‹ Bibliographie contemporaineChapitre 56 sur 143 · BARBAZAN. — BARBET · texte numérisé non relu

BARBAZAN. — BARBET

De Barante a écrit de nombreux ouvr. son Histoire de la Convention nationale, Paris 1851-53, 6 vol. in-S — et celle du Directoire de la République française, 1855, 3 vol. in-8 — ses Mélanges historiques et littéraires, Paris, 1836, 3 vol. in-8, mais peu recherchés des bibliophiles, iU entrent plutôt dans les bibliothèques de travail.

BARBAZAN, (Et. de) né à Saint-Fargeau en Puysaye, Yonne, en 1696, mort à Paris en 1770.

— Fabliaux et contes des poètes fraDfjais des XI, XII, XIII, XIV et XV^ siècles, tirés des meilleurs auteurs, publiés par Barbazan, nouv. édit. revue et augm. par Jléon. Paris, Warée (impr. Crapeletj 1808 4 vol. in-8, ûf^. (Bouju, 1868 dem. r. avec deux suites de fig. avant et avec la lettre, 110 fr. ; Bibliothèque poétique d'un amateur, 1869, v. m. 60 fr. ; Fontaine, 1870, dem. mar. 80 fr. ; Sainte-Beuve, même année, br. 50 fr. ; Labitte, 1871, mar. cit. 51 fr., Pillet, 1877, br. 70 fr. ; Rouquette, 1879, br. 50 fr.)

Ouvrage publié à 36 fr. sur pap. ord. à 40 fr. sur papier fin et à quelques ex. seulement en gr. pap. de holl. avec fig. avant la lettre. On ajoute ordinairement à cette édit. les deux Ojivr. suivants :

— Nouveau recueil de contes, dits, fabliaux, et autres pièces pour faire suite aux collections Legrand d'Aussy, Barbazan et iMéon, mis au jour pour la première fois par A. Jubinal. Paris, Ed. Pannier, 1839, 2 vol. gr. in-8.

Tiré à 20 ex. ::r. pap. de hollande.

— Nouveau recueil de fabliaux el contes inédits des poètes français des XII'', Xlile, XlVe et X\'e siècles, publié par Méon. Paris, Chasseriau (impr. Crapeletj 1823, 2 a-oI. gr. in-8, fig. (Sainte-Beuve, 1870, v. f. 32 fr. ; Bouju, 1868, dem. r. pap. vél. 54 fr. ; Morgand et Fatout, 1878, gr. pap. de holl. dem. mar. avec trois suites: eaux-fortes, avant et avec la lettre, les 2 vol. réunis aux 4 des Fabliaux, 450 fr.)

Les amateurs recherchent surtout dans ces trois ouvrages les ex. en gr. papier de ■JF- holl. avec fig. avant la lettre, les autres pourtnnt ne sont pas à mépriser et tiemlront,

de plus en plus, dans les ventes un prix élevé.

BARBET (V. R.) auteur galant de l'école de Desforges et de Nerciat,

— Lettres du marquis de Fronsac, fils du duc de Richelieu, au chevalier de Dumas, ou son Histoire de quelques mois à la cour de Russie (Londres; s. n. Paris, 1801, 1802, 2 vol. in 12, portr.

Rare, à classer dans les ouvrages lestes frisant le libertinage.

— Mariage (le) malheureux, ou Mathurin et .Madeleine, histoire véritable. Paris, Lelong, 1815, 3 vol. in-12 (Pigoreau, 1821, br. 7 fr. 60.)

Même remarque que pour le précédent.

B.\RBET de Jouy (Henri) né à Canleleu près Rouen le 16 juil. let 1812, mort en décembre 1872.

— Della. Robia (les), sculpteurs eu terre émaiUée, étude sur leurs travaux, suivie d'un catalogue de leurs œuvres. Paris, 1SS5, ia-12 (Asselineau, 1875, dem. mar. 10 fr. : Baur, 1876, br. 15 tr.)

— Etude sur les fontes du Primatice. Paris, Renouard, 1860 in-8 (vente du mis. Je Laborde, 1871, br. 1 fr.)

— Gemmes fies) et joyaux de la couronne, publiés et expliqués par H. Barbet de Jouj'. Paris, 1865 in-fol., 60 eaux-fortes de Jacquemart, d'après les originaux. ('Morgand et Fatout, 1878, mar. pi. ChamboUe- Duru, eaux-fortes av. la lettre, GOO fr. ; mêmes, 1883, en feuilles, 250 fr.)

— Mosaïque (des) chrétiennes, des basiliques et des églises de Rome décrites et expliquées. Paris, Didron, 1857, in-8. (Dorbon, 1881, br. 4 fr.)

BARBEY (Jules-Amédée) dit d'Aurevilly, du nom d'une propriété qu'il possède à Saint-Sauveur-le- Vicomte, où il est né le 2 novembre 1808. Barbey est d'Aurevilly comme Eugène Jacquot était de Mirecourt, à celte difTérence près que de Mirecourt s'était défait de Jacquot et que d'Aurevilly conserve Barbey.

Certains noms, souvent sans rime ni raison, charrient dans nos souvenirs des analogies étranges et associent les contradictions les plus fantasques, Barbey, par un de ces efTets sans cause, me jette continuellement dans les jambes le chien d'Alcibiade, je ne peux les séparer, l'un me cauchemarde de l'autre. Une queue les réunit dans mes lapsus historiques. Alcibiade, ce grec vaniteux, fit couper la queue de son barbet, d'Aurevilly, non moins vaniteux mais plus conservateur, a attaché un titre à la queue du sien. Nous souhaitons à cette queue moderne, frétillante d'orgueil et triomphante de noblesse normande, de vivre aussi longtemps dans l'histoire qu'a déjà vécue cette autre queue antique sacrifiée à la vanité d'un jour. En attendant les munificences de la postérité nous espérons qu'une certaine société qui a la noble mission de récompenser les saints Vincents-de-Paul des... bêtes, voudra bien, pour cet acte d'humanité, accorder une médaille à Barbey d'Aurevilly.

Barbey, a, dit-on, quelq'ies admirateurs, beaucoup d'ennemis et pas un seul ami, il le mérite. Son talent incomparable de styliste consommé a groupé autour de lui des admirateurs enthousiastes, sa critique amère, enGévrée, bavante et souvent injuste a soulevé de nombreures colères et des ripostes peu mesurées mais l'orgueil et l'égoïsme de ce moi qui n'admire et n'aime que lui-même a écarté tout amour et toute amitié de son chemin solitaire. Aussi, bien qu'il «oit poète, romancier, critique, journaliste, il est surtout éreinteur. 11 est le prince des tombeurs litlé-

ruires. Il a les âcretés, les haines de la vanité non satisfaite, les jalousies mordantes et cruelles de l'orgueil impuissant , c'est le nihiliste littéraire : il détruit parce qu'il veut être seul. N'a-t-il pas écrit, quelque part, dans le Nain Jaune : <( C'est moi Barbey d'Aurevilly l'Idiot, l'homme des murailles de Paris,.... c'est moi, dont la seule fonction, en ce monde, est d'éreinter les gens, disent les reins plaintifs que j'ai touchés et les autres que je toucherai plus tard, — les reins à pressentiments, — les reins intuitifs. » On prétend que ce fort... en plume, porte corset, se teint les cheveux, se peint les lèvres, répare les ruines de son front, relève les effondrements de ses joues, étaye les ailes tombantes de son nez ; qu'en un mot, il refait, tous les jours, longuement, laborieusement, savamment, pour lui et pour les autres, le Barbey triomphant, le Barbey fondant, d'il y a cinquante ans, c'est possible, et peu m'importe, ce n'est qu'un ridicule dont il doit compte à son miroir, je ne relève ce travers que parce qu'il peint l'écrivain et nous donne le secret de son faire littéraire. Le mot de Buffon est ici typique: le style c'est l'homme ou plutôt Thomme, c'est le style. Je ne suis le bedeau d'aucun dieu littéraire et ne me sens aucune disposition au métier de garçon d'admiration, on aurait tort de m'accuser de haine ou de sympathie. Je ne connais ceux qu'on nomme les célèbres du jour que par leurs livres quand ils tombent dans le domaine de la curiosité. Ce domaine a ses règles et ses habitudes, indépendantes des règles et des habitudes acceptées dans le commun des liseurs ou des acheteurs. Donc, tant pis pour qui se fâcherait de nos appréciations... bibliographiques destinées à quelques élus. Un chat est un chat pour tout le monde, mais il n'est le nôtre que s'il a un défaut ou une qualité qui le distingue des autres, il faut qu'il soit ou plus grand ou plus petit etc., que les chats ordinaires. Ceci dit, Barbey fait notre affaire, c'est lui chat exceptionnel. Je le fâche, moins ainsi, qu'en le confondant avec un chat... qui miaule comme tous ses confrères la même langue. Prenons une citation dans la Vieille maîtresse, son chefd'œuvre de miaulement mystico-érotique et jugez s'il ne mérite pas... une place parmi les excentriques : « Ce front envahi par une chevelure mal plantée, ce front d'esclave étroit entêté, ténébreux, grossit, grandit et commande au visage. Ce nez commencé par un peintre kalmouck, finit en narines entr'ouvertes, fines, palpitantes, comme le ciseau grec en eût prêté à la statue du Désir. Ses yeux emplis par des prunelles d'une largeur extraordinaire s'avivent d'une clarté qui brûle le jour... Sa jambe est une jambe de promesse et de perdition, tournée pour faire vibrer dans les plus folles de l'amour le carillon de tous les gre-

lots de la fantaisie, et autour de laquelle rimagination émoustillée... » Allez, imaginations émoustillées, autant que vous carillonniez les grelots de la fantaisie, autour de cette jambe de perdition et que vous montiez... vous n'irez pas plus loin que cet écrivain de sacristie veut vous faire aller.

