‹ Bibliographie de Chrestien de Troyes: comparison des manuscrits de Perceval de Gallois; unChapitre 26 sur 27 · LA TRADUCTION EN PROSE DU XYI^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA TRADUCTION EN PROSE DU XYI^ SIÈCLE

Édition de 1S30. — Voir page 20.

Plusieurs exemplaires de cette édition contiennent, sous le titre à'Elucidation du Graal, l'introduction et la première partie du premier chapitre du Ms. de Mons ; On y reconnaîtra notre texte et même un grand nombre de vers.

Crp0plai0anip pt jRpfrpatiup Jfgaioirf bn Crps jrraix î\ nailiant Cjjpuallipr i^prcpual If jallnjH Jabis rljPDallipr lip la Cable ranlif. 3Cpqnpl arjjpna Ips abupntnrpfl lin sainrt foal. %mi anlrjjnns fairt^ bplliqnpnlx tin noblp rljpnallipr (@annain (Et anllrps rljpnalliprH PstanH an tpmps Im nnblp jRog ^rtljns^ non au paranant Jmjrimp. ^dpc jrinilpgp.

On lit à la fin : Le tout nouvellement Imprimé à Paris, pour honnestes personne Jehan sainctdenys, et Jehan Ion gis, marchans Libraires demourans au dict lieu. Et fut achevé de Imprimer le premier jour de Septembre. L'an mil cinq cens trente.

(Après le privilège et la table, vient l'èlucidation.)

(Elnribatinn Îip rjjgBloirp bn (Sraal.

Cy endroict encommance la haulte hystoire du compledu graal : qui bien est pour dire voir le plus noble compte et meilleur que vous ouystes pieçà racompter et si n'est mye cas qu'on doibve de legier mettre en avant, car telle chose pourroit monter le compte, ains qu'il fust fine : que tel qui no

ranroit mye forfaict, il eo serait marry tout le temps de sa vie. Dont cil faict que saige quil le lyst, et s'en passe tout oultre simplement, Car comme maistre Blyhis nous enseigne ung bon taire mainteffois ne le scauroit on assez priser. Or entendez désormais à ce que vous m'orrez deviser cy après. Si vous veuil racompter comment ne par quelle occasion fust destruict le riche pays de Logres, dont le royaulme en tourna à perte, et la terre en fut toute gastée et déserte dont il fut puys grand nouvelle par tout le pays.

Bî la lonabif ronstnmf introbngrie par Ifs ^ribs anrirniiN mpni an roganlmp bp Xoyts, ?[ l? Irar malb abnmtnTp ^ar te

CljajpitTp ^mnipr.

11 est vray qu'anciennement parmy les forestz du royaulme de Logres y avoit un grand nombre de pucelles dont le conte semble mieulx chose de fairie qu'altre rien :

Et au vray dire, c'estoit bien la greigneur merveille qu'on pourrait ouyr devisez. Car ces pucelles-cy dont je vous ay commencé à faire le compte, se tendent en caves (grottes) que l'ancienne Hystoire appelle aultrement, puys, qui estoient en celles forestz entaillées, par ouvraige merveilleux. Or avoient ces pucelles dressé une telle coustume, que jà nul n'errast par chemin, fust au matin ou à la vesprée, que pour boire ny pour menger luy esconvint changer sa voye, fors tant qu'il failloit tourner à une de ces caves, et nulle riens ne demandast on de bel menger que tout maintenant ne fust apporté habandonnement : mais qu'on le requist par honneur. Si advenoit lout en ce poinct, qu'il yssoit hors du puyg une damoiselle belle en toutes guises et si advenante que d'aultre n'en failloit jà demander : si apportoit hanaptz d'or en sa main, avec pasléz très bien lardez et du pain assez, et emprès elle, suyvoit une aultre pucelle qui reportoit une blanche touaille et escuelles de fin or et argent enquoy estoit le melz que cil avoit requis. Si n'est jà besoing vous dire comme il estoit moult bien venu et reçeu de ces belles hostesses, et si ce

metz ne luy aggréoit, ou luy en apportoit tanlost d'aultres, de plusieurs sortes tout à sa voulenté.

