Tout autre registre de comptabilité, proprement
dit, est superflu, et ne sert, sans utilité , qu'à augmenter les écritures : mais il y en a d'auxiliaires pour la commodité du service , dont les principaux sont le livre des prêts, le livre des continuations et le livre des relieurs.
6. Afin que le prêt des livres au dehors ne devienne pas destructif pour une bibliothèque , il est urgent d'enregistrer exactement la sortie et la rentrée des livres. La méthode la plus simple et la meilleure est celle indiquée sur le modèle no 1 des gravures : les têtes de colonnes suffiront pour en reconnaître l'emploi.
7. Le contrôle des livraisons ou volumes qui proviennent d'ouvrages périodiques ou de longue haleine se fait par le registre des continuations, dans lequel on ouvre , à chaque ouvrage non terminé , un compte sur lequel on inscrit , au fur et à mesure de leur réception, les volumes , livraisons ou numéros , ayant soin d'y indiquer le nom de celui qui les fournit.
8. Quant à la reliure , on inscrit dans le livre des relieurs Chaque objet que l'on confie à ces ouvriers , et on y marque exactement ce qu'ils rendent.
Dans tous ces registres, on n'a besoin d'observer aucun ordre pour y ouvrir un compte quelconque ; un répertoire ou table , en tête de chaque registre , qui renvoie au folio dudit compte , en dispense complètement.
XXY.
1. L'âme, le lien social d'un peuple, ce sont les lois : de même des règlements sages et libéraux sont indispensables à une bibliothèque, aussitôt qu'elle admet de.' visiteurs : ils établissent les bases de son institution, le.' devoirs du personnel, et les droits accordés à cem qui profitent de son usage.
Il serait difficile de donner un modèle de règlements
Î>ES BELEMENTS. 85
qui put servir de code à toutes les bibliothèques ; cependant certains principes fondamentaux sont les mêmes partout et ne supportentquc des modifications partielles exigées par les localités ou d'autres circonstances.
2. Dans les bibliothèques publiques surtout, sur lesquelles le public a quelques droits, il s'agit d'établir
:es derniers d'une manière précise et sage, autant que e permettent les restrictions nécessaires pour la conservation d'une pareille propriété nationale. Les premiers se renferment dans l'usage libéral de la bibliohèque, secondé par la bonne organisation de l'ensemble; es dernières consistent dans des mesures répressives contre les abus. Malheureusement on voit souvent que la rop grande facilité accordée aux visiteurs a été la cause le pertes irréparables, ou qu'une rigidité exagérée a ait d'une bibliothèque publique un trésor enfoui.
3. Dans les bibliothèques particulières, c'est tout diferent : là il n'existe aucun droit du public; l'admission le visiteurs doit être considérée comme une permission généreuse de la part du propriétaire ; et les règlements, les conditions sous lesquelles l'entrée est accordée.
4. Les règlements d'une bibliothèque publique doivent donc fixer distinctement :
Sa destination ;
Le personnel, sa hiérarchie et ses travaux ;
La gestion des fonds ;
Les devoirs envers le public, son admission et le prêt des livres ;
Enfinles devoirs du public envers la bibliothèque.
o. La destination d'une bibliothèque dépend prinei- )aleinent de son origine et de sa composition : plus elle st formée par les deniers de l'Etat , plus le public a les droits sur son usage. Des dons ou des legs établissent également ces droits , et souvent la spécialité du *enre des livres qui la composent rendrait même son ;xistence entièrement inutile, si elle n'était ouverte pour tous ceux qui se livrent à l'étude. Mais il y a des modifications à faire selon l'état des choses, et elles doivent être fixées rationnellement pour mieux assurer fHbliothéçonomie, 8
et les droits usufruitiers du public et la conservation de la propriété même. Ces bases une fois posées avec prudence et précision, l'ensemble des règlements devient facile à établir et à mettre en harmonie dans leurs parties.
6. Il serait à désirer qu'avant tout, il fût formé dans chaque bibliothèque un conseil administratif choisi dans le personnel même , mais présidé par une personne étrangère à l'établissement et non appointée. Ce conseil, renouvelé à certaines époques , serait responsable de toute la gestion, et non une seule personne, sous tel titre que ce soit. Ce conseil nommerait par vote les candidats aux différentes places de la bibliothèque parmi lesquels l'autorité choisirait. On diminuerait de beaucoup, par ce moyen, l'influence funeste de la camaraderie et les prédilections ; les sinccurisles disparaîtraient, et un contrôle mutuel entretiendrait une émulation salutaire pour la bibliothèque et favorable au public.
