‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 35 sur 55 · S LXXI · texte numérisé non relu

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Etat dt» colonies chrëdennes d'Orient.

An 599 [1203 deJ, C, et années suivantes]. Les auteurs arabes , lorsqu'ils parlent des chrétiens de cette époque , ne font mention que de petites expéditions et de courses sans résultats. Le plus souvent, des troupes isolées de croisés venaient passer quelques mois en Palestine, insultaient quelque château , pillaient quelques villages et s'en retournaient ; il en arrivait de la France, de l'Italie, de l'Allemagne, de l'Angleterre. Les auteurs arabes, n'ayant aucune notion sur les pays d'où venaient ces guerriers et n'étant instruits de leur arrivée que par les irruptions qu'ils faisaient sur les terres musulmanes, ne disent rien de précis à leur sujet; ce n'est guère que par les auteurs chrétiens qu'on peut apprendre ce qui les concerne. Ces petites guerres n'avaient que de très-petits résultats. Elles avaient , pour ainsi dire , plus d'importance en Occident, où l'on s'occupait des pré-

{>aratifs de départ des croisés, qu'en Orient, où ces croises ne àisaient que passer. Qu'importe de savoir que teUe année un tel village de Phénicie ou de Palestine fut bruIé ou pillé? que telle troupe de croisés tua cinquante hommes aux musulmans , ou que les musulmans tuèrent cinquante hommes aux croisés? Ce <jui mérite plus d'attention , c'est le changement qui s'était opéré dans l'esprit des Francs établis en Palestine, et des musulmans des contrées voisines : les uns et les autres avaient fini par oublier leurs anciennes querelles et par s'al-

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lier iodifferemment ensemble : on n'avait aucun égard à la diflfeVence de religion ; Pinterèt seul décidait de tout.

On lit dans la Chronique syriaque d'Aboulfarage , ù que le prince d'Antioche, voulant à tout prix s'emparer de la petite Arménie , pays limitrophe de ses états , attira artificieusement dans Antioche, Rupin, prince chrétien de cette contrée, et le retint prisonnier. Aussitôt Livon , frère de Rupin , prit les rênes du gouvernement, et, attirant a son tour le prince d'Antioche dans une embuscade , Temmena captif en Ar* ménie. Les auteurs chrétiens sont entrés à cet égard dans de longs détails. Cette horrible politique occasionna une sanglante guerre. Le prince d'Alep, qui craignait beaucoup les Arméniens et très-peu le prince d'Antioche, prit parti pour celui-ci ; et comme les Arméniens étaient entrés par surprise dans Antioche , il accourut avec ses troupes et les obligea à la retraite. Peu de temps après , Antioche souffrant d'une cruelle disette, le prince d'Alep envoya généreusement aux habitans des vivres et de l'argent. C'est probablement cette générosité du prince d'Alep qui fit courir le bruit en Occident, qu'au fond il était chrétien; aussi le pape Innocent ni lui écrivit une lettre flatteuse pour le féliciter sur ses bonssentimens(l).

La disette dont il est question ici se fit sentir sur-tout en Egypte, où le Nil n'apporta pas son tribut accoutumé. II périt en cette occasion jun nombre infini d'habitans; Abd-allatif , qui était alors en Egypte , rapporte des faits qui font frémir. Il parle aussi d'un horrible tremblement de terre qui fit de grands ravages en Syrie, en Mésopotamie et en Asie mineure (9). Tant de malheurs firent croire, en Occident, que la main de Dieu se déclarait contre les musulmans. En conséquence , les chrétiens entreprirent une nouvelle croisade (3).

Les croisés, à leur arrivée en Palestine, annoncèrent l'intention de marcher sur Jérusalem ; mais Malek-adel , se pla-

(i) Cette lettre a été insérée dans les pièces justificatives do troisième Yolnme de VHùtoire des Croisades»

(s) Voyez Iai2e/!a<iaiid*Abd-aliatif, traduite par M. Silvestrc de Sacy , pages 367 et saiv. , et pages 4 1 4 et suiv.

(s) II existe k ce sujet une lettre du pape Innocent III , qni a été insérée parmi les pièces justificatives do troisième volume de fHisiûire des Croisades.

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çant près du mont Thabor, leur ferma le passage. Le seul re'sultat de cette expe'dition fut le pillage des campagnes da voisinage.

Ce qui avait réduit cette armée de croises presque a rien , c'est que la plupart des chre'tiens firent voile vers Constantinople. Les auteurs arabes n^nt presque rien dit de cet événement, qui eut cependant de si graves conséquences. Aboulfarage est le seul qui en ait parle; voici ce qu'il dit dans sa Chronique arabe : « L'empereur de Constantinople ayant ete de'pose par son frère, privé de la vue et mis à mort, son fils se reTugia auprès du roi de France , dont il était neveu par sa mère. Le roi leva aussitôt une grande armée , et l'envoya contre Constantinople. A son approche , les habitans se soulevèrent contre l'usurpateur; mais au milieu du désordre y le feu prit à un quartier de la ville ; et pendant que les soldats étaient occupés à l'éteindre, les Francs montèrent à l'escalade et entrèrent de force. Le tyran s'enfuit , et les Francs élevèrent sur le trône le fils du dernier empereur, qu'ils avaient amené avec eux f mais ce prince était encore fort jeune ; il ne gouverna qu'en apparence , et les Francs eurent toute l'autorité. Bientôt les vainqueurs accablèrent les habitans d'exactions , et ne respectèrent pas même les trésors des églises; ils enlevaient les croix, les évangiles, l'or et l'argent des images sacrées. Les habitans , irrités , tuèrent leur prince et chassèrent les Francs de la ville. Alors ceux-ci formèrent le siège de Constantinople : en vain les habitans , trop faibles pour leur résister , implorèrent l'appui de Rokn-eddin , sultan d'Icône ; des marchands francs , établis à Constantinople an nombre d'environ trente mille, et qu'on apercevait à peine dans une si grande cité, mirent le feu à quelques maisons; en un moment la flamme se communiqua au loin , et un

auart environ de la ville fut consumé. Alors les Francs du ehors entrèrent l'épée à la main; le carnage fut horrible. Vainement plusieurs habitans se réfugièrent dans la grande église de Sainte-Sophie; vainement le patriarche, accompagné des chefs du clergé, vint au-devant des vainqueurs, portant la croix et l'évangile; vainement il se jeta à leurs