Telle estoit comme je vous voys devisant la coustume des pucelles qui servoieni bel et liement ceulx qui alloient errans parmy les chemins et destournoient vers elles pour prendre leur repas. Et maintindrent les pucelles leur festoy si que nul ny venoit qui ne se tint en bien recuelly : et qui moult ne les €n prisast, tant que le roy Magons y vint premier et enfraignist icelle coustume. Cil fust pour le dire voir plain de grande villenie et maulvais en toutes guises et maint autre y eust depuis qui en refist tout autant comment il avoitfaict, par l'exemple maulvais qu'il donna luy qui en debvoit les aultres lenser et les pucelles devoit garder contre ceulx qui honte leur vouldroient pourchasser. Si advint une journée à ce mesme point, que celluy roy Magons estoit avec les pucelles qui moult Tavoient receu courtoisement et bien se penoient de le servir comme à si hault Roy appartenoit, qui se prist fermement à regarder l'une d'entre celles qui moult luy sembloit gente et de noble contenement. Si dist à soy mesmes qu'il estoit besoing qu'il fist son plaisir de ceste damoiselle, si ny ftst nul delayement, ains se traict au plus près d'elle. Et commence à luy dresser tel parlement qu'il luy sembla lors. Mais celle qui bien aprise estoit, luy respondit saigement et moult s'en scavoitbien defifaire. Et que vous diray-je, si le roy eust esté si courtoys comme la pucelle le desservoit il €ust pris ung refuz en payement et ne fust mye passé oultre : mais à ce coup fist il comme villain. Si ne luy valut rien l'esconduyre, il la prist errament, et voulsist ou non, en fist toute à sa voulenté et en après luy toUist la couppe d'or dont elle l'avoit servy et ensemble o luy l'emporta. Et tout autel casse prindrent à refifaire les aultres chevalliers si que depuys quant ilz encontroientles damoiselles ils nen laissassent aller une seulle qu'ilz ne luy feissent honte et villenie, dont il advint depuys qu'elles se mussèrentet retrahirent en leurs puys, tellement que puis n'en yssoientpour nulle requeste qu'on leur sceust faire, et dès celluy temps commença tout le pays tourner à déclin et à meschanceté. Et du roy et des aultres chevalliers qui avoient prisa force les damoiselles, tant vous

puys-je bien dire, qu'ilz eo firent trestous malle fiu. Et ny €ust celluy d'eulx qui moult cher ne le comparust, si en fut le royaulme gasté, puys ny eust herbes ny fleurs ny nulle riens qui ne tournast à perte et desconfiture. Et bien advint encore le greigneur meschef de tous les aultres. Car on ne peust puis trouver nul iour la court au riche roy peschor : car lorsque celle court estoit trouvée : il y avoit si grand planté de toutes richesses par toute la contrée que ià aultre plaisir ne peust on demander, mais puys ust le royaulme tout perdu et deshérité : comme je viens de vous racompter.

Xi. ransp çonr laqnrlk hs ïï^tnailim an temps bu roi arij^ns tipftntiaifnt Tljonnenr bp0 bamoiapllrs* (Bl bn premier rijenallipr pont elles nainra» (Bt rmnme il lenr estait mesrljén par la hsioganlté bn roi majons.

Ctjappitre seronb.

L'ancienne Hystoire nous parle en maint heu de la noblesse qui fut au royaulme de Logres et des pers de la table ronde au temps du noble roy arthus dont oncques puis de si bons n'ouyst on en place parler. Cilz furent sans faille si bons chevalliers et si grans entrepreneurs que dès qu'ilz eurent ouy racompter les adventures des pucelles. ils commencèrent ensemblement, qu'ilz garderoient les pucelles qui des caves ystroient et qu'ilz destruiroient le lignaige de ceulx qui faict avoient ce grand dommaige. Pourquoi elles estoient tant remises que de leurs caves ne voulsissent yssir. Et bien saichez que quant ilz en pouvoient ung prendre et tenir ilz n'en prinsent pas ung royaulme qu'ilz ne le feissent occire moult cruellement. Et tout ce faisoient il, pour veoir si pourroient asseurer les pucelles, si qu'elles voulsissent yssir comme devant, mais tant n'en sceurent faire que nouvelles en poussent ouyr nul jour de leur vie. Mais bien trouvoient telles adventures dont moult forment s'esmerveilloient, ilz encontroient parmy les foretz grand nombre de pucelles si très belles en toutes guises que plus belles ne mieuU atournées ne pour-

