I. Revue de Paris, i" sept. 1920, pp
de France la chaire qu'il avait brillamment occupée après Champollion, Mariette et Chabas auraient été naturellement désignés pour prendre la succession de ces illustres savants, mais ils laissèrent la place à leur jeune émule qui fut présenté seul candidat par 21 voix contre 5 bulletins blancs ; le Ministre Batbie ne le nomma que chargé des cours d'archéologie et de philologie ég5^ptiennes par un arrêté du 14 juillet 1873 ; cette injustice fut réparée par un décret du 4 février 1874 nommant Maspero, professeur titulaire en même temps que Nourrisson, Oppert, Guizot et Balbiani ; le Ministre ayant retardé la nomination de Maspero à cause de son âge.
En 1875, Maspero donnait à la Collection dirigée par Victor Duruy, son Histoire ancienne des Peuples de l'Orient, ouvrage contenant neuf cartes et quelques spécimens des écritures hiéroglyphiques et cunéiformes, qui fut immédiatement traduite dans un grand nombre de langues et a passé rapidement par plusieurs éditions ; elle est la base de sa monumentale Histoire des Peuples de l'Orient, publiée en livraisons à partir de 1894 et formant 3 vol. in-40, épuisée depuis longtemps et dont il préparait une seconde édition Par une pensée aussi délicate que généreuse, le duc de Loubat a créé à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres un prix quinquennal de 15.000 francs, qui devra être décerné, sous le nom de prix Gaston Maspero, au meilleur ouvrage relatif au domaine embrassé par cette grande histoire, à l'Egypte en particulier. Il manquait encore à Maspero d'avoir visité le champ de ses études : une occasion allait bientôt lui être offerte de réaliser ses désirs.
En 1880, le gouvernement français établissait au Caire une école d'archéologie orientale, analogue aux écoles d'archéologie grecque et romaine qui existaient déjà à Athènes et à Rome ; cette école où l'on devait envoyer non seulement les Égyptologues de profession, mais les Orientalistes de toute spécialité qui voudraient compléter leurs études faites dans les livres par des explorations archéologiques poursuivies sur les lieux, se composait au début de Maspero, de M. Victor Loret et d'Urbain Bouriant, ces deux derniers égyptologues élevés à l'École des Hautes Études ainsi que de l'arabisant Hippolyte Dulac et de Jules Bourgoin, attaché à la mission en qualité de dessinateur et d'architecte. Le programme de la nouvelle école était vaste puisqu'il comprenait non seulement l'étude du Caire et des environs, mais l'exploration de l'Egypte entière. A peine Maspero était-il arrivé au Caire que Mariette Pacha y mourait le 19 janvier 1881 : Maspero, tout en conservant la direction de l'école d'archéologie, fut placé à la tête du Service des Antiquités de l'Egypte, le 8 février 1881 ; il la garda jusqu'au 31 mai 1886. Les débuts du nouveau directeur furent marqués par une éclatante découverte ; on savait depuis plusieurs années que les Arabes de Gournah avaient désensablé une ou deux tombes royales dont ils refusaient d'indiquer l'emplacement; l'un des principaux objets du voyage que Maspero entreprit dans la Haute-Egypte aux mois de mars et d'avril 1881, était de rechercher l'emplacement de ces hypogées royaux ; le secret révélé par un dénonciateur amena la découverte d'une vingtaine de cercueils parmi lesquels ceux de Seti l^^, père
de Ramsès II et de Ramsès II lui-même, le grand Sesostris des Grecs (1881). Le labeur écrasant d'une double administration, l'inspection des monuments n'empêchaient pas Maspero de poursuivre ses travaux personnels et il abordait tour à tourtoutes les branches de l'Égyptologie : grammaire, histoire, archéologie, folk-lore. En 1882, il publiait chez Maisonneuve, dans la collection Les Littératures -populaires, t. IV, les Contes populaires de l'Egypte ancienne ; le folk-lore a toujours eu pour Maspero un singulier attrait ; en 1914, il donna dans les Annales du Service des Antiquités de l'Egypte une collection de Chansons populaires qu'il avait recueillies dans la Haute-Egypte de 1900 à 1914 pendant les inspections du Service des Antiquités. Il n'avait garde de négliger le côté pratique de ses recherches ; dès 1883, il avait donné un Guide du Visiteur au Musée de Boulaq qui, après le transfert du musée au Caire, devint, en 1902, le Guide du Visiteur au Musée du Caire qui eut une seconde édition en 1912 ; la traduction anglaise de J. E et A. A. Quibell a eu quatre éditions de 1903 à 1908 ; son activité s'étendait d'ailleurs au loin, car il donna en 1889 un Guide du Musée Egyptien de Marseille.
Rentré en France en 1886 pour raison de santé, Maspero continua activement ses travaux et fit paraître en 1887, dans la Bibliothèque de l'Enseignement des Beaux- Arts, publiée sous la direction de M. Jules Comte, cette excellente Archéologie Egyptienne qui a tant fait pour la vulgarisation des connaissances relatives à l'Egypte. En 1893, Maspero prenait la direction d'une Bibliothèque égyptologique comprenant les œuvres des Égyptologues français dispersées dans divers
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Recueils et qui n'avaient pas encore été réunies ; deux volumes de Maspero inaugurent la collection qui comprend aujourd'hui quarante volumes renfermant les œuvres de Rochemonteix, Th. Devéria, F. Chabas, Mariette, Rougé, Lefébure, les lettres de Champollion le Jeune, de Maspero lui-même.