7. La composition du personnel , sa hiérarchie et ses travaux sont ordinairement soumis au pouvoir en dehors de la bibliothèque : il en résulte que , sans égard au véritable intérêt de rétablissement , les premières places et les mieux rétribuées sont données à des personnes souvent tout-à-fait étrangères à ce genre de travaux, ou à des protégés.
La nomination des employés et la distribution bien combinée de leurs occupations méritent cependant une attention particulière pour qu'aucune des parties du ser* vice n'en souffre. Ce n'est que la connaissance parfaite du détail d'une bibliothèque et des talents de chaque employé, et une longue expérience, qui peuvent guider dans cette répartition des travaux, laquelle doit subir les fréquentes variations réclamées par les circonstances.
8. Il en est de même de la gestion des fonds dont une bibliothèque est dotée. Il existe des exemples remarquables de ce qu'un sage administrateur peut faire avec de faibles moyens, comme on en voit aussi de dé-
plorables, où l'allocation de fonds considérables est absorbée par les appointements de Yélat-major , sans qu'il en reste la somme la plus minime pour de nouvelles acquisitions de livres , pour la reliure ou autres dépenses nécessaires ta l'établissement.
Les dépenses ordinaires se bornent à l'entretien du local et du matériel, aux appointements du personnel et à l'achat des livres ; il s'agit donc d'établir dans ces trois dépenses des proportions bien combinées ; et on pourra toujours , même avec un revenu médiocre, obtenir un résultat satisfaisant.
9. Plus on veille à l'entretien d'une propriété quelconque , moins on a à craindre les réparations coûteuses. Que l'on ait donc, dans une bibliothèque, une attention continuelle à la propreté et à la prompte réparation des plus petits dégâts : la dépense annuelle en sera insensible , et n'obligera jamais à des frais considérables , qui souvent font souffrir d'autres parties de l'exercice courant.
10. On a déjà eu occasion , dans ce volume, de parler des sinécures , tellement fréquentes dans les administrations des bibliothèques, qu'elles sont presque regardées comme chose naturelle. Elles sont ici, plus que partout ailleurs, un véritable vice bureaucratique ; elles sont contraires à la probité d'une administration publique , qui veut que nul ne soit payé de fonctions qu'il ne remplit pas, et, par conséquent, n'occupe plus de places qu'il ne peut remplir consciencieusement.
Les appointements considérables des personnes qui sont à la tête de certaines bibliothèques publiques, ne seraient pas trop élevés si les titulaires se livraient vraiment aux travaux que leurs places imposent ; mais ordinairement ils ne sont accordés que comme pension à des hommes, de beaucoup de mérite sans doute, mais qui sont déjà en possession d'autres emplois bien rétribués ; aussi paraissent-ils à peine dans le local , et l'on peut dire d'eux qu'ils ne regardent les bibliothèques que comme des hôtels d'invalides.
Que résulte-t-il d'un pareil ordre de choses : le mè-
contentement des employés inférieurs, une plus grande lenteur dans leur avancement , un découragement complet par une perspective trop éloignée d'amélioration de leur position, enfin, l'absence de cette influence heureuse qu'exercent toujours les chefs d'administration en remplissant complètement leur devoir.
Il vaut mieux accorder franchement une pension à un homme de mérite , que de le déguiser sous le titre d'un emploi quil ne remplit pas , et de détourner les deniers le l'état de leur destination avouée, qui serviraient à payer les employés de leur travail fiel.
Le salaire du personnel doit être en rapport avec les connaissances et les travaux de chacun; ce n'est que par celte proportion, établie avec équité, que Ton acquiert le droit d'exiger l'assiduité et le zèle nécessaires , de tous les employés sans exception. Mais, ordinairement, les places supérieures absorbent une trop grande partie des fonds , pour permettre de salarier convenablement les employés-travailleurs de second ordre.
11. Les acquisitions nouvelles enfin, si indispensables de nos jours, où les publications se succèdent avec une prodigieuse rapidité , méritent aussi une attention toute particulière, et ne devraient jamais être abandonnées au choix d'une seule personne , dont la prédilection pour une science, une prodigalité mal calculée, une trop grande indifférence, ou toute autre individualité, peuvent compromettre les intérêts d'une bibliothèque et en même temps ceux du public.
Pour éviter ce danger, il faut laisser faire au bibliothécaire la proposition des achats; car c'est lui qui connaît les besoins et qui peut appuyer les demandes par des raisons motivées. Les continuations seules des ouvrages commencés peuvent être exceptées de cette mesure, pour ne pas en entraver l'usage.