[Heds en pleurant et en criant merci pour un lieu si saint : es Francs, méprisant ses supplications, pillèrent l'église et massacrèrent indistinctement les prêtres et le peuple. Ils étaient commandés par trois chefs, le doge de Venise , vieillard aveugle , dont les vaisseaux avaient servi à amener cette

DSS CMiaâDBi. 3BS

formidable armée, le maroau de Montferrat) chef de IW pédition | et le comte de Flandre. Après Poccupation de ia ▼ille, les trois chefs tirèrent au sort polir savoir qui d'entre eus régnerait snr Constantinople; le sort tomba sur le comte de Flandre. Les Vénitiens reçurent en partagé les lies de Crète I de Rhodvet les lieua myt^îtimes; on donna au raar*

3ufs la partie orientale de Têmpire , c'est-à-dire les provinces e TAsie-Mineure ; mais comme les Grecs de ces contrées s'étaient nommé un empereur, appelé Lascaris, et refusaient de reconnaître ce partage, le marquis fut obligé d'aller s'établir ailleurs. •

Voilà à quoi se réduit le récit d'Aboulfarage, qui n'est pas exempt d'erreurs. Les auteurs arabes font mention , à la même époque, d'une descente faite par une flotte chrétienne devant Foua , ville située sur le Nil , non loin de Rosette, et des grands dégâts qu'elle y commit; la ville fut mise à feu et k sang, et la flotte se sauva avec son butin.

Vers ce temps^Ià, le fils aîné du prince d'Antiochefnt poi-

Cardé par un ismaélien ou affidé du Vieux de la Montagne, souverain d'Antioche ayant pris les armes pour venger la mort de son fils, le prince d'Alep , son ancien allié, se déclara pour le Vieux de la Montagne; Malek-adel embrassa la même cause ; et le prince d'Antioche fut obligé de renoncer à son dessein : mais la mort du fils de ce dernier ne laissa pas d'avoir des suites fâcheuses. Le jeune prince était marié à une princesse arménienne , dont il avait des enfans. Il s'agissait de savoir si la principauté d'Antioche appartiendrait à ut) de ces enfans, pu si l'on reconnaîtrait le frère cadet du mort, lequel avait déjà été investi du comté de Tripoli. Ces querelles ne mé> TÎferaient pas d'être remarquées, si elles ne nous montraient la politique du temps. Les chrétiens et les musulmans prirent parti, chacun selon leurs intérêts. Comme il était à craindre que les fils du mort, s'ils étaient maîtres d'Antioche , ne fussent unis d'intérêts avec les Arméniens, lé prince d'Alep et le sultan d'Icône, qui auraient été accablés par une réunion de forces si imposantes , se déclarèrent pour le comte de Tripoli; les templiers en firent autant. Malek-adel, au contraire , qui n'avait aucun point de contact avec les Arméniens, et qui était quelquefois en guerre avec le comte de Tripoli, prit parti pour les Arméniens; les hospitaliers embrassèrent aussi leur cause. On reprit donc les armes et l'on s'attaqua avec fureur. Le roi d'Arménie , pour se venger des templiers,

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qui possédaient de granck bieos dans ses états , les chassa et confisqua leurs domaines; ensuite il marcha sur Antioche ; de leur cote' , le pritee d'AIep et le sultan dlcone se de'clarèrent pour les templiers, et, envahissant la petite Arnie'nie , ils forcèrent le roi à donner satisfaction à ces religieux et à se désister de ses prétentions. Pendant ce méaie temps, Malekadel s'e'tait jeté' sur le comté de Tripoli , et y avait commis d'horribles ravages. A la fin on fit la paix et chacun s'occupa de réparer les maux de la guerre.

On est étonné de l'esprit de brigandage et de barbarie

]ui régnait à cette époque. L'historien des patriarches 'Alexandrie, sous la date de Tan 607 de l'hégire, ou IStl de J. C, parle d'une nouvelle descente faite par une flotte chrétienne de cent dix voiles, du c6té de Damiette, sur la rive occidentale du Nil; comme Malek-adel était alors en Syrie, les chrétiens abordèrent sans obstacle et se répandirent dans le voisinage du monastère appelé le Couvent de Jérétnie, Ils étaient au nombre d'environ mille fantassins et de cent cavaliers ; ils se partagèrent en deux bandes , et saccagèrent Bouré , ainsi que les campagnes situées sur la rive occidentale du fleuve; ils ne se rembarquèrent qu'après avoir dévasté toute la contrée. L'auteur arabe, qui était Egyptien et contemporain de cet événement, nomme les citoyens qui eurent le plus à souffrir de ces brigandages ; il cite plusieurs femmes auxquelles on prit des bourses d'or et d'argent qu'elles portaient sur elles. On ignore d'où venait cette flotte et qui la commandait; l'auteur appelle le chef le comte Afienk (l) , nom qui nous est inconnu.

