‹ Bibliographie des chansons de geste. (Complément des Épopées françaises)Chapitre 186 sur 268 · XV. Critique du texte · texte numérisé non relu

XV. Critique du texte

* Indépendamment du devoir généra! qui incombe à tout éditeur de dresser un texte critique cl rétablir partout la « bonne l»-

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çon », les éditeurs du Roland se sont trouvés en présence de trois difficultés :

1" Le plus ancien manuscrit, celui d'Oxford, présente des lacunes évidentes : il s'agit de les combler;

2» Ce même texte renferme, selon plus d'un érudit, certaines intercalations ou additions qu'il convient peut-ôtre de supprimer ;

3» Ce manuscrit enfin est l'œuvre d'un scribe anglo-normand qui l'a écrit selon les habitudes de son propre parler. Il importe de savoir si telle est vraiment la langue de la chanson originelle et, dans le cas contraire, de ramener ce texte corrompu à son dialecte primordial.

Ces trois difficultés ont été abordées, sinon résolues, dans une série de travaux qu'il est utile de connaître.

Indépendamment de la « bonne leçon >> que la plupart des éditeurs ont essayé de rétablir (témoin les éditions de T. MuUer, de C. Hoffmann, d'E. Bœhmer, de L. Gautier, de G. Paris, etc.), plusieurs romanistes se sont attachés à combler les lacunes du texte d'Oxford en s'aidant du manuscrit IV de Venise et de ces remaniements qui sont connus sous le nom de Roncevaux, etc.

C'est ce qu'ont tenté de faire T. Millier qui a signalé ces additions dans ses notes et L. Gautier qui les a introduites dans le corps même de son texte.

Certains traducteurs (Jônain, d'Avril) ont, par une sorte de coup d'Etat, supprimé l'épisode de Baligant.

11 est enfin des éditeurs qui n'ont pas reculé devant la restitution hypothétique et malaisée, de la langue du poème original. Tels ont été notamment L. Gautier et G. Paris. Ces deux éditeurs ne se sont point, d'ailleurs, placés au même point de vue : l'un d'eux, G. Paris, s'est proposé de ramener le dialecte du manuscrit d'Oxford à ce parler qu'il appelle le francien; l'autre, L. Gautier, s'est donné pour but de le ramener au dialecte normand.

On consultera donc — sur les lacunes du texte d'Oxford et les efforts qu'on a faits pour les combler — les 2« et 3" éditions de T. MuUer (Gœttingue, 1863 et 1878, in-8o) et, dans la 7" édition de L. Gautier (Tours, 1880, in-18, pp. 408-448), les Notes pour l'établissement du texte. — Sur l'épisode de Baligant, en partieuher, on se reportera utilement aux ouvrages suivants : J

2359 SchoUe (Franz). Die BaligantS' épisode, ein Einschub in das Oxforder Rolandslied.

Zeitschrift filr romanische Philologie, 1 (1877), pp. 26-40.

L'épisode de Baligant faisait-il ou non partie de la rédaction primitive du /io/and? N'a-t-il pas été ajouté tardivement à la version du texte d'Oxford? M.Scholle est do ce dernier

2360 Dœnges (Emil). Die Baliganta- * épisode im Rolandsliede. — Marbourg, 1879, '

2361 Paksclier (A.). Zur Kritik und Geschichte des altfi^anzôsischen Rolandsliedes. — Berlin. 1883, in-8».

« La Chanson de Roland a subi la revision d'un clerc qui en a beaucoup accentué le caractère religieux. Le Daliganiseimode, également l'œuvre d'un clerc, était encore étranger au poème en des rédactions assez récentes. — Étude du personnage de Bramimonde.— Rapports entre le Mainet et le Baligant. — L'auteur accepte l'opinion de G. Paris sur le rôle du Turpin et du Carmen deprodicione Guenonis ; mais c'est à l'épisode de Baligant qu'est consacrée la plus grande partie du travail de M. Pakscher. » (Romania, XIV, 1885, pp. 316 et 594-598.)

2362 Paris (Gaston). La littérature française au moyen âge. — Paris, 2» édition, 1890, in-18.

« Le grand épisode où Baligant, chef suprême des païens, intervient pour venger Marsile et est vaincu, à son tour, par Charlemagne, a très probablement été incorporé plus tard à la rédaction du Roland qui est représentée par le manuscrit d'Oxford » (p. 58).

2363 Paris (Gaston). Extraits de la Chanson de Roland, 3'= et4« éditions.— Paris, 1892 et 1893. Introduction, pp. xxi-xxn.

G. Paris suppose l'existence d'un poème indépendant, intitulé Baligant, qui aurait été soudé plus ou moins adroitement avec le Roland d'Oxford.

