‹ Bibliographie coréenneChapitre 6 sur 413 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

livres. Le même commerce d'objets hétéroclites se fait aussi dans des échoppes d'un ordre un peu plus relevé, large ouvertes sur le chemin ; l'étalage est disposé en pente douce sur un plancher établi à un pied et demi ou deux pieds du sol et qui s'étend jusqu'à la rue ; le marchand, un homme fait, portant les cheveux relevés, le serre-tête à anneaux de come, l'épingle rouge au sommet du toupet, est au fond, près de la porte qui conduit à sa pauvre habitation. Les livres de ces humbles commerçants ne paient pas de mine : format variant habituellement entre l'inoctavo et l'in-douze, épaisseur peu considérable; couverture en papier grossier, d'une nature un peu résistante, de couleur jaune abricot, omé d'une sorte de grecque serrée, brillante, en léger relief, qui est produite par compression à l'aide d'une planche tailladée d'un gaufrage ; cette couverture, sans dos, est formée de deux feuilles simples, repliées tout autour à 1^^ façon de l'ourlet d'une étoffe ; comme garde, si le livre n'est pas tout à fait commun, une feuille imprimée, collée à l'envers. Le volume est cousu de cinq ou six points au moyen d'une ficelle rouge. Le papier est grisâtre, très mince, très mou, ayant des trous, contenant des brins de paille, de petits paquets de poussière ou de terre : naturellement, l'impression ne prend pas sur tous

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ces points défectueux, et elle prend fort mal sur le reste ; le papier est plié en feuilles doubles, comme pour les livres chinois, la pliure formant la tranche, la feuille n'est donc imprimée que d'un côté. Les marges sont très étroites ; le texte de cliaque feuille est souvent encadré d'une ligne noire, deux lignes plus minces, au milieu de la feuille, réservent un espace libre qui sert pour la* pliure : on y met, vers le haut, le titre de l'ouvrage, vers le bas, le numéro du feuillet ; au premier quart de la hauteur, à partir du haut, se trouve, en blanc sur noir, un monogramme ressemblant à un trèfle, qui est la marque à peu près constante des livres coréens. Presque tous ces ouvrages vulgaires, sont en caractères coréens ; le prix en est infime, il atteint rarement dix sapèques^*^

•Tels sont les livres qui s'imposent à la vue de l'étranger dès son arrivée en Corée et qui se présentent à lui, dans les villes de province comme à la capitale, à chaque détour de la rue ; l'aspect misérable qu'ils * ofl*rent, peut expliquer la prévention dont ils sont l'objet. En province, on ne voit que ces ouvrages ; à Séoul, on en rencontre d'autres, mais ceux-ci étant presque

1. Cent sapèques forment une ligature, ryan(/, fS et dix ligatures forment un koan, ^. J'ai vu le change de la piastre mexicaine varier de un à trois kocui en 1890, 1891 et 1892.

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tous imprima en caractères chinois, on en conclut, trop hâtivement, qu'ils sont chinois et qu'en Cîorée, l'art d'écrire un livre et celui de l'imprimer sont à peine dignes d'être mentiomiés. Il n'est cependant pas besoin d'un examen bien approfondi pour constater que, sur dix de ces ouvrages que l'on prend pour cliinois, huit ou neuf ont été imprimés en Corée : en dehors des indications fournies par le texte, il est des signes extérieurs, grandeur du format, solidité et belle qualité du papier, qui ne permettent pas de les confondre avec les livres venant de Chine. Parfois, dans ces petites échoppes dont j'ai parlé, on rencontre, parmi les livres communs, quelques-uns de ces volumes plus grands et mieux imprima, mais ils sont incomplets, dépareillés, salis, ils ont les feuillets coupés et rongés des vers.

Habituellement les livres soignés font l'objet d'un commerce spécial et on ne les mélange pas avec les blagues à tabac et les serre-tête. Les boutiques des libraires sont toutes réunies vers le centre de la ville, dans la large rue qui part du pavillon de la cloche et mène par une courbe allongée jusqu'à la porte du sud, après avoir traversé le pont de pierre sur lequel les Coréens vont à minuit, le 15 de la 1*? lune, se promener, pour se préserver des rhumatismes pendant

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toute Tannée. Les librairies sont non loin de ce pont de pierre, établies ainsi à proximité des cinq ou six maisons à étage qui sont le siège des plus importantes corporations de marchands ; des bazars, cours rectangulaires entourées sur les quatre côtés de boutiques sombres et étroites où se vendent les curiosités et les objets de luxe ; de la place centrale où se bousculent, discutent et s'injurient les soldats au feutre noir et rouge et aux vêtements bleus, les palefreniers chargeant et déchargeant les sacs de grain, les commerçants et les promeneurs avec leurs chapeaux de crin noir et leurs manteaux blancs à plis amples, les femmes esclaves coiffées en bandeaux et la tête nue, les femmes du peuple couvrant leurs cheveux et leur visage de leur manteau vert, bordé de rouge et doublé de blanc. Un peu à l'écart du bruit qui se fait dans ce centre des affaires, assez près pour profiter du mouvement des allants et venants, le libraire trône accroupi au fond de sa boutique, derrière son étalage disposé en pente sur le plancher qui est un peu en retrait, de façon que les clients soient à l'abri tandis qu'ils font leurs achats ; ce Ubraire est un homme de bonne mine, qui porte, avec des vêtements de soie, la petite tiare en crin réservée aux nobles, qui fume sa longue pipe en causant avec quelques visiteurs assis

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