FARCES ATTRIBUÉES A MOLIÈRE
REPRÉSENTÉES , MAIS NON IMPRIMÉES , ET AUTRES PIÈCES INÉDITES DE MOLIÈRE.
1653. Les Précieuses ridicules, farce représentée en province par la troupe de Molière.
Il est à peu près incontestable que la farce des Précieuses (c'est ainsi que l'appelait encore Mlle Des Jardins, lorsque Molière en eut fait une comédie, représentée, avec un prodigieux succès, à Paris, sur le théâtre du Petit-Bourbon, en 1659) fut jouée d'abord en province. La plupart des historiens du Théâtre, les frères Parfaict, de Léris, de Mouhy, etc., se fondant sur la tradition, sont d'accord sur ce point ; les auteurs du grand Dictionnaire de Moréri le disent positivement ; enfin, on trouve, dans le Récit de la farce des Précieuses, plusieurs scènes qui ne sont pas dans la comédie. Il faut donc en conclure que nous n'avons point la farce primitive dans laquelle Molière s'était moqué des fausses précieuses de province, dix ou douze ans avant que la comédie des Précieuses ridicules fut représentée à Paris.
Voy., sur les farces inédites de Molière et sur leur représentation, une Notice très-bien faite, dans le tome Ier de l'édition des Œuvres de Molière, publiées par M. Eugène Despois, dans la collection des Grands Écrivains de la France, pp. 3-14. Cependant nous ne partageons pas l'opinion de M. Despois, qui veut reconnaître la même farce sous deux ou trois titres différents. Il y avait déjà des affiches de spectacle à cette époque, et l'usage n'était pas de changer un titre de pièce, quand ce titre avait paru sur l'affiche, du moins à Paris.
1654. Le Maître d'École, farce jouée par la troupe de Molière dans les provinces, avant son établissement à Paris.
Cette farce, dans le goût italien, était une de celles qui avaient le
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plus de succès en province ; cependant Molière ne paraît pas l'avoir fait représenter à Paris.
Le chevalier de Mouhy dit, dans son Abrégé de l'histoire du Théâtre françois (Paris, L. Jorry, 1780, 3 vol. in-8, tome I, p. 290), que M. de Bombarde avait le manuscrit de cette farce, dans sa bibliothèque, une des plus importantes pour le Théâtre, vers le milieu du xvnie siècle, et qui a été dispersée, sans nous laisser au moins le souvenir d'un catalogue imprimé.
1655. Les Trois Docteurs rivaux, farce jouée en province
avant 1659.
Cette farce, dont il ne reste que le titre, fut encore représentée, à Paris, suivant le Registre de La Grange, le 27 mars 1661, sous le titre des Trois Docteurs. Grimarest dit positivement que cette farce était une de celles que tout le monde en Languedoc, jusqu'aux personnes les plus sérieuses, ne se lassait pas de voir jouer.
1656. Le Docteur amoureux, farce représentée d'abord en province, puis jouée, devant le roi, dans la salle des gardes du vieux Louvre, le 21 octobre 1658.
Voy., sur cette représentation, la Préface de l'édition des Œuvres de Molière, donnée en 1682 par La Grange et Vinot.
Boileau, dans sa vieillesse, regrettait surtout la perte de cette farce de Molière, parce que, disait-il, il y a toujours quelque chose d'instructif dans ses moindres ouvrages (Bolœa?ia,Amst., 1742, in-12, p. 31). Molière jouait, de temps à autre, le Docteur amoureux, sur son théâtre, à Paris, mais il se refusa toujours à le faire imprimer.
Il y a une vingtaine d'années, M. A. Guérault annonça, dans les journaux, qu'il avait découvert un manuscrit du Docteur amoureux, provenant de la bibliothèque laissée par le comédien La Grange dans une maison qui lui avait appartenue à Rouen. Cette bibliothèque renfermait, en outre, « les éditions que La Grange a données des Œuvres de Molière, dont l'une d'elles porte des annotations de sa main. » La Critique se montra incrédule, et mit au défi M. Guérault de produire le manuscrit. M. Guérault persista dans ses déclarations , mais ne montra pas son manuscrit.
1657. Gros-René écolier, farce jouée sur le théâtre du Petit-Bourbon, le 18 avril 1659.
Cette farce fut reprise, sur le théâtre du Palais-Royal, sous le titre de Gros-René petit enfant, le 25 avril 1664, si l'on peut, toutefois, reconnaître la même farce sous deux titres aussi différents.
1658. Le Docteur pédant, farce jouée sur le théâtre du Petit-Bourbon, le 18 juin 1660.
Cette farce, qu'il ne faut pas confondre avec le Docteur amoureux,
fut reprise, sur le théâtre du Palais-Royal, le 1er. février et le 13 avril 1663.
