‹ Bibliographie de Chrestien de Troyes: comparison des manuscrits de Perceval de Gallois; unChapitre 10 sur 27 · V. 221. Qui moull savoit de ningremance · texte numérisé non relu

V. 221. Qui moull savoit de ningremance

Qu*ll muast .G. fois sa samblance. (P. 3 '.)

L*auteur ajoute que Gauvain parvînt à la cour inerveilleuse, maïs qu'un autre chevalier y était parvenu avant lui.

y. 23t. Mais ançois lot trové premiers

De lui .1. jouenes chevaliers,

Qui moull ert de petit eage;

Mais nus plus hardis decorage

Ne trovast on en tout le monde ;

Puis vint à la table réonde

Li jouenes hom que je vos di

Qui de proaice tressalli

Tous ceux ki furent et qui sont

Par toutes les tières du mont; 240. Vins fu tenus premièrement,

Puis fu de noble atornement,

Et cerka tant parmi la terre

Ceus ki aloient la conquerre,

Qu'il le trova, c'est vérités,

Et pluseur de vous le savés ; 247. Ce fu li galois Percevaus. (P. 3«.)

Suit un résumé de la première arrivée de Perce val chez le roi Pêcheur. •• Mais le poëte s'interrompt :

V. 317. Mais jà ne m*en orez parler, Car Percevaus le doit conter Ça en avant emmi le conte; Grans vilonie est et grans honte De si bon conte desmenbrer, 322. Fors ensi corn il doit aler. (P. 4'.)

Nouveaux détails sur le sujet, etc., etc.

Fin du prologue:

V. 475. Or coûtera Gresliiens ci L*essample que avés ol ; Dont ara bien sauvé sa paine Gresliiens qui entent à paine A rimoier le roellor conte, 480. Par le comandement le Conte, Qui soit contés en court roial, ' Çou est li contes del Gréai Dont li Quens li balla le livre ; 484. S'orez cornent il se délivre. (P. 6*.)

Début du poème.

Ci endroit comence li contes del Saint-GreaiL

En le tiere de Gale estoient

.XII. frère qui moult valoient... (P. 6'.)

De ces douze frères, raxsonte le poëte, onze sont tués les uns après les autres dans les tournois; le dernier, nommé Bliocadran , à la demande de la famille, renonce à ces jeux dangereux. Mais, un jour, il voit venir dans son château un chevalier errant qui lui apprend que le roi de Galles a convoqué un grand « tournoiement > pour le samedi suivant; Bliocadran ne peut refuser d'assister à cette fête ; il y va et y est tué. Sa femme, presque au même moment, met au monde un fils. Aussitôt qu'elle apprend la mort de son époux, la veuve prend une résolution suprême ; elle se cache dans une forêt et y élève son fils dans l'ignorance de toute chose du monde, pour lui éviter lafin cruelle de son père et de ses oncles.

Ce projet réussit ; l'enfant 'a déjà quatorze ans; il ne sait rien de la vie :

Qui moult avoit de sens petit. (P. 44*.)

A quatorze ans, il va chasser, mais sa mère lui recommande, s'il rencontre des gens couverts de fer, de se signer et de fuir; car ce sont des diables qui l'auraient bientôt dévoré. L'enfant en croit sa mère et suivra ses conseils :

« Dame, fait il, jel ferai bien ;

Saciés se jou tel genl véoie,

Moult tost arrière revenroie

Se jou m'en pooie venir

Et Diex m*en done le loisir. » (P. 45'.)

Le lendemain donc, après cent baisers et mainte prière et recommandation de sa mère, il va chasser.

Le chapitre suivant raconte comment le fils de la veuve — c'est Perceval — alla chasser et rencontra des chevaliers.

Ensi corne Perchevaus trova en la lande

les chevaliers.

Ce fu el tans c'arbre florissent...

Que le fius à le vaive dame... etc. (P. 45'.]

Fin.— Couronnement de Perceval après la mort du roi Pêcheur. -— Perceval raconte ses aventures au roi Arthur. - Entrée du Graal. — Perceval rentre dans ses États. — Après sept ans de règne, il se retire du monde et se consacre , dans un ermitage, au service du Graal. — Dix ans après, il meurt. Le Graal monte au ciel avec lui. —Tombeau de Perceval. — Son épitaphe.

Ki encor en cel pais va

Le sepouture puet véoir

Sour .IIII. piecons d'or seoir.

Si ke Grestiiens le tesmoingne,

Ki à cief mist cesle besoingne. (P. 487 '.]

Ce manuscrit a 43,462 vers.

