TEREDO NAVALIS
TEREDO NAvVALIS. Lin., syst, p. 1267. — Gmel., syst., p. 3747, 1. — Martini,
1 L'animal n'a certainement aucun des caractères d’une Terébelle. 11 n’a ni tentacules, ni branchies, ni tubercules, ni fascicules ; et il est distinct de tout animal testacé que no:4 connaissions.
250 BIBLIOTHÈQUE CONCHYLICLCGIQUE.
conch., Et 4, EAN. — Planc., conch., A7, no 2. — Sellius, hist. natur. Teredinis. 1733. — Pull, eat. Dorsel., p. 53. — Phil. trans., NTM, n° 455, t. 2 (Baster). — Br. zool., n° 160. — Turt. Lin., 1v, p. 609.
SERPULA TEREDO. Da Costa, p. 21.
Terepo. Coquille mince, fragile, flexueuse, de couleur blanchâtre, diminuant graduellement vers l'extrémité : ouverture orbiculaire; intérieur lisse, ouvert; la coquille devient épaisse et forte à la plus petite extrémité, et est garnie de palettes où lames qui rétrécissent beaucoup cette partie, et laissent une très-petite ouverture ; les valves antérieures, attachées à la tête de l'animal, sont de forme hémisphérique, l'une se projetant à la moitié antérieure en angle aigu et un peu pointu; elles sont minces et fragiles, striées finement et régulièrement en sens longitudinal sur l'angle antérieur, qui se termine en arrière par une ligne régulière, où les stries suivent la forme anguleuse de la valve, et se croisent vers le milieu, ou partie tronquée : cette partie est couverte d’un épiderme brun-clair; la partie postérieure, où celle à laquelle est attaché l'animal, est blanche et lisse.
L'intérieur de chaque valve est blanc, garni d'une dent longue, plate et courbée, se projetant en dedans sous la charnière, comme dans la plupart des Pholades, et d'une dent courte, latérale à l'extrémité correspondante de la charnière dans chaque valve : le bord opposé à la charnière se dirige en angle aigu, au sommet duquel se trouve, dans chaque valve, une petite protubérance où nœud qui rencontre celle de l’autre valve, lorsqu'elles sont fermées; et comme, à part la charnière, c’est ie seul point de support, on conçoit facilement que les côtés sont extrêmement ouverts.
Près de l'extrémité inférieure de l'animal sont fixées, une de chaque côté, deux palettes ancéolées, ou valvules, un peu concaves sur le côté interne, et arrondies à l'extrémité; elles servent à fermer l'extrémité du tube, et paraissent dépendre de l'animal, puisqu'elles y sont attachées. La gaîne ou fourreau tubuleux testacé, qui doublele trou que cet animal fait dans le bois, quoique nécessaire à son existence, ne semble être qu'un abri dans lequel il se meut avec aisance et sécurité; car on peut observer qu'il n'y à jamais deux tubes qui se touchent lun l’autre, ils sont toujours séparés par une lame de bois qui n'est souvent pas plus épaisse qu'une feuille de papier. Le tube est rarement aussi long que l'animal, car ordinairement la partie intérieure de la perforation n'en est pas doublée à la distance de deux pouces où davantage; la plus petite extrémité est loujours égale au niveau de la surface de la charpente perforée, mais si petite qu'il n’est pas aisé de la découvrir : toutefois elle est suffisante pour admettre l'élément qui l'entoure, et que l'animal peut recevoir ou refuser à l'aide de ses valves posterieures.
On s’est faussement imaginé que l'animal perfore le bois au moven de ses valvules antérieures, et cela parce qu'on compare ces valvules à une tarière; mais ne voyonsnous pas que toutes les Pholades, le Mytilus rugosus, la Donax irus et beaucoup d'autres perforent non-seulement le bois, mais encore les pierres calcaires les plus dures, sans le secours de leurs coquilles, qui seraient impuissantes pour opérer cette perforation ? '
On peut observer que le Teredo se porte à travers les veines du bois aussi rarement que possible ; cär apres qu'il y a pénétré quelque peu, il se tourne, et continue en droite ligne, suivant la veine jusqu'à ce qu'il rencontre une autre coquille ou peut-être un nœud qui change sa direction; sa course dépend alors de la nature de l'obstacle, qui, S'il est insurmontable, fait faire à l'animal un petit tour en arrière en forme de siphon, et le dirige dans le sens de la veine.