D'aucuns, devant ces prétentions plâtrées de vieille maîtresse, ces façons galantes et violemment parfumées de neutre et surtout cette exubérance de gravelures savamment pimentées, jugent que ce ne peut être que les restes mal éteints d'une passion inassouvie ou les efforts... impuissants d'un chantre de la chapelle Sixtine. Nous ne voulons pas d'autre juge pour Barbey que Barbey lui-même. Le Gil Blas du 4 novembre 1883 prononcera la sentence. « L'idéal du romancier comme de tous les écrivains qui touchent à la nature humaine, c'est de la pénétrer avec profondeur et de l'exprimer avec éclat en l'agrandissant avec l'âme ou le génie qu'on a; on fait ce qu'on peut. Il n'y a pas de genres. Le roman ne s'emprisonne pas dans un genre. Il n'y a pas en roman de genre sentimental, de genre vertueux, de genre immoral, car l'immoralité est une tache en littérature, et la Morale et la Beauté dans les chefs-d'œuvre, sont des sœurs. Cette vieille distinction des genres est usée comme un vieux bas... >> Tout écrivain d'âme ou de génie, la littérature n'ayant plus de genre, n'a pas le droit de ne faire que ce qu'il peut, il doit faire des chef-d'œuvres ou la Morale et la Beauté soient 5(r?/7-5, ou sans cela il commet un mauvais livre, et par conséquent, une mauvaise action. La nature humaine que vous pénétrez avec profondeur et que vous exprimez avec éclat, vous ne la choisissez pas dans ses nobles et sublimes beautés, vous ne la creusez pas dans ses saintes aspirations et dans ses puissants devoirs, non, dans la Vieille maîtresse vous étalez la luxure blasée et fatiguée et néannioins non rassasiée dans ses hontes les plus mystérieuses et les plus canailles ; dans une Histoire sans nom, vous tartinez la passion crapuleuse et bestiale d'un moine qui se vautre dans la virginité inconsciente d'une somnambule ; dans Ce qui ne meurt pas, vous déshonorez l'amour, jeune, beau, poétique, en le jetant tour à tour, en le prostituant dans les bras de la mère et de la lllle. Sous le prétexte artistique de pénétrer profondément le vice et de l'exprimer avec éclat, êtes-vous siir, en le peignant avec des couleurs aussi vives, au lieu de le rendre méprisable, de ne pas l'avoir rendu plus désirable? Le tiu en plastique n'est pas le même que le cru en littérature. La stntue jaillit d'un jet, dans sa nudité virginale, et provoque l'admiration et non la sensualité. Le livre, au contraire, ne révèle un dénouement vertueux, souvent incertain, mal défini et parfois non indiqué, qu'après avoir len-

tement promené la curiosité du lecteur, à travers mille peintures scabreuses et sollicité l'attention par des mots hardis, des expressions alléchantes et des tableaux passionnés. Vous aurez entassé fumier sur fumier, fange sur fange, remué, chaufïe, alimenté, par les procédés les plus nouveaux et les plus habiles, les passions les plus dangereuses pendant 400 ou 500 pages, tout aura disparu dans ce submergement ordurier, et parce que vous aurez sacrifié une page, ur.e ligne, un mot a la vertu, vous croirez en être quitte avec la morale. Eh ! bien, vous faites beau ! Une goutte d'eau, si pure soit-elle, ne purifiera jamais un océan d'ordure. Un général, sous le prétexte de montrer son courage, son habileté et son adresse, a-t-il le droit de sacrifier une armée entière? Sa victoire, c'est-à-dire son orgueil satisfait, son chefd'œuvre, vaut-elle la vie, non pas la vie de plusieurs milliers d'hommes mais d'un seul ? On ne fait pas un livre vertueux comme on fait des petits pâtés chauds, mais de même qu'on n'est pas toujours forcé de faire des petits pâtés, pourquoi vous forcez-vous à fabriquer des romans... non vertueux? Quand on est honnête, on fait ce qu'on peut pour vivre, mais on ne descend pas sur le trottoir fangeux de l'érotisme et on n'exerce pas le raccrochage littéraire. Un exemple encore de ce parti-pris de de lubricité... documentaire et ce sera fini. Ce qui ne meurt pas, page 113 : « Le satin criait sous ses doigts et chatoyait comme électrique... 11 sentait la résistance du contour voluptueux de la hanche contre son flanc, à lui, labouré de mille aiguillons. Il était pâle, il était pourpre, puis il était pâle encore, et le bonheur respiré en faisait un enfant de la beauté sublime qu'on ne voit qu'une fois dans la vie, et qu'on ne reverra jamais plus ! Madame de Scudemor (la veuve de 42 ans, froide, blasée, fourbue par l'amour) le regardait avec ces yeux profonds qui creusent et allongent dans l'âme comme une spirale infinie. Mais il l'aimait tant qu'il semblait prendre un orgueilleux plaisir à défier ses perçants regards. Au plus perdu du fond du cœur d'Allan, elle pouvait se voir encore. Un vague sourire venait à ses lèvres tandis que le souffle d'Allan effleurait, au-dessus, la trace veloutée el brune qui n'a pas de nom chez la femme et qui redouble la fureur des baisers. Ce fut là que tomba le premier baiser de la bouche virginale du jeune homme. Ah ! ce premier baiser sur les lèvres d'une fernme, qui donc n'en a pas failli mourir?... Les autres, les mille autres qui suivirent, ruisselèrent jusque sur les épaules comme une pluie cinglante. Il n'interrompait ses dévorements de carceses que pour la regarder avec des yeux plus doux qu'un rêve. Pourquoi donc la caresse commence-t-elle et finit-elle par un regard?... Noué à elle à double étreinte, il la renversa

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sur le divan. Elle y tomba, résignée, plus noblement que la Romaine qui drapait sa tunique, à l'heure suprême, pour plus chastement mourir... Une seule fois l'amoureux Allan ne tiédit cet épiterme de la contagion des jouissances dont il se repaissait alors... Premiers et incomparables transports de la possession ! La sensation est indivisible et l'homme s'absorbe dans une formidable unité. Sans cela, qui achèverait le calice si la liqueur à moitié bue était sans parfums et glacée ?.... » J'arrête cette citation sur une demi-page mystérieuse de points, l'imagination peut boire, à longs traits, dans cette coupe des plaisirs si voluptueusement servie... C'est un chef-d'œuvre... d'immoralité.

Arétin,de Sade, Nerciat, Mirabeau etc., n'ont jamais offert àl'ap- ' petit des érotomanes des pages plus chaudes d'érotisme affriolant. Au reste, Barbey a fait écble et les prétendues études réalistes ne manqueront pas à la consommation des nombreux gourmets libidineux, ils n'ont que l'embarras du choix. Nana, Pot-bouille, la Fille Elisa, la Dame aux Camélias, Mademoiselle Giraud ma femme, la Femme de feu, Fanny, Une vieille maîtresse, le Prêtre marié etc., répondent suffisamment à tous les besoins et à toutes les exigences de l'appétit le plus sensuel. Au milieu de tous ces romans qui, pour affriander la pratique, déshonorent jusqu'à l'impudeur, où est l'homme de génie ; oîi sont les chefs-d'œuvre; où sont la Morale et la Beauté, ces sœurs siamoises? C'est traiter trop légèrement la Morale et la descendre au rôle de fille... publique, en supposant qu'une pincée de vertu jetée dans cet immense ragoût obscène, suffit pour le purifier.

Barbey d'Aurevilly, cet outrancier de l'encensoir, craint, diton, moins Dieu que le Diable, cela expliquerait le caractère et les œuvres de ce malédictin. Le méchant craint toujours plus méchant que lui et le Diable lui doit assez de services pour l'abandonner un jour à Dieu. Ainsi soit-il.

— Amour et haine, poésies politiques et autres. Caen, s. d. in 8. (Cat. Pincebourde, br. 8 fr. 50.)

Ce recueil de poésies doit être fort rare, car nous ne l'avons trouvé cité que dans un catalogue, s. d. de Pincebourde.