roient estre, en leur conpaignie alloient chevalliers armés moult richement, montez sur bons destriers et fors. Ces chevalliers les meuoient en leur conduicte et si nul chevallier estrange leur courait sus pour les pucelles leur tollir. Adonc se combattoient moult vaillamment et bien monstroient à ce point qu*ilz n'estoient mye recreuz, ains estoient chevalliers de moult haute affaire et plains de moult grand bonté. Si s'ailloient mainteffoys à eulx esprouver les chevalliers du pays dont maint preudhomme y fust occis : et y fist le roy Arthus grand perte de mainctz bons chevalliers, mais non mye tant qu*il ne leur fusti^hèrement revendu, car ceulx qui estoient preux et hardys les alloient si vivement guerroient, qu'à fine force il leur convenoit avoir du pire et mainteffoys estre ou mors ou pris. Gomme nous tesmoigne la Vraye Hystoire le chevallier du party des pucelles qui fust conquis premier et mené à oultrance par ung de ceulx de la maison au roy arthus, cil Chevallier sans faille estoit appelé bliombéris et le conquist missire Gauvain le nepveu au roy arthus qui bien fust un des plus preudhomes qui en ce temps portassent armes entre les chevalliers errans, et que plus longuement se scavoit à ung estre maintenir. Missire Gauvain après qu'il eust conquis bliombéris il luy fist créancer qu'il s'en yroit tout droict vers le roy arthus son oncle où il se rendrait prisonnier à la roy ne de par son nepveu. Et cil luy promet voyant qu^ainsi faire convenoit si ny fist nul délayement, ains chevaulcha mainte journée, tant qu'il arriva à la court et tantost qu'il fust au chastel nouvelles vindrent au roy, qu'il estôit léans arrivé un chevallier armé qui bien sembloit n'avoir pas tousiours reposé, car ses armes estoient en maint lieu desrompues et son escu tout pourfendu et entaillé si qu'il n'y paroissoit enseigne quelconque que bien peu fust. Tantôt le roy commanda que le chevallier luy fust amené : mais il dist que ains luy convient il parler à la royne car c'est à elle , faict-il à qui j'ay a adresser mon messaige. Alors demanda qu'on luy monstrast la royne et assez furent gens qui luy monstrèrent, sitôt qu'il l'éust apperceue il s'en vint à elle et se mist à genoulx et se rendit son prisonnier de par son nepveu missire gauvain. La royne le receut courtoise-

ment, pour l'amour de cil qui envoyé l'avoit et luy dist qu'il n'auoit mye si dure prison qu'il s'en déust trop mescon tenter. Puis luy demanda de son estre et des nouvelles de son nepveu. Et cil qui moult bien le scavoit dire, luy compta tout au long sans nulle rien laisser, et debvez scavoir comme tous ceux qui I6ans estoient furent moult lyes de l'ouyr racompter les adventures des pucelles qui parmy les forestz alloient en icelle façon comme je vous ay racompté. Si l'encherchèrent de tous poins de tout ce qu'adviser ce peurent, tant qu'il se prist à leur dire : Seigneurs vous avez grand merveille des damoiselles que vous voyez aller en ce poinct parmy les grans forestz et ne finez de demander de quel pays nous sommes. Et pourquoy le vous iroye-ie celant. Or saicbez que nous sommes nez des damsoilles que le roi amagon eaforça : dont ce fustpar trop grand domaige, car la perte ià restaurée ne sera à nul jour du monde tant que dieu laisse trouver la court d'où viendra la joye en ce pays, si vous tenez pour asseurez que telles adventures verra on advenir à ceulx qui la court chercheront, qu'il n'en fut oncques ouy de pareilles. Moult vint à gré le parler du chevallier aux preudhommes, qui léans estoient. Et après ne demoura mye grand pièce qu'ilz ne teinssent ung long parlement de trouver celle court dont le chevallier leur avoit racompté, si prindrent chascun endroict soy à dire qu'il estoit besoingd'encommencer promptement celle queste et jamais à court ne reviendroient, qu'ilz n'eussent ouy nouvelles de la court au roy peschor.

Ci hmî iî romjtp bn graal fi par qnri rljfijalKfr fiit prpmifremmi nra pn la maison tin roi ppsrjjor.