Telle est la suite des événemens qui suivirent la mort de Saladin. Ce n'était que le préludé d'une expédition plus redoutable ^ qui pensa avoir les suites les plus importantes.

S Lxxn.

Nouvelle croisade. — Descente des chrétiens en Egypte.

An 644, on 1217 de J» C, Aboulfarage, dans sa Chronique syriaque , a dit un mot du concile que le pape assembla à Rome pour décider une nouvelle croisade générale. On

DBS CROISADES. S87

sait que presque tontes les nations d'Occident prirent part à cette expédition. L'historien des patriarches d'Alexandrie nomme parmi ceux qui j figurèrent d'abord le roi de Hongrie; elle fut sur-tout dirigée par Jean de Briennè, roi de JeVusaicm , et plus tard par (e légat du pape. L^ mouvement qui eut alors lieu en Occident, est ainsi décrit par Ibn-alatir, auteur contemporain: « Cette année, xttk nombre infini de guerriers partirent de Rome la Grande, et des autres pays d*Occident, au couchant et au septentrion. L'instigateur de cette guerce était le pape de Rome , qui fournit lui-même un grand nombre de soldats, et ordonna à tous les princes chré* tiens de marcher en personne , ou au moins d'envoyer leurs troupes. Tous se soumirent a cet ordre. Les chrétiens abordèrent a Acre. A cette nouvelle, Malek-adel accourut d'Egypte pour prendre la défense de la Syrie ; mais il n'eut pas le temps d'assembler toutes ses forces. Attaque' à Beyssan avec peu de monde, il se retira précipitamment à Damas. Cette fuite laissa sans de'fense les musulmans du pays , qui , se fiant à la présence du sultan , n'avaient pris aucune précaution ; ils se sauvèrent avec ce qu'ils purent emporter. J'ai ouï dire qu'en cette occasion , Malek-adel ayant dit à un des fugitifs qu'il rencontra dans son chemin, et qui, à cause de sa charge, s'arrâtait de temps en temps, « Mon ami, ne va pas I» si vite , et je te tiendrai compagnie ; 9 cet homme lui re'pondit : « O sultan des musulmans! ce serait plutdt à toi de n ne pas aller si vite; mais nous qui te voyons abandonner 9 tes provinces et nous laisser à la merci de l'ennemi, comn ment ne pas nous hâter ? n Ainsi les chrétiens ne rencontrèrent aucun obstacle et mirent tout a feu et à sang. Quand ils eurent dévaste' les environs de Beyssan et de Naplouse , ils retournèrent à Acre. Malek-adel crut alors que leur intention e'tait de se porter contre Jérusalem , et il envoya son fils Malek-moadam à Naplouse, pour de'fendre les approches de la ville sainte ; mais les chrétiens , après diverses excursions, se portèrent sur le montThabor, contre une forteresse que le sultan y avait fait élever quelques années auparavant, et d'où il pouvait inquiéter la ville d'Acre. Le siège dura dix-sept jours.^Déjà le château était sur le point de se rendre, lorsque les Francs perdirent un de leurs chefs et se retirèrent précipitamment. Après leur départ, Malek-adel fit détruire le château , vu sa trop grande proximité d'Acre et la difficulté de le défendre, n

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An 615 [12i8], Les chrétiens, au rat>port dlbn-féraily étant de retour à Acre , tinrent congeil et se dirent entre eux t « Nous nous consumons ici inutilement ; que n'allons-nous

• plutôt en Egypte? C'est àTaide des ressources de cette riche n contrée que Saladin a conquis la Syrie et subjugue' la ville « sainte. En nous en rendant maîtres, nous reprendrons fa*

• cilement Je'rusalem avec toutes nos anciennes provinces. » Là-dessus, il fut décide qu'on mettrait à la voile pour rÉgjpte, ce qui eut lieu au mois de safar (mois de mai) (l).

Les Francs, d'après le te'moignage des auteurs arabes, abordèrent près de Damiette, dans l'île ou delta forme par les deux bouches principales du Nil. Ils s'établirent en face de Damiette, n'e'tant sépares de cette ville que par la branche du fleuve qui passe sous ^ts murs et de là se jette dans la Mer me'diterrane'e (9). Au milieu du Nil était une tour, grande, forte, remplie de guerriers (3); des chaînes de fer, partant de cette tour, se prolongeaient jusqu'au pied des remparts de Damiette, et fermaient Tentre'e du fleuve; de plus, la tour communiquait avec la ville par un /ion/ de bateaux (4) construit sous Saladin.

(i) Si Ton en croit Makrizi, dans m Description de l'Egypte, k Farticle Damiette, rarmée chrétienne se montait à soixante-dix mille cavaliers et à quatre cent mille fantassins. Ce nombre est exagéré.

(s) Cette ville était alors pins près de la mer qn*aniourd*hni ; elle était située presque à Temboncbure du Nil. Voyez ci-après k fan 659 de rhégire [i960 de J. C.]. Nous renvoyons du reste, pour tout ce qui tient aux localités , à la carte de Damiette et des environs , qui accompagne le douzième livre de V Histoire des Croisades, quatrième édition. La carte qui accompagnait l'ancienne édition présentait des inexactitudes.

(s) Au lieu d*une tour, Makrizi en cite deux. En effet , il devait en exister une seconde sur la rive orientale, an point où la chaîne tenait au continent : c'était entre ces deux tours qne s'étendait la cbaine. Makrizi ajoute qu'encore de son temps , c'est-à-dire an xv® siècle de notre ère , cet espace était nommé VEntre^eux des tours. 11 existe encore deux tours à-peu-près à la même place.

