‹ Bibliothéconomie (volume 2)Chapitre 23 sur 26 · n n'y a que deux espèces de livres : les ouvrages · texte numérisé non relu

n n'y a que deux espèces de livres : les ouvrages

dont Fauteur s*est nommé , et les anonymes ; eeux-ci sont à classer d'après le premier substantif , les autres d'après les noms de Fauteur. Les anonymes présentent plusieurs difficultés qui demandent quelques explications détaillées.

Comme c'est le premier substantif qui devient le mot d'ordre et assigne aux titres la place dans l'alphabet , on n'a aucun égard ni à l'article ni à l'adjectif qui le précèdent. Exemple :

Condé {le Grand), éloge ^eic ; au lieu de : Le Grand

Condé , éloge , etc.

Influence (deV) des climats ; au lieu de : De l'Influence

des climats.

Cependant il faut excepter de cette règle les titres qui commencent par une phrase ; on les classe à la première lettre. Exemple :

A quelque chose malheur est bon. {Vaudeville.)

Allons en Russie. ( Faudemlle. )

Au feu, ou les femmes solitaires. ( Comédie. )

Je veux être heureux. {Roman,)

Mon histoire ou la tienne. ( Satire. )

Tout le monde a tort. {Pamphlet.)

6. Quant aux mots qui suivent le mot d'ordre, il faut strictement se tenir à les classer d'après l'ordre alphabétique jusqu'à la première virgule. Exemple :

Abeille (F), almanach des grâces.

— du Parnasse.

Abrégé de l'histoire ancienne.

— — d'Angleterre.

— — de France.

— — de l'église.

— — de l'ancien Poitou.

. — — de la monarchie.

— — de l'ancien testament.

— — de Russie.

— — des empereurs.

— — du moyen âge.

Lies voyelles finales qui s'élideut comptent comme si elles existaient, de manière qu'il faut se figurer comme si : d'Angleterre était écrit de Angleterre , de l'église — — de /a église; de l'ancien — — de /e ancien.

7. On doit toujours regarder comme anonyme tout ouvrage dont l'auteur n'est pas nommé sur le titre ; cependant , s'il est généralement connu ( par exemple , Kempis , comme auteur de l'Imitation de J.-C.) , ou s'il s'est nommé dans l'intérieur de l'ouvrage , on classe le titre à son nom , mais on l'indique avec renvoi à la place du premier substantif. On agit de même avec les pseudonymes et les monogrammes , à l'exception qu'on le place au nom supposé , avec renvoi au véritable.

'8. Classer les titres d'après le premier mot, quel qu'il soit , c'est exposer celui qui cherche un ouvrage , faute d'en connaître littéralement le titre , à perdre un temps précieux , souvent même à le dégoûter de toutes recherches. — En plaçant : Nouvelle Géographie, Petit Manuel, Grand Dictionnaire , aux mots Nouvelle , Petit , Grand , au lieu de Géographie ( nouvelle ) , Manuel ( petit ) , Dictionnaire (grand ) , on charge inutilement le catalogue aux adjectifs , et on ne se rappelle pas toujours l'adjectif d'un titre, tout en connaissant fort bien le plus essentiel , le substantif.

9. Si le premier substantif est au pluriel , il suit immédiatement son singulier ; car, sans cela , il s'en trouverait souvent séparé par une trop grande distance ; entre ^n ci Ans , par exemple, se trouvent plusieurs centaines de mots et de noms ; et ce cas se rencontre constamment.

10. Lorsqu'en classant les différentes éditions d'un ouvrage on trouve une conformité de titres, on peut, pour

éviter les répétitions , se servir d'un tiret — et continuer par la partie du titi^ qui varie de l'édition précédente.

1 1 . Les noms d'auteur se traitent comme les substantifs , seulement c'est le nom de famille et jamais le prénom qui assigne la place dans le système alphabétique. Il ne faut cependant pas négliger de marquer, entre des parenthèses , les prénoms d'un auteur : Joseph-Simon Dupont ne sera donc pas à classer à la lettre J, mais bien au D : Dupont {Jos.-Sim.). Cette indication est d'autant plus nécessaire , que ce sont principalement les prénoms qui distinguent les homonymes , et la difficulté de reconnaître ceux-ci augmente encore par l'abus, même illégal , que font quelques écrivains , pour se distinguer , de réunir leurs prénoms à leur nom de famille.

