DE LIVRES VENDUS AUX ENCHERES
Qui sent cités dans h Bibliothèque :
Bcck (C. H.), à Nordiingen (Bav.)
Brokhaus (F. A.), à Leipzig.
Bulich (F.), à Augsbourg.
Durnerin, à Paris.
Hagemann et Cie, à Strasbourg.
Heberle (J. M.), àCologne.
Lama (Ch. de), à Munich.
Librairie Catholique (ancienne maison Victor Pa!mc), à Paris.
Maisonneuve et Cie, à Paris.
Rosentbal ;L.), à Munich.
Scheuring (N.), à Lyon.
Vives (L.), à Paris.
Weigel (T. O.;, à Leipzig.
Windprccht (J.) à Augsbourg.
C'est aujourd'hui presqu'un lieu commun que de montrer les moines tenant allumé, à travers les âges barbares, le flambeau des lettres et de la civilisation. Il est indubitable que sans leurs copistes et leurs bibliothèques, les trésors de l'antiquité ne seraient pas arrivés jusqu'à nous, et que les débris du monde romain , ruiné par les invasions, auraient péri, si l'Église n'avait couvert l'Europe de ses monastères, du vi* au xu*^ siècle. D'autre part, ce qu'ont fait pour la science, dans nos grands siècles littéraires, les fils de Saint-Benoît leur a procuré une gloire nouvelle, plus universelle encore; leur nom est devenu synonyme de travail persévérant, de science et d'érudition dans la langue de tous, dans la langue même des ennemis de l'Eglise.
Les familles religieuses sont plus jalouses encore que les autres de garder toutes leurs traditions et tous leurs souvenirs. Les louanges des adversaires de leur foi choquent leur délicatesse, et elles savent bien que les titres que la Révolution leur reconnaît, ne leur fera pas trouver grâce devant celle avec qui elles ne peuvent pactiser elles-mêmes. Quiconque s'intéresse vraiment à leur histoire et à leurs travaux, rencontre toujours auprès d'elles un accueil ami, et un concours assuré pour être utile au public.
Un libraire catholique de l'Allemagne, « grand amateur, nous écrivait-il, et amateur passionné des belles éditions des Bénédictins de Saint- Maur, » nous a demandé de revoir un travail bibliographique qu'il a composé, et qu'il a déjà fait passer, dans son pays, entre les mains de plus d'un amateur des livres : il nous priait d'y joindre quelques mots de préface sur les auteurs et sur les éditeurs de ces in-folio et de ces in-quarto splendides. Notre préface sera courte, en ce qui regarde surtout les écrivains de la Congrégation : renvoyant aux monographies si nombreuses, si faciles à trouver dans les grands répertoires, nous voudrions seulement, en esquissant les commencements de leur histoire littéraire, montrer comment nos moines de
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Saint-Maur sont devenus des savants, et à quel point de vue le bénédictin a toujours regardé et compris la science. Notre seconde partie, sommaire aussi, nous demandera cependant une course plus longue, devant s'arrêter à chacun de ces vieux libraires des xvii* et xviii^ siècles, dont les noms sont souvent passés pour nous inaperçus à la première page des livres : ne méritent-ils pas d'y être relevés avec reconnaissance par le travailleur heureux de- profiter, grâce à leurs belles impressions, de tous les trésors de l'érudition bénédictine?
Quand saint Benoît abandonnait Rome et fuyait au désert, quand il allait, jeune patricien, trouver la solitude de la Thébaïde, sur ce sol qu'avait occupé la villa des empereurs et que venaient de ravager les Barbares, il ne songeait qu'à sauver son âme : Dieu le destinait à être le père et le civilisateur de l'Europe nouvelle. Les réformateurs de l'institut monastique, après les troubles et les guerres du protestantisme, devaient eux aussi, en ne cherchant que Dieu et le royaume céleste, arriver à un résultat humain qu'ils n'avaient pas prévu, et se faire un nom
illustre dans le monde savant et parmi les lettrés du siècle.
La réforme des monastères fait partie du travail général de renaissance, par lequel TÉglise répondit aux prétentions malheureuses de Thérésie luthérienne. En France, le mouvement, imprimé à toute la chrétienté par le concile de Trente, fut retardé longtemps, jusqu'à l'abjuration et au règne réparateur de Henri IV. C'est à cet instant de brillant épanouissement de l'esprit catholique, à ces premières années si vraiment grandes de notre xvii^ siècle, que se rattache l'origine de la congrégation bénédictine de Saint-.Maur : née, en 1618, de celle de Saint- Vannes en Lorraine, elle s'étendit rapidement à un grand nombre de monastères du royaume. Partout furent relevées les ruines qu'avaient faites la rage des sectaires et les violences d'une soldatesque sans frein, pendant tant d'années de guerre civile. Ces cloîtres désolés, dans lesquels vivaient à peine quelques moines échappés à la tempête, se peuplèrent de religieux zélés pour l'office divin, le silence et rétude. Les premiers membres de la Congrégation avaient été de jeunes profès, venus pour leurs études à Paris, et qu'avait recueillis et formés dans son collège de Cluny, cet admi-
rable D. Laurent Bcnard, cmule de Didier de la Cour, et le pcrc de la réforme monastique en France. A leur tour ils se virent entourés de novices, qui accouraient de toutes parts : car les vocations diminuent dans les cloîtres si la vie tend à y devenir facile; elles sont toujours nombreuses alors que la ferveur y règne et qu'on peut s'y dévouer et s'y sacrifier, ce qui est le besoin et Tattrait.