* En ce qui touche enfin à la restitution du dialecte originel, on pourra se référer notamment (sans négliger les autres éditions) aux deux œuvres suivantes :

2364 Gautier (Léon). La Chanson de Roland, 7« édition (édition classique). — Tours, 1880.

« Nous nous sommes proposé de ramener la Chanson de Roland à la pureté du dialecte

nOLAND

normand on, en d'antres termes (comme nous l'a écrit Theodor Mflller), «de restituer la Chanson de Roland normande, si misérablement défigurée sous la recension anglonormande du manuscrit d'Oxford » (p. 401).

2305 Paris (Gaston). Extraits de la Chanson de Roland, 4* édition. — Paris, 1893, in-l8, pp. iv et v.

« J'ai ramené les formes, autant que possible (l'assonance m'en a quelquefois empêché), à celles du francien, de manière que tout mot apparût clairement comme intermédiaire entre le latin et le français moderne. Ce procédé n'est justifiable que par la destination du livre où je l'emploie, qui s'adresse aux commençants : je puis invoquer pour me couvrir l'illustre exemple do Cobet, qui, dans un Recueil de morceaux grecs choisis destiné aux commençants, a ramené toutes les formes des textes dont il donnait des extraits à celles du dialecte attique. » Il convient d'ajouter avec Ad. Homing, qu'il faut entendre ici par dialecte francien « celui de l'Ile de France, celui-là môme qui est devenu le français littéraire ».

* Tous ces travaux sur le texte du Roland ont été jugés, encouragés ou rectifiés en des articles critiques dont l'utilité n'a pas besoin d'être mise en lumière.

2366 Paris (Gaston). Romania, t. II, 4872, pp. 97-103, etc. (Critique des premières éditions de L. Gautier et de celle de Bœhmer, etc.).

2367 Fœrster (Wendelin). Zeitschrift far rovianische Philologie, t. II, 1878, pp. 162-189. (Observations sur la seconde édition de T. Mûller. Etc., etc.)

• La comparaison des différentes rédactions du Roland (qui constitue en réalité la meilleure préparation à une édition critique) a donné lieu, d'autre part, aux Dissertations suivantes :

2368 Ottman (Hugo). Die stellung von V*in der Ueberlieferung des altfranzôaischen Rolandsliedes : eine textkritische Untersuchung. — Marbourg, 1879, in-S».

L'auteur regarde le manuscrit V* comme provenant au moins de deux manuscrits {Romania, IX, 1880, p. 116).

2369 PerSChmann (Hermann). Die Stellung von O in der Ueberlieferung des nltframôsischen Rolandsliedes : eine text-

kritische Untersuchung. — Marbourg, 1880, in-8».

Cf. AusgaJben und Abhandlungen, t. ill, pp. 1-48.

2370 SchoUo (Franx). Dos Yerhmltnist der verschiedenen Ueberlieferungendes aitfranzôsischen Rolandsliedes su Einander.

Zeitschrift fur romanische Philologie, t. IV, 1880, pp. 7-34.

2371 Scholle (Franz). Zur Kritik des Rolandsliedes, in Zeitschrift fur romanische Philologie, t. IV, 1881, pp. 195 et m.

« L'auteur essaie de prouver que le poème a été longtemps conservé par la tradition orale avant d'être écrit, et que les différentes rédactions que nous en avons présentent elles-mêmes beaucoup de variantes dues fc lintervention des jongleurs, et non pas seulement aux copistes (Romania, t. X, S99). Nous nous rallions volontiers k cette opinion.

* De petites questions complémentaires ont pu s'élever au sujet du texte du Roland : telle est celle qui a pour objet le sens do I'aoi qui se lit à la fin do chacun des couplets de notre vieux poème. Seelmann a donné (1. c, p. 73) l'indication de tous les travaux et le tableau de toutes les opinions sur celte notation qui n'est pas encore suffisamment comprise :

Le savant bibliographe a cependant oublié notre Erratum du tome II des Épopées françaises (2« édition, p. 805) où nous avons écrit ce qui suit : « Le mot agi ne peut être expliqué que comme une interjection analogue à notre ohé. Ahoy est encore en usage dans la marine anglaise : « Doat ahoy, entendait-on héler d'une masse obscure qui se dessinait confusément à l'avant. C'était le vaisseau amiral anglais. Puis, retentissait un accord parfait : Hodu canot!» {Une station sur les côtes d'Amérique, dans la Revue des Deux- Mondes, 18C2, t. IV, p. 877.) Le mot, qui $e trouve dans les dictionnaires anglais, n'est plus employé que dans un sens très restreint. »

• Wendelin Fœrslcr nous promet nnc édition critique à laquelle il est préparé mieux que personne par ses publications antérieures et dont il a déjà libellé le Ulre : Da» altfranzôsische Rolandslied kritischer Text, mit Anmerkungen und voUsttlndigem Wôrterbuch.

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