M. Hamaker, dans son mémoire intitulé Commentatio de expeditionibus à Grœeis Francisque adçersus Dimyatham susceptis, suppose qu'il existait une troisième tour sur la rive occidentale ( voyez à la page 60 de sa Dissertation) \ mais , de son aveu, aucun auteur ne parle de cette tour, et, ainsi qu'on le verra, les événemens s'expliquent suffisamment sans recourir à cette conjecture.

(4) Le mot que nous tradaisons y%t pmu tfe bateaux (voyex ci-

DB0 CROt0ADB9. 3M

Le0 cIirÀiefis devaient , avant tout , s'emparer de la tour et rompre les chaînes , afin d'ouvrir à leurs navires l'entre'e dans le cœur du pavs. Si l'on en croit l'auteur de l'Histoire des patriarches d*î%lexandrie, lequel était contemporain et se trouvait alors au Caire, les Francs parvinrent d'abord à introduire leurs petits bâtimens. Apparemment ce fut par l'espace situe entre la tour et la rive occidentale, où l'eau avait moins de profondeur et où aucun obstacle n'empêchait le

Eassage. Le même auteur ajoute qu'à l'aidé de ces petits âtimens, les Francs se rendirent maîtres d'une partie da cours du fleuve, et génèrent par eau les communications de Damiette ; ensuite il poursuit ainsi :

« Les Francs se. hâtèrent d'asseoir leur camp , et s'environnèrent de fossés et de retranchemens; après quoi ib dirigèrent leurs attaques contre la tour de la thaine. Ils étaient fort impatiens de s'en emparer; caf c'était la seule voie pour ouvrir à leurs gros navires l'entrée dans l'intérieur de l'Egypte. Huit de leurs pierriers ne cessaient de jouer ni de jour ni de nuit; les pierres qu*ils lançaient parvenaient jusqu'à Damiette : on voyait continuellement voler les traits et les flèches, et un grand nombre de musulmans perdirent la vie ; la terreur était devenue générale. En un moment, les villages qui entourent Damiette furent abandonnés , et la désolation se répandit jusqu'au Caire.

« Pendant ce temps, il arrivait de tons côtés des secours dans la place. Malek-adel, qui était resté en Syrie à la garde du ^ pays, se hâta d'envoyer toutes les troupes disponibles. L'Egypte était alors* sous l'autorité. de son (ils aine, Malekkamel. Ce prince vint se placer dans les environs de Da-

devant p. if 9 ) s'exprime en tnibe parj^M»^, en filnriel jymSk, . Ce mot revient très-sonvent dans les autears arabes du temps , et se dit imssi d'un pont de pierre. (Voyex les Annales d*Abou]fëda, t III, p. 594.) Par ane idée analogue, on Fa môme appliqué aux chaussées que Ton construit en Egypte pour les temps de Tinondation ^o Nil. Makrizi , dans sa Description géographique et historique de l'Egypte, a consacré un chapitre particaiier il ces chaussées. II en cite qui devaient avoir pins de trente lieues de long. Ce mot a souTcnt embar» vassé les auteurs de traductions arabes. Quelques-uns ont pris des ponts pour des chaussées, et d'autres des chaussées pour des ponts. Voye^-en un exemple dans les extraits arabes qui accompagnent fHistoire de S. Louis par JoinviUe , édition du Loavre, p. ft44«

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miette y fur la rîve orientale du Nil, Dans eea coD|onctares , un grand nombre de musulmans du Caire et du vieux Caire prirent les armes , les uns par esprit de religion, les autres parce qu'on les y forçait Les principaux citoyens se cotisèrent ensemble, et l'on équipa quelques troupes. Telle était la frajeur qui régnait dans ces deux villes, que de'jà on j faisait' provision de froment, de farine, de biscuit, de riz et d'autres denre'es ; on eut dit que l'ennemi était aux portes.

V Le vendredi 98 de boune [S3 juin] (l), les chrétiens livrèrent assaut à la tour de la chaîne. Soixante-dix de leurs barques , revêtues de cuir et à l'e'preuve du naphte et du fea grégeois , s'avancèrent dans le plus terrible appareil. L'at* taquc fut vive; mais elle n'eut pas de succès. Un nouvel assaut eut lieu le dimanche 7 d'abib [3 juillet]. Ce four laies Francs firent usaçe de quatre navires surmontes chacun d'une tour : trois étaient diriges contre la tour de la chaîne; le quatrième devait se porter contre la ville. L'ennemi fit les plus grands efforts et fut sur le point de triompher : déjà il avait dresse ses échelles , Ursque le mat qui soutenait une des tours ayant casse , tous les guerriers qui s'y trouvaient tombèrent dans l'eau ; la plupart se noyèrent, accables par le poids de leurs armes. Ce succès inspira une joie dëmesure'e aux musulmans : au Caire et au vieux Caire, on illumina, et les habitans se livrèrent aux transports d'une vive alegresse.

u Sur ces entrefaites , les chre'tiens, désespérant d'une prompte réussite de leurs attaques , se re'pandirent dans les campagnes voisines et s'emparèrent des provisions. Comme des bandes d'Arabes nomades avaient ete appelées des provinces voisines pour les harceler, les Francs les attaquèrent par surprise et les taillèrent en pièces; le petit nombre de ceux qui échappèrent, se voyant hors d'état de re'sister, commencèrent à se disperser dans le pays , et a piller amis et ennemis; c'e'tait afin d'épuiser la contre'e et de mettre les Francs dans l'impossibilité d'y subsister. Non-seulement Malek-kamel ne vit pas ces ravages avec peine, mais il ordonna lui-même de tout livrer aux flammes. Dans le même temps , le sultan

/l) Le mois de bouné appartient aa calendrier des chrëtiens coPtes d'Egypte. II en est de même de tous les mois qai sont cttëa dans V Histoire des patriarches d'Alexandrie^ CesC que Tautear était lulméme chrétien et du rite cofle.