Un moment vint où dans TOrdre bénédictin, comme dans les autres Ordres anciens, le mouvement de réforme, en France, dut s'arrêter (i). Le nombre des fondations ne s'augmenta plus : on ne songea désormais qu'à accomplir, dans chaque monastère, le service de la louange divine, qu'à former aux vertus antiques du cloître les âmes des jeunes gens qui venaient pour se donner à Dieu et embrasser la vie parfaite. Quand des moines sont préparés comme étaient alors nos bénédictins de Saint-Maur,
(i) « En 1Ô71, le Roy donna une déclaration par laquelle il confirme tous les établissements qui avaient été faits par les Congrégations réformées, et deffend d'en faire dorénavant aucun autre, sans avoir obtenu autant de fois sa permission et ses lettres patentes. Voilà ce qui a arresté le cours de toutes les réformes. » Érection et monastères de la Congrégation de Saint-Maur^ Ms. de la Bibliothèque de l'abbaye de Solesmes.
élevés à Técole de Tabnégation, fortifiés par la lutte contre les mille difficultés qu'avait rencontrées leur sainte entreprise, ce double but suffit pour faire d'eux des hommes aussi savants qu'ils sont pieux et saints. La liturgie, c'est elle qui a tout appris aux bénédictins des anciens jours : par elle la théologie, mère de toute science, prend pour Tesprit et le cœur un attrait que ceux qui ne l'ont pas vue ainsi vivante ne lui soupçonnent pas. Et si on veut faciliter aux jeunes religieux Tintelligence de la divine psalmodie et des saints livres, les mettre à même de profiter de l'enseignement et de l'exemple des Pères, on se trouvera bientôt en face du champ le plus vaste de l'érudition. Les écoles, nous dit D. Tassin, donnèrent naissance aux grandes études dans la Congrégation de Saint-Maur : la Bibliotheca ascetica Patriim et les Acta Sanctorum Ordinis S. Benedicti la conduisirent à tous ses travaux patristiques d'une part, de l'autre à tous ses travaux historiques, c'est-à-dire à tout ce qui lui a donné un rang si élevé dans l'histoire littéraire des derniers siècles.
Méditer les pages de ce Livre où la révélation chrétienne est contenue, étudier, après l'Ecriture, les témoignages de la tradition, puis
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consulter sur la vérité connue et aimée [fide^ quœrens intellect uni) toute science et toute intelligence humaine, les monuments de l'histoire des peuples, comme ceux où la pensée de certains hommes, destinés par Dieu à être les maîtres de leurs frères, se peut lire encore après les siècles écoules : voilà, avec la prière et pour la prière, ce qui fait la vie du moine. Il avait été longtemps chargé, pour ainsi dire presque seul, de conserver le dépôt des traditions sacrées et profanes du monde civilisé : si rinvention de l'imprimerie devait modifier son rôle^ elle devait l'aider ensuite puissamment. Dans chaque abba3^e que relevaient les religieux de Saint-Maur, ils retrouvaient les débris d'une bibliothèque, du Scriptoriuni d'autrefois. Là, entourés de manuscrits, ils reprirent la place de leurs pères ; ils formèrent ces spicilèges [Spicilegium scriptorum qui lubibliothecis Benedictinorum latueranl)^ ces collections d'anciens monuments, où l'historien moderne ira puiser; ils réunirent les œuvres des Pères, et donnèrent à la science, lui amassèrent ses trésors, pour l'étude des sources, de la théologie positive et de l'antiquité chrétienne. Le génie de Mabillon vint en aide aux travailleurs : il fixa les règles de la science diplomatique, et
il traça, entre deux écueils, à la critique historique une ligne si sage, qu'il est resté pour toujours un modèle et un maître. Nos bénédictins ne sont plus des scr^iptores et des antiquarii^ dans le sens oii ils l'eussent été au moyen âge ; ils ne couvrent plus le parchemin de lettres au trait pur et délicat, ornées avec un goût et un art admirables. Toujours écrivains et antiquaires, ils recueillent toutes les épaves du passé, séparent l'alliage de l'or pur, rendent chaque document à son époque et à son auteur, classent ces anecdoia et ces arialectes^ les annotent et les commentent, puis ils livrent Tœuvre au libraire et à l'imprimeur. Grâce à un concours dont il nous reste à parler, ils sont à même de mettre l'Eglise et l'Europe en possession des richesses léguées par leurs pères, et de leurs propres travaux, dans des conditions inconnues aux âges anciens.