1. Les droits que le public , en général, ou une certaine classe de personnes, peut avoir sur l'usage d'une bibliothèque, ne sont fondés que sur l'origine d'un pareil établissement , ou sur la source où sont puisés les fonds nécessaires à son entretion. Dans tous les cas, si l'admission des visiteurs et des travailleurs est une fois reconnue , il faut employer tous les moyens possibles pour qu'elle ne soit pas illusoire ou sans utilité. Cependant , il est plus d'une bibliothèque qui s'enorgueillit de l'épithète de publique , où la sévérité exagérée des règlements et le pouvoir arbitraire qu'exercent les bibliothécaires font de ce mot presque une ironie : c'est ainsi qu'en Angleterre ces bibliothèques ne sont vraiment accessibles que par une faveur toute spéciale, et en Italie , entre autres celle du Vatican, k laquelle Clément XIII a donné ( 1 ) des règlements qui fournissent aux employés les prétextes les plus frivoles pour tout refuser.
2. L'utilité d'une bibliothèque publique est de deux espèces : dans son intérieur, par l'usage qu'en font les studieux; au dehors , par le prêt des livres et la correspondance.
Son administration doit en faciliter l'usage par les moyens suivants :
L'établissement du plus grand ordre et la création d'un personnel suffisant pour le service ;
Le temps nécessaire accordé k l'entrée du public ;
L'urbanité de la part des employés envers tout le monde ;
(i) Édit du 4 août 1761.
Une distinction précise entre les livres qui doivent constamment rester à la disposition des visiteurs, et ceux qui peuvent être prêtes au dehors ;
La correspondance avec les bibliographes éloignés.
3. En négligeant une seule de ces voies, on diminue d'autant l'utilité d'une bibliothèque ; car le manque d'ordre ou un trop petit nombre d'employés fait perdre le temps qui est accordé aux visiteurs et nuit même à la conservation de la bibliothèque.
4. Quant au temps pendant lequel une bibliothèque publique doit être ouverte , le choix et le nombre des heures dépendent des localités ou des circonstances. En les fixant , il faut avoir en vue la classe des personnes auxquelles elle est destinée , et non la commodité des employés. Lue bibliothèque qui est peu de temps ouverte perd, autant dire, son but d'utilité; car l'expérience prouve, qu'après avoir recherché les livres dont on a besoin, on s'est à peine mis à son travail, que trois ou quatre heures se sont écoulées et que la fermeture vous interrompt. Il est donc à désirer qu'une bibliothèque prêle le moins possible au dehors , et aussi qu'elle reste plus de temps ouverte au public (1^.
Les vacances ont lieu ordinairement en septembre et octobre , où le public studieux sent d'autant plus cette privation , que les vacances universitaires laissent plus de temps libre et que toutes les bibliothèques publiques se ferment à la fois. Ne serait-il pas convenable de les remettre aux mois des grands froids? La rigueur de la saison éloigne alors naturellement beaucoup de visiteurs, et les employés en souffriraient moins aussi.
5. Pour la régularité du serviee et pour prévenir les vols , qui malheureusement sont si fréquents dans les bibliothèques où le public est admis , un moyen bien simple serait de remettre à chaque visiteur, a son ên-
(l) Dans quelques villes d'Italie et du midi de l'Allemagne, aucun livre n'.'St prêté au dehors des bibliothèques, mai? aussi ^ont-elles ouvertes tous les jours ouvrables pendant huit ou neuf heures, et n'ont point de VRCauces de dans moi* et plui,
'ce, un bulletin portant un numéro d'ordre ; l'employé, î lui remettant des livres , y écrirait les numéros des iquettes et lui en donnerait décharge quand ils lui :raient rendus à la fin de la séance. Enfin, aucune per- >nne étrangère ne pourrait quitter le local sans avoir ?posé, à sa sortie , ce même bulletin ainsi régularisé; , pour éviter l'encombrement des sortants , il fautait, une demi-heure, avant la clôture, ne plus laisser îtrer personne, ou établir une porte particulière pour sortie.
6. Une froideur désobligeante , des réponses brèves sèches, qui, dans toutes les situations de la société, poussent les demandeurs , et dont une trop grande rtie d'employés , dans les administrations publiques,
servent pour éloigner les questions et les services clamés par des personnes inconnues, sont chez un biothécairc un défaut moins tolérable que chez tout tre : un jeune élève, un savant sédentaire et timide,
étranger parlant mal le français , un ouvrier qui a soin d'un renseignement pour son état, n'oseront
îs recourir à une bibliothèque où une fois ils auront ! mal accueillis , et ils se priveront d'Une ressource
i , dès-lors , cesse de remplir son but ; une politesse | îvenante de la part des personnes attachées à une bi- I othèque en augmente , au contraire , l'utilité et ré ] iritc.
