A. DE LEUR RÉDACTION
1. Le catalogue, cette sauve-garde d'une bibliothème, ce guide iidèlc dans l'usage des livres qui la composent, en est en même temps le premier conservateur: 'est par lui que l'existence de chaque volume est contatée ; c'est lui qui indique la place où on doit le trouer.
La rédaction, faite avec la plus minutieuse exactiude , n'est donc pas si peu importante que bien des ens se l'imaginent ; cependant on ne trouve encore ue trop souvent, même dans quelques-unes des plus élèbres bibliothèques , des catalogues incomplets , îexacts, trop abrégés, ou rédigés avec une indifférence vidente. (l)£t que résulte-t-il de la rédaction et du clas-
(1) Le cardinal Fréd. Boromée, fondateur de la bibliothèque Âmrosienne, interdit expressément d'en faire aucun catalogue sans une ispense de Rome. — Il en existe bien un inventaire, mais les auteurs
sont portés à leurs prénoms ( Jacques, Pierre, etc. ), et, pour auglenter la difficulté, aucun volume ne porte une étiquette. Or, le cataigue de cette vaste et belle bibliothèque ne se trouve que dans la lémoire de se9 conservateurs.
sèment mal faits d'un catalogue? Recherches multipliées, sinon inutiles, renseignements inexacts, perte de temps, défectuosité des nouveaux catalogues basés sur l'ancien, et enfin, par ces raisons mêmes, inutilité de la bibliothèque.
2. Dresser un catalogue de livres qui ne contienne aucune erreur est , sans douie , aussi impossible que la perfection dans toute œuvre des hommes, et les difficultés augmentent en proportion des innombrables détails qu'il contient; mais avec de la persévérance, une minutieuse exactitude et une critique éclairée , on peut approcher de cette perfection et donner à un pareil travail le mérite de la véritable utiiité , qui n'appartient qu'aux livres qui ne laissent à celui qui les consulte aucun doute sur leur exactitude micrologique. A cet effet , il faut se mettre à l'ouvrage comme si la perfection était chose possible, et cette illusion peut seule l'aire faire quelque chose de bon dans ce genre. — ]\I. G. Haenel a voyagé et travaillé pendant plus de quinze années pour préparer son catalogue de MSS (1), et ce n'est qu'avec" une pareille constance qu'il a pu réussir à publier ce précieux ouvrage.
3. On doit généralement regretter le peu d'ordre et de précision que présentent la plupart des catalogues de librairie; les titres y sont tronqués ou altérés, les noms estropiés, les dates omises, quelquefois le même ouvrage est annoncé par plusieurs catalogues sous des titres absolument différents , etc. Ces catalogues peuvent suffire pour engager les acheteurs à visiter les magasins des libraires , mais pour les travaux bibliographiques, ils sont inutiles.
4. Un catalogue délivres bien fait, ne serait-ce que celui d'une vente publique , a le double mérite d'instruire les acheteurs sur ce qu'ils veulent acquérir , et de donner des renseignements souventtrès-intéressants ; celui d'une bibliothèque particulière présente, en ou-
(t) Catalogi librorum scriptorum qui in bibliothecis Gal'iae, Helvetiae, Belgii, Britaniae magnae, Hispaaiee , Lusitaniae asserrantur f éd. G. Haenel, in-4°, Lipiiae. 1SJ30.
tre , l'aperçu de la collection qu'un amateur érudit , un homme d'Etat , ou toute autre personne remarquable par sa position sociale ou par son mérite intellectuel , aura fait avec soin et prédilection; enfin le catalogue d'une bibliothèque publique donne non-seulement la nomenclature des livres qui sont a la disposition de ceux qui désirent y avoir recours , mais il présente encore un tableau plus ou moins étendu des ouvrages sur les diverses sciences.
5. La rédaction du catalogue d'une collection de livres , grande ou petite , est donc utile sous tous les rapports ; et il est important que celui qui en est chargé ait des connaissances en bibliographie et en littérature, et même l'habitude de ce genre de travaux. Les premières s'acquièrent par l'étude, la dernière par la pratique ; et quelques centaines de livres , pourvu qu'ils contiennent diverses matières , suffisent pour faire les essais de travaux qu'un catalogue demande; leur application en grand sera ensuite facile.
6. En entreprenant cette tâche , il ne faut jamais oublier que le principal mérite d'un catalogue est de présenter un état descriptif et exact de tous les livres qui composent une bibliothèque , et de fournir les moyens de trouver promptement chaque volume , et de se procurer tout renseignement littéraire ou bibliographique. Ce sont ces qualités que l'on ne doit jamais perdre de vue pendant ce travail.
7. Plus les détails sont nombreux dans un ouvrage , plus son auteur est exposé à commettre des erreurs ; nul travail n'est donc sujet à en offrir autant qu'un catalogue de livres : la transcription des titres , les noms propres et ieur orthographe, le format, la date, le nom de la ville où il a été publié, etc., tout devient écueil et exige l'exactitude la plus minutieuse dans la rédaction comme dans le classement des livres.
8. La variété immense des titres présente à celui qui les transcrit un grand nombre de cas qui le laissent d'autant plus embarrassé et incertain sur le principe à suivre dans leur classification, que souvent il est indif-
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i'érent lequel il adoptera , et qu'il ne s'agit que de choisir. A cet effet , il est essentiel de suivre une marche invariable , surtout dans une grande bibliothèque , où les travaux , partagés entre plusieurs personnes , doivent se faire avec une parfaite harmonie dans toutes leurs parties. Concevoir un catalogue sur un plan trop vaste, c'est l'exposer au sort de rarement le voir achevé; exemples: Franche, Âudiffredi, Assemann et autres. Nous n'avons plus de Bénédictins !
9. Quoiqu'un catalogue ne puisse jamais être un livre de lecture suivie, mais seulement un ouvrage à consulter , il y en a pourtant qui contiennent autre chose que la sèche nomenclature des titres , et qui, par les notes littéraires et critiques dont ils sont enrichis, présentent un grand intérêt ( l ) ; mais alors ils cessent d'être de sim-
Eles catalogues , et entrent dans la classe des livres biliographiques et littéraires.
10. Sous le rapport de la classification des titres , il y en a deux espèces : l'une systématique ou par ordre de matières, l'autre alphabétique.
Le catalogue systématique est l'état ou l'inventaire dans lequel les livres sont inscrits , suivant un système littéraire et scientifique, chacun à la place que son contenu lui assigne. Dans le catalogue alphabétique, au contraire , les ouvrages sont portés , sans aucun égard au sujet dont ils traitent , dans l'ordre de l'alphabet que le nom de l'auteur ou le premier substantif du titre lui indique. Celui-ci a l'avantage de faire découvrir plus prompteinent un livre dont on connaît le litre; l'autre, tout en présentant le même avantage , mais par ordre de matières , aide , en outre , à trouver tous les ouvrages écrits sur un même sujet , et donne , pour les études et les recherches, plus de facilité qu'aucune autre méthode.