i" Nous ne referons pas ici l'histoire de la typographie française avant le xvn° siècle. Au moment où commencent les travaux des Bénédictins de Saint-Maur, la dynastie des Estienne, dont l'avènement coïncide avec la Renaissance en France, régnait encore, et devait se pro.
longer près d'un demi-siècle. Mais d'autres familles d'imprimeurs plus nouvelles lui disputaient le sceptre, et nous ne trouvons aucun livre de nos Bénédictins sorti, avec la marque de VOlîVîei\ des presses des Estienne, de Robert III, de ses neveux ou de ses cousins. Leurs premiers éditeurs furent Rcgnault II Chaudière, Denys Langlois, qui publièrent les ouvrages de D. Bénard, 1616-1619, avec un ancêtre des Martin, dont nous parlerons plus tard : puis René Giffart, Pierre Chevalier, et Joseph Cottereau [Dialogues de saint Grégoire^ 1624;. La famille Chaudière est qualifiée, « des plus honorables et des plus instruites et distinguées parmi les familles de libraires (i). » Régnault II avait succédé à son père Guillaume \" ^ libraire de la Sainte-Union, qui lui-même était petit-fils de Régnault P""^ libraire en i5i6. Les Langlois ne remontaient qu'à i552. Denys avait renoncé, pour prendre la succession paternelle,
(i) Nos citations sont prises des ouvrages suivants, qui nous ont principalement servi pour cette seconde partie de notre prétace : Catalogue chronologique des libraires et imprimeurs-libraires de Paris depuis 1470, par Lottin, in-12 en deux parties, 1789 (V. inf. p. 26), Essai sur la Typographie, par Didot, in-S», i853, Histoire du Livre en France^ par Edmond Werdet, 5 in-12, 1861-64. Nous avons aussi consulté Barbier, Branet, Quérard et les autres biblicn graphes.
à la profession de la médecine, dans laquelle il s'était déjà distingue, et il se rendit célèbre, comme libraire, autant par les livres qu'il composa que par ceux dont il fut seulement l'imprimeur. François, son troisième successeur, fut très connu à l'étranger, et jouit de la confiance de Charles P'" d'Angleterre, « étant connaisseur, dit Lottin, non seulement en livres, mais en tableaux, dessins et estampes dont il faisait un grand commerce. »
D. Ménard fit publier, en 1629, son Marty» rologium O. S. B.^ in-8, par Jean Germont et Jean Bilaine. Celui-ci édita seul, en 1648 et i65r, les Œuvres de Lanfranc et de Guibert de Nogent^ de D. d'Achery, 2 volumes in-fol. Successeur d'un frère aîné, Pierre, 16 14, Jean Bilaine prenait le titre de seul libraire de tout rOrdre de Saint-Benoît, et avait pour marque un Saint-Augustin, ou deux mains tenant un cœur enflammé. Son fils, Louis, donna plus tard six volumes in-fol. des Acta Sanctoriœi 1668i685, le Saint Anselme de D. Gerberon 1675, in-fol., réimprimé en i72i,les Vetera Analecta de Mabillon 1675-1685,4 in-8% et son incomparable ouvrage de Re Dipîomatica^ in-fol. majori 1681, ItCassiodore de D. Garet 1679,2 infol.: auparavant, en 1671 et iGy?>^ k Pierre de
PRFFACE 1 I
Celles de D. Janvier, et le beau livre de D. de Jumilhac, Delà science du plain-chant^ deux in-4°.
Mais, avec ce libraire distingué par son savoir et sa capacité, ses voyages et sa connaissance des langues, « qui composait de belles préfaces ou épîtres dédicatoires pour les livres qu'il éditait », finissent les Bilaine, 1681. Plusieurs ouvrages importants de sa librairie passèrent à Jean Boudot. Croizier, son correspondant à Rome, acquit pour son compte le dépôt qu'il avait entre les mains : le Glossaire de Ducange, qui n'était pas achevé, entraîna des difficultés qui ne sont pas de notre sujet.
D. Ménard confia, en i638 et 1642, à Denys Béchetsa Concordia Reg-ularum et son Sacramentaire de saint Grégoire^ deux in-4°. Pour ce dernier ouvrage, Claude Sonnius était associé à Denys Béchet, qui devint plus tard l'acquéreur de son fonds, l'un des plus considérables de Paris, et prit sa marque, le compas. Béchet, le deuxième de son nom, savant, actif, laissa à sa mort, vers 1705, un fonds immense que se partagèrent plusieurs libraires. Ce fut lui aussi qui imprima, en 1642, la Grammaire hébraïque de D. Dufour, in-8% et plusieurs autres ouvrages des premiers auteurs de la Congrégation.