Nous avons eu occasion d'examiner un grand nombre de ces coquilles dans le Dock- Yard de Plémouth, où l'on a essayé tous les movens de s'opposer à l'envahissement de
ces pernicieux animaux, qui se sont maintenant naluralisés dans nos climats el se son considérablement multipliés, quoique l'on suppose qu'ils sont d'origine orientale,
Les pieux que nous avons examinés avaient été enlevés pour être remplacés par de nouveaux: on nous apprit qu'ils n'étaient pas restés plus de quatre où cinq ans dans l'eau , et quoiqu'ils fussent d'un bois de chêne très-solide, ils étaient complétement perforés !.
On peut présumer que le tube s'allonge à mesure que l'exige le développement de l'animal, et qu'il peut s'étendre sans interruption dans toute la longueur de la perforaüon; mais qu'il ne peut se retirer loin à cause de l'accroissement des valves antérieures fixées à la tête, et de la forme conique du tube, Cette partie à rarement un diamètre de plus de trois quarts de pouce à l'extrémité la plus grande, et, dans notre climat, un pied de longueur ; mais elle dépasse cette taille dans les parties plus méridionales, d’où elle fut apportée dans nos ports pour la destruction de nos vaisseaux ; calamitas navium, ainsi que le dit avec raison Linné.
On a classé ordinairement celte coquille parmi les univalves, mais assurément sans motif; car c'est indubitablement une multivalve complète, comme toute autre de cette classe ‘et elle doit être placée soit avec les Pholades. soit entre celles-ci et les Balanes, car elle n'a aucun rapport avec les Serpules où les Dentules.
Gmelin s'exprime ainsi dans une note marginale : « Teredines intra vegetabilia habi- «tantes, quæ destruunt, vilæ genere, viclu et habitations navalis, certe, ipsa « valcarum vermi adhærentium fabrica, propius ad Pholades accedunt quam «ad « Serpulas. »
Cependant, nous avons jugé convenable ce la laisser où Linné la plaça en dernier lieu, laissant tout autre soin à ceux qui écriront d'une manière plus complete sur cette branche d'histoire naturelle.
Quelques esprits moins philosophiques pourraient se demander pourquoi un animal ne serait formé que pour la destruction.
La réponse à cette question est que l'apparente facuité de destruction accordée à certains êtres n'est qu'un bien nécessaire dans la grande chaine de la nature. Tous les êtres vivants ont, du plus au moins, les mêmes inclinations ; l'homme même, l’homme intellectuel, est le plus destructeur de tous les animaux.
Les facultés dont se trouvent doués quelques êtres en apparence très-méprisables, mais destinés à détruire promptement les matières inutiles, ne peuvent être mieux appréciés peut-être que par les détails curieux de M. Smeathman sur les Termes, qu'on appelle communément fourmis blanches, détails insérés dans les Transactions philosophiques de 1781, et auxquels nous renvoyons nos lecteurs.
Que les Teredines, aussi bien que les Pholades et grand nombre d'autres animaux aquatiques, aient été créés dans cet elément par le Pere de l'univers, dans des vues également bienfaisantes, c'est ce qu'on ne peut discuter ; car, bien qu'ils semblent arrêter et même détruire en quelque sorte les travaux de l'homme, ils sont cependant d'une telle importance dans l'échelle de la nature qu'il serait facile de prouver, ainsi qu'on l’a observé, que nous sentirions bien moins l'absence d'une ou deux espèces des plus grands quadrupèdes que celle d'une ou de deux espèces de ces animaux regardés comme méprisables.
Ne leur serait-il pas donné de présider à la conservation de ce que la puissance créatrice a exécuté sur la terre ? Les ouragans, secondés par des torrents rapides, rempliraient de débris divers les eaux des tropiques et en entraveraient non-seulement le
1 La méthode nouvellement adoptte pour préserver les charpentes nécessairement employées pour les docks, consiste à couvrir la partie qui est continue lement dans l’eau de petits clous à large tête, qui, dans l'eau sa'ée, se couvrent bientôt d'une enveloppe épaisse de rouille, impénétrable à ces animaux. On nous à assuré que ce moyen réussit mieux que de doubler de cuivre les parties expusées,
cours, mais augmenteraient encore le danger de la navigation des mers voisines, et peutêtre mème celle du vaste Océan; car, sans ces puissants agents de dissolution, sagement créés, des arbres pourraient rester dans l'eau pendant des siècles !. Ainsi, rien ne peut démontrer plus complétement la puissance du suprême Créateur de l'univers que les facultés accordées à ces petits êtres en apparence méprisables, et dont la tâche est de hâter Ja complète destruction de toute matière inutile. Cela prouve qu'ils sont un des anneaux de la grande chaîne de la nature, qui est si magnifiquement décrite par Sullingfleet.
