‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 38 sur 55 · I LXXIX · texte numérisé non relu

I LXXIX

Evéneineiis qui suivirent la croisade de Frédéric.

Telle était alors la faiblesse des colonies chrétiennes d'Orient, que, du moment qu'elle» e'taient réduites à leurs

que Ut manière on se représentait le ciel en E^pte dans le xiii^ siècle de notre ère. Voyer au reste Godefrôi te Moine , BiàL ths ^roîs, t. III. (0 Voyez Albert le Grand, de Animalibus, L VI de ses Œuvres complètes, p. ft78. Les auteurs arabes du temps ne dirent rien de ce fait; mais on sait, par leur témoignage^ et par celui de piusieurf voyageurs européeaa, que ies snttaos d*£gypte étaient dans faiage d'entretenir plusieurs giraffes dans leur paluis au Caire ; et le chroniqueur arabe YaCéi parle plus tard d*fin de ces animaux envoyés par le sultan Bibars a Maiofroi , OU naturel de Frédéric. Ou est étonné d'après cela que ni Buffon ni aucun naturaliste n'aient cité le passage d*Albert le Grand : il y a plus; Tinfatigable da Cange et ses continuateurs D*ont pas même cité , dans leur Glossaire de la basse latinité, les mots Anabula et Seraph, sous lesquels la girafTc était désignée dans le moyen âge; et M. le baron Cuvier s'était cru autorisé à dire que, depni' la domination des Romains jusqu'au xv' siècle , aucune girafle n'avait été vue en Europe (voyea ses Recherches sur les monumett s fossiles, discours préliminaire, p. xxxîîj). Ou vit aussi une girafie il Fano en Italie , en 1486. Il existe à ce sujet une relation intéressante d'Antonio Costanzi, qui a été insérée dans le Journal des Savans de l'année 17 84» p. 490 et sttiv. Cette relation n*a pas été connue de Buffoo.

propres forces*, elles ne pouvaient rien entreprendre ; elles auraient facilement ete subfuguees par les musalmaoS| si ceux-ci n'avaient ete divises entre eux. Les troupes îsoïe'es de croises qui débarquaient de temps en temps sur lés câtcs de la Palestine, se contentaient ée faire* qtielques courses sur (es terres voisines; ellels pîllatent un viHage, brûlaient un hatn.eâu, tuaient quelques hommes disperses; nulle part on ne vovait un chef, de l'ordre, de la discipline. Aucune époque des croisades ne présente un spectacle phis déplorable.

Les giferriers chrétiens en étaient venus au point de s*enràler dans les armées musulmanes; Abonifarâge cite, en, plusieurs occasiotis , des chrétiens d*Occident qui s'étaient mis au service du sultan d^ieene et d'autres* princes musulmans* Ils conservaient par^tont leur humeur belliqueuse, et faisaient parade d'une valeur Jbotniiante ; c'étaient eux qu'<9i chargeait ordinairement des entreprises les plus périlleuses^ II y avait alors, selon Abouifarage, dans rAsie-Mineure,unTurcoman qui se qualifiait du titre dépite, et qui voulait se faire passer^ les armes k la main, pour f^pAtrc de Dieu; qu'on fut musulman ou chrétien , tous deux qui. refusaient de croire 'à sa mission étaient exterminés ; les troupes qu'on envoya successive-^ ment eontre lui furent taillées en pièces. A la fhi , le sultand*f cône s*adressa aux Francs de son armée ; et ceux-ci , se pré« eipftant sur le Turcoman au nom du Christ et en faisant lesigne de la croix , le massacrèrent avec tous ses partisans.

Les templiers et les hospi'faliers conservaient selils l'esprit des. guerres saintes ; mais le plus souvent ik étaient eu guerre entre eux : chaicuu n'agissait que d^après^ ses intérêts parti*^ culiers.

Les musulmans de Syrie- ayant sans cesse à redouter quelque incursion' soudaine, cherchèrent le moyen de s'eo^ préserver. Yaféi fait le récit suivant : u Comme les expéditions des chrétien^ partaient ordinairement dé la ville 'd'Acre, rénde^-vous des pèlerins d'Occident, les musulmans établirent sur le Mont Carmel , en face de la ville , des gardes chargés de les instruire de tout. Lorsque les chrétiens pr^araienl quelque expédition , des femifies logées à Téxtériëttr de la Ville, et dont les fenêtres donnaient sur le Carmel, allumaient le soir, sur leurs fenêtres, tm^, deux^, trois flnmbeaux, suivant le nombre «des guerriers qui ^e disposaient à sortir : aussitôt les g&rdteif qui étûcat sur' le Carmel olfttraaiknt dtf

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grands feux ; la nouvelle s'en répandait dans toutes les i pafpQes voisines , et les habitans se mettaient en surete. »

Ke'mal-eddin a donne' quelques détails sur une invasion que firent les templiers du cote de Darl^essac , non loin de la ville d'AIep. Arrives sou$ les murs de cette place , ijs fnrent attaqués à-Ia-fois par la garnison et par les troupes d'Alep, qui étaient venues à son secours y et furent tailles en pièces. Ke'mal-eddin remarque que cet échec fut un coup nior^cl pour Tordre des templiers. II serait inutile de s'étendre sur ces incursions continuelles des chrétiens; elles n'ont rien d'in* téressant. Nous passerons donc aux troubles qui s'élevèrent alors parmi les princes musulmans , et qu'il est nécessaire <fe connaître pour l'intelligence des événemens de cette e'poque.

An 635 [f237l\oïcï d'abord, d'après Aboulfeda et Makrizi, quel était l'état de» puissances musulmanes : le sultan Malek-kamel, outre l'Egjple, possédait la Salesiîne et Quelques villes de Mésopotaqiie ; son frère Mi^iek-ascbraf était maître. de la principauté de Damas; son neveu Daoud , ancien souverain de cette yMe^ avait reçu en dédommage* ment la priiicipauté de Carax;; k IVgard de la principauté (TAIep, elle était au pouvoir «Tun descendant de Saladîn » appelé Malek-nasser Youssouf. II existait encore des états plus petits^ tels queHamab, Emes^ e, Baalbek, qui dépendaient des premiers : c'était le sultan d'Égjpte qui avait 1» haute suzerai* peté sur ces diverses principautés; sa politique était méroe de réunir peu à peu sous sa puissance tout ce qu'avait possédé Saiadin , et ae n'en faire qu'uu seul empire. Le prince de Damas étapt mort sans enfans , il résolut de s'en^parer de pette ville. Aschraf avait laissé Damas à un de sçs frères ^ appelé Malek-saleh Ismaël; le sultan vint l'assiéger et le força à se retirer dans Baaibek. II tenta ensuite de soumettre Emesse et les villes des environs; mais il mourut avant d'être venu à bout de ^ea desseins. Voici le portrait qo'AbouI* féda fait 4^' ce prince : « C'était un spltan magnifique et trèsrespecté. Il maintint dans ses états un ordre parfait , dirigeant lui-même les affaires. Le Caire reçut par ses soins da grands embellissemens. Il avait du goût pour les lettres; il aimait à converser avec les savans et prenait part a leurs discussions; il connaissait la grammaire et la jurisprudence; son plaisir était d'embarras^ei; ^ por d<».pfqi^lèmes difficiles , les officiers de sa cour. Ppur, tput dire, eniyn uiotrles lettres eurent soua son règne b^aucpup iU chaland^^ n L'iuné 4e s^^

DHii cnoiSAMS. 43*

fib, nomm^ MiJ^-adel, berita du thre de sultan « «t réunit •oos ses lois l'Egypte et la Syrie; le second, riomme Malefc« saieh Negm-eddin, reçut en (Nirtage Haran, Édesse et queU ques villes de Mésopotamie. Aussitôt la guerre s'aliùma entre les deux frères. Malekrsaieh se fit livrer Damas par c4lui oui en avait le souvemeroent; ensuite il se mit en devoir d'aller conquérir nÉgjpte, En vain le calif» interposa sa^médlation; de toute part on courut aux armes.