1659. La Jalousie de Gros-René, farce jouée au Louvre, le 25 décembre 1660.
On peut croire que cette farce n'est autre que celle de la Jalousie du Barbouillé, que Molière avait jouée dans les provinces, et dont le manuscrit s'était conservé dans le cabinet des curieux. Ce serait, suivant d'autres bibliographes, un canevas informe de George Dandin. Le titre de la Jalousie de Gros-René indique sans doute que le principal rôle était joué par Du Parc, dit Gros-René, après avoir été créé par Molière en Languedoc, sous le nom du Barbouillé. Cette farce, que le Registre de La Grange intitule quelquefois Gros-René jaloux, fut reprise avec succès, en 1662, 1663 et 1664, sur le théâtre du Palais-Royal.
1660. Gorgibus dans le sac, farce jouée au théâtre du Palais-Royal, le 31 janvier 1661.
Cette farce fut reprise le 17 avril 1663 et le 15 juillet 1664. Tous les historiens du Théâtre ont supposé que Gorgibus dans le sac était un canevas, où se trouvaient plusieurs scènes des Fourberies de Scapin, qui ne furent représentées sur le théâtre du Palais-Royal qu'en 1671, mais qui avaient sans doute, sous le titre de Joguenet ou les Vieillards dupés, fait les délices de la province. Voy. plus haut les n°s 232 et 233 de notre Bibliographie.
1661. Panplan, farce jouée au théâtre du Palais-Royal,
le 8 février 1661.
Le Registre de La Grange ne donne pas d'autre détail sur cette farce, qui fut jouée une seconde fois, le 11 février 1661, à la suite
de Don Garde de Navarre.
1662. Le Fagotier, farce jouée au théâtre du Palais-Royal, le 14 septembre 1661.
Cette farce, que les Registres du théâtre nomment aussi le Fagoteuxy fut reprise le 20 avril 1663. On croit que le Fagotier a servi de prélude au Médecin malgré lui, comédie « composée, suivant le chevalier de Mouhy, du Fagoteux et de quelques autres farces que l'auteur jouait avec sa troupe dans les provinces ».
1663. Le Grand Benêt de Fils aussi sot que son père, farce jouée au théâtre du Palais-Royal, le 1er janvier 1664.
M. Taschereau fait remarquer que cette farce « a pu servir d'esquisse
au portrait comique de Thomas Diafoirus », dans le Malade imaginaire.
C'était une farce en plusieurs actes, puisqu'elle composait à elle
seule les spectacles des 1er, 3 et 5 janvier 1664. Tous les bibliographes du Théâtre, les frères Parfaict, le chevalier de Mouhy, Léris, etc., ont attribué cette farce à Molière, mais le Registre de La Grange dit positivement que c'était une « pièce nouvelle de M. de Brécourt ». Molière avait l'œil et la main dans toutes les pièces qui se jouaient sur son théâtre, et l'on peut assurer que Brécourt aurait fait imprimer cette farce, s'il en avait été l'auteur ou du moins le seul auteur.
1664. La Casaque, farce jouée au théâtre du Palais-Royal le 25 mai 1664.
Les historiens du Théâtre disent que cette farce est une de celles que Molière jouait dans les provinces, avant de venir se fixer à Paris. D'après une ancienne tradition de la Comédie-Française, le canevas de la Casaque se serait conservé dans les archives du théâtre, et Alexandre Duval l'aurait remis à neuf dans la Tapisserie, comédie-folie en 1 acte et en prose, représentée au théâtre de l'Impératrice (Odéon), le 1er mars 1808, reprise au Théâtre-Français le 9 janvier 1824, publiée sous le voile de l'anonyme (Paris, Vente, 1808, in-8) et non recueillie dans les Œuvres complètes de l'auteur.
« On a été jusqu'ici dans la prévention, dit le chevalier de Mouhy (Abrégé de l'histoire du Théâtre François, 1780, tome I, p. 141), que la plupart de toutes ces petites pièces ne consistaient que dans des canevas , où les acteurs dialoguoient de leur crû, selon un plan général, à la manière des Italiens ; mais on a des preuves que Molière en avoit écrit des scènes, par les manuscrits an Médecin volant et de la Jalousie du Barbouillé, qui existent, et sont à Paris dans deux cabinets de curieux. »
1665. Le Marquis étourdi, Prologue, joué par Molière lui-même devant le roi, dans les jardins de Versailles, le 12 juin 1665.
« Le vendredi 12 juin, lit-on dans le Registre de La Grange, la Troupe est allée à Versailles, par ordre du roi, où on a joué le Favori (comédie de Mlle Des Jardins), dans le jardin, sur un théâtre tout garni d'orangers. M. de Molière fit un Prologue, en Marquis ridicule, qui vouloit être sur le théâtre malgré les gardes, et eut une conversation risible avec une actrice qui fit la Marquise ridicule, placée au milieu de l'assemblée. » Ce Prologue n'a pas été recueilli.