GENRE XXXVL
SABELLA , ANIMAL VARIE, D'AMPHITRITE, DE TÉRÉBELLE, DE SPIO ET DE NEREIS?
L'animal habitant quelques-unes des Sabelles de Linné a été considéré par des auteurs modernes comme une Amphitrite; et les Sabella penicillus et Granulata ont été placées dans ce nouveau genre.
Avant d'entreprendre la description des différentes espèces de Sabelles des côtes britanniques, il ne sera pas inutile de remarquer qu’en les plaçant parmi les coquilles, nous nous sommes éloigné de notre propre opinion, et que nous avons suivi le système de Linné et d’autres écrivains modernes, en conservant ce genre parmi les Fermes lestacea.
Les tubes dans lesquels ces animaux sont enfermés sont tous plus ou moins composés de matières étrangères agglutinées ensemble, telles que du sable, du gravier et des débris de coquilles, d'une texture plus fine ou plus grossière, suivant la nature de l'animal qui l’habite, et non préparés par une sécrétion testacée du corps de l'animal, formant une substance homogène et solide, véritable caractère d’une coquille.
Parmi les Sabellæ de Linné sont placées beaucoup de larves de mouches subaquatiques, dont quelques-unes se trouvent dans nos rivières et dans nos eaux stagnantes ; mais celles-ci provenant d'insectes ailés n'ont aucun rapport avec les Sabelles, et ne peuvent être comprises dans la conchyliologie.
Nous ne pensons pas que la véritable Sabella se trouve dans l’eau douce, et assurément l'on n'a encore découvert aucun insecte ailé accomplissant dans l'eau salée son passage de larve à l'état parfait. L
Gmelin a énuméré un grand nombre de Sabelles qui habitent l'eau douce, principalement d'après l'autorité de Schroeter ; plusieurs de ces Sabelles ne sont que des états différents du même insecte imparfait, tels que la larve de l'Ephemera vulgata, quelquesunes de la Phryganea, et peut-être d’autres insectes névroplères.
‘Ilya, dans le Lererian Museum, un pieu en chêne qu’on dit être un de ceux placés dans la Tamise lors de l'invasion de Jules César, il y a dix-huit cents ans. On retire souvent des fondrières du bois de charpente qui y est probablement resté depuis le déluge et qui est encore dans un état parfait.
Les tubes ou cases dans lesquels sont enfermées ces larves, sont formés d’une matière étrangère quelconque $ mais à leur portée, et qui augmente autant que l'exige l’accroissement de l'animal ; ceci explique les nombreuses variétés élé zantes de ces tubes.
Il y en a qui sont entièrement composés de petits coquillages de diverses espèces ; quelques-uns de fragments de coquilles mêlés avec du sable, de morceaux de bois, de tiges ou de feuilles de plantes ; et il est à remarquer que quelques espèces agglutinent des morceaux de bois qu'ils creusent au besoin pour les placer régulièrement comme le font les vanniers; les uns sont disposés en triangles, d’autres en carrés, en losanges ; mais le plus beau est celui qu'on trouve en abondance dans les eaux, et qui est formé avec l'Helix nautileus. Nous avons vu de ces tubes qui en étaient couverts d'une manière très-régulière et très-élégante, la bouche des Hélices en dehors, et quelques-unes même étaient encore vivantes. Une autre variété couverte d’un sable fin et de très-petits morceaux de mica brillant se trouve dans le Cornouailles, et dans les eaux qui coulent sur un granit micacé; elle mérite d'être mentionnée ; mais nous ne devons pas empiéter sur l’entomologie, et nous bornerons là nos observations.
Ilest difficile de décider pourquoi une partie des Sabellæ de Linné doivent être classées dans les Hollusca où Vermes, et d'autres laissées avec les Testacea: car celles dont les animaux sont des Nereis n'ont pas plus de droit à se trouver parmi les coquilles, que celles qui sont habitées par une Amphitrite où une Térébelle; et elles pourraient assurément être rapportées plus convenablement à la propre classe de l'animal.