En 1645, D. Ménard s'adressa, pour son
Epitre de saint Barnabe^ à Siméon Piget, qui édita six ans plus tard la Théologie de Robei^t Pull et de Pierre de Poitiers, in-fol. Piget, dont le nom s'est perpétué avec honneur dans la librairie pendant plus de cent ans, était fort instruit et avait des correspondants dans toute l'Europe. Il prenait pour marques la Fontaine ou la Prudence^ qui lui venaient de deux libraires dont il avait successivement acheté le fonds, Gilles Morel, et Joseph Cottereau que nous avons rencontré des premiers. Le Spicilège de D. d'Achery^ 1 655-57, i3 in-4% fut publié par Charles Savreux, à qui l'on doit aussi le deuxième volume des Acta^ distingué par sa marque des Trois Vertus avec la devise Ardet amans spe nixa Jîdes. Il fut le seul de son nom et eut pour successeur Guillaume Desprez,dont nous parlerons plus tard. Sa boutique était située au pied delà tour méridionale de Notre- Dame, et tout son commerce consistait en livres de piété. Il était le libraire de Port-Royal, et c'est en se rendant au fameux monastère des Champs que, sa voiture ayant versé, il trouva la mort; c'est là qu'il fut enterré avec une épitaphe qui a été conservée (i).
fi) Voir le Nécrologe de Port-Royal. Amsterdam, 1723, in-40, par D. Rivet, p, 379.
La première édition de saint Bernard^ 16G7. 2 in-fol. et 9 in-8", fut donnée par Frédéric Léonard, qui a été Tassocié et le successeur des derniers des Estienne, Henri IV mort à trente ans en 1661, et Antoine son père qui, treize années plus tard, s'éteignit à quatre-vingtdeux ans, aveugle et infirme, à THôtcl-Dieu de Paris. Frédéric I"" Léonard, avec François Muguet et plusieurs autres, fut chargé de Fimpressiondes auteurs ad iisum DelpJuni, 40 in-4*', dont une trentaine portent son nom.
Les Commentaires sur la Règle de D. Mcge et les Analecta grœca^ 3 in-4°, furent publiés en en i685, 1687 et 1688 chez les Martin. Cette famille a exercé la librairie de 1570 à 1789. Edme II, qui avait épousé la fille de Claude Cramoisy et imprimait, avec les ouvrages sous son nom, presque tous ceux qui composèrent le fonds si considérable de ses deux beaux-frères, Sébastien II et Gabriel Cramoisy, surpassa beaucoup ses ancêtres par sa réputation d'habileté et de science. Il mourut en 1670, mais sa veuve continua ses grands travaux, aidée de l'un de ses fils Gabriel, et associée pour certaines œuvres à son autre fils, Etienne, et à son gendre, Jean Boudot, un des éditeurs du Musœum Italicum de Mabillon, 1687-89, 2 in-4°.
Pierre et Imbert Débats furent les éditeurs de bréviaires et diurnaux, de livres de méditation composés par D. Bretagne, D. Bougis, D. Rainssant, d'opuscules de Mabillon et de Ruinart, enfin des deux grands ouvrages de Bulteau, Histoire monastique d'Orient y 1678, in-8, et Histoire de l'Ordre de Saint-Benoit^ 2^ édition, 1694, 2 vol. in-4°.
Une première édition de V Histoire de l Ordre de Saint-Benoît avait été donnée en 1684, par Jean-Baptiste Coignard. Fils de Charles I" qui s'était distingué surtout par ses livres liturgiques, Jean-Baptiste P% et ses enfants après lui, continuèrent la même tradition, mais ils ne s'en tinrent pas là. Pour ne parler que de nos Bénédictins de Saint-Maur, des ouvrages comme leur Saint Ambroise, 2 in-fol. 1686-90, leur Saint Bernard^ 2* édition, 2 in-fol. 1690, leur Saint Irénée^ i in-fol. 17 10, leur Saint Basile, 3 in-fol. 1 721-1730, et le premier volume du Gallia, in-fol. 171 5, aussi bien que le grand et beau Psautier de 1749, portent tous le Tjpis J.'B. Coignard : cest Jean-Baptiste P% mort en 1689, Jean-Baptiste II, mort en 1737, Jean- Baptiste III, mort en 1768. Baptiste II, imprimeur et libraire de TAcadémie française, a attaché son nom à la première édition du
Dictionnaire^ Baptiste III à la fondation d'un prix d'éloquence latine à l'Université. En mourant, ce dernier des Coignard laissait, dit-on, dans son coflVe-fort quarante sacs de i,ooo louis d'or chacun. « De 1470 à 1789 on ne compte, ajoute-t-on, que quatre grandes fortunes acquises dans l'imprimerie et la librairie. » Nous avons vu plus haut comment s'éteignit le nom le plus illustre de la typographie française.