Cijapçitrp

nu

Or dit le compte, que ce Roy estoit homme qui moult entendoit en nygromance si muoit bien sa semblance en oultre plus de cent foys le jour : et n'y avoit nul qui l'eust auparavant hanté qui l'eust peu recongnoistre en nulle guyse. A la court de ce roy arriva sans faille missire Gauvain comme le compte plus au long vous devisera cy après dont tout le

royaulme de logres en amenda moult fort, mais ainçois que missire Gauvain y arrivast FaToit trouTé premier que luy ung jeune chevallier que moult estoit à Tooir dire de petit aage : ains pourtant ne remansist qu'il ne fust ung des plus hardiz et des plus adventureulx chevalliers qui portassent armes en tout son temps. Ce jeune Chevallier qui tant fut gamy de haulte chevallerie comme je vous compte, qu'il de bonté tressailli tous ceulx de la table ronde, tant erra par maiocte contrée et tant se travailla qu'il trouva la court du roy pescheor. Et si vous me demandez comment estoit appelle le chevallier, certes je veux bien dire que c'estoit Perceval le galloys. Cil s^enquist voirement de quoy le sainct graal servoit, mais de tant mesàdvint qu'il ne se advisa mye de demander pour quelle raison yssoit le sang de la lance quant il la veit ne de l'espée pareillement qui estoit brisée par le meillieu dont la moitié estoit gisante en une bière. Bien s'enquist de la riche croix d'argent, qui tout premièrement venoit, et des aultres merveilles qu'il veit en la salle, car il y avoit troys foys le jour par troys heures léans une si grande douleur dont nul homme ne ouyst parler qui forment ne s*en esbahist. Il y avoit quatre encensiers très riches qui pourpendoient aux quattre chandelliers qui estoient au corps de la bière et quant on avoit le service faict tantost le grand cry remanoist, si audenoit que chascun estoit lors esvanouy de la salle qui longue et lée estoit : et demeuroit vuide et effrayée, et lors veissies le ruissel de sang qui aval decouroit d'ung orcueil où la lance estoit. Ne demouroit gueres après que le pallays remploi t de chevalliers et eussiez veu le plus beau menger appareillé de tout le monde affin que tous les chevalliers qui estoient au chasteau prisent leur réfection.

Adonc s'en yssoit le roy peschor d'une chambre tout acesmé de ses aomemens royaulx et vestu de si noble arroy que nul ne vous scauroit deviser l'atournement tant paraissoit riche durement. Si eust un très bel annel en son doig et les bras lassez estroictement et sur son chef ung cercle d'or dont les pierres valloient ung bon royaulme, le fermail et la ceinture estoient très advenans, et pourquoy le vous feray je long, on ne eust seeu au pays legierement recouvrer nul plus bel

homme ne qui mieulx portast à ung hault prince que cestuy, et n'eust pas esté à l'heure de legier recongneu à iceulx qui le jour l'eussent veu atourné comme ung pescheur. Sitost que le roy estoit assis adonc veissiez le aultres chevalliers chascun en son siège, et estoit le pain et le vin servy tout de première arrivée, et moult tost après ysoit le graal d'une chambre dont tous ceulx qui se séoient estoient moult honnorablement serviz. Le premier mets estoit assis devant le Roy, et puys tous les aultres environ qui n'estoit se merveillez des entremetz des viandes qui leur apportoit.

A celle heure mesme veissiez advenir la grand merveille telle que ains homme n'ouyst racompter la pareille. Mais ià ne m'en orrez parler cy endroict, car ça en avant enmy le compte il sera dict tout à beau loysir. Aussy seroit ce trop grande villenie et grand honte de desmembrer ung si bon compte, fors ainsi comme il doibt aller. Mais quant ce viendra que nous parlerons du bon et vaillant chevallier qui trouva la court par trois foys. Adonc me pourrez bien ouyr deviser de poinct en poinct toute la pure vérité du compte. Si ne vous en celeray riens que tout ne vous le face scavoir, car c'est une chose digne de racompter à tous honnorables seigneurs et dames.

Et combien que la vieille hystoire en cest endroict tieugne compte des sept gardes, dont chascunne endroit soy compte comment la court fust sept foys trouvée. Et de la guerre que le Roy Arthus dressa qui bien dura quatre ans, encontre les Chevalliers qui estoient issus des damoiselles dont le compte a parlé cy devant. Lesquelz firent le chasteau riche aux pucelles et le pont périlleux et aussy firent le grand chastel qui depuis fust clamé le chastel orguilleux, pour l'establye de la fière cousiume qu'ilz entreprindrent encontre les Chevalliers de la table ronde. Dont le Roy Arthus vint enfin audessus et les tourna à desconfiture. Touttefoys il n'est ià besoing en faire à présent mention d'aultant que le compte y est assez afifamé, et sy est au long recité aux aultres livres qui parlent de la table ronde. Si nous en taisions donc atajfit, et viendrons à parler du père de Perceval le Galloys à qui le compte appartient, pour nous advertis des adventures qui luy advindrent à la fin de ses jours.