— Amour {VJ impossible, chronique parisienne. Paris, impr. E. B. Delanchy, 1841, in-8. (Baur, 1874, ex. multicolore, br. 24 fr. : Fontaine, même année, ex. impr. sur pap. de plus. coul. br. 10 fr. ; Asselineau, 1875, dem. mar. Lortic, 11 fr.)

Première édit. feu commune.

— Paris. Lévy, 1859, in-18. (Conquet, 18S3, br. 7 fr.) '

>— Bague (la) d'Annibal, Paris, Durey 1843, in-16 carré, (.^sselineau,

1875, pap. vergé, dem. mar. n. rog. 4 fr. 50; Roiiquette, 1870, br. 20 fr. ; Sardou, même année, br. 15 fr. ; Lepin, 1880, br. 25 fr; Porquet, 1884, un des 25 ex. pap. holl. br. 27 fr.^

Edit. très-rare tirée à 150 ex., dit-on, en tous cas peu commune.

— Bas-bleus. Paris, 1877, in-18.

Cet ouvrage épuisé complète les teuvres et les Lommes du XIX» siècle, Paris Amvot, 1861-65, 4 vol. in-18.

— Ce qui ne meurt pas, Paris, Lemerre, 188i, petit in-12, pap. vélin, teinté. (Brasseur, 1884, br. 4 fr. 50.)

Un amour enragé de jeune homme de dix-sept ans qui se rafraîchit deux ans, dans la glace charitable d'une chair indifférente d'une veuve de quarante ans et finit, au bout d'une saison, par s'éteindre de lassitude et de remords, dans les bras fougueux d'une vierge de seize ans, en laissant à chacune d'elles : à la mère, maîtresse encore convoitée, et à la fille, épouse dédaignée, deux sœurs incestueuses, deux fruits jumeaux tombés de deux branches sous l'effort criminel du même homme qui croit satisfaire assez à la morale, ea se dévouant à son premier enfant né de sa belle-mère, voilà le thème étranga, compliqué, passionnant, délayé dans un volu'ne de 415 pages. Ce livre n'est pas un roman, n'est pas une étude, c'est, ou l'épigramme étincelante d'esprit et flamboyante de style de l'homme qui ne sait de l'amour que ses erreurs ou ses violences, ou la délectation voluptueuse d'un jouisseur qui rêve, tout haut, à soixante quinze ans les folies galantes qu'il eût voulu commettre à vingt. Le livre est la manifestation extérieure de l'intérieur de l'homme, il est plus qu'Eve pour cet Adam littéraire, il est son sang, sa chair, son âme, il est lui, tant pis pour Vauteur, qui se trahit dans ce lui. Barbey d'Aurevilly, dans toutes ses œuvres, n'a eu qu'une maîtresse préférée, dont les autres sont des variantes, des pastiches, des souvenirs : sa vieille maîtresse.

— Chevalier (le) Destouches, Paris, Lévy, 1864 gr. in-18. (Conquet, 1878, br. 3 fr. 50 ; Sardou à Bruxelles, 1879, 3 fr. 50 : Rouquette, 1882, br. couv. impr. 5 fr.j — Paris, Lemerre, s. d. petit in-12, pap. vélin teinté, 6 eaux-fortes dess. et grav. par Buhot, (l'ouvrage seul se vend 6 fr. et les eaux-fortes séparées, 10 îr.)

Roman de chouannerie écrit à la diable.

Dandysme (dul et de G. Brummei, Caen, B. Mancel, 1845, in-16 carré. CMeugnot, 1861, mar. pi. Cape, 25 fr. : Liepmannssohn, 1870, br. 10 fr. 50 ; Monselet, 1875, br. n. rog. 4 fr. ; Voisin, 1873, br. 8 fr. ; Baur, 1874, br. 15 fr.)

Edit, orig. tirée à 30 ex. seulement sur pap. vergé. L'auteur, au reste, dit de cette

édit. dans la préface de la deuxième : « Tiré à quelques ex., ce vol. fut donné, il y a plusieurs années, de la main & la main, à quelques personnes, et celte publicité intime et mystérieuse lui porta bonheur. »

— Paris, Poulet-Malassi3, 18CI, iQ-32. (Asselineaii, 1875, im des H ex. pap. vergé, br. 4 fr. ; Conquel, 1878, br. 3 fr. ; même, 1881, br. 3 fr. 50 ; Rouquette, 1879, br. 4 fr.)

Cette deuxième édit. tirée à petit nombre sur pap. vélin contient quelques particularités qui n'existent pas dans la première, Tune, notamment, a trait à quelques singularités de sa vie, à ses réceptions imaginaires et à ses hallucinations, lors de son dernier séjour à Cacn.

— Troisième édit. Paris, Lemerre, 1879, ia-12 pap. vél. leiaté avec 2 portraits: de Brumrael et de Barbey à vingt ans. (Conquet, 1883, br. 2 fr. 50.)

« c'est la statuette, écrit l'auteur dans la dédicace de la deuxième édit. à C. Daly. d'un homme qui ne mérite guère que d'être représenté en statuette : curiosité de mipurs et d'histoire, bonne à mettre sur l'étagère de votre cabinet de travail. Brumniel n'appartient pas à l'bistoire politique de l'Angleterre. Il y touche par ses liaisons, mais il n'y entre pas. Sa place est dans une histoire plus haute, plus générale et jlus difficile à écrire, l'histoire des mœurs anglaises... J'aime à vous dédier cette étude sur un homme qui tira sa célébrité de son élégance. »

— Deux Rhythmes oubliés, s. n. Caen, Hardel, 1857, in-16 carré, pap. vergé, titre en couleur. (Pincebourde, 1870, br. 15 fr. ; Baur, 1875, br. 20 fr. ; Asselineau, même année, dem. mar. n. rog. Lortic, 8 fr. 50.)

Ces deux poèmes en prose : le Laocoon, Les Yeux caméléons, ont été, par les soins de Trébutien, tirés à 36 ex. seulement ; c'est leur donner un passe-port de rareté et de curiosité dont ne manqueront pas d'abuser les amateurs,

— Diaboliques (les), Paris, Dentu, 1874, in-18 jés. 354 pp. (BuUet. du bouquiniste, 1879, br. 12 fr. : LefiUeul, 1880, br. 25 fr. ; Du fossé, 1882, 20 fr. ; Conquet, 1883, br. couv. impr. 35 fr. ; Sardou à Bruxelles, 1884, br. 30 fr; Porquet, 1884, br. 27 fr.)

Ce recueil de nouvelles, bien que fortement pimenté en haulte et moult savoureuse, f/raisse, n'eût, peut-être pas plus, sollicité l'appétit sensuel que la Vieille raaitressg^ si une saisie de parquet ne fut venue à propos en relever le montant. Sur 2, 200 bk. tirés, le parquet en saisit 480 ch 'Z le brocheur et du consentement de l'auteur et de l'éditeur les livra au pilon. Cet heureux sacrifice arrêta les poursuites, activa la vente et donna un prix élevé... à un ouvrage plus curieux que rare.

— Dix-huit et dix-neuf mai 1833, ou Procès de M. Léon d'Aurevilly, rédacteur en chef de Momus normand et compte-rendu du banquet qui lui a été offert par les jeunes gens de la ville de Caen. Caen, 1833, br. in-8. (Pincebourde, cat. n» 25, br. 3 fr. 50.)

Broch. très-rare.

- EnsoRCKLÉE (!'), Paris, 1855, 2 vol. in-8. (Baur, 1875, br. 20 fr.; Arnould, 1879, br. 15 fr. : Belin, 1877, br. couv. impr. 15 fr.)

Edit. orig. très-rare.

rarbey, 143

— Paris, librairie nouvelle, ISaS, in-12. (Cùiiqiiet, 1876, br, 3 fr, .'JO ; Dufossé, 1883, br. 6 fr. ; Ressayre, 1883, br. 7 fr.)

Des ex. de la mi'me cJit. portent fouvent, 1S59 au lieu de 1S5S.

— Paris, Lemerre, 1873, in-12, portr. de l'aut. par Rajon et 7 eauxfortes dess. et gr. par Fél. Bubot. (Conquet, 1876, br. 8 fr. ; Arnould 1879, un des 20 ex. pap. chine, 28 fr.)

L'ouvr. seul arec portr. a été publié à 6 fr. : et avec les 7 eaux-fortes ù 16 fr.)

— Eugénie de Guérin, Caeu, 1855 in-12. (Belin, 1878, pap. vergé, br. 10 fr.)

Ouvr. très-rare.

— Goethe et Diderot, Paris. Dentu, 1880, in-18 jés. (Conquet, 1882, br. couv. impr. 4 fr.^

Le titre semble annoncer un parallèle entre les deux écrivains, mais telle n'est pas la pensée du critique qui, dans deux éludes spéciales, distribue à chacun ses coups de boutoir les plus furieux. Il faut avouer pourtant que l'auteur allemanfl est le moins ménagé et que tout patriotisme à part, il accorde ses préférences,., littéraires à l'écrivain français. Il y a de belles et digpes pages qui sonnent largement et dignement français. On peut pardonner un coup de dent à qui joue si bien de la mâchoire contre nos ennemis. Pourtant, à votre âge, soyez prudent, Barbey, aboyez mais no mordez plus.