An 637 [1^39], Sur ces entrefaites^ on vit arriver d^Oe^ cident le duc de Bretagne , le roi deNatmrre , le duc de Bour« gogne et le comte de Bar. La trêve faite entre les ntusnimAns et l'empereur Frédérîo durait encore. Comme les atusulmaiia étaient divisés -entr^ eux , les chrétiens rompirent la trêve et annqnctèrent l'intention de reconquérir leurs ancienties pro« vinces : ils oommencereht par relever les fortifications de Jérusalem, qui| d'après le traite, devaient rester en ruine; fls bâtirent à l'occident un château formidable ; puis ils sa mirent en marche du coté de l'Egypte.

Suivant la remarque de l'historien des patriarches d'Alexandrie, cette expédition n'était l'ouvrage que des Francs nou« yellement débarqués ; les chrétiens du pays refusèrent d'y prendre part. Les Francs arrivèrent d'i|bor(f a Ascaion , puis à Gaza« où ils eurent à combattre un détachement de deux mille cavaliers que le sultan avait envoyé contre eux. D'abord vain*» qqeurS) ensuite vaincus , ils furent mis en déroitte ; la perte fut égale de part tft d'autre. Les Francs continuèrent leur route et ^'enfoncèrent dans les sables qui bornc^nt l'Egypte dé ce câté. Comme ils étaient tous étrangers, et qu'aucun ohré* tien du pays n'avait vouin les suivre , ils s'égarèrent dans ces solitudes. L'historien que nous citons , et qui était chrétien cofte, dit tt que les chrétiens du pays, suivant leur coutume, «les avaient abandonnés, d*accord en cela avec les mu<« M sulmans. « Les musulmans , faisant semblant de prendre là fuite , les attirèrent dans des lieux arides et difficiles : alors M Arabes fondirent sur les Francs et les défirent sans peîiie; près de six cents d'entre eux furent faits prisonniers; plus de douze cents furent tués. Quant aux musulmans, ils ne p^^ dirent presque personne. Les prisonniers furent conduits au* Caire : suivant l'auteur que nous citons, le jour de leur en-^ ^ée fut comme un four de fête. Les chevaliers , et un comte qui avait été pria avec eux , étaient montés sur des mulets \ ^ fantassins étaient sur des chameaux ; dans le nombre éiait

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un pnStre, monte aussi sur nu mulet. Le comte fut présenté au sultan, <}ui le traita avec honneur , et l'enferma dans liite tour particulière, où on le fournit de tout ce qu'il pouvait désirer; le prêtre et les fantassins eurent les ceps aux pieds.

A la nouvelle de cette défaite, le prince de Citrac accoumf à Je'rustfem et massacra tous les chrétiens qui s'j trouvaient, ^fiadè mettre cette place hors d'état denuiire à l'islamisme, il rasa ses fortifications, non-seulement celles queleschréttetis'y avaient récemment- élevées', mais la tour de David , qui Avait été respectée jusque-là.

Cependant fa division existait tonjours entre le sultan d'E^jptett son frère le prince de Damas. Cckii'ci, de conoartavec lepriuce de Carac , s'achemina vers FÉgjpte ; k son approche, les Ëgyptieasse déclarèrent pour (ui. Le snlttfn fut déposé et étranglé, et Maletsaieh élevé à sa place. ' An MS ffJ240]» La tranquillité ne se rétablit pas encore. Pendant l'absence dn nouveau sultan , son oncle Ismael s'était emparé, par surprise, de Damas; le prince voulut la repnendi^é': Ismael efR*ajé se ligtia avec les puissances voisines. Lesichrétiens consentirent à faire cause comipune avec lui, Moyennant la cession qu'on leur fic de Séfed et de SchakiF,' deux places très -fortes, qui dominaient sur les rives du Jourdain , et dont ils avaient été chassés sous Saladin. De toiite part on courut aux* armes.

Dans ces circonstances , suivant Makri%i , oc qui aflligeàf sur-tout les: musulmans* de Sjrie , ce fut die Se Voir alliés avec les chrétiens. On avait permis aux Francs de venir acheter des arjEics a Damas : beaucoup d'habitans se firent scrupule de leur en vendre; des personnes instruites décidèrent qu'on ne pofJàrait le faire sans péché. Toutes les- personnes pieuses ^'accordèrent à condamner la conduite de* leur prince; le scandale fut tel, que le vendredi suivant, à la prière publique, le prédicateur de la grande mosquée refusa de faire les voôux ordinaires pour la vie dlsmael ; il dit seulement : « 0 mon Dieu, fais marcher ce peuple dans la vote droite, j»'en sorte que tes amis' triomphent et que tes ennemis soient » confondus. O mon Dieu , inspire à ce peuple de pratiquer »> tes commandemens , et d'éviter tes défenses. »» Ces paroles furent répétées avec transpoi*t par tous les assistons. Le prince était alors alisent de Damas; à la nouvelle de ce. qui s'était passé, il destitua le prédicateur et le mit .en prison. . I^>rsqu'il fut question de remettre ScbaLif aux chrétiens^

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le conrlnHindaiit refusa d'obéir, disant que ce serait ôflen^r Dîeil. En vain bmaëi se rendît en personne devant la place: le commandant n'écouta ancune représentation; et ie prince Fajant tue de sa main , les soldats de ia garnison prirent les armes et arborèrent Tetendard de la révolte; il fallut 1rs assiéger en règle. A la fin, comme ils n'étaient pas en état de résister, ils consentirent à livrer la place , mais àlsmael seulement « Notre prince , dirent-ils , peut faire ce qu'il 9 veut; pour nous, il ne sera |)a5 dit que nous avons remis » une forteresse musulmane aux chrétiens (l). n . On avait encore promis aux chrétiens, si l'on était vain« quenr, de leur livrer 'loutes les provinces qu'ils avaient perdues sous Siiladin. Tout ayapt ete' re'gle' d'avancie, les confe'de'res se rassemblèrent et marchèrent vers^l'Egypte. Arrives à Ascalon , ils rencontrèrent l'arme e égyptienne : on en vint ausfiitAt aux muins; mais au milieu de l'action, les musulmans de Syrie se.tournèrent contre leurs alUe's*,^ firent cause commune avec les Egyptiens; les chrétiens, mtaques de tous coteâi furent enfoncer et mis en déroute. Isinaël arriva presque Seul à Damas. ..

Les chrétiens se hâtèrent de demander la paix ; on convint, de part et d'autre, de nlettre lés prisonniers en liberté. L'historien des patriarches d'Alexandrie rapporte qu'en E<rypte on avait employé les prisonniers chrétiens à ia bâtisse d'un palais situé sur le Nil » dans ille de Rauda, en face du Caire , et d'un collège dans cette capitale. Ils furent renvoyés avec un habit d'honneur; les chrétiens traitèrent de même les prisonniers musulmans, et les Francs fuirent laissés en possession des places qu'on leur avait cédées; Les templiers, qui avaient d'abord refusé de prendre. part au truite, furent forcés d'y adhérer.

Vers ce.temps-la, suivant l'historien des patriarches d'Alexandrie, «Je sultan reçut une ambassade solennelle envoyée par l'empereur Frédéric. Les députés, car ils étaient deux, arrivèrent a Alexandrie, sur nn vaisseau appelé le Demimonde: ils étaient chargés de riches présens. En se rendant

(l) O fait nrm» est fourni par Ibif-fc^rat, qui en a parîe h Tannée 666 de fhëgire; tîee outenr ajoute que la place fut remise aux te mpliera, qui sy fortifièrent et etoudirent de là leura ravages daus tout les environs.