12. Les noms composés causent un autre embarras , tels que de Salignac de la Motte- Fénelon , et tant d'autres. Cet usag€, de joindre à son nom celui d'un fief, ayant cessé de fait, il a été remplacé , de nos jours , par la mode d'ajouter le nom du village , de la ville ou du département où l'on est né ; chose excusable pour un Dupont, un Martin, un Masson, parce qu'il y a beaucoup de personnes de ce nom , mais bien inutile , sinon ridicule, de la part de celles qui portent un nom peu commun.

13. Quant aux ouvrages de deux ou plusieurs auteurs, on les classe au nom du premier, auquel on renvoie les autres.

14. Enfin les œuvres complètes d'un auteur se classent en tête de son nom et dans l'ordre chronologique des éditions ; ses ouvrages publiés séparément suivent alphabétiquement , et les éditions d'après leur date.

De la Classification systématique.

1 . Un homme qui aime les sciences ne peut se dis^ penser, s'il est riche , de rassembler autant de livres que possible sui' la matière dont il affectionne le plus l'étude ; s'il est pauvre , de recueillir un grand nombre de renseignements sur les titres et la portée de ces ouvrages dont l'usage lui est si Hbéralement accordé dans nos bibliothèques publiques.

2. Pour l'un et pour l'autre, les catalogues systéma-» tiques sont nécessaires comme guides et conseils ; mais la classification , pour bien remplir ce but , en est plus difficile que l'on ne pense, et il faut des études sérieuses et une critique éclairée pour savoir assigner à chaque livre sa place précise dans les différentes divisions d'un système bibliographique. On classera beaucoup plus facilement les diverses créations de la nature que les livres, aussi nombreux qu'elles , mais imparfaits comme toutes les pix)ductions de l'homme , qui n'atteindront jamais cette régularité systématique qui règne dans la nature.

3. On ne peut donc être assez circonspect dans le choix ou dans la formation d'un système bibliographique , afin qu'il soit également utile et commode aux différentes classes de lecteurs ; car souvent il peut arriver que le jurisconsulte cherche un livre dans une autre division que le philosophe, l'historien ou le philologue. Chacun part d'un point de vue particulier, ses études lui faisant concevoir une autre filiation des connaissances humaines.

Or , plus un système est simple et rationnel dans le développement naturel des classes principales par les divisions et subdivisions , plus il se rencontrera avec les

idées que toute tête logique suit dans ses recherciies ; mais aussitôt que l'on passe les limites d'un tel système pour se perdre dans les systèmes subtils , compliqués et incertains de la métaphysique , on ne travaille que pour soi ou pour ceux qui suivent la même route.

4. Il existe, dans le monde littéraire, un grand nombre de ces systèmes , adoptés par les différentes bibliothèques publiques et par les personnes qui ont fait de la bibliographie une étude particulière ; mais les progrès des sciences et des lumières demandent des modifications dont, il y a cinquante ans, on ne sentait aucune nécessité. L'absolutisme des facultés universitaires n'exerce plus le même pouvoir sur les esprits d'aujoui-d'hui , qui ont secoué le joug de la routine , qui mettent la science et l'étude en harmonie avec la vie extérieure, et ne rangent plus certaines connaissances dans les mêmes catégories que nos aïeux.

5. Xje choix parmi ces systèmes dépend, en outre, de l'étendue , de la spécialité d'une bibliothèque, et du goût , des études et des connaissances de celui qui s'occupe d'un pareil travail.

6. En France, le système le plus généralement adopté est celui du P. J. Garnier , et parmi tous les bibliographes qui y ont introduit des modifications, tout en conservant les principes fondamentaux, se distingue surtout feu A. -A, Barbier , dans son Catalogue de la Bibliothèque du conseil d'État , 2 vol in-f^ Paris , 1803.

7. Quand on n'est pas obligé de respecter une classification déjà établie dans une bibliothèque, et qu'on a les mains libres pour en former une , il faut bien se pénétrer de l'impossibilité de créer un système à la satisfaction de tout le monde ; les habitudes, les prédilections pour certaines études , les opinons religieuses et politiques de chacun, y demanderont toujours des chan-

gements et même une interversion complète de l'ensemble.