François Muguet, premier imprimeur du roi et du clergé de France, donna ses soins pendant plus de vingt ans, aux 1 1 splendides in-fol. du Saint Augustin 1679- 1700, et en même temps au Saint Hiîaire de D. Coustant 1693, au Saint Grégoire de Tours, aux Acta sincera et à la Persecutio Vandalica de D. Ruinart, 1689, 1694 et 1699. Après sa mort, ses trois fils et sa veuve continuèrent des relations si bien établies : la veuve Muguet imprim.a entre autres Y Histoire de Bretagne de D. Lobineau, 2 in-fol.
En 1687, le De Senonuni origine christiana de D. Mathou, in-4°, et V Anonyme de Ravenne de D. Porcheron, in-8'', sortirent des presses de Simon Langronne.
Le libraire dont il est le plus souvent question dans la correspondance des Bénédictins avec
leur procureur à Rome, avec Magliabecchi et d'autres savants d'Italie, est le fameux Jean Anisson qui, en venant s'établir à Paris, où il reçut la direction de l'Imprimerie royale, conserva son établissement à Lyon, sa patrie, et fut plus que jamais l'intermédiaire du commerce des livres entre la France et les pays d'au delà des Alpes. On lui doit le De antiquis monachorum ritibiis de D. Martène, 2 in-4% 1690, le premier volume de V Apparatus de D. Le Nourry, ir>94, in-8% et 1703, in- fol. (le 2" volume fut donné par J.-B. Delespine, 1697 et 171 5), le Saint Athaiiase de D. Montfaucon, 3 in-foL. 1698, et son DiariiuJi Itaîiciim^ in-4**, 1702, enfin les deux premiers volumes du Saiyit Jérôme que nous verrons continué par Claude Rigaud, son beau-frère.
On trouve encore, sur des ouvrages de moindre importance de cette première époque, des noms d'imprimeurs qu'il nous faut citer : Claude Huot (1649}, Pépingué (i656}, Beaujeu (1669}, Etienne Michalet (1670}, Lambert Rouland (i685),Arnoul Sineusc {1688-91). La veuve Mabre-Cramoisy, fille de Sébastien II, directrice de l'Imprimerie royale après son mari et son père, imprima en 1689 ^^ ^^^ ouvrages de D. Lamy, qui eut aussi pour éditeurs Edme
Couterot (1694) et Jean de Nully (1696) : Elic Jcssct fut celai de D. Gcrberon (1672-90), Antoine Lambin celui de Martianay (1695- 1709).
En province, au xvii^ siècle, les travaux les plus importants que nous trouvons exécutes pour les Bénédictins, sont ceux de ?klaurry et Lebrun à Rouen (la Vie des archevêques de Rouen de D. Pommeraye, in-fol., 1667, son Histoire de V Eglise cathédrale^ in-4% 1686, et ses Concilia ecclesiœ Rothomagensis^ 11^-4", i^??)^ et ceux de Behourt {Histoire de saint Grégoire le Grand de D. de Sainte-Marthe, De antiquis Ecclesiœ ritibus et Velei^um scriptorum collectio 7tova de D. Martcne, 5 in-4°, 1697 et 1700). Nommons ensuite : dans la même ville. Eustache Viret (1698); à Rennes, Pierre Garnicr (i653);à Tours, Poinsot (i656). Le Brun (1679), Masson (1697), Jean Barthe et Michel Du val (1700); à Toulouse, Et. Trévenay (167 1) et Denys de Saint-Saturnin (1698); à Caen, Poisson (1671); à Orléans, François Hotot (1674); à Reims, Potier (1680); à Auxerre, François Garnier (i683); Claude Michaut à Dijon (1695) et Sébastien Hip à Vendôme (1700).
Un grand nombre d'opuscules de D. Gerberon portent le nom de villes et de libraires des Pays-Bas; mais nous ne parlerons qu'à la fin
de notre travail de toutes les impressions faites pour les Bénédictins de Saint-Maur hors de la frontière, ou en France avec la rubrique La Havc, Utrecht et autres lieux étrangers.
2° Charles Robustel devint au xviii^ siècle l'imprimeur de Mabillon pour ses plus beaux ouvrages, les Annales O. S. B.. 5 in-fol., lyoS- 171 3, \q supplément et ensuite la 2® édition de la Diplomatique^ 2 in-fol. 1704 et 1709.
Claude Rigaud, associé au grand établissement Anisson, Rigaud et Pasuel à Lyon, imprima sous son nom les volumes III-V du Saint Jérôme, dont les deux premiers portaient celui de son beau-frère, 1704- 1706, et en même temps le Saint Grégoire le Grajid de Sainte- Marthe, 4 in-fol. 1705, et le Collectio nova Patrum grœcorum de Montfaucon, 2 in-fol.
La même année, Frédéric II Léonard, dont la maison, nous Tavons vu, avait recueilli l'héritage des Estienne, donna VHistoire de Saint- Denys do. D. Félibien, in-fol., puis son projet de la nouvelle ///6'/o/re <ie Paris^ 1714- Mais bientôt il vendit ses presses et se retira en Angleterre où il mourut.