No 2. Manuscrit de Paris. No i2577.

Titre : Ci comence le romans dePerceval le Galois.

Prologue. QuI peut seime petit queult, Et qui auques receuillir veult En tel liu sa semence espande Que faire à cent dubles li rende [i); 5. Car en terre qui riens ne vaut, Bonne semence sèche et faut.

Crestiens saime et fet semence D'un rommans que il encommance, Et si le saime en si bon leu 10. Qu'il ne puet estre sanz grant preu, Qu'il le fet por le plus preudomme Qu'il soit en l'empire de Romme(â) :

C'est li quens Phelippes de Flandres Qui miez vaut ne fist Alixandres

Suit réloge de Philippe d'Alsace :

V. 25. Li Quens aimme droite justice, Et loiauté et sainte église, Et toute vilonnie het; S'est plus sages (3) que nul ne set;

(1) Variante : Que fruit à cent doble li rande.. ms. N«794.

(â) Variante : qui soit, etc. N<> 794.

(3) Variante : S'est plus larges, etc., N<> 794.

Qifil donne selonc Tevangille, 30. Sans ypocrisie et sans guille,

Qu*ii dist : Ne sache ta main destre Les bien que fes a ta senestre (1) ; Çil le sache qu*il le reçoit £t Dieu qui louz les secrez voit Et set tûtes les repostailles, 36. Qui sont es cuers êtes entrailles.

Fin du prologue :

V. 49. Donc sachiez bien de vérité Que li dons sont de charité Que li bons quens Phelippe donne, G*onqucs nulhii n*en arresonne Fors son franc cuer débonnère, Qui li loe et commande à fere.

55. Ne vaut il miex que ne valut Alixandre qui ne chalut De charité ne de nul bien.

Oïl, n*en dotez jà de rien.

Dont aura bien sauvé sa painne

60. Grestiens qui entant et painne Par le commandement le Conte A commencier le meilleur conte Qui soit contés en court royal ; Ce est li livres du Graal Dont li Quens li bailla le livre; V. 66. S'orrez comment il se délivre.

Ce prologue diffère de celui du manuscrit de

^ Mons. L'un est Fintroduction générale d'une

/ œuvre de longue haleine; celui-ci n'est qu'un

^v simple début qui devait être répété avant chaque

lecture faite à la cour d'un fragment du poëme :

c'est le prologue de V acteur y comme le qualifie

{{) Variante : Ne saiche la senestre

Li bien quant le fera la destre 701.

très-bien un traducteur en prose du xve siècle. Tous les deux sont-ils de Chrestien? Ce point serait difficile à décider. La netteté de style des maximes du début du prologue annonce bien le poëte. Si nous avions à nous prononcer, nous publierions l'un et l'autre texte, en donnant à ce dernier son vrai titre : Prologue de l'acteur.

Les huit derniers vers sont les mêmes dans les deux prologues. Mais il semble y avoir dans le plus court une soudure qui pourrait faire supposer que la comparaison de Philippe d*Alsace avec Alexandre a été ajoutée après coup ; c'est le vers : Oïly n'en dotez jà de rien^ qui remplace la transition si nette : Or contera Crestiens ci, etc.

Début. Aussitôt après le prologue, le poëme commence par ces vers :

Ce fu au (emps qu'arbres florissent, Feuillent boscage, pré verdissent.

Ces vers sont les premiers du second chapitre du manuscrit de Mons, v. 1285 , p. 15, 2^ coL

Il manque donc ici tout un premier chapitre, qui nous semble indispensable. En effeév le manuscrit de Paris commence ainsi : « Ce fut au printemps que le fils de la veuve dame alla chasser dans la forêt du sud. i Cette phrase, dont la forme même indique une transition, fait tout naturellement suite au récit précédent qui annonce le départ de Perceval pour la chasse ; mais est-elle possible comme début du roman? — Qu'est-ce en outre que le fils de la veuve ? Le chapitre précédent a donné une signification terrible à cette appella-

tion qui résume tout un récit de malheurs. — Qu'est-ce que cette forêt soutaine? Le premier chapitre Ta dit aussi. — ^Mais si ce chapitre manque, que penser d'un tel déhut?

Le récit continue de même, en s'appuyant à chaque pas sur le chapitre précédent. Ainsi, Perceval entend un hruit d'hommes armés, sans voir les chevaliers, et il se dit : Ma mère avait raison, en me disant que ce sont des diahles. — Où sa mère lui a-t-elle dit cela? si ce n'est dans le premier chapitre.