Commpnt 33liorabras,çkp bp i^prreual le (Sallogn, fnst orris à nng tonrno; |nblirqnp car Ip jl^oi br jallps^ ^tpb la gastr ficmtainp^ ou il fist bps uaillanrps inûnips an tonrnog bpuant qnp 1p Hoi bp (iallps et In^ bp rombattisBpnt.

Cljajjitrp qnatripmp.

Il est vérité qu'en la terre de Galles esloient douze frères qui trestous furent preudhommes à merveilles, et bien eust on peu chercher toute la contrée tant comme elle se povoit estendre , que sans faille on n'y trouvast nulz aultres telz chevalliers si riches d'avoir et d'amys ne qui plus voulontiers hantassent les tournoymens et les guerres que ces douze frères friisoyent pour loz et honneur conquester. 11 advint en celle maison ce que Ton veoit assez souvent escheoir es aultres lieux, qu'il n'est guère que une bonne compaigne se maintienne longuement en ung estre sans que mort ou grande adventure ne la desmembre. Ainsy en advint il de ces frères, qui tous estoyeut de grand valleur. Car de douze qu'ils estoyent n'en remansist que ung tout seul que tous ne fussent mors en peu de temps. Cil qui demeura après les aultres ésloit appelle Bliocadras qui bien es toit sans mentir le plus courloys et le plus saige de tous les aultres et non mye moins preudhomme. Si estoit ainsy advenu que la greigneur partie csloit périe, mais trestout le meilleur en estoit demeuré. Si fust dolent de la perte de ses frères que tant il aimoit il ne convient pas vous le dire, donc longtemps après leur mort il demeura si morne et si fort pensif que tous ceulx qui le veissent Guidassent bien qu'il no survesquist pas longuement après eulx. Mais c'est grand foilie à homme de démener deuilz tout adez car tout au contraire à telle heure qu'on est tout yre doibt-ou faire en façon qu'on soit lye et joyeulx. En ce point se prist Bliocadras ung jour à penser tout à par soy que pour son deuil alléger il lui convenoit aller à quelque tournoyment et que trop longtems avoit demouré sans riens faire, et qu'il

luy pourroit estre tourné encores une foys à villennie d'eslre ainsi enpiré de son deuil, après qu'il eust ainsy pense comme je vous compte, sy ne fist nul délaiment, ains commende tout erramment qu'on prist garde à son cheval et à ses armes car il avoit. en voulenté de se aller esbanoier par les champs et veoir s'il orra point nouvelle du tournoyment qu'on ait faict crier car pour nulle riens il ne remansist qu'il n'y allast.

Et que vous diray-je? A celluy mesme point sans faute que celluy ennuy luy prist vouloit il partir mais sa femme et ces amys qui pas ne furent loing le prièrent tant qu'il luy convint à fin force arrester, mais ce ne fust pas sans grande requeste. Et atant ne gaignèrent mye grànt chose car ne demeura pas gramment qu'il vint léans héberger un varlct qui luy porta nouvelles d'ung tournoy que le roy de galles de nouvel avoit entreprins, encontre ceulx de la gaste fontaine et qu'il alloit semondre de par le roy les chevalliers du pays pour se trouver au tournoyment. De ceste nouvelle fust moult lye bliocadras comme cil qui désiroit à merveilles à recouvrefr à porter armes pour le long repoz où il avoit demeuré, et ne fault pas dire s'il fist grand feste du varlet qui les nouvelles luy apporta si fist très bien penser de luy et après qu'il eust assez mengé tant qui luy pleust il dist qu'aller le convenoit et qu'il ne pouvoit plus illec targer. Atant est le sire contre luy venu si le salue courtoisement et puis luy dist : beau varlet or me diz quel jour se doibt ferir le tournoyment, le varlet lui respond : Sire je le vous diray que ià de riens ne vous en mentiray, sachez que ce sera au samedy prochain, et si n'avez que demeurer si vous y vouliez estre au premiers coups, en nom dieu, faict Bliocadras de séjourner n'ay je mye grand tallent, si commande à ce coup que le tout soit apresté car il veult que le lendemain partit à l'auber, et bien le cuydent sa femme et les chevalliers retenir comme l'aultre fois faict avoient, mais c'est pour néant qu'ilz se tourmentent, car ne veult entendre à leur prière, dont ceulx sont dolens à merveilles, et surtout sa femme qui ensaincte esloit et natendoit l'heure d'acoucher, si le voulsist bien retenir si elle peust en nulle manière, mais son syre ne luy veult ottroyer, si luy fist créancer que le tournoyment féru il ne se-