8. Si l'on voulait établir un système conforme à l'esprit de notre temps, on serait forcé à être assez hérétique pour ne plus mettre en tête la classe Théologie , mais bien celle Histoire , qui sert de guide dans toutes nos situations publiques et privées , et qui fournit les preuves de la véritable théologie. On ferait suivre toutes les branches du savoir positif des hommes , et on ne mettrait la théologie qu'en tête des ouvrages d'imagination et de spéculation. Mais le temps n'est point encore venu pour qu'un pareil système puisse être reconnu , et, jusque-là, on fera bien de suivre l'ancienne routine, sauf quelques améliorations indispensables dans les divisions ; car un système , même suranné et médiocre , mais bien observé dans le classement, est toujours plus utile qu'un système moderne mal suivi ou obscur. Au surplus , un moyen immanquable pour éviter de longues recherches dans les cas douteux , ou pour des personnes peu exercées à se servir d'un catalogue encyclopédique, c'est d'y ajouter une table alphabétique de toutes les classes jusqu'à la dernière des subdivisions , avec des renvois aux pages. Une telle table indiquerait à l'instant si Ton doit chercher la Numismatique dans la classe des Arts et Métiers ou dans celle de l'Histoire , la Géographie dans la classe des Sciences ou dans celle de l'Histoire , etc. Enfin une table des auteurs compléterait ce travail.

9. D'autres difficultés se présentent encore : la première , lorsqu'il paraît un ouvrage sur une matière jusqu'alors inconnue , telle que le galvanisme ou la phrénologie , ignorés il y a cinquante ans ; ou un livre de géographie politique d'un État récemment formé ou qui n'existe plus. Les révolutions pohtiques, comme les découvertes dans les sciences , offrent constamment des

exemples de ce genre. Cependant il faut être aussi circonspect dans la suppression d'une ancienne division que dans la création d'une nouvelle.

10. On doit encore se mettre en garde contre les titres qui promettent trop ou autre chose que ce que les ouvrages contiennent , et examiner ceux-ci avec attention pour leur assigner la place qui leur revient. Lorsque le contenu laisse en doute , on fait un renvoi d'une place à celle où le livre se trouve classé. Par exemple, la biographie d'un Réfonnateur et Ecrwain est-elle à placer dans l'histoire littéraire , dans l'histoire ecclésiastique , ou parmi les biographies des hommes célèbres? Ce n'est donc qu'en consultant le livre même que l'on peut décider.

11. Lorsqu'il y a plusieurs éditions d'un même ouvrage dans une bibliothèque, ce qui arrive fréquemment dans la littérature classique , on prend la copie du titre de la première avec tous ses détails , et des éditions subséquentes, on ne conserve que ce qui caractérise chacune d'elles.

12. Dans les diverses divisions, on doit adopter l'ordre quelquefois alphabétique, quelquefois chronologique , suivant le genre des ouvrages. Par exemple, les biographies , d'après l'alphabet des noms ; les Classiques, d'abord alphabétiquement , et ensuite par date des éditions.

13. Quant au mécanisme du classement des titres, il est absolument le même que celui de l'ordre alphabétique : on commence par les distribuer en grandes classes , et on continue le triage de chacune d'elles d'abord par divisions , ensuite par subdivisions, jusqu'au dernier échelon du système adopté.

14. En donnant à chaque classe une lettre distinctive, et en ajoutant à cette lettre une deuxième et ensuite une série de signes, pour désigner les divisions , on parvient

facilement au nombre nécessaire pour marquer la plus petite subdivision. Exemple :

Les cinq grandes classes : A. B. C. D. E, dont la plus étendue ( celle de l'Histoire ) peut avoir vingt-cinq divisions : Ea jusqu'à Ez ; et chacune d'elles encore vingtcinq subdivisions : Ea -f- jusqu'à E S . La classe Histoire peut donc, par sa lettre distinctive E , et par l'alphabet

a — z et la série de 2.5 signes -J $ , être divisée en

625 parties ;

E. a—z (25 lettres) 25

multipliées par 25 signes 25

et si, en cas d'urgence, on veut ajouter une marque queh conque de plus , on peut doubler ces 626 subdivisions en i25o , nombre dont on n'aura jamais besoin.

15. Les étiquettes se font en concordance exacte avec le catalogue; les deux exemples suivants suffisent pour en indiquer le genre :

Le Précis historique de la Ré(^olution française , par Lacretelle j^ . 5 vol. in-i8. Paris, 1801*— 1806 , portera l'étiquette :

E. Classe Histoire.

h. Division Histoire moderne,

+. Subdivision Hist. mod. de France.

9514. Numéro il'ordre des ouvrages in-l8.

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