Cette rencontre des chevaliers offre le prenûer développement, la première révélation du caractère de Tenfant. Perceval ajoute aussitôt : t Mais je ne me signerai, ni ne fuirai; je les recevrai à coups de javelots. >

Ce qui donne une grande force à ce trait de caractère, c'est que dans le chapitre précédent, l'enfant a cru sa mère et lui a promis sincèrement de lui ohéir, de se signer et de s'enfuir à l'approche de cette sorte de démons couverts de fer; mais, en face du danger, le dernier rejeton d'une noble famille se sent de la race des braves. Supprimez la première scène du héros avec sa mère, ce beau trait, qui est si bien dans le génie de Chrestien de Troyes et qui expose admirablement le sujet, perd presque toute sa valeur. ^

Cette entrée en matière se retrouve du reste dans la principale source du roman : le conte gallois de Pérédur (Mabinoghion) et dans le plus ancien Perceval en prose dont le manuscrit re-

monte au xii«sîècle(4).En outre, l'œuvre de Chrestien de Troyes a été traduite en 'Vers allemands au xiiie siècle, imitée en vers anglais au xive : ces traductions ou imitations contiennent cette partie essentielle du récit. Le Parzival allemand a été reproduit et augmenté de plus de moitié au xive siècle (4336) : l'interpolateur déclare positivement que Wolfram a emprunté à Chrestien son récit et « l'enfance » de Perceval. Ce début était nécessaire, non seulement pour Tœuvre même dont il est l'introduction indispensable , mais aussi pour le public que les premières versions ou traductions devaient initier au sujet. Plus tard, quand le sujet fut connu et que , grâce surtout à Chrestien de Troyes dont tous les auteurs du temps attestent le grand succès , la tradition fut faite, on n'eut plus à redouter de n'être pas compris en commençant la lecture ou la copie du roman par la scène la plus saillante , et il n'est pas étonnant qu'on ait perdu l'habitude de réciter et de transcrire le premier chapitre.

Telle est la seule explication plausible de cette lacune dans tous les manuscrits qui nous sont parvenus, excepté dans un seul. Mais cette explication est toute en faveur du manuscrit qui conserve l'œuvre entière.

Une preuve décisive enfin, c'est que la traduction en prose du xv^ siècle, imprimée à Paris en 1530, contient, outre le prologue de tous les

(1) Voir une note à la fin.

manuscrits (i), non seulement le premier chapitre, mais rintroduction même du manuscrit de Mons. La bibliothèque des romans a publié le texte d'une partie de cette introduction et quelques lignes suffisantes du premier chapitre (â). La version la plus répandue, alors comme en 1336, ressemblait au manuscrit de Mons.

Tout prouve qu'il y a ici une lacune et que vL le copiste a supprimé le premier chapitre.

Il manque donc à ce manuscrit un premier chapitre de 800 vers qui n'a pas été copié.

Fin. Ce manuscrit, ainsi que plusieurs autres, contient, à la fin, en plus du manuscrit de Mons, 26 vers à l'éloge de la comtesse Jeanne de Flandre, fille de Baudouin de Gonstantinople et petite nièce de Philippe d'Alsace. Après ce vers :

Oui à chief mist ceste besoigne.

Ces manuscrits continuent ainsi :

£1 non Jebane la conlesse

Qu^est de Flandres dame et maislresse.

La vatllanl dame hissenée,

Que Diex a si bien assenée

A sens, à valor, à lionlé,

A cortoisie et à biaulé,

A francbise et larguecbe cl pris,

Et por cbe que lanl ai apris

De ses boues meurs à délivre,

Ai en sou non 6né mon livre;

£1 non son aiol comencba,

Ne puis ne fu des lors encba

(1) Publié par Halliwell, puis par Holland.

(2) Novembre 1775, p. 39-43.

Nus hom, qui la main i mesist

Ne de finer s'entremesist.

Dame, por vos s'en a pené

Manesiers (anl, qu'il a fine

Selonc Tesloire proprement;

£1 comencba al saldement

De Pespée sanz contredit;

Tant eu a et conté et dit

Si com en Salebières trove,

Si com Tescris lesmoigne et prove

Que ii rois Artus séoit là;

Encor le puent véoir là

Tôt sééié en parchemin

Tout cbil qui oirrent le chemin (1).

L'éloge de Jeanne de Flandre suflSt à prouver que cette version est postérieure et que ces vers ont été ajoutés après la mort de Chrestien (2).

Ce manuscrit contient environ 45,000 vers.

No 3. Ms. de Montpellier. (3) Prologue.

Qui petit semé, petit queut, etc.

Le même, sauf quelques variantes.

Début.

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