Le président Philibert de Lamare en parle, dans ses Mémoires inédits, et lui donne le titre du Marquis étourdi, pièce de théâtre que Molière avait faite, « dans laquelle il avait, avec une exactitude non pareille, représenté les gestes, actions et paroles ordinaires du comte de la Feuillade, duc de Rouannes, » qui voulut le faire assassiner. Voy. les notes de YHist. de la vie et des ouvrages de Molière, par J. Taschereau, troisième édition (Paris, J. Hetzel, 1844, in-12, p. 330ï.
1666. Le Feint Lourdaud, comédie en un acte, jouée au
théâtre du Palais-Royal, le 20 novembre 1668.
Cette petite comédie, qui est nommée le Procureur dupé dans le Registre du comédien Hubert, fut reprise le 4 novembre 1672. Après la mort de Molière, on la joua encore le 13 mai 1678, sur le théâtre de Guénégaud. «Les comédiens, dit M. Eugène Despois, auraientils remis à la scène, et sans en nommer l'auteur, une des farces que Molière avait trouvé à propos de supprimer ? » On peut, en effet, attribuer à Molière cette farce, dont l'auteur n'est pas nommé dans le Registre de La Grange.
1667. Le Médecin fouetté et le Barbier cocu, comédie satirique, non représentée.
C'est Guy Patin qui nous apprend, dans ses Lettres (Voy. l'édit. publiée par Reveillé-Parise, Paris, Germer-Baillière, 1846, 3 vol. in-8, tome III, pp. 718 et 728), que Molière voulait faire une comédie ridicule sur l'aventure scandaleuse du médecin Cressé, surpris en flagrant délit d'adultère avec la femme d'un barbier et fouetté par le mari. L'éditeur de Guy Patin ajoute, dans une note : « Cette comédie n'a point été faite; on a cru l'avoir retrouvée, dans ces derniers temps, mais ce n'était qu'un pastiche. » Nous n'avons aucune connaissance de ce pastiche.
1668. L'Ambitieux, tragi-comédie, non représentée.
Quelques bibliographes ont dit que Molière avait eu le projet de mettre en scène le caractère de l'Ambitieux, et que même des fragments importants de cette comédie s'étaient retrouvés dans ses papiers. Quoi qu'il en soit, Destouches composa, vers 1732, une comédie intitulée : l'Ambitieux, qui ne fut représentée que le 14 juin 1737, avec un succès d'estime, sous le titre de l'Ambitieux et l'Indiscrète; elle a été imprimée à Paris, la même année, in-12, et depuis dans les œuvres de l'auteur. Le bruit avait couru alors que Destouches s'était servi du plan et des données de Molière. Toujours est-il que Pont-de-Vesle se crut fondé à placer, dans sa bibliothèque, cette comédie, à la suite de celles de Molière ; c'est ainsi qu'on la trouve décrite, au n° 451 du Catalogue de cette célèbre bibliothèque dramatique (Paris, Le Clerc, 1774, in-8).
1669. La Psyché de Village, comédie en cinq actes et en prose, reçue au Théâtre-Français sous le nom de Guérin d'Étriché, et représentée le 19 mai 1705, mais non imprimée.
Cette comédie, précédée d'un prologue et suivie d'un divertissement dont la musique était de Gilliers, n'eut qu'une seule représentation, quoique le théâtre se fût mis en frais pour la monter. On
ne saurait découvrir aujourd'hui les raisons qui ont fait retirer la pièce. Le manuscrit n'a pas été conservé dans les archives du Théâtre-Français, où l'on ne trouve que la distribution des rôles.
L'auteur présumé de cette comédie était le fils du comédien Guérin d'Étriché, qui avait épousé la veuve de Molière et qui lui survivait alors. Ce jeune homme eut certainement dans les mains la plus grande partie des manuscrits et des papiers de Molière, comme il le fait entendre dans la préface de Mirtil et Mélicerte, pastorale imitée de la pastorale héroïque de Mélicerte, qu'il avait achevée et mise en vers libres, pour la faire reparaître au théâtre en 1699. L'opinion générale attribua naturellement à Molière lui-même les modifications introduites dans cette pastorale. Il en fut de même de la Psyché de Village, et l'on voulut voir, dans cette comédie, un emprunt plus ou moins maladroit, fait aux ébauches inédites de Molière, sinon une œuvre posthume de ce grand comique. Il est à remarquer que les essais dramatiques de Guérin d'Étriché (Nicolas- Armand-Martial), mort à l'âge de trente ans en 1709, n'ont été que des imitations et des remaniements d'ouvrages de Molière. Le second acte de Don Juan peut nous donner une idée du naturel et de la finesse que Molière avait à son service pour mettre en scène des paysannes dans une Psyché de Village.
Il est à regretter que nous n'ayons pas encore une histoire chronologique et journalière du Théâtre-Français depuis la création du Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, en 1548, jusqu'à nos jours. La chronologie théâtrale, publiée par Charles Maurice sous ce titre : le Théâtre-Français, Monument et dépendances (Paris, Garnier, 1860, in-8), n'est qu'un abrégé très-insuffisant et très-imparfait, où les pages 22 à 36 sont consacrées au théâtre de Molière.