journeroyt en nul lieu tant qu'il fust revenu au chaslel , en ceste manière s'en partist blyocadras acconpagné de plusieurs bons Chevalliers qui tous furent ses hommes et tant furent allez qu'ilz arrivèrent à un chastel où le tournoy se debvoit assembler et y arrivèrent tout à temps et se allèrent héberger à dextre le plus recelément qu'ilz peurent, car pas ne voulsissent à celle heure estre recongneuz. Et moult furent bien receus d'ung bon preudhomme qui leur feist tout l'honneur dont il se peult adviser car bien sembloient à leur contenement estre preudhommes, et si estoient ilz sans faille. Le lendemain après avoir ouy la messe Bliocadras se fist armer et ses compaignons aussy, si sortirent hors le chastel et s'en vindrent esperonnans tout droict au lieu du tournoy, moult marchèrent en bel arroy les Chevalliers et alloit Bliocadras tout le premier l'escu au col, le glaive au poingt. Car il voulloit estre tout le premier pour le tournoy encommencer.

Alors qu'il chevalchoient en cest estât que je vous compte. Atant veez cy uiig Chevallier armé de toutes armes de l'autre chef qui tost randonne vers Bliocadras et cil qui moult l'avoit visé de loing le va mye refusant, ains s'est adressé vers luy tant comme il peult d'ung cheval traire. Et quant ce vint au poindre ilz s'entreferirent de toute leur puissance. Si fust telle l'adventure de cestuy rencontre que l'aultre Chevallier attaignist tout premièrement et brisa son glaive sur l'escu de Bliocadras qu'aultre mal ne luy fist, ne de selle remuer. Et Bliocadras le ferist par tel angoise emmy le pis qu'il le porta à terre par dessus son cheval moult durement navré. De celle jouste fust moult loué Bliocadras et non mye à tort, car le chevallier qu'il avoist ainsy durement encontre n'estoyt mye aisé à abattre, ains estoit preudhomme et fort Chevallier. Si vous pensiez que Bliocadras l'alast longuement regardant, ne qu'il s'arrestat mie sur luy : non fist. Aias pensa de bien faire : si laissa courir son cheval et s'en vint férir parmy une trouppe de Chevalliers qui bien eslofent plus de trente. Et tant ne se sceut il haster qu'il ne fust de bien près suyvy par les chevalliers qui estoient en sa compaignie. Et à ce coup encommença le tournoy fier et oultraigeulx des deux pars si qu'on n'y oyt pas dieu tonner pour le froissiz des lances et le retin-

tissement des harnois de ceulx qui s'en alloient mallement eDtrerencontrans. Mais qui que le fist bien Bliocadras et à ses gens en demeura Thonueur, et en ce point longuement se mainlindrent que chascun disoit que àeulx seroit le pris de celle journée, quant ung damoisel s'en vint à Bliocadras adresser qui moult estoil grand et bien armé. Que vous diray-je? Tous deux estoient preudhommes à merveilles et plains de grand vassellaige, cil vient pour venger le dommage que BliocadrcS leur faict. Bliocadras dist bien qu'il ne veult myc perdre s*il peult Thonneur quil a ce jour acquis, si se viennent contrcheurter par moult grand air. Bliocadras fiert le premier si que tout Tescu lui piecoye et fend, mais le haulbert qui fort estoit ne s'en desment nullement. Et cil bien le rcûert à ce coup par trop grand vertu. Si le va attaignant dessoubs Tombre de l'escu emmy le vif parmy le gorgery, tellement que par le derrière du hasterel pareust tout le fer de la lance, et s'il cheust à ce coup, ce n'est mye merveille car à mort estoit navré sans faille. Âdonc sont venus à luy ses compaignons moult courroucez de celle adventure, ay l'ont relevé moult vislement et l'ont mis eu une bière, et en ce point Tout emporté vers le chastel dont ils estoient meuz le matin. Et quand ilz furent illec arivés ilz le couchèrent doulcernent le plus qu'ilz peurent en une chambre loing des gens à celle fin qu'il peult mieulx reposer et moult l'ont resconforte et asseuré qu'il n avoit garde de mourir pour le coup. Non. faict-il. seigneurs, je n'ay garde de reschaper, car Je ne cuide pas vivre deux jours entiers, si vous prie que me faciez venir le chappelain qui me vienne aprester, et ils le firent comme il avoit demandé. Et puis ne demeura pas gramment qu'il ne fust mort, car au deuxiesme jour après comme il avoit asseuré rendit-il l'esprit à dieu.