Il n'y a aucun doute que le genre Sabella ne doive être entièrement modifié, et les espèces classées parmi les mollusques, et dans les genres anxquels appartiennent les ani maux qui les habitent; car celles dont les tubes sont faits de fragments agglutinés de coquillages dépouillés d'autres animaux, méritent aussi peu une place parmi les testacés que celles dont les tubes sont formés entièrement de sable, ou composés de l’une et l’autre matière. Ce sont également des substances étrangères aux animaux, et qui ne sont attachées que par un mucus ou sécrétion glutineuse, qui forme l'enveloppe intérieure , et c'est la seule partie de ces tubes appartenant réellement à l'animal: dans quelques espèces cette partie est coriace, mais le plus souvent elle est membraneuse, d'une substance mince, mollasse, flexible, lorsqu'elle est humide, mais extrêmement fragile lorsqu'elle est sèche.
Puisque nous considérons les Sabelles comme n'ayant pas le moindre rapport avec les coquilles, ni même comme ne constituant pas une famille naturelle, on pourra nous demander pourquoi nous les avons classées contrairement à cette opinion. Nous répondrons à cela que nous n'avons fait que suivre l'exemple des plus grands naturalistes, soumettant en même temps nos observations à Ceux qui, à l'avenir, traiteront le sujet sur une échelle plus large.
Nous savons que l'on dira que les coquilles ne sont que les couvertures des animaux : nous en convenons; mais elles sont réellement testacées, entièrement sécrétées et préparées par les animaux, et font autant partie d'eux que le test d'une tortue, qui est fixé d’une manière inséparable. Nous admettons néanmoins que ce soit une famille imparfaite dans le Systema Naluræ, et qui fut d'abord repoussée comme telle par Linné ; mais comme il est impossible d'en classer les animaux divers d'après un système plus régulier, vu le peu de connaissance que nous en avons jusqu’à présent, et comme les tubes de ces animaux sont si aisément conservés et si fort recherchés à cause de leur grande beauté, il devient nécessaire de les classer systématiquement, de nommer et distinguer les espèces diverses, afin de mettre d'autres naturalistes à même de compléter les recherches qui restent à faire. Si nous pouvions déterminer en effet les différentes espèces d'animaux qui habitent ces tubes, nous serions portés à croire qu'ils devraient continuer encore à être divisés et subdivisés d'après la nature de leur enveloppe, ainsi
que la Tortue, l'Echinus où le Cancer, animaux dont les parties dures sont à l’extérieur. Il faut cependant admettre que l'animal qui habite la coqgille doit, autant que faire se peut, aider essentiellement à distinguer les espèces.
Jusqu'ici, autant que nous le sachions, les animaux habitant les coquilles ne forment qu'un très-petit nombre de genres, ainsi qu'on peut le voir par la description que nous en avons faite; quelques-uns d'eux sont de vrais mollusques, et convenablement séparés. Tout au contraire, comme les tubes, où étuis, ordinairement appelés Sabelles, sont d'une nature fragile , imparfaite et périssable, sans qu’on puisse aisément les définir; qu'ils sont formés de parcelles agglutinées à une membrane mince et transparente qui ne se conserve pas, nous devons syslémaliser les animaux et non leurs enveloppes accidentelles, dont plusieurs d’entre eux se retirent à leur gré et en sont indépendants, et essayer de ne prendre de tels auxiliaires que dans an but de distinction spécifique.
Qu'il nous soit permis de demander à notre tour s'il n'est pas impossible, dans une classification systématique, de décrire tantôt l'animal comme un Ver mollusque habitant un tube, et tantôt comme un Ver testacé, où Sabelle, habité par une Amphitrile ou une Térébelle? Tel est cependant le cas dans quelques systèmes modernes, et cela n'est dû qu'à cette circonstance que l'animal pouvant vivre hors de son étui ou enveloppe a été trouvé séparé de son tube.
Il eùt été assurément beaucoup plus naturel de placer avec les Testacés, l'Echinus plutôt que la Sabelle ; quelques auteurs ont en eflet considéré cette dernière comme une coquille ; mais dans le système de Linné elle est placée parmi les animaux mollusques, quoique couverte d'une coquille.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet à cause de la spécialité de notre ouvrage ; c'est à ceux qui donnent un système général qu'il appartient d'apprécier si la Sabelle, sans avoir égard à son tube, ne devrait pas être classée seulement d'après les caracteres des animaux; de cette manière toutes les enveloppes de larves appartenant aux insectes ailés, qui ont été fort étrangement introduites parmi les Testacés, rentreraient naturellement parmi les insectes auxquels elles appartiennent proprement et compléteraient ainsi l'histoire de leurs métamorphoses qui laisse de nombreuses lacunes.
Ces explications une fois donnés, nous procéderons à la description des différentes Sabelles qu'on rencontre sur nos côtes, en même temps qu'à celle de ceux de leurs animaux que nous CONNAIÏSSONS,