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au Caire, ils passèrent par le Faïoum, et se présentèrent a la vae du Caire , du cdte de la plaine des pyramides. Leur suite était de plus de cent personnes : le pur de iear entrée dans la capitale fut comme un jour de fête; le Caire et le vieux Caire furent illuminés; toutes les troupes montèrent à cheraL La population entière sortît pour jouir de ce spectacle. Les députés firent leur entrée à cheval , montés sur des chevaux nubiens appartenant au sultan. Ils furent logés et défrayés de tout, avec une libéralité et une profusion sans exemple. Le jour de leur audience fut célébré avec la plus grande pompe ; ils montèrent eux et leur smte au château, sur des chevaux nubiens, et furent présentés au sultan. Leur séjour dans la 0|tpitale fut assez long : comme on était alors en hiver, ils attendirent la belle saison et furent constamment traités avec une noble générosité; on les laissait libres d'aller où ils voulaient* Ils purent se livrer aux plaisirs de la okpse, tirer de i'ai'baiète; en un mot, passer le temps suivanMeur bon plaisir. 9 .

An 640 [124^]. Au reste, le traité fait l'anilée précédente par les colonies chrétiennes ne concernait que le sultan d'Egypte; la guerre continua comme auparavant entre les Francs et le prince de Carac, le même qui, trois ans auparavant, avait pris JérusdeiA et égorgé ses habitans. On ne peut se faire l'idée des horreurs qui se commirent en cette occasion. L'historien des piatriarches d'Alexandrie fait observer que c'était un temps de désordre pour tout le monde. Le prince de Carac, outre cette ville , possédait Naplouse, Hébron, et les environs de la Mer Morte. Les chrétiens firent des courtes sur ses terres , du cAté de Bethléem , et massacrèrent tous les musulmans du pays : le prince de Carac se jeta à son tour sur les terres chrétiennes , et fit mainbasse sur tous les chrétiens occidentaux qui tombèrent en son pouvoir; il n'épargna ni les hommes ni les femmes ; dans le nombre il s'en trouva qui venaient à Jérusalem en |>é(ennage, et qui reçurent la mort aux ];>prtes m^es des lieux qu'ils venaient visiter; des marchands périrent aussi avec ce qu'ils possédaient.

L'année suivante, les Francs, impatiens de se venger, coururent sur le territoire de Naplouse et y mirent tout à fen et ù sang : cette fois, musulmans et chrétiens du pays , personne ne fut épargné; Id mosquée de Naplouse fuè rasée jusqu'aux fondemeus ; les maisons furent livrées aux flammes,

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£ës arbres coupa. Uhhtorlett des patriarches d'Alexandrie , de qui nous empruntons ce récit, rapporte que les Francs ajant d'abord rassemble! en un seul lieu leurs prisonniers, promirent la vie à ceojA qui feraient profession du christianisme : plusieurs sortii'ent des rangs, pleins de joie et d'esperai|ce ; mais ils furent^ égorges sans pitié'. Les musulmans furent tous extermines ou réduits en servitude ; on n'e'pargna ni l'uge ni le sexe.

A la fin , le sultan se crui oblige d'envoyer quelques troupes au secours du prince de Carac ; mais bientât les esprits s'irritèrent plus que pmaisy et la Palestiae fut en proie i cl0 nouveaux malbeui».

f LXXX. »

Invasion des Karisminf . — Bataille de Gaza.

An 641 [1243]. Le sultan d'Egypte cherchait à se venger de son oncle Ismaël, qui s'était empare de Damas et qui avait été l'artisan de la dernière guerre; il voulait d'ailleurs réaliser le projet de ses prédécesseurs, c'est-à-dire, réunir^ sous ses lois rEgypte et la Syrie, et rendre au titre qu'il portait 'son ancien éclat. II n'en fallut pas davantage pour soulever tous les petits princes de Syrie. Les souverains de Damas et d'Emeâse , ainsi que le prince de Carac , qui avait contribué à l'élévation du sultan, se liguèrent ensemble contre lui et implorèrent l'appui des Francs : pour les décider, ils leur remirent de nouveau Jérusalem, Séfed , ainsi queTibeViade, Ascalon et quelques autres villes. Les chrétiens ftti*ent donc encore une fois maîtres de la ville sainte. L'historien Gémal-eddin, qui y passa alors, remarque avec étonnement qu'il vit les chrétiens en possession, non-seulement de l'église de la Résurrection , mais de la mosquée d'Omar^ et des autres lieux consacrés par les souvenirs de l'islamisme ; il y vit des prêtres et des mornes, une fiole de vin a I(^ main » et se disposant i dire la messe : en entrant dans la mosquée» ses oreilles furent frappées du son de la cloche ; tous les rites de l'islamisme avaient été abolis.

On aura une idée de l'union qui régnait alors entre les chrétiens et les musulmans par le fait isuivant (l). Les Francs,

I' iji ■■ '■ ■ . ^ ■ >i , I .11 ■- .

(i) Ibn*fisrat parl^ de ce fait à ranaéè S64 de fli^gire.

444 BnUOTHEQUB *

en rentrant clans la Forteresse de Sefed, sVttiieiit ocrnpés d'en relever les tortiHcations; ils eiunlojèrenl à c:eC usage les captifs musulmans qui e'taient entre leurs «lains. Les captifs, fiu nombre de mille, se sentant plus forts et plus nombreux que ceux qui les gardaient , formèrent le dessein de briser leurs chaînes et de livrer la place au prince de Carac. Ce prince avait e'te jusque-là le plus cruel ennemi des chrétiens : les captifs musulmans lui écrivirent a ce sujet ; mais il envoya la lettre au prince de Damas, qui la fit remettre aux Francs; et ceux-ci, irrites, conduisirent leurs prisonniers a 'Aci*e, où ils eurent tous la tête tranchée.

De leur câte, les chrétiens «avant entre leurs mains un ennemi du prince de Damas, Malek-giouhad Jonas, petit-dls du grand Malek-adel , et ancien vice-roi de Sjrie, le livrèrent pour de l'argent à Ismaè*!, qui le fit pendre.

Cependant on se préparait à la guerre. Les deux armées se dirigèrent vers les plaines de Gaza. Malck^nansour^ prince d'Ëmesse, commandait celle' de Syrie : ce (yince était renomme pour sa bravoure, et s'était dejn signale' dans plusieurs occasions. Dans sa marche, il passa par la vi!le d'Acre, afin d'animer les chrétiens au combat; tousse hâtèrent de prendre les armes. Les deux annces se trouvèrent bientôt en présence; mais le sultan avait appelé àson secours les Karismins, et ils n'étaient pas encore arrives.

-^h 642 n 244], Les Karismins e'taient originaires des pays fiitue's vers l'embouchure de l'Oxus, près des bords de la Mer Caspienne. Ghasse's de leur pays par Gengiskan ,^ ils avaient long-temps erre' dans les provinces de l'Asie. Le fameux Gelaieddîn-mankberni e'tait alors à leur télé, lls.cnvahirent successivement le nord de la Perse, la Ge'orgie, l'Arménie, la Mcsonotamîe, et par-tout ils se firent remHrcfuer parleur férocité et fenrs brigandages. Après la mort de Gelal-eddin, les debiis des Karismins se mirent aii sèi^Mce des princes musulmans: une partie s'e'tait attachée ii Ta personne du sultan , alors gouverneur d'Edesse et de Hiran dans la Me'sopotamie. Quand ce prince fut devenu maître de l'Egypte, il at)ahdonna,à ces barbares Haran et Edésse, d'où ils re'paudirent la terreur dans les contre'es voisines. Le sultan , se voyant menace' par toutes les forces de Syrie , n'he'sita pas à les appeler auprès de fui. *

Snivaiit Ge'mal-eddin , les Karismins passèrent l'Euphrafe au nombre, de plus de cUx «lille cavaliers | ayant à leur tête

DBS CROtSADlt. 445

HossamneddÎQ-barte-khan^ Khan-bardi, Sarou-khan et Keschloa-kan. Par-tout leur passage était signale par le pillage et m Fincendie; à leur approche, les peuples prirent la fuite. Telle était la terreur qu'ils inspiraient^ qu'au seul bruit de leur marche les troupes de Damas, campées à Gaza, se débandèrent; le prince de Carac se retira pre'cipitammei^t Les France qui gardaient la ville sainte sortirent en toute liàle ; Jes Karis* mtns y entrèrent sans résistance , et égorgèrent tous les chre'- I tiens qui s'y trouvaient encore;. pas un seul ne fut épargne.