Les Œuvres d' Hildebert^ que D. Beaugendre publia en 1708, à l'âge de quatre-vingts ans.
furent mise en vente apiid Laiirentiwn Le Coûte, ad ri paru Sequanœ Augiistîniauajn.
La magnifique Paléog-raplue grecque de Montfaucon, in-fol. 1708, ses Hexaples d^Origèfie, 2 in-fol. ijio, et sa Bibliotheca Coisliniana^ in-fol. 1715, eurent pour éditeur, soit seul, soit avec Boudot et Robustel, Louis Guérin, dont le fils, associé au fils de Robustel, à Desprez, Bardou et Desessarts, donna le Sahit Jea?i-Chr)'sostome, i3 in-fol., 171S-1738.
Pour V Antiquité expliquée^ i5 in-fol. avec quantité de gravures, 17 19 et 1724, sept libraires se réunirent : Delaulne, Hilaire Foucault, Jean Geoffroy, Nyon, Ganeau, Gosselin et Giffart. On sait que les dix premiers volumes de ce grand ouvrage, tirés à dix-huit cents exemplaires, furent vendus en deux mois, et que les libraires, excités par ce prodigieux débit, sans consulter l'auteur, firent aussitôt une seconde édition qu'ils tirèrent à plus de deux mille : ces dix volumes sont beaucoup moins rares que les cinq volumes supplémentaires de 1724. Delaulne, avec les mêmes, sauf François Giffart, avait donné en 17 17 le Thésaurus novus ajiecdotorum de ALartène et Durand, 5 in-fol. François Giffart édita le Martyrologe d'UsuardÛQ D. Bouillard, 17 18, in-4°.
Jacques Vincent du Mans vint s'établir libraire et imprimeur à Paris en 1704, et laissa plus tard sa maison à un de ses fils : un autre fit profession dans la Congrégation de Saint-Maur, devint bibliothécaire de Saint-Remy de Reims et est l'auteur de deux lettres adressées au Journal des Savants^ sur la géographie des Gaules (1768). Vincent imprima, avec les nombreux ouvrages de piété de D. Morel, le Saiiit Crrulie dcT). Touttée, in-fol. 1720, V Histoire du Laiiguedoc àt D. A'aisseti:e, 5 in-fol. , ijSo- 45, et Y Abrégé^ 6 in- 12, 1749. Il commença VOrigene de D. de la Rue, 4 in-fol., 1733- 1769, terminé par Jean Debure, Toncle du célèbre auteur de la Bibliographie instructive^ et membre d'une famille qui exerça la librairie de 1660 à 1844.
Nous avons vu que J.-B. Coignard avait été réditeur du premier volume du Gallia Christiana;\Qs volumes suivants, de 1720 à 1785, sortirent tous, 12 in-fol., de l'Imprimerie royale du Louvre. Le Saint Cyprien^ in-foL 1726, partagea le même honneur.
Les Lettres des papes de D. Constant sont ducs à une société formée de Louis-Denys de la Tour, Urbain Coustelier et Pierre Simon, tous trois de noms connus dans la librairie pendant
une longue période (iGoG-iySS, 1654-1775, 1721-1785).
Les Œiivrx's posthumes de MsiblWon^ 3 in-4°, parurent en 1724, chez Babuty, J.-Fr. Josse et Jombert le jeune. Nous rencontrerons plus tard le petit-fils de ce dernier; Josse appartient à une famille qui exerçait encore Timprimerie et la librairie en 1737, après cent dix ans d'honorables travaux.
Montalant donna, en 1723, la 2*^ édition du Spicilège de d'Achery et des Analecta de Mabillon 4 in-foL, de 1724 à 1733 VAmplissima Collectio de Martène et Durand, 9 in-fol.
Grégoire Dupuis, descendant de Mathurin, libraire-juré en i539, et grand-père de Georges qui demeurait en 1789 rue Jacob, fit imprimer en i']2^Y Histoire de Saint-Germain-des-Pj^és de D. Bouillard, in-fol.
Jacques Collombat, reçu libraire en 1695, imprimeur plus tard du cabinet du roi, entreprit pour les Bénédictins d'abord un Procèssionai^ ijig^ in-8% puis la Grammaire et le Lexique hébraïque de D. Guarin, 1724 et 174Ô, 3 in-4°, enfin l'ouvrage latin et le français de D. Maran sur la Divinité de N.-S. Jésus-Christ^ in-fol., 1746, et 3 in-12, 175 1. Le savant pape Benoît XIV, en faisant de grands éloges du
premier traité, ajoute : « c'est aussi un chefd'œuvre de rimprimerie française. »
Les Desprez avaient succédé à Ch. Savreux et continué ses travaux pour Port-Royal. Guillaume II donna, avec Jean Desessart, ïHistoire de Paris^ terminée par D. Lobineau, 5 in-fol., 1725; son fils, Guillaume-Nicolas, et son gendre, Pierre-Guillaume Cavelier, VArt de vérifier les dates^ édition de lySo, in-4° majori ; le premier seul, l'édition suivante de 1770 in-fol.; et la nouvelle Diplomatique 6 forts vol. in-4% enrichis de' nombreuses planches, 1 750-1 765. En 1770 il imprima Y Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Manr, ouvrage comme on sait très janséniste, pour lequel il fut obligé de faire quatorze cartons et où il n'osa inscrire son nom.