Uteg CROf0ADB0. 391

Mfllbk-adel, tonfoorS retena en Syrie, étendait ses course^ snr le territoire des villes chrétiennes de Palestine et de Phé<* nieie, pour faire diversion. Mais rien ne pouvait tirer les Francs des provinces de l'Egypte.

«En attendant, les attaques se poursuivaient contre la ville et la tour de la chaîne. Il ne se passait pas de jour sans nuelque nouvel assaut. Les pierres lance'es par les machines des chrétiens étaient d'une grosseur prodigieuse ; une seule

[>esait plus de trois cents livres d'Egypte. Les Francs travailaient, en ce moment, à une espèce de ponton appelé chec eux tnaremme : c'étaient deux ou plusieurs navires joints ensemble, et attachés avec des poutres et des planches, de manière à présenter l'apparence d'un seul navire. Celui dont il est ici question, se composait de deux navires; au-dessus s'élevaient quatre mâts supportant une tour de bois à créneaux et revêtue de parapets, à Fexemple d'une citadelle; sur la tour on avait pratiqué un grand pont-levis, qui se levait et se baissait à volonté, au moyen de courroies et de poulies (l). Tous ces préparatifs étaient destinés contre la

(l) Voici le texte arabe :

J l. ^\xjJ)ll owJû ol Jl jLaJ.\j L>Ui.VL l^y^Jj

1>— L-O iJAjj^4 o^f jj^ J^ br' ^.^ Irk; v«^

èJfj c^j^ j^j ô^. «^ ^^

II résulte de ce passage que le mot que nous etods traduit par martmme n*est pas d*origine arabe, mais plutôt d'origine franque ; du moins ce mot esi-ii employé dans ie sena S édifice, vaisstau, dans lea monumens chrétiens du moyen âge. Voyez le Glossaire de la basse ImU" nité de du Cange» supplément, an moi Maremma, Voyez auisi le Cùdice diphmatieù delt ordine dt Malta, par Sebastiano Paoli , t II, p. 51 S. Au reste , comme le passage arabe que nous citons ici pourrait donner lien à d*autre8 difficnltés du même genre, nous rapporterons le passage correspondant d'Olivier Scbolaatîque , écrivain latin , lequel se trouvait au siège de Damiette, qui même dirigea la construction de 'la ratehine en question ; on verra que ce qu'il dit lève toute incertitude : « Duos cogones conjunximus trahibns et fnnibns fortissimè

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tour de lachutie. An jour fixe, les FrflUos i^aTaneèrentttvee leur roaremme, et abattirent le pont4evîs. En un moment Tetage supérieur tomba en leur pouvoir, et aussitâtie pont

Îiui joignait la tour a la ville fut coupe. Les musulmans, enfermes dans la tour, au nombre d'environ trois cents, se Toyaot sans ressources, mirent bas les armes et furent faits

f>risonaiers; quelques-uns seulement essayèrent de se jeter à 'eau , et se sauvèrent à la nage. Cette journée fut horrible. Les chrétiens plantèrent leurs drapeaux et leurs croix au haut de la tour; ensuite ils fermèrent la porte qui faisait face à Damiette, et, du côte oppose, ils construisirent un pont de bateaux qui joignait la' tour à leur camp. Dès ce moment ^ le lit du Nil leur fut ouvert Quatre mois s'étaient écoules entre l'arrivée des clueticns et la prise de la tour de ht chaîne. •

j Lxxra.

Mort de Malek-adel. — Les croif^s passent le Nil.

SuU0 de Tannée 615 [ 4ft18 de J. C J. Les auteurs arabes i^accordent à dire que la perte de la tour de la chaîne était oe qui pouvait arriver de plus fâcheux à l'islamisme. Peu* dant ce temps , Malek-adel était toujours en Syrie , espérant que les chrétiens , repoussés de l'Egypte , viendraient y renouveler leurs attaques. Au rapport de Makrizi, quand il apprît ce qui était arrivé , il désespéra du salut de Damiette , «t, se frappant la poitrine, il témoigna la plus vive douleur. II mourut de tristesse un jeudi , 7 de gioumadi second [corninencement de septembre], dans les environs de la colline d'Afik, non loin du lac de Tibériade. Comme il était à craindre que cette mort n'occasionnât quelques troubles^ ses gens

9 cohérentes , socià compagînatîone Tscilltndt pericvlum prohi*- * bentes, Qaataor malos et totidem antennos et in eis eresimuSi in 9 summitate castellum firmam asaeribus et opère reticnlato contectum 9 collocantci. Contra machinarum importnnitatem coriis vestivimas n illud et per circnitam et super tectom , contra ignem gnecam. Suh w castellalo fabrieata fuit scala funibus fortissimia iDapenfla et triginta ■ cubitia nitra proram protensa. • Voyez la relation d*OIiviei^^ha^ lastiquo) Bibliaihique des Crotsades, tome II, impartie.

vms CROisiiDBa. 303

firent répandre le bmit qu'il n'était que malade , et se mirent en devoir de le transporter à Damas. Le corps avait été placé dans une litière couverte et le cortège se mit en marche : le méaecin et Téchanson s'avançaient à coté de la litière; tout se faisait comme à l'ordinaire. Ce ne fut qu*à l'arrivée du corps à Damas que l'on annonça la mort du sultan; un )iéraut reçut ordre d'aller par la ville criant : * Priez pour Pâme du « sultan Malek-adei , et faites des vœux pour votre souverain • Maiek-moadam , de qui Dieu prolonge le règne. » A ces mots, le peuple se mit a fondre en larmes, et la consternation devint générale (l).