Les femmes et les enfans furent re'duits en servitude ; l'église I de la Résurrection fut dépouillée, le se'pulcre du Messie

I détruit; les tombeaux des rois francs et des capitaines chre*

tiens furent ouverts et les ossemen» livre's aux flammes. Les i Kharisminsse rendirent ensuite devant Gaza, et firent leur

i jonction avec l'arme'c égyptienne. Le lieu occupe par les deux

arme'es était voisin de Gaza, et se nommait Karita : de part et d'autre on se prépara au combat. Les chre'tiens montraient i une ardeur impatiente; mais les musulmans leurs allie's

» commençaient à avoir des scrupules. Écoutons à ce sujet le

récit d'ibn-giouzi, témoin oculaire (l).

I a Dans cette guerre, les musulmans de Syrie s'e'taient

mis pour ainsi dire sous les ordres des infidèles. On voyait f les chrétiens marcher leurs croix levées; leurs prêtres se

î mêlaient dans les rangs ; ils donnaient des bénédictions et

I manifestaient hautement les signes du christianisme; ils pré-'

sentaient aux musulmans eux-mêmes leurs calices à boire. Une f telle alliance ne pouvait réussir. Les Francs composaient l'aile

t droite; la gauche était formée des troupes de Carac; celles

I d'Emesse étaient au centre. Jamais journée ne fut si glorieuse

I à l'islamisme, pas même sous Noureddin ni Saladin. L'aile

gauche fut la première enfoncée; les Francs seuls tinrent bon , et ne lâchèrent-pied que lorsque toute l'armée fut en > déroute. Déjà ils avaient mis les Egyptiens en fuite et pille leurs bagages. Abandonnés de leurs alliés et cernés par les Kartsmins, fis furent moissonnés par l'épée. Leur nombre se montait à quinze cents cavaliers et dix mille fantassins ; huh cents seulement échappèrent au carnage et furent faits prisonniers. Je passai le lendemain sur le lieu du combat; re vis des hommes qui comptaient , un roseau à la main , te

(i) Le récit «Tlbn^-giauzi nous a été coaservé par Yaféi.

44é ■mroniBQtis

nombre Jet morts ; ib me dirent qu'iben tTaient compté plat de trente mille. Le prince d'Émesse nrrhm presque seul i Dfnias, ajant perdu ses bagages , ses cbevauz , ses armes et presque toute son armée. J'ai ouf dire qa*après la bataille, il ne trooTa pas même un lambeau d'étendard pour reposer sa tête, et qu'alors, se mettant à pleurer, il dit : « Je me doutais tf bien qu'en marchant sons les croix et les bannières des J9 Francs , notre expédition ne pouvait être heureuse. »

Gémal-eddin fait aussi mention du scrupule que le prince d*Emesse éprouva en marchant à Faction. « Par Dieu! ra- » contait plus tard le prince , le Seigneur me disait intériea* J9 rement que nous ne pouvions vaincre. 9 L'auteur poursuit ainsi : « Quand la nouvelle de cette victoire arriva au Caire, la joie fut au comble; pendant plusieurs jours on illumina, et la ville retentit du bruit des instrumens de musique. Le jour de Pentrée des prisonniers fut comme un jour de fête. Les soldats étaient conduite sur des cha* meaux, les chefs sur les chevaux qu'ils montaient le jour de la bataille. Au nombre des prisonniers étaient plusieurs émirs musulmans qui -avaient été pris dans le combat. • Makrizi rapporte de plus que les têtes des chrétiens tués à Gaza furent apportées au Caire , et attachées aux portes de la ville.

Après cette victoire, suivant Abouiféda, le sultan sVmpara de Jérusalem et d'Ascalon (1) ; ensuite, il alla assiéger son oncle

(1) A propos da si^ge «TAscalon , rhittorien GémsI-eddin ftit mention poar la première fois de Tarmeappelëe senbourek^ comme ëunt mise en usage par les musulmans ( voy . ci-dessus , p. S5S }. Voici

les expressions de Fautear : C^jjHP'j j^Jj4r^ '^«"^ ifj^^ 'j-H'j on fit jouer contre la place les eataffoltes et lés semèonrektm A Tegard du mot r^^J^ t <iue nous traduisons par catapultes , et qui sVcrit

an singulier tJ^ t il parait être le même que le mot grec T^fpaii , cite par du Cange dans son dictionnaire de la basse gn^cité. Il désigne , suivant Boha-eddin , une arbalète lançant de$ traits armés dVine pointe de fer. Voyez Boba-eddin, Vie de Saladin, p. iSS. Ce mot parait répondre au trabucus des nations latines du moyen âge, mot dont nous avons fiiit trébuchet, 11 existe encore une machine de guerre dolit les auteurs arabes font souvent mention, et oui servait à lancer

des pierres; c'est le mot (yf^^^ au pluriel ^«^Vj^ ; ce mot repond an manganum des latins , mot dont les Français du moyen Age avaient fait mangoneaux.

DM CMMAMÉ. 447

Istnael dam Daim». Vainement Ismaêl recourut a ia média* tion du calife de Bagdad; le pontife refusa de s'inte'resser à un aHîé des chrétiens, et Damas ouvrit ses portes. Ainsi, le sultan se trouva maître de la Palestine et de toute la Syrie méridionale. Mais les Karismins , qui avaient eu une grande pat*t a ses succès, prétendirent en partager les fruits : la Syrie se trouva de nouveau en combustion. Les Karismins formèrent le siège de Damas ; les princes dépouillés reprirent les armes pour rentrer dans leurs principautés. Une bataille mit fin à cette querelle : les Karismins, vaincus, forent exterminés; la plupart de ceux qui se sauvèrent furent assommés par les paysans et les habitans des campagnes; d'autres allèrent se fondre dans les armées tai*tares qui désolaient alors l'Asie , et îi ne fut plus question d'eux.

Pendant que ces événemens se passaient en Orient , TOc^ cident était déchiré parles querelles de Frédéric et du Saint- Siège (f ^. L'auteur arabe Yaféi cite un fait que nous ne garantissons pas, mars qu'il est bon de connaître, pour savoir quelle idée les musulmans se faisaient de ces divisions. Un vaisseau, dit-il, venu de Sicile à Alexandrie, annonça que le pape, irrité contre l'empereur, avait engagé trois des courtisans du prince a le tuer pendant la nuit, sous prétexte i|u'rntérieurement il était musulman; pour les décider, il leur avait partagé d'avance les états du prince. L'empereur ayant été averti du complot, fit coucher un de ses gardes dans son lit, et se cacha lui-même dans un endroit voisin avec cent soldats. Au moment fixé, les trois assassins se jetèrent sur le garde et le poignardèrent. L'empereur ne douta plus de la vérité; et sortant du lieu où il était, il tua les assassins de sa main ; ensuite il les fit écorcher : on remplit leur peau de paiHe, et ils furent suspendus pour l'exemple a la porte du palais. L'auteur ajoute que le pape , informé du mauvais succès de ses démarches, envoya une armée contre Frédéric , et que de nouvelles querelles s'élevèrent entre les princes chrétiens. A la même époque , Makrizi dit un mot d'une ambassade du pape au sulun d'Egypte (S).

(l) On pent consaltcr ÏHistoirt eecUsiastifue de fabbë Fieurj, îiv. Lxzxii, n« 57 et suiv.

(s) On peut consulter, pour les détaïla, les Annales de Baronius, continuées par Raynaldi , aux anne'es 1946 et 1847 de notre ère. Voyez aussi Zaofliet', Bibliothèque des Croisades.

44 s BIBLIOTUBQUE

Cependant , le bruit des ravages des Karismiin avait retcnli jusqu'en Occident; dans plusieurs contrées , on avait pris les armes pour en tirer vengeaoce.il çst temps de parler de cette nouvelle expédition.

ï LXXXI.