— Histoire (unej sans nom, Paris, Lemerre, 1882, petit in-12. (Dorbon, 1883, 2 fr. 50 ; Rouquette, mAme année, br. 4 fr. ; Brasseur, 18S4, br. 4 fr. 50.)

Ce roman déjà donné dans le Gil Blas confirme le genre clerico-graveleux de l'auteur des Diaboliques, de la Vieille maîtresse, etc. Un capucin, et de la vieille école grivoise, le chenapan, va prêcher, vers 1784, un carême dans un village. Le château habité par une austère veuve, la baronne de Ferjoi et sa jeune et rêveuse fille, Lasthénie, donne asile au P. Riculf. Que se passât-il dans cette pieuse quarantaine, le moine sût-il ramener à la grâce des brebis égarées ; persuader la résignation à des veuves rétives, de la patience à des vierges trop précoces ? L'auteur a la cruauté de nous enlever ces doutes religieux, en nous apprenant, que neuf mois après ce saint temps de pénitence... Lasthénie acccouchait mystérieusement... d'un enfant... de capucin. Y a-t-il, au moins, de l'intrigue, de Yaclion, dans ce roman... de mœurs ? Non, c'est tout bêtement ou tout salement, un moine égrillard qui reçoit l'hospitalité chrétienne et qui, là, près de la more, sur un escalier, après un plantureux repas, engrosse bestialement une jeune fille endormie. Le style, c'est-à-dire la sauce ne sauve pas le poisson, au contraire il le pimente de toutes les crudités d'un langage savoureusement mystique. C'est friand

comme une sucrerie de nonne confite en gourmandise. Barbey est catholique, dit-on, à tous crins, je le crois, on n'est jamais sali que par les siens.

— Mémorandum, s. n. Caen, impr. Hardel, 1856, in-16 carré. (Porquet, 1868, 2 fr. ; Voisin, 1873, br. 8 fr. ; Asselineau, 1875, br. 5 fr. 50; Rouquette, 1880, br. 10; Porquet, 1884, br. 32 fr.)

— Misérables ('les) de V. Hugo. Paris, 1862. ia-18, couv. impr. en rouge. (Laporte, 1874, br. 2 fr. ; Rouquette, 1882, br. couv. impr. 3 fr.)

Ereintement en règle contre V, Hugo. Lo roi des toml)eurs littéraires conclut son pamphlet par ces mots : « Los Misérables ne sont pas un beau livre et de plus c'est une mauvaise action. »

— Notice sur J.-M. Audin. Paris, 1856, gr. ia-8, portrait. (Baur, 1874, br. 4 fr.)

Brochure peu commune.

— Poésies. Caen, impr. Hardel, 1854, in-16 carré. (Asselineau, 1875, m. pi. 45 fr.;

Ces poésies rarissimes parues sans titre comprennent 54 pp., on lit sur la deuxième, impr. par les soins de G... s. Trébulien, chez Hardel, Caen, 1854. La troisième est illustrée d'armes parlantes : deux barbeaux ou barbillons, armes... fantaisistes de l'auteur. Ce recueil renferme douze pièces de vers, la dernière : la Maîtresse rousse, a été. sous le titre de l'Eau-de-vie, réimprimée dans un recueil de vers... panographiques qu'on ne nomme qu'en rougissant :

... Ah ! l'oubli ! quel repos quand notre âme est lassée ! Endors-toi dans ses bras sans rêver, ni souffrir... Je ne veux rien de toi... pas même une pensée '... Voilà pourquoi je veux partir !

Car il est, tu le sais, ô femme abandonnée, Un voyageur plus vieux, plus sans pitié que moi, Et ce n'est pas un jour, quelques mois, une année. Mais c est tout qu'il doit prendre aux autres comme à toi ! Tels que des épis d'or sciés d'une main avide, Il prend beauté, bonheur, et jusqu'au souvenir. Fait sa gerbe, et s'en va du champ qu'il laisse aride... Voilà pourquoi je veux partir !

N'eùt-on que le respect de celle qui fut belle, H faudrait s'épargner de la voir se flétrir. Puisque Dieu ne veut pas qu'elle soit immortelle 1 Voilà pourquoi je veux partir !

— Poésies commentées par lui-même, s. 1. ni nom (Bruxelles, Poulet- Malassis), 1870, gr. in-8, pap. vergé, tit. r. et n. (Baur, 1874, br. couv. impr. 13 fr. ; Asselineau, 1875, br. 11 fr. ; Lemonnyer, 1879, br. 20 fr. ; Conquet, 1883, br. 50 fr.)

Cette réimpression îles Poésies précédentes a été tirée par les soins û'insignis Nebulo (Poulet-Malassis) à 92 ex. pap. de hollande. Les piquantes indiscrétions que le nouvel éditeur a semées dans ces galantes et joyeuses aînées des Diaboliques a rendu cette nouvelle et luxueuse édit. aussi rare et aussi recherchée que la première.

— Prêtre (un) marié, Paris, Faure, 1S64, 2 vol. in-18 jés. fRouquette, 1873, pap. vergé, br. 15 fr. ; Sapin, 1880, br. 10 fr. ; Conquet, 1881, br. couv. impr. 14 fr,)

Ce roman a d'abord été donné dans le journal Le Pays, c'est pour ce motif, sans doute, qu'il porte l'indication deuxième édit.

— Troisième édit. Paris, Lemerre, 1874, 2 vol. petit in-12, pap. teinté.

Edit, elzévirienne publiée à 10 fr,")

— Prophètes (les) du passé, Paris, L, Hervé, 1851, in-16 carré, xxxvi- 160 pp. (Chaude, 1867, dem. rel. s. n. rog. 14 fr. 50 ; Asselineau, 1875, br. n. rog. 5 fr. 50; Saint-Denis et iMalIet, 1882, br. couv. impr. 6 fr. Porquet, 1884, br. 35 fr.)

Cette première édit. est dédiée à madame la baronne Amaury de Maistre.

— Paris, librairie nouvelle, 1860, iQ-18 jés. 222 pp. (Sardou à Bruxelles, 1879, br. 3 fr. 50; Laporte, 1880, br. 5 fr. 50; Sapin, 1881, 10 fr. ; Conquet, 1883, br. 4 fr.)

— Paris, Palmé, 1880, in-12, 330 pp.

Sous ce titre : les Prophètes du passé, l'auteur a donné des études sur J. de Maistre, de Bonald, Chateaubriand et Lamennais.

— Quarante (les) médaillons de l'académie. Paris, Dentu, 1864, in-18, couv. impr. eu rouge. (Baur, 1874, br. 3 fr. 50 ; Laporte, même année, br. 5 fr. 50 ; Sardou à Bruxelles, 1882, br. 3 fr.; Lefîlleul, 1883, br. 4 fr. ; Rouquette, même année, br. 4 fr.)

Ces médaillons peu flattés ont d'abord paru dans le Nain Jaune sous le pseudonyme Old. NoU, le quarantième seul porte la signature de Barbey d'Aurevilly.

Le critique a eu soin, dès cette époque, de déposer sa carte de visite de candidat académicien en l'agrémentant des compliments suivants : p. 60, vieux pot à cornichons, p. 103, havre de vieux hérons malades ; etc.

— Ridicules (les,) du temps, Paris, Rouveyre et Blond, 1883, in-12. (Rouquette, 1883, br. 4 fr. : Brasseur, 1884, cart. 4 fr. 50.)

Des ex, portent la désignation deuxième et troisième édit. C'est le même tirage que la première avec un nouveau titre.

— Vieille (une) maîtresse. Paris, A, Cadot, 1851, 3 vol. in-8. (Liepmannssohn, 1870, br. 35 fr. ; Baur, 1874, br. 13 fr. ; Henaux, 1877, br. 15.fr. ; Rouquette, 1881, br. couv. impr. 22 fr. ; même, 1883, br. 80 fr. ; Morgaud,1882,gr.pap.br.l00 fr. ; Porquet,1884,carl.n.rog.l60fr.)

Edition originale d'un roman scabreux dont le texte a été profondément remanié dans les éditions suivantes. L'écrivain s'est peut-être proposé un but honnête et mo-

1 4G BARBEY. — BARniER.

r.il, en roulant doiiniM- j\ la ooiriiption ahsahn' du tsinps prrspnl, l'énpi'giqiio repoussoir «l'une corruption relative et d'une corruption d'autant plu? monstrueuse qu'elle salit... jusqu'aux clieveux blancs. Pour uno vieille maîtresse de moins que feront détester et fuir CCS pages chaudes de luxure combien de jeunes de plus n'en feront-elles pas entretenir ! On cassera aux gages une vieille garde qui toujours se rend et jamais ne meurt mais on montera plus luxueusement et plus effrontément les jeunes volontaires diî l'amour. Ce livre n'est ni une belle, ni une bonne action... littéraire, c'est la confession impudique, insolente et rageuse d'une vieille Madeleine qui ne pouvant plus commettre des fautes enviées se donne le plaisir de les raconter. C'est la pénitente aux abois qui ne trouvant plus de complices veut encore... allumer le confesseur.

