DE TOUT LE CYCLE DE CHAR LEM ACNE
plorable infériorité de leur copie, Tévidente faiblesse de leur pinceau.
Il convient néanmoins que nous donnions ici quelques averlisseftienls nécessaires h notre lecteur.
Qu'il le sache bien : il est, on ce raouient, au centre du cycle de Charlemagne. Roncevaux est le fait capital de la Gesie du Roi; Roncevaux est, pouiv ainsi parler, le noyau de tous les poëmes carlovingiens.
La guerre d'Espagne est ce qu'il y a de plus iuiportant dans toute la légende de Charles; mais, dans cette guerre, il n'y a que trois grands faits véritablement historiques, : Pampelune, Saragosse, Roncevaux. Autant de vérités à constater et à retenir.
Il est très-certain qu'en 778 Charlemagne entra en Espagne à la tête d'une armée de Français, d'Allemands, de Lombards. Le grand Roi y était appelé par des Musulmans contre d'autres Musulmans : deux cheiks des environs de l'Èbre étaient venus, à Paderborn, solliciter son aide contre l'émir de Cordoue. Le fils de Pépin était trop habile pour ne pas saisir cette occasion de pénétrer au delà des Pyrénées : il apparut, terrible, au milieu des Sarrasins et des chrétiens indisciplinés des montagnes espagnoles. Deux villes l'arrêtèrent, Pampelune et Saragosse : il finit par prendre l'une et obtenir la soumission de l'autre*. Mais, tout à coup il apprend qu'une nouvelle révolte vient d'éclater parmi les Saxons ; il sent que la destinée future de son royaume et de l'Occident catholique se débat plutôt en Saxe qu'en Espagne, et se hâte de repasser les Pyrénées, méditant contre les barbares le plan d'une terrible vengeance. Or, comme son arrière-garde passaitsur la route qui conduit de Pampelune à Saint-Jean Pied-de-Port, comme elle
CIIAP. XX.
Dans l'histoire
comme
dans la Idçendn,
trois faits,
trois noms
dominent ici
tous les autres :
f Pampelune,
Saragosse, RonccYaux. •
* Les auteurs arabes, cependant, ne sont pas d'accord av«c les annalistes chrétiens sur le fait de la soumission de Saragosse.
nONCFAAUX CONSIDÉRÉ COMME LE CENTRE
II PART. LIVR. I
CHAP. XX
Inipui'lonco histoi iqiio do la
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traversait le passage de Roiicevaux, dans le pays de Cize, elle fut surprise par les montagnards gascons et presque toute massacrée. C'est là que mourut Roland, le préfet des marches de Bretagne. Je dois ajouter que, d'après l'hypothèse d'un savant moderne*, les Musulmans auraient peut-être été, dans cette rencontre, les alliés des Gascons.
Tels sont les faits historiques qui sont attestés par plusieurs chroniqueurs dont personne n'a jamais songé à révoquer Vautoritéj et notamment, en ce qui touche LA défaite de Ronce vaux, par Eginhard et par l* Astronome LIMOUSIN. Ces textes, d'ailleurs, soijt tellement précieux pour l'hisloire de notre légende épique, que nous n'avons pas hésité à les placer in extenso sous les yeux de nos lecteurs*.
Eh bien ! nos romans eux-mômes confirment la vérité de tous ces faits. Dans nos romans aussi, la prise de Pampelune, la défaite de Roncevaux, la soumission de Saragossc, sont les trois faits principaux de l'expédition d'Espagne \ Et, s'il faut dire ici toute notre pensée, nous croyons que la déroute de Tarrière-gardo française et la mort de Roland à Roncevaux ont été en réalité des faits beaucoup plus graves que ne veulent bien le dire Eginhard et l'Astronome limousin ; nous croyons qu'on a un peu étouffé dans l'histoire de Charles le bruit terrible de ce malheur, et qu'Eginhard s'est rendu complice de cette diminution de la vérité. 11 est impossible qu'un simple pillage des bagages de l'armée et la défiute de quelques troupes d'arrière-garde aient donné naissance à des traditions épiques si puissantes. Je dirai même que
* M. Rcinaud, Invasions des Sarrasins en France, p. 96.
■ Voy. plus haut, p. 450-45i cl suiv. — • La Prise de Pampelune est le litre d*un de nos poëmes ; la prise de Saragosse et la déroute de Roncevaux sont longuement racontées dans la chanson que nous allons analyser.