Première croisade de S. Louis. — Sa descente en Égjpte,

An 646 [É248]. On sait que S. Louis ne put retenir ses larmes lorsqu'il apprit les malheurs de la Terre-sainte; son premier mouvemeut fut de se revêtir de la croix et de marcher pour aller délivrer les saints lieux. Makrizi et Yafei nous apprennent que la première nouvelle de cette expédition vint au sultan par Frédéric; ce fut par l'intermédiaire d*an de'puté déguisé en marchand. Le sultan était alors en Svrie, occupé à y établir son autorité. Déjà il était attaqué de la maladie qui l'emporta bientôt au tombeau; c'était une tumeur aa jarret, laquelle, avant dégénéré en ulcère, lui ôtait toute facilité d'agir. A la nouvelle du danger qni menaçait ses états, il se fit transporter en litière en £gj*pte.

An 647 [i249h C'est cette année que le roi de France fit sa descente en Egypte. Son nom , ainsi que l'observe Ma* krici , était Louis , fils de Louis , et on le surnommait le Fran* çais. Tous les Prunes établis en Palestine étaient venus se joindre à lui.

Ce roi, au rapport de Gémal-eddin, était un des plus puissans princes de l'Occident; il était roi de France (reudf efrens). « Le peuple de France, ajoute-t-il, ^'est rendu célèore entre toutes les nations des Francs. Ce roi était très-religieux observateur de la foi chrétienne. II voulait .conquérir la Pa* Icstinci et soumettre d'abord l'Egypte. II était accompagna de cinquante mille guerriers, et venait de passer l'hiver dans llle de Chypre. Il se présenta sur la côte, près de l'embouchure de lu branche du Nil qui passe à Damîette, un vendredi 91 de safar [4 juin 1349). Le sultan était alors campé à Aschmoun-thenah , sur le canal d'Aschmoun, non loin de Mansoura; c'est de là qu'il avait ordonné les préparatifs nécessaires. Il avait fourni Damîette- de tout ce qni pouvait mettre la pbce en état de faire une longue résistance : à^^ vivres et des provisions y avaient été amassés pour plus d'une

Dfes cnoiBjLDU. 449

Mnée; une forte garnison en avait la défense; on distinguait entre autres les Arabes kenanites, guerriers fameux par leur bravoure. De plus , le lit du fleuve e'tait garde par des vais-, geaut envoyés du Caire. Enfin , une arme'e formidable , sou^ la conduite de iVmir Fakr-eddin , ^a^ sVtait distingue' par ses négociations avec l'empereur Frédéric, occupait la côte où les chre'tiens devaient aborder.

Makrizi rapporte que le roi de France , avant de mettre

{»ied à terre, crut devoir e'crire au sultan, comme pour lui; aire sa déclaration; si on l'en croit, la lettre était ainsi «conçue : « Tu n'ignores pas (l) que je suis le chef de la cbre- » tiente, comme tu t'es de l'islamisme. Tu n'ignores pas de m quelle manière j'ai traité les musulmans d'EIspagne, lesquels m aujourd'hui nous paient tribut et marchent devant nous 9 comme de vils troupeaux : nous avons massacré les hommes 9 et rendu les femmes veuves ^ nous avons réduit les garçons » et les filles à l'esclavage; nous les avons emmenés loin de n leur patrie. Voilà ce que j'avais à te dire. Je t'ai donné les » avertissemens que tu avais droit d'attendre de moi ; à pré* 9 sent, quand tu aurais recours aux sermens les plus saints, » quand tu viendrais devant moi accompagné de prêtres et 9 de moines , quand tu te présenterais un cierge à la main en • signe de respect pour la religion chrétienne, rien ne pourm rait me détourner d'aller à toi et de te combattre en tout 9 lien. Si tes états tombent entre mes mains , ce sera pour 9 moi une nouvelle source de^richesses ; si la victoire se dé- 9 clare en ta faveur et que l'Egypte te reste en partage, ta 9 pourras alonger la main et l'étendre jusqu'à moi; tu pour* h ras disposer à ton gré de ma vie. J'ai cru de mon devoir de 9 t'avertir d'avance. Voilà que les troupes qui sont sous mes 9 ordres couvrent les plaines et les montagnes : leur nombre 9 est égal à celui des sables de la mer; elles vont contre vous m avec le glaive du destin. f>

Cette lettre n'a rien qui convienne au caractère bien connu et à la situation de S. Louis. Il est évident qu'il s'agit ici de quelque roi chrétien d'Espagne en guerre avec les Maures ses voisins. Sans doute une lettre semblable aura jadis

(i) Makrizi remarque qae ta lettre était précédée d'an petit préaicl>iiie analogue aux impiétés de la religion chrétienne, qu'il s*estfait scrupule, dit'ii, de rapporter,

450 BTBLtOTBÎQDB

été écrite (t), et Makrizî Paura mise, par erreur , sur le compte du roi de France. Qooî qu'il eo soit, Makrizi ajoute que cette lettre fit la plus vive impression sur l'esprit du sultan. Ce prince commençait alors à être accable' parla maladie dont il était attaque; il ne put retenir ses larmes.- Son pre^ mier mouvement fut de se recommander à Dieu et de se résigner à ses volontés. Ensuite , il fit faire par son secrétaire Ta réponse suivante : « Au nom du Dieu clément et niiséri- 9 cordieux; le salut soit sur notre prophète Mahomet et sur ^ sa famille. Ta lettre nous est parvenue ; tu cherches à ooas 9 faire peur du nombre de tes armées et de la multitude de tf tes soldats. Apprends que nous savons aussi manier le /9 glaive , et qu'aucun de nous ne périra qu'il ne soit sur-Ie* ji» champ remplacé, tout comme aucun de vous ne pourra 9 nous entamer sans être aussitôt exterminé. Ah ! si tes jeux, 9 6 homme présomptueux, si tes yeux pouvaient voir la pointe « de nos épées et la force de nos lances; si vous aviez va 9 avec quelle vigueur nous avons subjugué les provinces et 9 les châteaux de la Palestine, si vous aviez vu les ravages j» que nous y avons faits, comme tu te mordrais les doigts! ^ Va , tu ne peux manquer de tomber. Le commencement de 1» ce jour est pour nous, et la fin est contre vous. Oh ! qu'alors « tu seras fâché contre toi-même ! Il faut bien que lestnéchans m connaissent le sort qui leur est réservé (9). En lisant ma 9 lettre, rappelle-toi le premier verset de la sourate des 9 Aheilies (3) : Le décret de Dieu va toujours son cours ; 9 gardez-vous d'en hâter le terme. Rappelle-toi ce dernier 9 verset de là sourate Sad (4) : Dans peu vous connaîtrez ce 9 qu'il voulait vous dire. Moi , je m'en rapporte à ces paroles

(l) En effet, les antean arabes font (écrire cent cinquante ans anparavant la même ieitre par Alphonne VI, roi de Casiillc, à un empereur de Maroc; or Alphonse ayait vaincu les Maures d*Espagne et d'Afrique. Voyez Casiri , Bibliothèque arabe de VEseurmt, tom. lU page 116. Aboulfarage en rapporte une antre du même style, écrite un siècle, après par un roi d*£spagne à un empereur de Maroc. Apparemment cVtait une formule consacrée; il n*y ayail de différence que dans les mots. Voyez la Chronique arabe d*Aboal(arage , p. 4t3.

(s) Alcoran, sour. xxvi, vers. sts.

(3) Ibid. sour. xvi.

(4) Ibid, jour, xxxviii.