M. Loret ayant donné sa démission, après treize années d'absence, Maspero fut replacé le i^r novembre 1899 à la Direction générale du Service des Antiquités ; tous les ans, il présentait un rapport au Ministère des Travaux publics ; en 1912, il réunit en un volume ces différents rapports de 1899 à 1910. Il avait à continuer et à terminer les publications commencées à des dates diverses par les directeurs' précédents : 1° le Musée Egyptien, recueil de planches, fondé par j\I. Grébaut, dont une première livraison consistant en 19 planches sans texte, avait paru en 1890 ; 2° le Catalogue des Monuments et Inscriptions de l'Egypte Antique, dont M. de Morgan avait donné trois volumes de 1884 à 1895 ; enfin, 30 les Annales du Service des Antiquités, projetées par M. Loret, dont la première livraison était sous presse depuis 1898. Il continuait en outre ses travaux ; il avait jadis traduit le grand ouvrage d'Ebers sur l'Egypte (1880-1881) ; en collaboration avec W. Harry Rylands, il donnait une édition des œuvres de l'égyptologue anglais Le Page Renouf (1902) ; il insérait des articles dans la Revue de l'Histoire des Religions, dans les Transactions et Proceedings de la Société d'Archéologie biblique de Londres, dans les Records of the Past, etc. Le premier volume de la Bibliothèque d'Etudes, publié en 1908 sous la direction de
M. Emile Chassinat, directeur de l'Institut français d'Archéologie orientale, nouveau titre de la Mission archéologique du Caire, est consacré 3.ux Mémoires de SinoiiJiit, transcrits et publiés par Maspero ; les volumes V et VI de cette même collection renferment également de Maspero une nouvelle édition de V Hymne au Nil et les Enseignements d' Amenemhaît P^ à son fils Sanousrit I^^ (1914).
Il donnait au Journal des Débats et au Temps des articles fort appréciés aussi bien des savants que du lecteur ordinaire, qui ont été réunis en deux volumes intitulés : Souvenirs d'Egypte et Ruines et Paysages d'Egypte.
Mais l'âge venait et la fatigue aussi ; Maspero se décida à grand regret à quitter cette Egypte à laquelle il avait consacré tant d'années de sa vie ; ayant assuré la continuité de son œuvre, il donna sa démission de Directeur des fouiUes. Georges Perrot, secrétaire perpétuel de l'Académie des Inscriptions, venait de mourir (30 juini9i4); l'Académie ne pouvait lui donner un plus digne successeur que Maspero, l'un des plus anciens membres de la savante Compagnie à laquelle il avait été élu en 1883 en remplacement de Defrémery ; à l'unanimité de leurs suffrages, ses confrères, le 24 juillet 1914,1e portèrent au fauteuil de secrétaire perpétuel laissé vacant par le regretté auteur de l'Histoire de l'Art dans l'Antiquité.
Maspero appartenait à presque toutes les Académies d'Europe et le gouvernement anglais d'Egypte l'avait fait K. C. M. G., chevalier commandeur de l'ordre de Saint- Michel et de Saint-George qui lui donnait le droit au titre de Sir.
Toutes les ambitions de sa vie étaient réalisées : ses trois fils se distinguaient par de remarquables travaux dans des branches diverses de l'orientalisme ; entouré des soins de la dévouée compagne de ses fatigantes campagnes d'Egypte, tout semblait sourire à Maspero. La guerre éclata soudaine, brutale, terrible, et le départ de son fils Jean pour le champ où l'appelait l'honneur, porta à sa santé une atteinte grave ; la mort en héros de ce fils aimé devant Vauquois, le 17 février 1915, devait le frapper d'un coup mortel ; il écrivit en termes émouvants dans leur sobriété la vie du jeune savant avec lequel s'anéantissaient tant d'espérances ; ce morceau, un des plus beaux qu'ait écrits Maspero et l'éloge de son regretté confrère Michel Bréal lu par son successeur, M. René Cagnat, à la séance annuelle de l'Académie (24 novembre 1916), furent ses dernières œuvres. Lui aussi fut une victime de la terrible guerre et la plume s'échappa de sa main défaillante en pleine action scientifique.
Maspero joignait une culture encyclopédique à une mémoire prodigieuse ; un de nos amis communs le comparait à Pic de la Mirandole. Après de fortes études classiques, il avait étudié les langues vivantes et à la connaissance de la plupart des dialectes de l'Europe, il ajoutait celle de l'arabe. C'est à lui que pourrait s'appliquer le vers de la comédie de Térence, Heautontimorumenos : Homo sum et nihil humani a me alienum puto, car en dehors de ses recherches égyptologiques, il s'intéressait à toutes les questions de science et de littérature, et il se reposait par la lecture d'un roman de Charles Dickens du déchiffrement
d'un difficile texte hiéroglyphique. Sa qualité dominante était la clarté à laquelle il ajoutait le talent du vulgarisateur, sans que cette vulgarisation nuisît à l'étendue et à la profondeur de son érudition. Le nom de Maspero est grand dans la science française, un des plus grands dans les études orientales.
Henri Cordiep, de l'Institut.