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In-8 de 117 pp. chiffr. et 2 ff. blancs, texte encadré.
Traductions du Mariage forcé et du Médecin malgré lui, imprimées à Constantinople le 11 chaban 1286 (16 novembre 1869).
Le traducteur, Ahmed Véfyk Efendi, ancien ambassadeur de Turquie en France, a fait représenter, à Constantinople, en 1869 et en 1872, trois pièces de Molière, arrangées pour le public turc : George Dandin, le Médecin malgré lui, et le Mariage forcé. George Dandin a été imprimé séparément, mais nous n'avons pas réussi à en trouver un exemplaire.
Voici en quels termes M. Barbier de Meynard parle de ces traductions (Revue critique d'histoire et de littérature, tome XV, 1874, p. 73 sq.) :
« Un des hommes les plus distingués de la diplomatie turque, Ahmed Véfyk Efendi, qui est en même temps un écrivain de talent et un érudit, avait fait ses études en France. Il avait rapporté dans son pays la connaissance approfondie de nos chefs-d'œuvre
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littéraires, et surtout une admiration sans bornes pour Molière. Profitant des loisirs que lui laissaient ses fonctions administratives. Véfyk Efendi conçut le projet de faire connaître à ses compatriotes des fragments de notre grand comique. L'entreprise n'était pas facile, car il s'agissait, non pas de traduire, mais d'imiter, de reproduire les traits de l'original, sans choquer le goût et, jusqu'à un certain point, les préjugés du lecteur. Il fallait, en un mot. habiller les personnages à la turque, les faire penser et parler en turc, tout en conservant la vis comica, la profondeur et la finesse du modèle. Les grandes œuvres, comme Tartuffe et le Misanthrope, se refusaient à toute tentative de ce genre : le traducteur fit preuve de tact en adaptant à la scène turque des pièces d'action et de haut comique; le Médecin malgré lui, George Dandin, et le Mariage forcé. Ce n'est pas ici le lieu d'analyser ces trois imitations qui sont de véritables tours de force d'esprit et de diction. Disons seulement que le traducteur a su toujours mesurer son style au rang et à la qualité de ses personnages. Evaz-Aga, le Sganarelle du Médecin malgré lui, est un Turc de la vieille roche; il parle le langage imagé et pittoresque de la population qui hante les bazars ; l'action se déroule dans un monde vraiment turc et avec des personnages observés sur le vif. Le Mariage forcé est d'un ton plus soutenu; on est dans un milieu plus élevé, mais toujours aussi vrai de langage et d'allure. Quant à George Dandin, pour des motifs de convenance qu'explique la donnée de la pièce, l'action se déroule au Fanar, dans le quartier de l'aristocratie grecque, et les principaux rôles parlent un jargon moitié grec, moitié turc, que tout le monde comprend et qui amuse tout le monde. Quand il terminait son œuvre et la livrait à l'impression, Ahmed Véfyk ne se doutait certainement pas qu'elle ferait son apparition aux feux de la rampe avec des comédiens déjà exercés. Il ne cherchait que des lecteurs et trouva un public où l'élément turc n'était pas en minorité.
« Un imprésario arménien a tenté l'aventure à ses risques et périls : sa troupe, composée exclusivement d'Arméniens, a monté avec beaucoup de soin les trois pièces imitées de Molière , sur un théâtre construit ad hoc au centre de la ville turque. Le succès a dépassé son attente, et depuis cinq ans ses représentations ne cessent d'être courues. Il est à peine besoin de dire que les rôles de femmes sont confiés à de tout jeunes gens, grimés et costumés de leur mieux, et qui s'évertuent à jouer ad similitudinem mulierum, comme le portent les anciens manuscrits de nos mystères, lesquels proscrivaient aussi l'élément féminin des exhibitions scéniques. Nous nous garderons d'affirmer que la gravité musulmane écoute, sans sourciller, le dialogue de Sganarelle et de la nourrice, les déclarations d'indépendance de la belle Ziba-kanum la Dorimène du Mariage forcé), mais le bon sens populaire saisit d'instinct le caractère profondément humain et moral de ces œuvres d'origine étrangère, et étouffe sous ses bravos les protestations isolées de quelque censeur intolérant. »