PB9 CJROtSAOBf. 43 1

• dû IVè^Haat Assurément, je n'en puis citer de pins re'ri»

• dîques. Combien de fois une poignée tf hommes na^t^elU 9 pas mis en fuite des armées innombrables, par la permission 9 diçine? car Dieu est avec ceux qui lui sont Jidèles (l). Et 9 d'ailleurs, les sages n'ont-ils pas dit qae le méchant s'attirehi 9 sa propre raine. Va ! ta méchanceté te renversera; ella 9 causera ta perte. Adieu (9). 9

Ensuite, reprend Gemal-eddin, à le rot de France se mit en devoir d'aborder sur ia c&te. On était alors au samedi 99 de safar [5 juin]. Il débarqua avec toutes ses troupes et dressa son camp sur le rivage, (^a tente du roi était rou^e. Il y eut ce jouMà un engagement entre les Franes et les Egyptiens, où plusieurs émirs musulmans furent tues. Le * aoir, Fakr-eddin repassa le Nil afvec son armée ^ sur le pont qui était en face de Damiette ; et, sans s'arrêter, il se rendit sur le canal d'Aschmoun , auprès du sultan. II régnait alors une extrême insubordination dans Parmétf, & cause de la ma«* ladie du prince : personne ne pouvait plus contenir les soldats. Les kenanites charges de de'fendre Damiette, se voyant Itbandonnes, quittèrent precipiumment la villa et se dirige* rent aussi vers le canal d'Aschmoun ; les hahitans suivirent cet exemple. Hommes, femmes, enfans, tous s'enfuirent dans le plus grand de'sordre, abandonnant les vivres et les pirovisions ; car ils se trouvaient sans de'fense, et ils crai* gnaient d'éprouver le même sort que trente ans auparavant, 90US le sultan MaleUamel. En un moment^ Damiette se trouva déserte. Le lendemain dimanche , les chrétiens , ne voyant plus d'ennemis , passèrent aussi le Nil et entrèrent 'sans résistance. U n'y avait pas d'exemple d'un événement aussi désastreux. A cette époque , ajoute Gémal-eddin, j'étais •u Caire , chez l'émir Hossam-eddin , gouverneur de la ville. Nous apprîmes le jour même , par un pigeon , la prise de

(i) Alcoran, sont, ii, yen. s 50.

(f ) Ces deux lettres sont mpporte'es avec qaelqnes légères différences dans les manascrits; nous ayons adopté la leçon qui nous a paru la plus Traisemblabfe. Cardonne avait de'jk fait connaître ces lettres et quelques antres pièces du même genre dans ses Extraits arabes relatifs à la croisade de S. Louis, insérés à la suite de TëditJan d« Joiovtlle; Paris, I76i, p. 5t5 et suiv. En reproduisant ici ces pièces, nous avons éié quelquefois obligés de noos éloigner de h tnidnction de Cardonne.

45i BIBUOTnkQUB

Damiette. Ce malheur nous penelra tous de crainte et d'horreur ; il nous sembla que c'en était Fait de i'Egjpte , svr-tout à cause de la maladie du sultan. La conduite de Fakr-eddin et de la garnison fut en cette occasion inexcusable; car la vHIe eut pu tenir très-long-temps. Dans l'invasion précédente, sous Malek-karoel , Damiette était sans garnison, sans appro- Tisionnemens; et pourtant elle a%*ait résisté pendant un an: encore fallut-îl, pour la réduire, le concours de la famine et de la peste. Sa situation dans la guerre présente était bien plus favorable; même après la retraite de Fakr-eddin, si les kcnanites et les habitans étaient restés, s'ils avaient seulement tenu leurs portes fermées, ils auraient arrêté tous les efforts des Francs. Pendant ce temps, l'armée serait revenue et les Francs auraient été repoussés. Mais quand Dieu veut ane chose, on ne peut l'empêcher. »

Le sultan fut si indigné contre les kénanites , qu'il fit pendre tous les chefs. Vainement, suivant Makrizi , ils firent des représentations; vainement dirent-ils: «En quoi sommes-nous » coupables? Que pouvions-nous faire, étant abandonnés des 9 émirs et de toute l'armée? «» On n'écouta pas leurs excases; les chefs furent pendus, au nombre de cinquante. Dans le nombre étaient un père et son fils , jeune homme de la plus grande espérance : le père demanda de mourir le premier; iè sultan le lui refusa. Le prince tétait muni d'avance de l'approbation des docteurs de la loi , qui tous avaient décidé qu'un homme qui abandonne son poste est digne de mort Makrizi ajoute que le sultan témoigna aussi son mécontentement à l'émir Fakr-eddin. « Ne pouviez-vous pas, lui dit-il , J9 tenir au moins un instant? Pas un seul d'entre vous ne s'est' » fait tuer, n Sans l'état pitoyable où il était, poursuit Makrizi, il se serait probablement porté à quelque violence. Presque tous les émirs blâmaient Fakr-eddin : defà on craignait pour sa vie ; déjà ses amis se disposaient à se défaire du sultan ; mais Fakr-eddin les retint et les décida à attendre. Si le Sultan mourait, on en était délivré; sinon , Fon était toujours à temps de le faire périr.

Gémal-eddin remarque aussi que le sultan fut tenté de punir Fakr-eddin; mais, ajoute-il, son état était devenu critique, et les circonstances conseillaient la patience.

Dans ces conjonctures, suivant Makrizi, le sultan , se sentant près de sa fin , fit publier que tous ceux qui avaient quel* que grief contre lui eussent a se présenter , et qu'il leur don-

nerait satisfaction. II était impatient de mettre sa conscieocç en repos. Tous ceux qui se présentèrent furent renvoyés sa* tisfaits.

S Lxxxn.

Mort dn saltati. — Suite de la croÎMde de S. Louis. •

Suite de Tannée 647 [1249], Nous allons laisser parler Ge'mal-eddin u Cependant le sultan se fit transporter à Mansoura , au lieu même qu'avait occupe son père Malekkamel , trente ans auparavant. Mansoura est située sur la rive orientale do Nil , à l'endroit oii ce fleuve se partage en deux branches, dont l'une passe à D amie tte, Tautre va se perdre dans le lac de Menzalë; c'est cette dernière branche q-u'on appelle le canal d'Aschmoun. Mansoura devait son existence à Malek-kamel, père du sultan; ce prince j avait fait bâtir ua palais, avec des maisons pour les e'mirs et les soldats. Bientât il s'y éleva des bazars, des bains, des marches; en un mot^ tout ce qui compose une grande ville. C'est là que le sultaa prit position avec son armée. La flotte égyptienne avait descendu le fleuve et s'e'tait placée sous les murs de Mansoura. On vit aussi arriver de tout côté des volontaires et des guerriers qui brûlaient de prendre part à la guerre sacrée.

u Dans le même temps, le sultan dirigea contre les Francs des bandes d'Arabes nomades ; ces Arabes ne leur laissèrent pas de repos. A la fin de réhi premier [juillet], nous vîmes ^ poursuit Gémal-eddin, arriver au Caire trcntc-six prisonniers chrétiens, parmi lesquels étaient deux cavaliers : quelques jours après, il en vint trente-neuf ^ puis vingt-deux, puis trente-cinq, et successivement plusieurs autres. A la même époque, les troupes du sultan qui étaient en Syrie firent di* version el enlevèrent Sidon aux chrétiens.

n Cependant, la maladie du sultan devenait de plus en

{>lus grave ; ses forces ne cessaient de s'aflaiblir ; jour et nuit es médecins étaient autour de lui sans pouvoir le soulager ; et pourtant il n'était pas abattu; toujours il montrait la même force de caractère. Il était à*ia-fots atteint de deux maladies terribles , la phthisie et L'ulcère au jarret ; mais il espérait toujours. L'ulcère étant venu a se fermer, il se crqt hors dç danger y et écrivit à l'émir Hossam-^ddin qu'il était en pleine

434 BIBUOTHEQUB

convalescence; qu'il ne lui manquait plus que de monter a cheval et d'aller jouer au mail : mai* de'jà il était près de sa fin. II mourut le dimanche 14 de schaban [novembre], six mois après l'entrée des chrétiens dans Damiette et à Fage de quarante-sept ans. Ainsi finit le sultan Malek-saleh Negmeddin (ou rEtoile de la religion), au milieu d'une guerre qu'il soutenait pour la gloire de Dieu, passant de ce monde peVissable au sein de la bonté et de la miséricorde divines, n Aboul-mahassen fait le portrait suivant du sultan : » C'e'tait un prince sobre, modeste dans ses discours et d'une belle ame; il ne pouvait souffrir la plaisanterie et les choses futiles; il avait même l'humeur désagréable; il e'tait naturellement taciturne. Sa prédilection e'tait pour les esclaves turcs qu'il achetait sur les bords de la Mer Noire et de la Mer Caspienne , et dont il fit ses mameloucks et sa garde particulière. Sous lui, cette milice devint beaucoup plus nombreuse qu'au-

