‹ Bibliographie de Chrestien de Troyes. Comparaison des manuscrits de Perceval le GalloisChapitre 11 sur 28 · Qui sont es cuers êtes entrailles · texte numérisé non relu

Qui sont es cuers êtes entrailles

Fin du prologue :

V. 40. Donc sachiez bien de vérité Que li dons sont de charité Que li bons quens Phetippe donne, Conques nullui n'en arresonne Fors son franc cuer débonnëre, Qui li ioe et commande à fera.

SS. Ne vaut il miex que ne valut Âlixandre qui ne chalut De charité ne de nul bien.

011, n*en dotez jà de rien.

Dont aura bien sauvé sa painne

60. Grestiens qui entant et painne Par le commandemenl le Conte A commencier le meilleur conte Qui soit contés en court royal ; Ce est li livres du Graal Dont li Quens li bailla le livre; V. 66. S'orrez comment il se délivre.

Ce prologue diflFère de celui du manuscrit de Mons. L'un est Tintroduction générale d'une œuvre de longue haleine; celui-ci n'est qu'un simple début qui devait être répété avant chaque lecture faite à la cour d'un fragment du poëme : c'est le prologue de l'acteur, comme le qualifie

(4) Variante : Ne saiche la senestre

Li bien quant le fera (a destre 701.

très^-bien un traducteur en prose du xv^ siècle. Tous les deux sont-ils de Chrestien? Ce point serait difficile à décider. La netteté de style des maximes du début du prologue annonce bien le poëte. Si nous avions à nous prononcer, nous publierions l'un et l'autre texte, en donnant à ce dernier son vrai titre : Prologue de l'acteur.

Les huit derniers vers sont les mêmes dans les deux prologues. Mais il semble y avoir dans le plus court une soudure qui pourrait faire supposer que la comparaison de Philippe d'Alsace avec Alexandre a été ajoutée après coup ; c'est le vers : Oïly n'en dotez jà de rien^ qui remplace la transition si nette : Or contera Crestiens ci, etc.

Début. Aussitôt après le prologue, le poëme commence par ces vers :

Ce fu au lemps qu'arbres florissent, Feuillent boscage, pré verdissent.

Ces vers sont les premiers du second chapitre du manuscrit de Mons, v. 1285, p. 15, 2e coL

Il manque donc ici tout un premier chapitre, qui nous semble indispensable. En effet, le manuscrit de Paris commence ainsi : « Ce fut au printemps que le fils de la veuve dame alla chasser dans la forêt du sud. > Cette phrase, dont la forme même indique une transition, fait tout naturellement suite au récit précédent qui annonce le départ de Perceval pour la chasse ; mais est-elle possible comme début du roman? — Qu'est-ce en outre que le fils de la veuve ? Le chapitre précédent a donné une signification terrible à cette appella-

tion qui résume tout un récit de malheurs. — Qu'est-ce que cette forêt soutaine? Le premier chapitre Ta dit aussi. — Mais si ce chapitre manque, que penser d'un tel début?

Le récit continue de même, en s'appuyant à chaque pas sur le chapitre précédent. Ainsi, Perceval entend un bruit d'hommes armés, sans voir les chevaliers, et il se dit : Ma mère avait raison, en me disant que ce sont des diables. — Où sa mère lui a-t-elle dit cela ? si ce n'est dans le premier chapitre. '

Cette rencontre des chevaliers oflFre le premier développement, la première révélation du caractère de l'enfant. Perceval ajoute aussitôt : « Mais je ne me signerai, ni ne fuirai; je les recevrai à coups de javelots. >

Ce qui donne une grande force à ce trait de caractère, c'est que dans le chapitre précédent, l'enfant a cru sa mère et lui a promis sincèrement de lui obéir, de se signer et de s'enfuir à l'approche de cette sorte de démons couverts de fer ; mais, en face du danger, le dernier rejeton d'une noble famille se sent de la race des braves. Supprimez la première scène du héros avec sa mère, ce beau trait, qui est si bien dans le génie de Chrestien de Troyes et qui expose admirablement le sujet, perd presque toute sa valeur.