VÉlucidalioH s'arrête ici.

Il y a des exemplaires q ii ne con tiennent pas l'Élucida^ lion; ceux-là commencent }>ar la traduction du prologue: Qui petit sème, petit quieuU , publiée par Halliwel et par Holland.

Cg après BÎrat k iPralogne bp ril qni rrbijpa le romptp pn anripnnp rirap fîanragap qni çnig a pbIp mis pn IpI psrriçt rommp mrai Ip ponps npoir à prpspnt.

Cg rommpnrp le ^rolùjnp bp rattpnr.

Il est naturellement impossible à celuy qui en sa terre n'espand ou sème la semence à suffisance, qu'il y puisse recueillir le grain en habondance : parquoy est le proverbe véritable disant : Qui petit sème petit recueille,,., etc.

(Après le prologue, le traducteur résume l'histoire de la veuve, et il n'arrive aux vers : Ce fut au temps qu*arbres fleurissent, qu'après ce résumé indispensable).

Cg rommpnrp J^'Ijgstoirp jRprrpatiup rnntpnant Ips îairtî pt jpsips bn Crps prpnlx pt naillanl ^prrpnal Ip (ialogos^ CljPtialipr tp la Cahlp-ronlip.

Durant et pendant le Règne du bon et triumphant Roy Artus estoit une notable Dame vefve tenant son domaine en une forest nommée en celuy temps, la Gaste Forest, au païs de Galles, environ de laquelle estoient les terres et héritaiges. La dicte dame avoit eu à mary ung notable Chevalier et d'icelui trois beaulx filz, dont les deux, comme vous orés cy après furent occis en bataille, par quoi après le trespas de son mary ne luy en demeura qu'uog, aigé seulement de deux ans. Duquel est formée ceste présente hystoire. Et parce que la dicte dame avoit perdu tant son mary que ses deux aultres filz, exerçeant les faiclz de chevalerie. Quand le tiers fut en l'aage de congoissance, la dicte dame ne luy osa jamais déclarer comment son père ne ses frères estoient mors : ne que c'estoit que l'ordre de chevalerie, craignant que à ce ne se voulsist tourner et induire : et que par tel art exercer elle péust demeurer seulle et sans enfans. Mais si elle pouoit le désiroit garder pour estre le baston de

sa vieillesse et guide de ses affaires, tellement que quant Tenfant fut grand parvenu ne se qccupoit à aultre chose, si non que aller visiter les laboureurs et aultres simples personnes cultivant et faisans leur labeur es terres de sa mère. Et estoit la principalle et seulle occupation du Juvenceau, fors que aucunes fois il s'ebaltoit à jecter et darder Javellots après les cerfs et biches et après les oyseaulx lesquelz souvent par sa grande industrie mettoit à mort.

Comment rt m qnplU manièrpi^mpualmBtpTiimikp rongnoissanrr h Cj^pualrrip. (Bt rommrnt il tronua rinq Cjjraaliprs errant pn la (ëastp forpsf, p! tn jarlpmpnl qu'il pmI aopr pnlx.

Or nous recite L'hystoire que comme le dict Perceval encores jouvenceau avoit de coustume aller visiter par manière de récréation les Laboureurs aux champs. Un jour mist bride et selle sur son Chasseron qui est à dire le petit cheval sur lequel il allait à la chasse des Bêles et Oiseaulx. Puis quant dessus fut monté print trois Javellotz et se partist pour après avoir le boys passé, aller visiter les Laboureurs arant et semant les terres de sa mère. Or estoit en la saison que les arbres commencent, etc., etc.

Nous voici arrivés au vers :

Ce fn an tans c'arbres fleurissent.

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