Malek-moadam était le second fils de Malek>adel ; depuis quelque temps il avait étéinvesti du gouvernement de Damas, Quand son père fut mort, il se hâta de s'emparer des trésors de l'état, et de se faire prêter serment par les habitans (S).

u Malek-adel , selon Ibn-férat, était un prince de mœurs louable^ et de bonne croyance; il passait pour très-entendu dans le gouvernement et se faisait rendre compte des plus petites choses. II fut heureux en tout et n'essuya jamais de défaites. II était prévoyant, doué de sens, porte à la douceur et à la patience ; il était généreux , et savait dépenser quand il fallait. Son autorité s'étendait sur TEgypte, la Syrie el une partie de la Mésopotamie. Il partagea de son vivant ses états à ses enfans; et lorsqu'il les vit bien affermis , il ne cessa de les visiter et de se transporter d'une province à l'autre. Il passait ordinairement l'été en Syrie, à cause de la bonté des fruits , de la fraîcheur de l'air et de la salubrité des eaux ; l'hiver, il séjournait en Egypte, a cause de la douceur du climat. Malek-adel mangeait prodigieusement, et plus qu'on

(i) Si Foii en croit Novafri , les fonëmilles de Mdek-adei eurent lien dans le ch&tean de Damas , dans le pins grand secret. On y mit une telle précipitation, que, comme on manquait de drap pour ensevelir le sultan , on fit usage du bonnet et de la robe d*nn homme de loi; et comme on navait pas sous la main une pioche poor creuser la fosse, rofficier prépose' aux funérailles alla voler celle d*un paysan. La partie de !a Chronique de Novaîri où se trouve ce fait singulier, manque à la Bibliothèque du Roi; nous le tirons de la Dissertation de M. Hamaker, p. Si, note 3S.

(s) Cest le même prince que les auteurs latins du temps ont appela Corradin, par cormption de son titre de Sekerf-^dditi un Aonna» ik la rtligian»

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n'a coutume de faire ; on dît qu'il mangeait un jeune agneau en un seul repas, n

Ibn-aiatir remarque qit'après sa mort ses enfans se miûntinrent chacun dans les apanages qu'il leur avait donnes. Malek-kamel , l'aine de tous , eut l'Egypte , avec le titre de sultan; Malek-moadam eut Damas et la Palestine; Khélatb, dans la grande Arménie, fut le partage de Malek-aschraf ; d'autres reçurent quelques villes de Mésopotamie.

Cependant la guerre continuait toujours sur les bords da Nil. Le sultan allait sans eesse de son camp à Damiette, et de Damîette a son camp, pour repousser les attaques de l'ennemi. Comme les chrétiens, en s'emparant de la tour du fleuve, avaient rompu les chaînes qui fermaient le passage, les efforts du prince eurent pour but de susciter de nouveaux obstacles. Au rapport d'Ibn-alatir , il lit construire un nouveau pont de bateaux , défendu par des guerriers. Les chrétiens tournèrent leurs attaques contre ce pont et le rompirent. Alors hs sultan se décida à faire couler à fond plusieurs grands bateaux chargea de pierres , et le passage de* vint presque aussi diffrcile qu'auparavant.

L historien des patriarches d'Alexandrie a soin de remarquer qu'en ce moment les eaux du Nil étaient basses, ce qui en rendait la navigation périlleuse. II ajoute que les musulmans, pleins d'ardeur, résolurent même d'aller attaquer les chrétiens sur la rive occidentale , dans leur propre camp. « Quatre mille cavaliers, dit-il, et autant de fantassins traversèrent le fleuve, accompagne's de cinquante ou soixante navires, qui devaient attaquer par eau. Mais l'entreprise échoua : les cavaliers s'étant approchés des fossés des chrétiens , les trouvèrent si bien défendus , qu'ils n'osèrent passer outre; les fantassins, qui s'étaient avancés d'un autre cÂté et ui voulurent aller plus avant, s'étant engagés au milieu es tentes , furent repoussés avec vigueur et taillés en pièces; II n'y eut de sauvés que ceux qui purent se jeter à Peau ; encore la plupart étant originaires de Syrie , pays où il y a peu de rivières et où l'on ne sait pas nager , furent entraînés au fond et se noyèrent. A ce spectacle, les navires musulmans rebroussèrent chemin , et Tattoque n'eut pas de suite.

n Un nouveau combat s'engagea le vendredi S 9 de babeh [ fin d'octobre ] : environ trois mille cavaliers musulmans , avec la garde particulière du sultan et quelques Arabes, passèrent le fleuve et fondirent sur les chrétiens mais ils furent

VEê CROMADBa. 395

mis en déroute , et il ne s'en sauva qu'un petit nombre à la nage. Ce second ecliec abattit le courage des musulmans , qui n'osèrent pins rien entreprendre. Sur ces entrefaites, Thiver commença, et les Francs s'enfermèrent dans leur camp. Au commencement de kaihat[ décembre], un ouragan terrible causa d'étranges ravages : l'eau de la mer entra dans le lac qui avoisine Damiette; le lac de'borda; l'eau du fleuve s'éleva plus que de coutume; le camp du sultan fut inonde : il périt, au milieu du désordre, un gt*and nombre de bétes de somme et beaucoup de provisions : on eut ensuite à essujer des pluies continuelles ; le froid devint rigoureux ; le vent souffla avec une violence qui aurait soulevé des montagnes. Ce fut une désolation sans exemple. Dans une de ces tempêtes, le vent enleva une maremme chrétienne formée de six vaisseaux joints ensemble, et la transporta sur la rive orientale. On avait pratiqué dans cette maremme, des échelles, des tours, de petites rues; en un mot, c'était un édifice sans pareil et qui passe l'imagination. Des seize hommes qui la montaient, quatorze opposèrent une résistance opiniâtre et se firent tuer; les deux autres , s'étant sauvés à la nage sur la rive occidentale , furent traités de lâches par leurs frères et attachés au gibet. Quant a la maremme, les musulmans eurent d'abord l'idée de la conserver et de l'employer à leur usage; mais craignant de ne pouvoir la défendre contre les attaques redoutables des Francs , ils y mirent le feu , et elle devint la proie des flammes (l).