— Deuxième édit. Paris, Cadot, I808, in-lS. (Belio, 1877, br. 4 fr. no.)

Celle deuxième édit, augmentée d'une nouvelle préface mais diminuée de plusieurs passages et de nombreuses expressions trop risqués, n'est pas trés-coramune.

— Paris, Faure, 1866, ia-18, 404 pp. (Sapin, 1880, br, 6 fr. 50.)

— Paris, Lemerre, 1874, 2 vol. petit in-12 pap. teinté, 11 eaux-fortes dessin, et grav. par Fél. Buhot. (Conquet, 187G, br. 18 fr. ; Arnould, 1879, un des 20 ex. pap. chine, br. 56 fr.)

Relie édit. dont il a été tirée quelques ex. pap. de hoU. et pap. chine.

— Uix-NEuviÈME siècle. Les OEuvres et les hommes. Paris, Amyot, 1861-65, 4 vol. in-18. (Dorbon, 1879, br, la fr. ; Foulard, 1880. br. 2ï> fr. ; Conquet, 1881, br. 15 fr.)

Ouvrage recherché et peu commun avec : les Bas-Bleus. 1877, in-18, qui forme le complément de ces critiques souvent partiales mais très-eurieuses comme style et comme appréciation. Barbey d'Aurevilly n'est pas un éreinteur ordinaire, il fait le métier avec une telle bonne foi qu'il l'a presque élevé à la hauteur d'un sacerdoce. Il frappe faux quelquefois, il se bleuit même les tibias croyant, dans sa rage, cingler ceux de ses adversaires, mais enfin, il frappe, ... l'imprudent, au risque de briser... son miroir.

BARBEY d'Aurevilly, (l'abbé, L.) frère du précédent écrivain.

— RosA mystica, par un missionnaire. Caen, 1856, in-lG, pap. vergé (Baur, 1874, br. 5 fr,)

Ouvrage tiré à petit nombre, par les soins de Trébulien, bibliothécaire ù Caen,

BARBIER (le) optimiste (par Chainponnior, revu par Gobet), Paris, 1814, in-18 (cat. M***aréchal, 1850, 3 fr. 50.)

Tiré à petit nombre. Poésie satirique sous une allure burlesque.

BARBIER (Ant.-Alex.) né à Coulomnaiers (Seine et Marne) le 11 janvier 1705, mort à Paris le 25 décembre 1S!."5. Avant de devenir un bibliographe distingué et un excellent père de famille, Barbier fut d'abord prêtre et, après avoir prêté serment à la Constitution, fut nommé curé à la Ferté-sous-Jouarre. Il conserva peu de temps ses fonctions cléricales, car on le retrouve à

Paris, en 1794, membre de la Commission temporaire des Arts, section de bibliographie. Chargé successivement par la République, le Directoire et l'Empire, de réunir à Paris, les richesses littéraires dispersées, un peu partout, par l'ignorance, la négligence et la haine, il sut conserver ces monuments précieux de l'esprit humain et choisir, parmi eux, les éléments de la Bibliothèque du Directoire, de la Bibliothèque du Conseil d'Etat, etc. Ce travail de classification le mena à des recherches qui provoquèrent le Dictionnaire des anonymes et des pseudonymes, son ouvrage le plus important et le plus utile. Il restera, malgré quelques essais antérieurs oubliés, le vrai créateur de ce genre bibliographique qu'on perfectionnera mais qu'on ne dépassera jamais. Son travail se recommartdepar sa méthode simple, concise et sûre ; il indique ses sources loyalement, donnant son avis sans parti pris et rectifiant une erreur honnêtement, sans honte comme sans orgueil. Au reste, Barbier, en donnant sa deuxième édition du Dictionnaire des anonymes, etc., augmentée de plus de 12,000 articles a prouvé que, si lui-même pouvait perfection, ner son chef-d'œuvre bibliographique, un éditeur trop intéressé et des rebadigeonneurs trop maladroits pouvaient le compromettre, en surchargeant une troisième édition de renseignements pris et tirés d'un peu partout, sans critique sûre et sans choix. Editeurs et auteurs n'ont eu qu'un but, faire à peu de frais, une excellente spéculation. Cette troisième édition fera rechercher davantage la deuxième donnée par l'auteur et terminée par son fils. De tous les ouvrages bibliographiques, des revues et des écrits périodiques qu'il a donnés et dans lesquels a collaboré Barbier, nous ne citerons que les suivants.

— Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes, composés, traduits et publiés en français et en latin, avec les noms des auteurs traducteurs et éditeurs, accompagnés de notes historiques et critiques. Paris, 1806-1808, 4 vol. in-8.

Cette première édit. contient 12,403 articles.

— Seconde édit. Paris, Barrois, 1822-27, 4 vol. in-8, portr. (François, 1867, dem. mar. n. rog. 56 fr. ; Labitte, 1873, pap. vél. dem. m. 40 fr. ; Rouquette, 1881, dem. ch. 25 fr.)

Deuxième édit. contenant 23,647 articles, écrite avec le plus grand soin et l'exactitude la plus scrupuleuse, elle m mérite qu'un léger reproche c'est d'avoir écarté les noms de tous les auteurs, laïques ou prêtres, qui ont écrit des ouvrages obscènes ou galants.

— Troisième édit. revue et augmentée par Olivier Barbier, René et Paul Billard (et Gust. Brunet de Bordeaux). Paris, Daffis, 1872-76, G part, en 3 vol. gr. in-8.

Celle troisième édit. publiée i\ 20 fr. le vol. conlient de iiouTeaux el nombreux articles, presque toujours mal classés et souvent parfaitement inutiles. Il est peu de brochures, de canards, de feuilles... de cboux etc., qui ne soient admis à l'honneur de grossir cette nouvelle édit. et de prouver que la deuxième, malgré ses défectuosités vaut encore mieux.

— Dissertation sur soixante traductions françaises de l'Imitatioa de Jésus-Christ, suivie de considérations sur l'auteur de l'Imitation fpar Gence). Paris, Lefebvre, 1812, in-12, xviii-285 pp. (François, 1867, dem. m. n. rog. 4 fr. ; Rouquette, 1881, dem. mar. 10 fr.)

Première édit. dédiée à S. M. l'Impératrice et Reine.

— Paus, Lefèvre, 1822, in-12. (Laporte, 1883, dem. v. ex. remonté, in- 8, 6 fr.)

— Examen critique et complément des dictionnaires historiques les plus répandus, depuis le Dictionnaire de Moréri jusqu'à la Biographie universelle, Paris, Rey et Gravier, 1820, in-8.

11 n'a paru de cet ouvrage, que le tome premier, A. J. ; le deuxième, en manuscrit n'a jamais été donné.

BARBIER (E.-J.-F.) avocat au parlement de Paris.

— Chronique de la régence et du règne de Louis XV (1708-1763), ou Journal de Barbier, première édition complète conforme au manuscrit autographe de l'auteur. Paris. Charpentier, 1857, 8 vol. in-12. (Asselineau, 187u, dem. v. 18 fr. : Rouquette, 1879, br. 35 fr. ; Picard, 1882, dem. rel. 40 fr. : Labitte, 1883, dem. rel. 41 fr.) — Charpentier, 1866, 8 vol. in-12. (Fontaine, 1870, dem. chagr. 36 fr.)

Même ouvrage que le suivant sous un titre différent mais édition moins recherchée.

— Journal historique et anecdotique du règne de Louis XV, publié pour la Société de l'histoire de France, par A. de la Villegelle. Paris, J. Renouard, 1847-56, 4 vol. in-8 (Dumoulin, 1863, br. 50 fr. ; d'Haubersart, 1868, dem. rel. 70 fr. ; Fontaine, 1874, dem. rel. 50 fr.)

Edit. recherchée et peu commune.