f. En Angleterre, dans le plus grand nombre des bi- 1 Chèques publiques , la défense de prêter au dehors « si rigoureusement observée , que le bibliothécaire I même ne peut emporter aucun volume pour son pro- | '. usage. A Rome, plusieurs brefs des papes Sixte V I le ClémentXII frappent d'excommunication celui qui c porterait ou gâterait un livre de la Vatieane.
i. Pour la conservation d'une bibliothèque, il serait, I s doute , plus prudent de ne prêter aucun volume ; ti is que doit-on faire lorsque l'institution d'un tel étah sèment admet le prêt, et qu'un long usage, ou les t ; à l'arbitraire des intéressés , y forcent? Comment r aser aux studieux et aux hommes de lettres la facl-
lité de se servir, pour leurs travaux et leurs études, des jj ouvrages qu'ils ne peuvent acquérir et qui se trouvent \ dans ladite bibliothèque ? Cependant , sur le total des j livres ainsi empruntés et prêtés avec les meilleures in- i tentions de part et d'autre, rarement il en retourne plus I de la moitié.
9. La seule chose que l'on puisse faire, c'est de di- I minuer le danger et de prévenir les abus par tous les jj moyens que l'on a à sa disposition, et parmi ceux-ci le meilleur, certainement, serait d'établir une salle particulière destinée aux personnes qui s'occupent de travaux pour lesquels elles ont besoin d'un ou de plusieurs j ouvrages, pendant un espace de temps plus long que les heures d'ouverture. Cette salle serait ouverte de bonne < heure et se fermerait le plus tard possible ; elle aurait une police particulière, et il ne devrait en sortir de livres pas plus que de la bibliothèque. Enfin on n'accorderait celte faveur qu'avec bonne connaissance de cause, et pour un temps limité, -afin que cette pièce ne devînt ni cabinet de lecture, ni salon de conversation. Les frais d'une telle salle d'étude seront amplement compensés
Ear la conservation des livres et par la suppression de i comptabilité que demande le prêt au dehors.
10. Tant qu'une pareille mesure n'est pas prise , il faut bien suivre l'ancienne marche ; mais on doit et on peut la rendre moins préjudiciable. A cet effet, il faut, avant tout, préciser les livres qui peuvent être prêtés et ceux qui, par leur exécution ou par leur contenu, doivent constamment rester à la disposition des visiteurs et ne jamais sortir du local , tels que les grands ouvrages de luxe ou à gravures, les collections de mémoires et de journaux , les dictionnaires , les bibliographies, etc.
Cette désignation faite, il faut encore un choix scrupuleux des personnes dont la moralité et l'exactitude reconnues présentent une garantie suffisante , et. éloigner celles qui, malgré leur position sociale, leur insouciance, leur fortune, l'élévation même de leur rang, se croient dispensées de se conformer aux règlements.
lf . Le seul moyen pour assurer la rentrée des prêts est d'établir beaucoup d'ordre ; et la marche suivante est la plus convenable à cet égard :
Les personnes autorisées à l'emprunt des livres déposent dans une boîte ad hoc un bulletin portant leur nom , leur adresse et le titre de l'ouvrage qu'elles demandent. Le lendemain , les livres sont remis à l'em- Î>runteur, qui signe au registre des récépissés, en fixant e terme de leur restitution; et, lorsqu'il les rapporte, il raie lui-même sa signature. Il est sage de ne pas prêter à une même personne trop de livres à la fois, et surtout de se réserver la faculté de les réclamer à volonté.
12. Dans quelques bibliothèques, on a cru trouver la garantie la plus sûre, en faisant déposer en argent la valeur des livres empruntés ; mais on est promptement revenu de cette mesure, car non-seulement l'administration était obligée d'en tenir une comptabilité particulière, mais elle était, pour ainsi dire, le libraire, sans bénéfice, des emprunteurs, lorsqu'il leur plaisait de garder des ouvrages à leur convenance sans se donner la peine d'aller les acheter et les faire relier.
13. Rien n'inspire plus de négligence dans la restitution des livres prêtés que la certitude d'un manque d'ordre dans une bibliothèque. Le mode qui vient d'être indiqué pour régulariser ce service ne peut donc que convaincre le public du contraire ; reste ensuite à établir le mécanisme dans les bureaux, A cet effet, il faut un registre dans lequel on ouvre un compte à chaque emprunteur ( Voir le modèle n° 1 des gravures), où l'on reporte du registre des récépissés chaque ouvrage qu'il reçoit ou qu'il rend , et sur lequel on voit l'un coup d'œil ce qui reste entre ses mains. Un autre registre sert de contrôle : on y inscrit, dans l'ordre al- Dhabétique , les livres sortis avec renvoi au folio des comptes des emprunteurs ; ce qui donne la facilité de rouver immédiatement la trace de chaque volume absent.