Charles III Osmont, d'une famille qui a exercé de 1618 à 1782, est l'éditeur du Glossa^ rium Cangii de Toustain et Carpentier, 6 in-fol. 1733-36, du Saijit Justin de D. Maran, in-fol. 1742, des Mémoires pour V histoire de Bretagne^3 in-fol., 1742-46. Son gendre, François Delaguette, associé pour ces trois volumes, donna seul les deux autres de VHistoii'e^ ijbo-
C'est à Gandouin et Giffart qu'on doit l'ou-
vrage aujourd'hui très rare et dont en a entrepris une reimpression, les Monuments de la Monarchie Française dQ D. Montfaucon, 1729- 1733, 5 in-fol.
L'auteur du Code de la Librairie^ Claude- Marin I" Saugrain travailla pour les Bénédictins de Saint-Maur, soit seul, soit associé à Emery et à un membre de la famille des Martin, Pierre. Il publia avec ceux-ci V Explication des textes de VEcriture de D. Jacques Martin, J730, 2 in-4% et seul sa Religion des Gaulois^ 1727, in-4°. Son petit-fils, Claude-Marin II, s'adjoignit en 1764, pour le Catalogiis Mss. Collegii Claromontani^ un des Le Clerc, famille qui remonte à 1687 et dont le dernier descendant, Théodore Le Clerc, libraire, quai Notre- Dame, est mort en i858.
Mais une famille qui règne encore dans la typographie, après cent soixante-dix ans d'existence, est celle des Didot, dynastie comparable à celle des Estienne, aussi illustre dans son art, non moins renommée dans le monde des lettres et de l'érudition. Avec 4 in- 12 de D. Liron, 4 in-fol. d'auteurs bénédictins portent ce grand nom d'éditeur, la Vêtus Italica (imprimée à Reims par Florentain), et le premier volume des Concilia Galliœ de D. Labat. Nous sera-t-il
permis d'ajouter qu'il s'est retrouvé associé de de nos jours, sur le Spicilegiinn Solesmense et la Sainte Cécile, aux deux noms de D. Guéranger et de D. Pitra aujourd'hui cardinal?
En 1733, parut in-4'' le premier volume de VHistoire littéraire de la France que la Révolution arrêta au douzième tome. Chaubert s'associa d'abord Clousier, Gissey, Hourdei, Huartet Osmond, 1733-40. Au sixième volume Durand remplaça Gissey et Hourdei, 1742-46; pour le neuvième Chaubert, Huart et Durand se joignirent David, Aumont et Piget, 1748-50; aux dixième et onzième, 1756-59, au lieu des noms de Huart, Aumont et Piget on lit ceux de Nyon, Savoie, et Pissot, dont les deux derniers font place dans le titre du tome XH^ à ceux de Brocas et Hérissant, 1763.
Cinq ans après Tapparition du premier volume de D. Rivet, on entreprenait une autre œuvre non moins considérable, puisqu'elle est aujourd'hui à son vingt-quatrième volume in-fol. qu'on achève d'imprimer en même temps que le vingthuitième in-4'^ de VHistoire littéraire : c'est le Recueil des historiem des Gaules et de la France. Gabriel H Martin, fils de Gabriel 1", que nous avons nommé plus haut, célèbre comme lui par de beaux et nombreux catalogues qu'on recher-
che encore de nos jours, publia, de i ySS à 1 760, 10 volumes de cette grande collection, aidé par d'autres libraires dont il nous faut faire rénumération. Pour les tomes I à VIII, Jean- Baptiste III Coignard; pour les tomes I à VII, Pierre-Jean Mariette (d'une famille aussi connue que celle des Coignard et qui lui était alliée, Pierre-Jean était savant antiquaire, il est Fauteur du T7\iité des pierres gravées du cabinet du roi). Pour les tomes I à X, les Guérin : (Jacques et son frère Hippohne-Louis, éditeur du Saint Jean-Chrysostome et aussi de la traduction de Cicéron de Tabbé d'Olivet, pour laquelle il ne demanda aucune rétribution, heureux, en grand libraire qu'il était, d'élever un monument à l'incomparable écrivain); pour les tomes VIII à X, Antoine Boudet. Pour les deux derniers, Louis-François de la Tour (fils de Louis-Denys, en entrant dans la famille des Guérin, il devait réunir la succession des deux maisons les plus riches de la librairie de Paris); un XP volume des Historiens parut par ses soins en 1767; puis, en 1781 et 86, les XIP et XIIP par ceux de la veuve de Nicolas Desaint, que nous allons bientôt rencontrer.