BARBIER (H. -Auguste) poète satirique et académicien, né à Paris le 28 avril 1805, mort tout récemment. Cet écrivain, auquel une seule œuvre de jeunesse a fait une auréole de génie, a écrit depuis de nombreux ouvrages en vers, et chose étrange, ces vers bien qu'écrits en pleine maturité de talent, au lieu d'augmenter ou de consacrer sa réputation de poète, font encore plus douter de sa première paternité. Notre loyauté littéraire s'indigne contre ces légendes, plus ou moins étranges, dont on entoure le berceau des ïambes, nous ne pouvons les accepter, et pourtant, en compa-

rant ces vers vigoureux et pittoresques jusqu'au cynisme des ïambes, à ces vers travaillés, fatigués et mous des Chansons, des Odelettes etc., nous ne pouvons que répéter: Quantum mutatus ab illo ! Cette première œuvre, inspiration puissante d'un glorieux hasard, manifestation ardente et sublime d'un enthousiasme d'une heure, hurlement poétique d'un peuple en délire, prouve une fois de plus qu'un poète naît parfois d'un événement et meurt avec lui. C'est si vrai, qu'on dirait que le Barbier du lendemain, cherche à faire oublier le Barbier de la veille. Incertain, timide et naïf,il fait tout ce qu'il peut dans ses poésies, douces et pastorales des Silves, des Satires héroïques etc., pour faire pardonner le vers ardent, fier et irrité de ses satires morales et politiques. Pauvre et grand Barbier ! qu'il devait souffrir, quand incliné vers la tombe, un maladroit flatteur, le réveillait au bruit étourdissant de ces vers de sa jeunesse !... Ces rimes étranges et immortelles devaient sonner à ses oreilles surprises comme l'œuvre confuse et presqu'oubliée d'un écrivain célèbre d'un autre âge...

Nous voulions d'abord reproduire la Tentation poème qui parut, en tête de la première édition des ïambes et n'a pas été redonnée dans ses œuvres. Mais nous avons pensé que nous n'avions pas le droit d'être plus indulgent que l'auteur et que, puisqu'il avait condamné cette paraphrase poétique de l'Evangile, nous devions nous incliner devant son verdict.Nous donnons à la place, la Préface des éditeurs, étude curieuse et importante de Ph. Chasles, non réimprimée. C'est le Jugement le plus complet et le plus actuel des ïambes.

« Nous vivons, on l'a dit depuis longtemps, dans une époque de transition et de passage. Les œuvres de l'esprit portent nécessairement l'empreinte de cette maladie morale qui s'est emparée de l'Europe. Vers quel but les sociétés se dirigent-elles ? Derrière nous, des ruines ; devant nous, une obscurité impénétrable. Dans le présent une inquiétude mortelle. Des religions tombent ; d'autres religions se forment et veulent exister. La confusion des opinions politiques et littéraires est à son comble. Les vices d'une vieille monarchie pèsent sur nous, le souvenir de quarante années orageuses a laissé dans les âmes un dégoût profond des expériences politiques. On est fatigué même de scepticisme ; et si l'énergie des crimes semble manquer à la société qui nous environne, elle s'entache de tous les vices indolents qui naissent de l'apathie et de l'ennui...

Dites-nous, en eflet, vous qui n'avez pas vécu au fond d'une retraite ou dans la poudre des livres, si une corruption qui semble incurable, une gangrène profonde ne se cachent pas sous

l'enveloppe brillante de nos mœurs, voyez Paris en observateur ; et mesurez ce qu'il y a de boue dans cet égoùt du monde ; d'épuisement dans cette débauche ; de raffinements impudiques dans ces efforts de l'art dramatique ; de cœurs gâtés et flétris sous la soie et la bure ; de. races sauvages parmi cette population, si active, si spirituelle, si parée, si polie. Contemplez tout cela, non pas à la surface, mais au fond ; non pas pour reproduire en des tableaux de boudoir quelques attitudes de salon, mais en philosophe, en ami du vrai et de l'honnête. L'épouvante vous saisira.

Il est arrivé, qu'un jour cette population civilisée, ardente, pleine de passion et de vices, accessible aux grandes idées, attaquée dans ses penchants, dans ses opinions, dans son avenir, dans son amour-propre, s'est levée comme un seul homme contre l'agresseur imprudent qui était son roi. Alors, elle a secoué son indolence, et, sans songer au vaudeville, aux cafés et aux maisons de jeu, elle a pris le fusil et la hache. Le trône a croulé. Le surlendemain chacun se retrouvait à sa place. A la race de héros succédait la race de Paris.

Une âme de poète a été frappée de ce spectacle. Après cette révolution de juillet, révolution toute bourgeoise, résultat des craintes éprouvées par les intérêts menacés, le poète, jeune encore, a vu toutes ces ambitions à nud, toutes ces vanités inquiètes se jeter haletantes à la poursuite des nouvelles faveurs que devait prodiguer un nouveau pouvoir. Quel spectacle ! Quelle révélation !

L'intuition poétique, qui, dans un seul incident, découvre un monde, révéla au jeune poète le mal intérieur qui nous ronge. Le retentissement de cette sensation a été un hymne, un anathème, une imprécation, un sublime cri de rage. M. Barbier a fait la Curée.

A peine ces ïambes ont-ils paru dans la Revue de Paris, re* cueil où plusieurs jeunes talents «se sont si puissamment développés, on a reconnu le grand poète. Cette indignation honnête s'est propagée. D'autres recueils, la Revue britannique, entr'autres, ont reproduit la redoutable invective.

Nous offrons au public une série d'œuvrcs dictées par le même sentiment, inspirées par la même muse. Comme dans la Curée, c'est encore cette nudité mâle de pensées et d'images, ce dédain de toutes les formes convenues, ce rejet de tous les haillons dorés de la rhétorique. Comme dans la Curée, il y aura ici des idées qui épouvanteront les esprits timides, des mots qui effaroucheront les oreilles chastes. On se demandera encore comment il s'est trouvé quelqu'un d'assez courageux pour dire ces

choses ; et les hommes qui voient d'un œil sec les misères sociales, d'un front calme ses dépravations cachées ; ceux qui ne passent à travers ce limon impur que pour y plonger leur bras et y chercher de l'or ; ceux qui s'en amusent comme d'un spectacle ; ou ceux qui croyant aux mœurs partout où il y a des églises, à la vertu partout où il y a des juges, à la probité partout où il y a des gendarmes ; hommes frivoles qui ne voient pas nos grandes villes dans leur réalité ; hommes vicieux qui en exploitent les vices ; reprocheront à l'auteur la témérité avec laquelle, déchirant tous les voiles, il montre à nud cette plaie sanglante, purulente et infecte. Ensuite, les habitudes littéraires sont frivoles. On dit au poète, amuse-nous ; et il amuse son public. 11 devient le baladin de la pensée et le saltimbanque de la métaphore. Que veut faire celui-ci, avec sa voix grave, sa colère ardente, et ces larmes d'indignation qui ruissèlent sur ses joues ! Qu'il nous amuse, au lieu de nous juger !

A voir, au milieu des tours de forces plaisants ou bizarres dont la Littérature européenne s'occupe aujourd'hui, ce poète armé de la massue, vous diriez un athlète s.'ins draperies, entraîné tout à coup dans un cirque de théâtre, parmi des danseurs couverts de paillettes, et étincelants d'or faux.

L'audace d'une telle tentative ne manquera pas d'être en butte à quelques accusations, que l'on peut examiner sous deux rapports, sous celui de la morale et sous celui de l'art.

La morale de l'art n'est point celle des saJons. Cette dernière est soumise aux convenances et vassale des usages. Elle respecte la pudeur naïve des jeunes vierges ; elle impose à ceux qui font partie de la société, la loi d'une décence continue dans les paroles et dans les actions. Elle bannit du cercle dramatique ces équivoques hardiesses qui vous charment dans Rabelais et dans Sterne, et qui, sous une grossièreté apparente, cachent un bon sens inexorable. Elle exile des salles où l'on se réunit, non-seulement ces Priapées que la verve hellénique inventa dans sa fougue, mais ces statues antiques dont la nudité grandiose et la beauté sans voile sont pures et chastes comme la nature.

La morale de l'art a sa chasteté d'une autre espèce. Elle s'élève au-dessus des convenances, non par un caprice de libertinage débouté, non pour braver ou blesser ce que l'on respecte, mais pour atteindre une moralité plus -haute. L'art ne s'adresse pas exclusivement aux vierges pudibondes, aux jeunes gens qui ne connaissent des passions que leur attrait, des vices que leur séduction. L'art (et sous cette dénomination, nous comprenons à la fois le génie qui reproduit la nature par des couleurs, des sons et des mots), l'art a une destination plus élevée. 11 parle

aux siècles : et les siècles n'ont pas d'âge ni de sexe. Il domine les temps. Il gourmande ou punit les sociétés dont il est tour à tour l'organe et le maître. Il crée l'Hermaphrodite antique, cette sublime réalisation de la pensée platonique; et n'est point obscène. Il jette dans Aristophane les expressions voluptueuses ou grossières : et n'est point impur. Il s'empare de l'homme et de la nature, et sculpte dans le marbre tous les types de la beauté, la Vénus et l'Apollon, l'Hercule en repos et le Gladiateur, sans reculer devant les lois d'une convenance qu'il dédaigne. Ceux qui ont rabaissé l'art au niveau des convenances sociales, ont empiété sur ses pouvoirs et offensé la majesté de son empire.