{mravant; il les pre'feVait aux Curdes, qui jusque-là avaient orme' le nerf des armées e'gjptiennes. C'est pour eux qu'il fit bâtir une caserne dans l'île de Rauda , sur le Nil , en face du Caire (1). Cependant il savait leur imposer; ces esclaves, tout braves et audacieux qu'ils étaient, tremblaient devant lui. Rien ne pouvait l'émouvoir; quand il entrait en colère, fa seule expression de reproche dont il se servait était celle-ci : Ah! paresseux! Chose singulière! il était insensible aux charmes delà musique; quand il assistait a un concert, il restait'immobiie, et ses oflSciers étaient obliges de faire comme lui. Il e'tait très-enclin à l'amour; mais il voyait de préfeVence des esclaves; car à la fin il n'eut plus que deux épouses. Ses ministrbs ne décidaient jamais rien que d'après ses volontés: le prince voulait tout voir par lui-même; il travaillait directement avec eux, mars seulement par e'crit, marquant ses volontés de sa propre main au bas du papier. Il aimait les gens de me'rite et les gens pieux ; mais il était sans goût pour la lecture; son plaisir e'tait de s'isoler et de vivre seul; sa passion était le jeu de mail et la bâtisse. Il reste de lui, au Caire et dans l'île de Rauda , plusieurs e'difices superbes. « Malek-saleh| suivant la remarque de l'historien Ge'mat

(t) De là ces mameloacks reçurent le nom de Baharîtes, du root arabe bahr, qui signifie met, et par lequel les Egyptiens désignent leNit.

DBS CROISADES. 45$

cddîn I De laissait qu*an fîb appelé Malejk-tnoadam Touran-

schali, alors gouverneur de Haran, d'Edesse et des autres

, villes que le sultan possédait en Mésopotamie. Dans IVtat

' où Ton se trouvait, menace comme on l'était par Parrae'e

chrétienne, on re'solut de cacher la mort du sultan jusqu'à

^ l'arrivée de son fils. Le corps du prince fut secrètement lave

et enseveli avec les prières d'usage, et place dans une caisse

' pour être transporte en bateau dans l'île de Rauda. Sa veuve,

Scheger-eddor, celle de ses femmes qu'il avait le plus armeçi dirigeait tout : elle se concerta avec le chef des eunuques, et

^ ils convinrent de ne confier le secret de la mort du sultan

qu'à Fe'mir Fakr-eddin, qui fut nomme atabek ou régent, comme l'homme le plus capable de gouverner, et celui qui avait le plus d'influence sur l'armée. Tous les trois se promirent de tenir la mort du sultan secrète jusqu'à l'arrivée de Touran-schah. En attendant, ils firent prêter serment de fidélité' aux émirs et aux troupes, d'abord au nom du sultan Maiek-saieh, comme s'il eut été encore en vie, ensuite en celui de son fils ; on jura aussi obéissance à l'émir Fakr-eddin, en qualité d'atabek ou régent. Les émirs et les soldats furent appelés pour cet objet au pavillon du sultan, et jurèrent sans difficulté : personne ne se douta de la vérité. L'émir Hossameddin, gouverneur du Caire, ayant reçu un ordre semblable, jura et fit jurer tous ceux qui étaient sous ses ordres. La mort du sultan était tenue si secrète, que, grands et petits, personne n'en eut le moindre soupçon. Chaque jour l'émir Hossam-eddin recevait des dépêches du camp comme par le passé. Les lettres étaient expédiées au nom du sultan ; on j voyait, entre les lignes, son élami ou signature accoutumée , consistant dans ces mots : Ayonb, fils de Mohammed , fils d'Aboubekr (l). Celui qui écrivait l'élàmé était un eunuque habile à contrefaire toute sorte d'écritures. A la fin cependant on commença à soupçonner, la vérité. On vojait l'emir Fakr-eddin , libre de touc frein , disposer en maître de l'Sgypte ; il rendait la liberté aux émirs qui étaient en prison ; il rétablissait ceux qui avaient perdu leurs places ; il distribuait à ses amis les trésor^ amassés par le sultan ; en un mot, ii

(() Ayoub était le nom propre da sultan, Mohammed celai de Son père le sultan Malek-kameî» et Aboubekr celui de son grandpère le ce'Icbre Malek-adef.

450 BIBLIOTH^QUB

exerçait pleinement i'autorite souveraine : mats on n^osait éclater, à cause de la pre'sence de Tennemi et du danger où Ton était. Une chose qui fit une grande sensation, c'est que lorsqu'il fut question d'envoyer des courriers à Toaranschah pour hâter son arrivée , Scheger-eddor et le chef des eunuques furent les seuls qui montrèrent de l'empressement. Fakr-eddin refusa d'écrire de son câte; et s'il se de'cida enfin à expédier un courrier en son propre nom , ce fut dans la crainte de se compromettre.

Makrizi donne ou%'ertement à entendre que Fakr-eddin, dans cette occasion, ne travaillait nullement pour les intérêts de Touran-schah. Après avoir observe que, suivant quel* ques auteurs, Malek-saleh, connaissant la le'gèrete de son fils, n'avait pas désigne de successeur, mais qu'il avait ditk l'émir Hossam-eddin : a Quand je serai mort, voud mettrez 9 mes états à la disposition du calife de Bagdad,^ et ce sera J9 à lui de nommer celui qui doit regiier sur l'Egypte; v il

f poursuit ainsi : u Les uns soupçonnaient Fakr-eddin de vouoir s'emparer du trône; les autres, de servir les intérêts d*un J'eune. prince nomme Malek-moguit Omar, de la racé de ialek-adel , lequel e'tait alors e'Ieve au Caire , et sous qui il espérait de devenir le maître des affaires. Ces soupçons acquirent une telle force, que l'emir Hossam-eddin, qui commandait dans la capitale, et qui n'aimait pas Fakr-eddîn, crut devoir, par mesure de pre'caution , se faire remettre Je jeune prince, et le fit enfermer. En attendant, Fakr-eddin jouissait de tous les dehors de la souveraine puissance : il sortait à cheval, escorte d'une suite nombreuse; les émirs fui faisaient la cour comme à leur maître, le recevant à pied quand il descendait de cheval, et lui tenant compagnie à table. Cependant Scheger-eddor continuait à diriger les affaires; tout se passait comme de coutume : chaque jour on dressait le pavillon du sultan ; les tables e'taient servies comme à l'ordinaire; les émirs faisaient le même service qu'auparavant Le sultan était censé malade, et hors d'état pour le moment de recevoir, n Telle e'tait la situation des choses, lorsque l'armée des chrétiens s'avança dans rintérieur de l'Egjpte.

DES CROI8ADB8. 457

S LXXXIIL

Combat de Maosoara.

