosophique et critique, depuis 1753 jusqu'en 1790, avec des notes et des éclaircissements, où se trouvent rétablies pour la première fois les phrases supprimées par la censure impériale. Paris, Furne et Ladrange, 182'J, 16 vol. in-8. (Chaude, 1867, hr. 120 fr. ; Sainte-Beuve, 1S70, dem. m. 141 fr. ; Rouquette, 1880, dem. m. 150 fr. ; Morgand, 1882, dem. m. 150 fr.)

Reproduction, dans cette édit. des passages supprimés dans l'édit. de 1812, 1S13.

— Nouv. édit. i>evue sur les textes originaux, comprenant outre ce qui a été publié à diverses époques, les fragments supprimés en IS 13 par la censure, les parties inédite consacrées à la bibliothè-

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