Si vous voulez juger sa moralité, c'est le lond même de sa pensée que vous devez consulter. Voyez donc si l'auteur de la Vénus pudique l'a fait jaillir d'une imagination équivoque; demandez à Machiavel, si dans sa Mandragore, comédie si admirable, il a voulu plaire à quelques esprits lubriques, ou présenter le danger de l'hypocrisie religieuse dans son plus vif relief; examinez si Goethe, en représentant une jeune fille de treize ans dévorée d'une passion ardente qui la tue, a prétendu offrir pâture aux imaginations dépravées. Examinez non les paroles même de Gilbert et de Juvénal ; non les expressions crues et inexorables dont ils se servent, mais leur intention secrète. Vous les jugerez ensuite.

Il arrive donc trop souvent de confondre sous des titres identiques des choses très-différentes. Le cynisme, qui éveille les passions et se constitue le flatteur et l'esclave des voluptés brutales, qu'a-t-il de commun avec cette franchise du discours qui nomme toute infamie par son nom, et iait rougir le vice en lui montrant son image? Pétrone, qui rédigea dans un roman étincelant d'esprit les débauches du palais de Néron, ne ressemble point au Juvénal qui, armé d'une indignation véhémente, flagella d'un vers sanglant, Rome déchue, cette grande prostituée du Capitole. La muse dans ces temps de corruption s'arme d'impudeur. Tandis que les rhéteurs, comme Martial et Stace, jouent avec le crime et l'ornent de guirlandes, l'homme honnête doué de génie descend jusqu'à l'office de bourreau ou plutôt s'élève jusqu'à cet emploi. Ne vous étonnez plus alors d'entendre Perse répéter les paroles qui retentissent dans les mauvais lieux, Juvénal détailler les débauches de Messaline, Tacite nous dépeindre l'inceste sous ses plus vives couleurs ; les paroles qu'ils emploient sont révoltantes : leurs pages sont vertueuses. Ils ne resse.iiblent pas à Suétone, raconteur ingénu et fidèle de tout ce qui s'est passé d'infâme dans le palais des Césars, ni à ces poètes du Bas-Empire qui avaient des épithalames prêts pour tous les affranchis, des

louanges pour tous les délateurs, des apothéoses pour tous les eunuques de la cour.

Gardons-nous donc bien de condamner, sous le nom de cynisme, la manifestation d'une âme plus énergiquement honnête et d'une indignation plus véhémente. Souvenons-nous que la faiblesse élégante de Dorât et de Pesay voilait, sous les atours d'une coquetterie raffinée, et cachait une corruption véritable, et que la sauvage franchise de Gilbert était amère sans doute, féconde en mots hasardés, prodigue de couleurs puisées dans la lie des Capitoles, mais intimement pure et véritablement chaste.

Voilà ce que nous pensons, sous le rapport moral, des prétendues témérités du poète ; elles sont chastes et décentes à mes yeux. Si cette muse répète par dégoiît et avec douleur, les mots obscènes qu'elle a entendus, les cris sortis du sein des villes, si elle a des paroles inouïes et des images qui font frémir ; c'est qu'elle veut en faire honte à cette civilisation qui donne de tels fruits et qui, étalant au soleil son manteau broché d'or, croit cacher à tous les yeux ses corruptions intimes et secrètes.

Sous le rapport de l'art, la question change de face. Ce n'est plus la pudeur qui se révolte ; c'est la délicatesse du goût qui demande compte au poète de l'hyperbole et de l'invective, du mot grossier traversant son harmonie, comme un sifflement jeté à travers les accords de la lyre. C'est l'habitude académique, et le penchant pour les mots sonores qui se courroucent contre cette intrépide nudité du langage. Il «îonvient d'examiner ces accusations.

Pour renouveler une poésie qui se mourait, une littérature appauvrie, on a tout essayé dans ces derniers temps ; point de tentative que l'on n'ait faite pour ressusciter la muse qui paraissait morte; on l'a dépouillée tour à tour de ses draperies helléniques et du costume élégant que le siècle de Louis XIV lui avait prêté. La mythologie chrétienne, l'histoire féodale, les costumes des peuples étrangers ont été consultés tour à tour. On a secoué la poussière des vieux volumes comme les magiciens ouvraient les tombeaux pour y chercher les secrets de la vie et découvrir dans les débris des morts, les éléments de la flamme vitale dont ils voulaient s'emparer.

Il ne nous appartient pas d'apprécier les talents remarquables qui se sont développés, ni de les classer comme la critique jugeuse a coutume de le faire. L'ode, le drame et le roman, animés d'une vigueur nouvelle, ont produit des fruits éclatants ; mais ce que l'on avait pas encore tenté, c'était la vérité nue ; c'était l'expression naïve et franche de la pensée. Telle est la spécialité, le

caractère original des poésies de M. Barbier. Cette originalité est devenue plus frappante encore par la nature même des méditations et des tableaux que l'auteur a choisis. C'est en face de Tenfant de Paris, misérable qui chante, qui rit, qui se bat, qui vole, qui plaisante, race étiolée et appauvrie, race héroïque au jour du danger ; c'est en face de la scène souillée d'immondices ; c'est en face des bassesses populaires et courtisanesques ; c'est devant tous ces affamés de gloire et d'honneur, devant toutes nos prostitutions morales, politiques, littéraires, devant nos carrefours où une police immorale fait surveiller des bandits par des bandits, que le poète a écrit ces vers. Sa muse eût-elle exprimé le dégoût dont tout cela nous pénètre, eût-elle tonné sur ces misères, si elle avait usé de la réticence et de la périphrase, si elle avait conservé une pose académique et convenue, une lyre, de l'encens et des fleurs, si elle avait chanté son hymne sous les guirlandes de la rhétorique? Non certes ; et jamais meilleure et plus puissante occasion ne se pfesenta d'introduire la vérité dans la poésie. »

Ce qui est beau n'est pas plus honnête que déshonnête : la beauté est inconditionnelle. Une immoralité, au point de vue de l'art, peut être belle, et être laide, une honnêteté. La Pucelle de Chapelain, héroïne honnête, est laide; la Pucelle de Voltaire, immoralité historique et presqu'un crime littéraire, est belle.

Au reste, nous ne saurions mieux terminer cette étude qu'il ne l'a fait lui-même dans ces deux vers du ïambe l":

Or, donc, je puis braver le regard pudibond,

Mon vers rude et grossier est honnête homme au fond.

— Chanson (la) du vieux marin de J. Colerigde, Paris, 1876^ ia fol. illustrations de G. Doré.

- Chansoms et Odelettes, Paris, Dentu, 1861, iu-18.

Cette édit. assez commune est la deuxième, la première parue, sans nom d'autour et irée à petit nombre, pour les amis, est fort rare.

— Chants civils et religieux. Paris, Masgaaa, 1841, ia-8. (LefiUeul, 1819, br. 23 fr. ; même 1883, br. 15 fr. ; Morgand et Fatout, 1880, br. 30 fr. ; Ritti, même auuée, ilem. rel. 12 îr.)

Edit. originale, l-'oulard, 1882, catalogue une deuxième èdit, 1812, in-12, 4 fr.

— Discours de réception à l'Académie française et réponse de Silvestre de Sacy. Paris, 1870, iu-4. (Détaille, 1883, br. 5 fr.)

— Goethe et Diderot iconolasle. Paris, Deulu, 1880, iu-18. (Conquet, 1883, br. 4 fr.)

— Umbes. Paris, Urb. Canel et Ad. Guyot (iiupr. et fouderie de G.

Doyeu) 1832, ia-8, préface xxx p.; texte, 144 et table 1 non chiff. (Alvarès, IS58, dem. v. 3 fr. 50 ; Lefilleul, 1879, br. 14 fr. ; même, 1880, br. 90 fr. ; Cape, 1868, dem. mar. n. rog. 29 fr. ; Suinte-Beave, 1870, br. 3o fr. ; Rouquette, 1874, dem. rel. 20 fr. ; même, 1879, br. couv. impr. 100 fr. ; Morgaad et Fatout, 1878, br. 70 fr. : mêmes, 1880, br. 100 fr. ; mêmes, 1882, dem. mar. u. rog. 80 fr. ; mêmes, 1883, br. couv. impr. 130 fr. ; Conquet, 1873, mar. pi. Gazin, 120 fr. ; Porquet, 1884, dem. mar. Cape, n. rog. 71 fr.j

Eiiit. orig. contenant de plus que les suivantes la préface citée plus haut, attribuée à Ph. Chasles et la Tentation, poème de 21 pp. A titre de spécimen nous donnons l'ïambe !"■, le plus court.

On dira qu'à plaisir je m'allume la joue,

Que mon vers aime à vivre et ramper dans la boue.

Qu'imitant Diogène au cynique manteau,

Devant tout monument je roule mon tonneau

Que j'insulte aux grands noms, et que ma jeune piumi'

Sur le peuple et les rois frappe avec amertume :

Que me font après tout les vulgaiios abois

De tous les charlatans qui donnent de la voix.