Cette entrée en matière se retrouve du reste dans la principale source du roman : le conte gallois de Pérédur {Jfabinoghion) et dans le plus ancien Perceval en prose dont le manuscrit re-

monteau xii«siècle (l).En outre, l'œuvre de Chrestîen de Troyes a été traduite en vers allemands au xiiie siècle, imitée en vers anglais au xiv^ : ces traductions ou imitations contiennent cette partie essentielle du récit. Le Parzival allemand a été reproduit et augmenté de plus de moitié au xive siècle (1336) : l'interpolateur déclare positivement que Wolfram a emprunté à Chrestien son récit et « l'enfance » de Perceval. Ce début était nécessaire, non seulement pour Tœuvre même dont il est l'introduction indispensable , mais aussi pour le public que les premières versions ou traductions devaient initier au sujet. Plus tard, quand le sujet fut connu et que , grâce surtout à Chrestien de Troyes dont tous les auteurs du temps attestent le grand succès , la tradition fut faite, on n'eut plus à redouter de n'être pas compris en commençant la lecture ou la copie du roman par la scène la plus saillante , et il n'est pas étonnant qu'on ait perdu l'habitude de réciter et de transcrire le premier chapitre.

Telle est la seule explication plausible de cette lacune dans tous les manuscrits qui nous sont parvenus, excepté dans un seul. Mais cette explication est toute en faveur du manuscrit qui conserve l'œuvre entière.

Une preuve décisive enfin, c'est que la traduction en prose du xv© siècle, imprimée à Paris en 1530, contient, outre le prologue de tous les

(1) Voir une note à la fin.

manuscrits (1), non seulement le premier chapitre, mais rintroduction même du manuscrit de Mons. La bibliothèque des romans a publié le texte d'une partie de cette introduction et quelques lignes suflSsantes du premier chapitre (2). La version la plus répandue, alors comme en 1336, ressemblait au manuscrit de Mons.

Tout prouve qu'il y a ici une lacune et que le copiste a supprimé le premier chapitre.

Il manque donc à ce manuscrit un premier chapitre de 800 vers qui n'a pas été copié.

Fin. Ce manuscrit, ainsi que plusieurs autres» contient, à la fin, en plus du manuscrit de Mons, 26 vers à l'éloge de la comtesse Jeanne de Flandre, fille de Baudouin de Constantinople et petite nièce de Philippe d'Alsace. Après ce vers :

Qui à chief misl ceste besoigne,

Ces manuscrits continuent ainsi :

El non Jebane la contesse

Qu'est de Flandres dame et maistresse.

La vaillant dame lassenée,

Que Diex a si bien nssenée

A sens, à valor, à l)onté,

A cortoisie et à biauté,

A francbise et larguecbe et pris,

Et por cbe que lant ai apris

De ses boues meurs à délivre,

Ai en son non fine mon livre;

El non son aiol comencba, *

Ne puis ne fu des lors encba

(1) Publié par Halliwell, puis par Holland.

(2) Novembre 1775, p. 39-43.

Nus Iiom, qui la ipain i mesist

Ne de fîner s'enlremesist.

Dame, por vos s*en a pené

Bfanesiers tanl, qu"i\ a fine

Selonc Testoire proprement;

£1 comenclja al saldement

De Tespée sanz conlredit;

Tant en a et conté et dit

Si corn en Salebières trove,

Si com Tescris tesmoigne et prove

Que li rois Artus séoit là;

Encor le puent véoir là

Tôt sééié eu parchemin

Tout chil qui oirreot le chemin (1).

L'éloge de Jeanne de Flandre suflSt à prouver que cette version est postérieure et que ces vers ont été ajoutés après la mort de Chrestîen (2).

Ce manuscrit contient environ 45,000 vers.

No a. Ms. de Montpellier. (3) Prologue.

Qui petit semé, petit queut, etc.

Le même, sauf quelques variantes.

DÉBUT

Y. 69. Ce fa au tans qu'arbr«s florissent.

Le 1er chapitre a été aussi omis.

Fin.

El nom Jehane la contesse, etc.

{\) Je donne, d'après Holland, la version du N» 12576. Les variantes sont peu importantes, mais ce texte est meilleur.

(^] Ph. d*AIsace mourut en H 91, Jeanne régna de 1?06 à 1244. On s'accorde à fixer la mort du poëte, entre 1191 et 1195.

(3) Je dois ces renseignements à M. Kulmholz-Lordat, bibliothécaire de la faculté de médecine à Montpellier.

La même, sauf variantes.

Ce manuscrit contient environ 45,000 vers.

No 4. Ms. de Paris. No 12576.

Sur le dos : Perceval le Gallois.

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