Suite de Vannée 647 [1249]. Suivant Gemal-eddin, « les chrétiens étaient restes jusqu'alors à Damiette, occupes a s'y fortifier. Apprenant enfin la mort du sultan , ils se hâtèrent d'avancer, cavalerie et infanterie, et se mirent en marehe vers Mansoura. On était alors à la fin de schaban [fin de novembre]. Leur flotte remonta le Nil et suivit tous leurs niouvemens. Ils arrivèrent d'abord a Farescour. A celle nouvelle , l'emir Fakr-eddin écrivit au Caire pour appeler tous les musulmans aux armes ; la lettre contenait , entre autres choses, ces paroles de l'Afcoran : « Accourez, grands et pen tits , et venez combattre pour le service de Dieu. Sacrifiezn lui vos biens , vos personnes : c'est tout ce qui peut vous n arriver de plus heureux. 9 Cette lettre , ajoute Gemal-eddin, e'tait fort éloquente; on y remarquait plusieurs passages propres à encourager les musulmans à la guerre sacrée. a Les Francs, que Dieu maudisse, y etait-il dit, sont venus J9 envahir notre patrie ; ils désirent s'en rendre maîtres. Il est n du devoir des vrais croyans de marcher tous contre eux et 9 de les repousser, n Cette lettre fut lue en chaire le vendredi suivant, en présence de tout le peuple, et arracha des larmes à tous les assistans. Bientôt on vit arriver à Mansoura une multitude innombrable de musulmans de la capitale et des provinces. La mort du sultan et l'invasion de l'ennemi avaient répandu une terreur universelle. On tenait pour certain que si l'armée égyptienne reculait seulement d'une journe'e, c'en était fait de toute l'Egypte.

j» Au commencement de ramadan [3 décembre], il s'engagea un premier combat entre l'arme'e chrétienne et les avant*posles musulmans : un e'mir et plusieurs soldats y souffrirent le martyre. Les Francs arrivèrent ensuite au lieu appelé Scharmesah, quelques jours après à Baramoun , et enfin sur le canal d'Aschmoun, en face de Mansoura. On était alors au 1 3 de ramadan , et la consternation était ge'neVale. Les chrétiens campèrent au même endroit oîi ils s'étaient places trente ans auparavant : de son o&te' ,.rarmée musulmane était rassemblée à Mansoura, occupant les deux rives du Nil ; elle n'était séparée de i'eonemi que par le canal d'Aschmoun.

458 BIDUOTHkQUB

Les Francs s'entAurèrent d'abord de fosses y de murs et de palissades ; ils dressèrent aussi leurs machines , et les firent

I'ouer contre ceux qui de'fendaient la ri ve opposée. Ils avaient eur flotte à portée sur le Nil. Pour la flotte musulmane , elle était aussi sur le Nil , et avait jeté l'ancre sous les murs de Mansoura. On commença par s'attaquer à coups de traits et de pierre, tant sur terre que sur le fleuve. Il ne se passait presque pas de jour sans quelque combat ; chaque fois un certain nombre de chrétiens étaient tues ou faits prisonniers: des braves de l'armée musulmane allaient jusque dans leur camp jet les enlevaient dans leurs tentes ; quand ils e'taient aperçus , ils se jetaient à l'eau et se sauvaient à la nage. Il n'j avait pas de ruse qu'ils ne missent en œuvre pour surprendre les chrétiens. J'ai ouï dire qu'un d'eux imagina de creuser un melon vert et d'j cacher sa tête; de manière que, pendant qu'il nageait , un chre'tien s'e'tant avance' pour prendre le melon, il se jeta sur lui et l'emmena prisonnier. Vers le même temps, la flotte musulmane s'empara d'un navire chre'tien monte par deux cents guerriers. Un autre jour, dans le mois de schoual [janvier 1950], les musulmans traversèrent le canal et attaquèrent les chrétiens dans leur propre camp; plusieurs d'entre les Francs perdirent la vie, d'autres furent faits prisonniers; le lendemain il en arriva soixantesept au Caire, entre lesquels on remarquait trois templiers. Un autre jour, la flotte musulmane brûla un vaisseau chrétien. » Cependant le canal qui séparait les deux armées n'était pas large , et encore il offrait plusieurs gués faciles. Un mardi 5 de doulcada [8 février], la cavalerie chrétienne, conduite par un perfide musulman , passa à gué à l'endroit nomme Saiman, et se déploya sur l'autre rive. Ce mouvement fut si subit, qu'on ne s'en aperçut pas à temps : les musulmans furent surpris dans leurs propres tentes. L'émir Fakr-eddin était alors au bain. Aux cris qu'il entendit, il sortit pr^ cipitamment et monta à cheval; mais déjà le camp était forcé , et Fakr-eddin , s'étant avancé imprudemment , fut tué. Dieu ait pitié de son ame (l)! sa fin ne pouvait être plus belle. II avait joui de l'autorité un peu plus de deux mois.

(i) On lit dans Mftknzi un* trert-qm montre quel désordre effroyable rognait atora dans iVirniëe masalmaoe. Le brait de la mort de Fakrcddin a*ajaat pas tarde' k se re'paodre* Ie0 mamet^ackf' et une parue

PE8 CB0ISADC8. 459

» Cependant y le frère da roi de France avait pénètre en personne dans Mansonra. II s'avança ju^ue sur les bords du Nil , au palais du sultan. Les chrétiens s'étaient répandus dans fa ville. Telle était la terreur générale, que les musulmans, soldats et bourgeois , couraient à droite et à gauche dans le plus grand tumulte ; peu s'en fallut que toute l'armée ne fut mise en déroute. Déjà les Francs se crovaîent assurés de la victoire , lorsque les mameloucks appelés giamdariteê et baharites, lions des combats et cavaliers habiles a manier la lance et l'épée , fondant tous ensemble et comme un seul homme sur eux , rompirent leurs colonnes et renversèrent leurs croix (l). En un moment ils furent moissonnés par le glaive, ou écrasés par la massue des Turcs; quinze cents d*entre les plus braves et les plus distingués couvrirent la terre de leurs cadavres. Ce succès fut si prompt, que Tin-» fanterie chrétienne, qui déjà était parvenue au canal, ne put arriver à temps. Un pont avait été jeté sur le canal. Si la cavalerie avait tenu plus long-temps , ou si toute l'infanterie chrétienne avait pu prendre part au combat , c'en était fait de l'islamisme : mais déjà cette cavalerie était presque anéantie; une partie seulement parvint à sortir de Mansonra et se réfugia sur une colline nommée Gédilé, où elle se retrancha. Enfin, la nuit sépara les combattans. Cette journée devint la source des bénédictions de l'islamisme et la clef de son alégresse. Lorsque l'action commença, un pigeon en apporta la nouvelle au Caire. On était alors dans l'après-midL Le billet était adressé à l'émir Hossam*eddin , qui me le donna à lire; il était ainsi conçu : u Au moment où ce billet est » écrit, l'ennemi fond sur Mansonra ; on en est aux mains, n Il ne contenait rien de plus. Ces paroles nous frappèrent tous de terreur ; on regardait généralement l'islamisme comme perdu. A la fin du jour , les fuyards commencèrent à arriver du camp; la porte de la Victoire, tournée de ce câté, resta toute la nuit ouverte pour leur donner asile. Enfin, le lendemain, au lever du soleil, nous reçûmes l'heureuse nouvelle de la victoire des musulmans. Aussitôt le Caire et

des ëmirs se débandèrent ponr conrir à sa maison et la piller. Set cofTres furent brisés, Targcnl fat enfcve' , les meubles et les chevaux emportés ; âpres quoi la maison fat livrée aux flammes.

(i) Makrisr remarque qu'au milieu des Turcs brillait Bur-toat Bibars Bomdocdari le même qai devint solun dans la suite.

460 BIBLIOTHkoUB

le vieux Caire se èouvrirent de tapisseries; les rues retentirent des marques de la joie publique; les cœurs se livrèrent à Talegresse, et l'on commença a se rassurer sur Pissue de

cette guerre. «

Vers le même temps , on apprit que le nouveau sultan e'tait sur le point d'arriver. Ce prince , au rapport de MaLrizf, n'eut pas plutôt appris ia mort de son père , qu'il fit ses dispositions pour venir occuper le trâne. 11 était instruit des secrets desseins de Fakr-eddin et craignait d'être prévenu ; il brava les menaces des princes de Mésopotamie ses ennemis. En vain des embûches lui furent tendues sur ia route ; il se mit en marche avec cinquante cavaliers seulement, et arriva sain et sauf à Damas, doù, après quelques jours de repos, il se rendit à Mansoura. On était alors au 94 de doulcada [ 97 février], dix-neuf jours après la bataille. A {'approche du sultan , les émirs et les mameloucks allèrent à sa rencontre , en lui prodiguante Tenvi les marques de respect. Ce Ait alors que l'on commença a parler publiquement de la mort de ÂlaleL-saleh : jusque-là, il n'avait été censé que malade. Touran«schah monta donc paisiblement sur le trône | et tou9 le reconnurent sans difficulté.

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