Les marchands de pathos et les faiseurs d'emphase

Et tous les baladins qui dansent sur la phrase ?

Si mon vers est trop cru, si sa bouche est sans frein.

C'est qu'il sonne aujourd'hui dans un siècle d'airain.

Le cynisme des mwurs doit salir la parole,

Et la haine du mal enfante l'hyperbole.

Or donc, je puis braver le regard pudibond.

Mon vers rude et grossier est honnête homme au fond.

La Curée, une des pièces les plus virulentes de ce recueil, fut la première donnée dans la Revue de Paris, août 1830 ; la Popularité la suivit ; le Lion, Quatre-vingttreize, Varsovie etc. parurent dans diverses feuilles quotidiennes et les autres furent successivement publiées dans la Revue des deux mondes. Peu d'ouvrages en vers ont eu autant d'éditions, en 1878, on en comptait 28, et suscité autant d'imitateurs. Nous n'en donnerons qu'un, le plus inconnu sans nul doule et le plus excentrique pourtant.

U y a peu de mois encore, les chercheurs du quai saluaient familièrement, un p^u ironiquement, un vieillard presque sordide, c'était un bouquiniste intelligent, spirituel, mais original jusqu'au cynisme, lis ne se doutaient guère que c'était un poète qui visait à être quand même quelqu'un ; il voulait être vu, entendu, même à ses dépens. Il vous disait... fièrement qu'il avait fait des vers, qu'il avait cultivé la satire et que, aveu un peu plus de grammaire et un peu moins de misère, il eût été plu poète... i|uj Barbier. Jugez-en, je prends au hasard dans son vol : Le Peuple (en 1830) ; poème, par L. Foy. Paris, chez les Marchands de nouveautés, 1S37, in-8, 328, pp., prix 8 fr.)

... Et je n'apprendrai d'eux qu'à mieux polir mes vers,

A rendre harmonieux mes sarcasmes amers.

Rien de plus. Car, du peuple, où je me liens sans cesse.

Ma parole âpre et sombre a toute la rudesse :

Tel est mon rhytme, à moi. D'ailleurs, en mes loisirs,

Je ne goûtai jamais ce qu'on nomme plaisirs ;

Ma voix pour les chanter manquerait d'harmonie :

Mais les douleurs du peuple appellent mon génie.

Il a tout mon amour, jo n'écris que pour lui.

C'est le seul Apollon que j'invoque aujourd'hui.

Fermez l'oreille aux cris que pousse la tourmente,

Fuyez loin des cités quand la tempête augmente ;

Si ses flots débordés couvrent les champs, fuyez ;

Fuyez, si les autans se roulent à vos pieds :

Car pour chanter au sein d'une telle ruine,

11 faut qu'ils soient d'airain, le luth et la poitrine.

L'amour le pins louable est celui de la gloire,

Mais une gloire utile et digne de l'histoire.

Mais si dans mon cerveau le génie eût germé,

Si j'étais comme vous dans un cercle enfermé.

Barde d'un peuple fort, au tournoi populaire.

Je jetterais le gant aux tyrans en colère.

En frappant de tels coups sur l'or et les joyaux,

Qu'ils pourraient voir mon froct parmi leurs fronts royaux.

Ces vers extraits de la pièce du Devoir du poète suffiront pour faire déguster aux amateurs, les prétentions littéraires du poète-bouquiniste : L. Foy. Nous lui consacrerons, à son nom, une étude plus complète. L'originalité presqu'inculte de sa poétique indépendante et singulière et surtout les excentricités prétendues philosophiques de sa longue vie de bohème lui méritent cet honneur dont, toujours, il nous a paru assez friand. Fier et orgueilleux, il sut élever sa misère à la hauteur d'une fortune honnête, et distribuant délicatement aux malheureux l'obole de sa pauvreté, faire croire aux fantaisies d'un vieillard riche, quand il disputait péniblement à la faim et aux souffrances les restes d'une vie qui s'éteignait. Après s'être défendu vaillamment, et pied à pied, contre la mort comme il s'était défendu contre la misère, il est mort presque sur le quai, au milieu des mêmes bouquins qui, depuis 30 ans, déconcertaient la curiosité des bibliomanes les plus intrépides. Il a légué, avec une indifférence dédaigneuse, pour quelques francs, à un marchand de vins, trois magasins bondés de livres ne se réservant stoïquement qu'une caisse pleine de ses manuscrits, caisse qu a fait disparaître une incurie déplorable ou une malveillante spéculation.

— Il Pianto, poème. Paris, Urb. Canel, 1833, in-8. (Asselineau, 1875, cari, titre troisième édit. 3 fr. 50 ; Rouquette, 1876, br. avec titre deuxième édit. 10 fr. ; même, 1879, br. couv. impr. avec titre troisième édit. 20 fr.)

Ce poème a d'abord paru dans la Revue des deux mondes avant d'être donné en volume chez Urb. Canel.

— Jules César de Shakespeare, traduit en vers: Paris, i87i, in-18, fig-

— Mauvais (les) garçons, s. n. Paris, Renduel, 1830, 2 vol. in-8. titres grav. et deux vignettes de Tony Johannot, grav. par Porret : la première représente une femme couchée sur un lit et à terre un jeune homme égorgé par un soldat; la deuxième, un homme ivre adossé à une futaille et au premier plan un soldat auquel une femme verse à boire. (Asselineau, 1875, dem. rel. n. rog. 17 fr. : Chossonnery, 1880, cart. n. rog. 8 fr. ; Morgand et Fatout, 1882, cart. n. rog. 30 fr. ; Ressayre, 1883, br. 22 fr.;

Romantique très-rare, bien que donné sans nom d'auteurs, écrit en collaboration avec Alp. Royer, dans le genre des romans historiques mis en vogue par V. Hugo et P. Lacroix,

— Nouvelles satires, (Potde-vin et Erostrate). Paris, Masgana, 1840, ia-8. (Baillieu, 1872, br. 10 fr. , Rouquelte, 1873, br. 15 fr. ; Lefilleul, 1879, br. 50 fr. ; Morgaad et Fatout, 1882, dem. mar. éb. 30 fr.)

Edit. orig.

— MÊMES, P. Masgana, 1842, ia-8 (Rouquette, 1879, br. 10 fr. ; Détaille, 18S0, br. couv. impr. 15 fr.)

Deuxième édit, ou plutôt même que la première avec un nouveau titre.

— Rimes héroïques. Paris, Masgana Cimpr. Fournier; 1843, ia-18. (Foulard, 1882, br. 4 fr.)

Edit. publiée à 3 fr. 50. Sous ce titre l'auteur des ïambe? a publié des sonnets en l'honneur de la machine à tisser, du paratonnerre, etc.

— Rimes légères. Chansons et Odelettes. Paris, Dentu, 1861, in-12. (Baillieu, 1878, br. 3 fr.)

— Satires. Paris, Dentu, 1865, in-12. (Saint-Denis et Mallet, 1881, br. 1 fr. ; Dorbon, 1883, br. 3 fr.)

De tous les vers d'Aug. Barbier, ce sont peut-être, en raison de leur velléité de rappeler leurs aînés, ceux qui accentuent le plus son impuissance et justifient davantage les doutes des Thomas qui attribuent les ïambes à un poète inconnu.

— Satires et poèmes. Paris, F. Bonnaire, 1837, in 8. (Sainte-Beuve, 1870, br. 31 fr. ; Baur, 1874, br. 37 fr. ; Dnfossé, 1882, br. 12 fr. : Rouquette, 1883, dem. mar. AUo, 25 fr.)

Première édit. peu commune.

— SiLVES, poésies diverses. Paris, Dentu, 1864, m-18. (Conquet, 1883, br. 3 fr. ; Doibon, même année, br. 3 fr.)

Réunion, sous ce titre, de toutes les pièces légères, composées à leur heure d'inspiration, dans la longue vie du poète.

— SiLVES et rimes légères. Paris. Dentu, 1872, in-18. (Lehec, 1883, br. 4 fr.;

— Trois passions. Paris, Dentu, 1867, in-18. (Saint-Denis et Mallet, 1881, br. 3 fr. 50 ; Lehec, 1883, br. 10 fr.)

Nouvelles gracieuses et galantes. Dentu a tout récemment donné, sous la rubrique. OEuvres posthumes, un volume, prose et vers, de pièces diverses qui font peu d'honneur, même aux autres déjà faibles de Barbier.

BARBIER (Aristide) manufacturier à Clermont-Ferrand, mort à Paris en 1863.

— SoLÊNOPÈDiE, ou Révélation d'un nouveau système d'éducation phrénologique pour l'homme et les animaux. Paris, 1838, in-16. (Asselineau, 1875, dem. mar. portr. ajouté 10 fr.}

l58 BARBOU. — BARET.

Celte boutade Immoristique contre les adeptes de la phrénologie, alors à la mode, a été imprimée A petit nombre et sans nom d'auteur. On peut la considérer comme une rareté et une singularité bibliographique.

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