GRIMOD
disgrâce de la nature, ses bras se terminaient par d'horribles moignons, en forme de pattes d'oie, par une originalité exceptionnelle. Sa vie bizarre tient à ses poignets ; fait comme tout le monde, il eût fait comme tout le monde. Il se donne en Démocrite bouffon, pour cacher sous des diiformités morales, une difformité physique. Il exploita le cynisme du rire, de la raillerie, et de la bouffonnerie pour s'éviter un ridicule personnel. Et comme sa mère, descendante des parents de la Bruyère, était attaquée de noblesse, il afficha des goûts roturiers et fit montre de mépris et de haine pour tout ce qu'aimait et fréquentait sa famille. Il prit la contre-partie en toute chose, il blâma, ce qu'elle aimait et rechercha la société qu'elle fuyait. Ce n'était ni de la philosophie, ni de la philanthropie, c'était l'orgueil, l'orgueil d'un déshérité qui se révolte contre les idées reçues par peur du ridicule. Il ambitionnait le renom d'original et réglait tous les actes de sa vie en vue de la galerie. Il y réussit si bien que sa réputation le gênait parfois plus qu'elle ne le flattait. On lui prêta même plus d'extravagances qu'il n'en commettait, c'est le lot fatal de tous ceux qui sortent de la raison, de la logique et des convenances.
Grimod est un fantasque par vanité et un gourmand par goût et par nécessité. Ruiné par la Révolution il se fit écrivain gastronomique,pour gagner sa vie d'abord et pour l'engraisser surtout d'excellents repas, aux dépens des marchands et des producteurs qui lui envoyaient leurs nouveautés gastronomiques. Il avait institué des dîners de dégustation avec un jury dégustateur et un organe littéraire, l'Almanach, qui enregistrait les sentences et les appréciations des juges-dégustateurs. De toutes ses œuvres, assez nombreuses, celles qui traitent de la gourmandise sont les plus recherchées et les mieux appréciées.
Monselet, un autre gourmand, mais plus fin et plus spirituel, a ressuscité, pendant quelques années, dans des Almanachs portant le même titre, ces traditions de gastronomie littéraire : ii s'est fait l'abbé aimable et galant de cette église bedonnante dont Grimod a été l'évêque grave et convaincu.
— Alambic (1') littéraire, ou Analyses raisonnées d'un grand nombre d'ouvrages publiés récemment. Paris, 1803, 2 vol. in-8. (Alvarès 1858, dem. rel. 8 fr. 50 ; Cliossonnery, 1888, br. 7 fi\)
— Almanagh des gourmands, ou Calendrier nutritif, servant de guide dans les moyens de faire excellente chère ; suivi de l'itinéraire d'un gourmand dans différents quartiers de Paris, et de quelques variétés morales, apéritives et alimentaires, anecdotes gourmandes, etc. Paris, Maradan, 1803-12, 8 vol. in-18, frontisp. grav.
Collection complote peu commune.
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178 GHIMOUARD.
— Classiques (les) de la table. Paris, Dentu, 1844, in-8, fig. (Sainte- Beuve, 1870, br. G fr. 50).
Voir à Brillât-Savarin, tome II, principal auteur de ce livre.
— Manuel des amphytrions, contenant un traité de la dissection des viandes à table, la nomenclature des menus les plus nouveaux. Paris, 1808, in-8, 16 pi. (Techener, 1869, br. 6 fr. ; Dufossé, 1885, dem. rel. 4 fr. 50.)
— Tableau de Lyon en 1786, adressé sous forme de lettres à Mercier. Lyon, 1843, in-8. (Bachelin-Deflorenne, cart. 3 fr.)
GRIMOUARD de Saint-Laurent (Henri-Julien), né à Vouvant, Vendée, le 11 juillet 1814. Ses études archéologiques portent principalement sur l'art chrétien, dont il a formulé les règles et les théories pratiques au point de vue d'une orthodoxie stricte et sévère.
— Animaux (les) modèles à l'école des saints. Poitiers, Oudin, 1861, in-8, 1 fr. 50.
— Art chrétien primitif, le Christ triomphant et le don de Dieu. Etude sur une série de nombreux monuments des premiers siècles. Paris, Pringnet, 1858, in-S, 2 fr.
Estr. de la Revue de l'Art chrétien.
— Bouquets de fleurs de la vie des saints. Fleurs de sainte enfance. Paris, Douniol, 1859, 2 vol. in-8, 19 grav. 12 fr.