9 L'ouragan avait sur-tout été terrible contre les Francs. Comme , en ce moment , il existait des communications conti* nuelles entre le oamp«des chrétiens et la ville d'Acre, d'où ils tiraient leurs provisions , toute la cdte était couverte de leurs navires , et plusieurs firent naufrage ou vinrent échouer sui* le rivage.

0 Cependant, rien ne pouvait ralentir le zèle des Francs; ils cherchaient toujours un moyen d'entrer avec leurs gros vaisseaux dans le lit du Nil, et de se rendre maîtres du fleuve. Comme le sultan leur opposait des obstacles sans cesse renais*

(l) Makrizi, dans sa Description de /'£^/»/e, appelle cette Maremme une des merveilles du monde. II ajoute qu'elle avait cinq cents coudées de dîmensioD , qu'elle était d(niblëe en fer et à Tépreuve du feu grégeois..

3116 BIBUOTHkatJB

sans , ils imaginèVeot de creuser le lit cTun ancien canal appelé Safran (l), par lequel jadis le Nii déchargeait ses eaux dans la mer. Ils profitèrent du moment où les eanx etaieht fort hautes, et, j introduisant leurs gros vaisseaux , ils voguèrent à pleines voiles. En vain le sultan se hâta de faire couler à fond un triple rang de ses navires à l'endroit du fleuve où venait aboutir le canal; en vain il y plaça des poutres, des troncs d'arbre, et tout ce qui pouvait oOnr de la résistance : le samedi qui suivit la Purification (9), 8 d'ameschir [commencement de feVrîer i S 1 9 ] , les vaisseaux chrétiens , ayant le vent en poupe, forcèrent le passage, et les poutres, les trpncs d'arore et les navires ne résistèrent pas plus que de l'herbe. Dès-lors le Nil fut ouvert aux chre'tiens, qui furent maîtres du lit du fleuve, et la situation de Damiette devint très-critique. •

Il y avait alors dans l'armée musulmane un émir d'origine curde, appelé Emad-eddin Ahmed, et surnommé le fîis de Mascbtoub. Cet émir était fds de ce fameux Maschtoub qui , sous Saladin, avait défendu la ville d'Acre contre toutes les forces de l'Occident; il avait succédé à son père dans le fief de Naplouse , et avait conservé un grand ascendant sur les troupes , particulièrement sur les soldats curdes , ses compatriotes , qui , depuis Saladin , formaient le nerf des armées musulmanes. Makrizi dit de lui qu'il était le premier des émirs , et qu'il se faisait traiter a l'égal des rois. « On le citait, ajoute-t-il , pour l'élévation de son génie et sa grande libéralité. Il était fort affable, et sa valeur le faisait redouter des princes. 0 Comme, depuis la mort de Malek-adei, il n'existait plus de frein pour retenir les ei^rits, le fils de Maschtoub résolut de profiter de l'abattement des musulmans pour faire une révolution; do concert avec quelques émirs, il

(i) D*aotres le nomment Azrak ou BUu, Ce canal prenait naîS'» sance un peu au midi du lieu où était campée Tarmëe chrétienne, tnr la rive occidentale du Nil, à l'endroit appelé Bonré, et se jetait dans la Mer mdditcrrance,

(s) HVfili >fl' Ce mot ne se trouve pas dans les dictionnaires; mais le sens en paraît détermine' par les passages correspondans àts auteurs latins, qui tous placent révëncment en question à la même ëpoque. Le mot ^jy> (j . semble un équivalent du mot reiepoilles;

et ^n effet, c*est le joiur de la Purification qu^earentlieu les relevaiUci de la Saiote-Vierge.

forma le profet de déposer le sultan , et d'élever k sa place tin de ses frères , appelé Malek-faïz , sous lequel il espérait gouverner. Une partie de l'armée trempa dans cette conspiration. Déjà tout était prêt pour Pexécution ; mais au moment que les conjurés étaient assemblés , et tenaient à la main i'AIcoran pour jurer fidélité au nouveau prince, le sultan, qui en fut instruit, entra tont-à-coup, la fureur peinte dans les jeux. A cet aspect, les conjurés s'enfuirent chacun de leur c6té. Pour le sultan , il était si troublé qu'il crut tout perdu : à l'entrée de la nuit, il monta à cheval et s'enfuit dans la direction du Caire, sur les bords du canal d'Ascbmoun (1). Son départ fut si subit que personne n'en sut rien ; maïs, au point du jour, quand la nouvelle s'en répandit, la^ frayeur devint générale; chefs et soldats, tous prirent le chemin du canal d'Aschmoun : le tumulte fut tel , que , suivant les ex-

I tressions de Makrizi , le frère ne s'occupa point de son frère, e père de son fils ; les armes , les provisions, tout fut abandonné. Jamais on ne vit une terreur pareille.

Les chrétiens étaient toujours sur la rive occidentale, ne se doutant point de ce qui se passait : quand ils en furent instruits, ils se hâtèrent de traverser le fleuve et s'emparèrent du camp musulman (9L Dès-lors ils purent se déployer autour de Qamiette, et cette ville, qui jusque-là avait été à l'abri des coups de l'ennemi , commença à être pressée avec une

S;rande vigueur. On était alors au 30 de doulcaada [ mois de évrier].

Cependant les musulmans s'étaient peu à peu ralliés sur les bords du canal d'Aschmoun; tous les soldats, sans excepter les conjurés, s'étoient réunis au sultan : mais telle était la frayeur du prince, qu'il ne savait à qui se fier et songeait à abandonner ses états pour se sauver en Arabie. Heureusement, dit Makrizi, le Seigneur jeta un regard de

(l) Cest le cand qae les auteurs chréUens da temps ont appelé Toais , sans doute da nom de la grande ville de Tennis , sitaée dans le lac de Menzalë , oà ce canal a son embonchure , et qu*ils ont confondue avec rantiqae viiie de Tanis , b&tic à qaeiqne distance.

(s) Comme ils ignoraient la cause de cette fuite précipitée, ils

Fattribuèrent à un miracle de Dieu et à une légion d'anges vêtus

de blanc, qui étaient venus du ciel pour faire peur aux musulmans.

Voyez la Relation jdes Podestats de Reggio, Bibliothèque des

, Croisades, 1. 1, ii« partie, p. »9i et soiv.

39S BiBUOTHkQOB

pitié sur Fislaniismey- et les musulmans forent préservés d'un si grand maibeur. Quelque temps auparavant, le suitan , se sentant vivement pressé, avait envoyé demander du secours à ses frères, aux princes d'Alep, de Hamafa et au calife de Bagdad. Malek-moadam , prince de Damas, s'était aussitôt mis en marche (l) ; ie prince arriva deux jours après que la sédition eut éclaté, et sa présence remit ie calme dans les esprits. Le fils de Maschtoub fut attiré par une ruse hors de sa tente , et on Tenvoja, sous bonne escorte, en Syrie et en Mésopotamie, où il périt quelque temps après d'une mort funeste (9); sans- doute, dit Ibn-alatir, en punition de son horrible attentat contre la religion. Quant à Malek-faïz , première occasion du désordre, on le fit aussi partir pour la Syrie, où il mourut bientôt empoisonné, à ce qu'on dit (3). Dès ce moment, le sultan put s'occuper de réparer ses forces et d'aller au secours de Damiette; mais, d'abord, il écrivit de nouveau à ses frères pour les exciter à venir le seconder. Ce fut Malek-faïz qu'il chargea de ses lettres. Celle qui était

(l) Makrizi rapporte quen partant , le prince de Damas, de peur que les Francs, après avoir pris Damiette, ne vinssent de nouveau en Syrie et ne subjuguassent (e pays , et qu'une fois maîtres de Jérusalem , ils ne fissent de cette ville, très-bien fortifiée par Saladin , un rempart inexpugnable , se résolut à en détruire les murailles. Par ses ordres on abattit les fortifications de Jérusalem ; les vivres et les munitions furent transportées ailleurs; on ne laissa debout que la tour de David, située à Toccident, et Ton mit la ville sainte hors d'état de servir de défense aux chrétiens, dans le cas où elle tomberait en leur pouvoir^ Novaîri remarque que les musulmans furent très-sensibles à la ruine de Jérusalem ; un cri de douleur s'éieva par toute la ville. Les habitans, hommes et femmes, jeunes et vieux, les jeunes femmes cou- Tertes de leur voile, les vieilles animées par leur désespoir, coururent à la chapelle de la Sacra et à ia mosquée Aiacsa , pour invoquer la miséricorde du ciel , en arrachant leurs cheveux et déchirant leurs Tétemens. Un grand nombre de musulmans se décidèrent à abandon ner leurs foyers et leurs biens, pour aller chercher un refuge aiHeors; les routes furent couvertes de ces fugitifs ; les uns se retiraient en Egypte , les autres en Syrie , quelques-uns à Garac. On vit des femmes élevées dans la délicatesse , marcher à pied, et n'avoir, pour garantir leurs membres meurtris , que les lambeaux de leurs vétemens ; plusieurs périrent sur les chemins de faim et de misère. Voyez la Dû' seriaiion de M. Hamaker, page 117, note 70.

(s) Voyez à ce sujet la Dissertation de M. Hamaker, p. loo et suit. . (a) Voyez encore la Dissertmtiou de M. Hamaker, p. tos et ito.

OB« CROiaADBS. 399

destinée pour Malek-aschraf , souverain de Khelath , dans la grande Arménie , était en vers; le commencement, qui s'adressait à MaIek-faïZ| nous a ete' conserve par Makrizi; le ▼oici(l):

« O ma bonne étoile! si tu veux veVitablement me se- 9 conder, lève-toi sans retard et sans hésitation.

» Excite tes chameaux , les poussant et les animant sans 9 leur donner de relâche.

9 Multiplie les marches tant que tu pourras, et ne t'arrête 9 qu'à la porte de Malek-aschraf.

9 Tu lui donneras le salut de la part d'un de ses serviteurs 9 qui attend sa venue, les yeux tournes vers lui.

9 Dès que tu seras arrive', tu lui diras de ma part, après 9 une aimable salutation et beaucoup de complimens:

9 Si tu te rends dans peu auprès de ton serviteur, tu le 9 troui^eras au milieu de ses guerriers, armés de tépie et de 9 la lance,

9 Si tu tardes de le secourir, tu le trouveras Mais

9 non, tu ne le verras plus qu'au jour de la résurrection, 9 dans la plaine du dernier jugement, 9

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