— Mêmes. Paris, Douniol, 1859, 2 vol. in- 12, 8 fr.
— Ennemis (les) de Dieu et de l'Eglise. Méditations et aperçus historiques sur les combats de l'Eglise et ses victoires. Paris, Palmé, 1862, in-8, 1 fr. 50.
— Guide de l'art chrétien. Paris, Didron et Poitiers, Oudin, 1S72-7Ù, 6 vol. in-8, fig. 60 fr.
— Iconographie (de 1') de saint Jean-Baptiste. Paris, Putois-Cretté, 1867, in-8, 45 pp. fig. 2 fr. 50.
— Images (les) du Sacré-Cœur. Paris, 1880, in-8.
— Manuel de l'art chrétien ; études d'esthétique et d'iconographie. Paris, Oudin, 1878, gr. in-8, 31 pi. et 232 vign. 15 fr. (Féchoz, 1887, dem. m. 18 iv.)
— Nu (du) dans l'art chrétien. Paris, Blériot, 1860, in-S.
— Quelques (de) singularités dans la représentation de la nativité de N. S. Arras, Laroche, 1881, in-8.
— Questions sur la noblesse. Nantes, Forest, 1861, in-S.
ORTNGOIIR. ÎT'.I
— Saints (les), patrons de l'enfance. Tours, Marne, 1885, in-18, 1 fr.
— Saints (les), patrons de l'agriculture. Tours, Marne, 1885, in-18 1 fr.
— Trois fleurs dominicaines à l'époque de la Renaissance ; vie de la B. Colombe de Rieti. Paris, Oudin, 1879, in-18, 3 fr. 50.
— Vie de la vénérable Clotilde de France, reine de Sardaigne. Paris, Oudin, 1883, in-18, 3 fr.
GRINGORE ou GRINGOIRE (Pierre), son nom était Gringon, né à Caen, vers 1475 et mort vers 1544. Ce poète des Enfants-sanssouci, dont il devint la Mère Sotte, seconde dignité de cette société qui exploitait sur son théâtre des mystères et des soties, eut la hardiesse de fronder, dans ses pièces, les vices des différents états, mais surtout ceux du clergé et de la noblesse. Il est peut-être le créateur de la comédie politique en France. Ses farces ont de la finesse, ses soties de la vigueur et ses comédies politiques une satire tellement vive et audacieuse qu'on le compare à Aristophane qui, en pleine démocratie, sifflait impitoyablement le Peuple, et ne se faisait pardonner son audace qu'à force d'esprit et de gaieté. Toutes ses œuvres : poèmes, mystères, mo ralités, soties, farces, offrent un singulier mélange de malice et de bonhommie, de gaieté et de gravité, de foi naïve et d'humeur frondeuse ; elles sont un reflet fidèle de l'esprit de cette époque. Il prenait hardiment et sérieusement son rôle de Mère sotte et lançait, comme un défi, sa convocation satirique au public.
Sotz lunatiques, sotz estourdis, sotz sages.
Sotz de villes, de ehasteaulx, de villages,
Sotz rassotés, sotz nyais, sotz subtilz,
Sotz amoureux, sotz privez, sotz sauvages,
Sotz vieux, nouveaux et sotz de toutes âges,
Sotz barbares, estrangerj et gentilz,
Sotz raisonnables, sotz pervers, sotz restifz ;
Vostre prince, sans nulles intervalles,
Le mardy gras, jouera ses jeux aux Halles.
— Blazon (lej des hérétiques. Chartres, Garnier et Paris, Techener, 1S32, in-S, 31 pp. frontisp. sur bois. (Bibliothèque poétique d'un amateur, 1869, dem. m. 10 fr. ; Chossonnery, 1879, dem. v. 6 fr. ; Ritti, 1880, cart. 8 fr.)
Réimpress. à 66 exempl. dont 6 sur pap. vélin et 6 sur pap. de différentes couleurs. Voir à Blazon.
— Chasse (la) du cerf des cerfz, s. 1. n. d. (Paris, Pinard, 1829), petit in-8 goth. de 8 ff. fig. sur bois, 16 fr. (Bibliothèque poét. d'un amateur, 1869, un des 2 ex. peau de vélin, m. pi. 200 fr. ; Chossonnery, 1879, un des 4 ex. pap. ch. rose, br. G fr.)