En 1739, un 6® tome fut ajouté aux Annales de Mabillon^ édité par Jacques RoUin.
Briasson donna la même année la Bibîiotheca maniiscriptorum ào. Montfaucon 2 in-foL; Le Breton en 1762 et 1754, les deux volumes de ^'Histoire des Gaules avec figures et cartes de Banville; la veuve Lottin en 1753, les Nouvelles- Annales de Paris de D. Du Plessis, in-4. Elle était associée pour cet ouvrage avec son gendre Butard ; un de ses fils fut éditeur de D. Liron et son petit-fils, Philippe-Denys Pierre, qui portait, au moment de la Révolution, le titre d'imprimeur des Bénédictins de Saint-Maur, a attaché son nom au Bréviaij^e nouveau de 1787. L'aîné de ses enfants est surtout célèbre comme ayant été choisi pour enseigner la typographie à Louis XVI enfant et à ses frères. Son neveu Lottin de Saint-Germain est l'auteur d'un livre rare et précieux sur l'imprimerie à Paris, rédigé à l'aide des archives de la communauté perdues à la Révolution; un incendie en a détruit presque tous les exemplaires. Cette famille exerçait encore en 1840.
Nicolas Desaint, avec Saillant, J. Th. Hérissant et Jacques Barois, publia en 1755 la Géographie universelle de D. Vaissette, 4 in-4° et 1 2 in- 1 2 ; en 1 766, avec Saillant et Le Breton, le Glossarium Jiovum de Carpentier, 4 in-foL, et le Facteur d'Orgues de D. Bcdos, in-fol.
Il mourut en 1771, et sa veuve, outre la part qu'elle eut au bel et important ouvrage de D. Bouquet, 1781 et 1786, édita le premier volume de Saint Grégoire de Na'{ian:{e, infol., 1778. Elle demeurait en 1788 rue Saint- Jacques, ainsi que son beau-frère Jean-Charles : la Révolution interrompit leurs grandes publications et en particulier ces Œuvres de Saint Grégoire^ auxquelles les Bénédictins travaillaient depuis si longtemps.
Nous avons, parmi les associés de Nicolas Desaint, trouvé tout à l'heure un nom bien connu dans la librairie, où il a subsisté, après deux cent trente-quatre ans, jusqu'en i856. Celui deDelalain,quiselit sur un in-i2 deD. Pernetty en 1787, a plus de notoriété encore que celui de Barrois : après cent seize années, il continue de figurer parmi les plus illustres et les plus anciens dans la librairie.
Un autre, qui disparaît en i83o et s'est déjà rencontré sous notre plume, est celui de Jombert. Louis-Alexandre, fils de Charles-Antoine et gendre de François-Ambroise Didot, donna, de 1780 à 1787, la troisième édition de VArt de vérifier les dates ^ 3 in-fol. Pierre Didot, son beau-frère, commença deux ans plus tard, ainsi que nous l'avons dit, les Conciles des Gaules ; il
imprimait la trois cent quarantième page du second volume, quand la Révolution chassa les moines de leurs cloîtres.
Il nous reste à parler de libraires de Paris que nous ne connaissons que par des travaux d'un ordre secondaire, et ensuite de ceux de la province. J. B. Cusson et Pierre Witt donnèrent quelques ouvrages de Martianay, et la veuve Mazières de Jacques Martin ; la veuve Vangon, Charles Huguier et Garnicr, la plupart de ceux de D. Liron, sauf les Aménités de la critique et les Singularités historiques qui parurent chez Delaulne et chez Didot. Nous trouvons un in- 12 de D. Montfaucon, imprimé chez Jacques Etienne, d'une famille différente des grands Estienne. Nommons enfin Maillet, J.-B. Samson, Pierre Simon et Desventes de Ladoué. Au xviii^ siècle, les libraires de Rouen nous fournissent, comme au xvii% des œuvres considérables : Tédition des Conciles de Normandie donnée par D. Bessin, et beaucoup plus ample que celle de D. Pommeraye, chez François Vaultier, 17 17, in-fol., celle des Préfaces de Mabillon, chez Le Boucher, 1722, in-4'', et la Défense des titres de Saint-Ouen, d'où est née la nouvelle Diplomatique^ 1743^ in-4''. Mais d'autres villes de province rivalisent
t PRÉFACE 29
avec Rouen : Rennes donne la Vie des saints de Bretagne (Pierre Garnier, 172?, in-fol.) ; Dijon, VHistoire de Bourgogne (Antoine De Fay et puis Nicolas Frantin 1739-1781, 4 infol.). Bordeaux, VHistoire de la ville de Bordeaux (Delacourt avec Saillant de Paris, un in-4% 1771); Orléans, la Bibliotheca Prustelliana de D. Méry (Rouzeau, 1721, in-4^), et le nouveau Catalogue de D. Fabre (Jacques- Philippe Jacob avec Pierre-Théodore Barois de Paris, 1777, in-4°;. C'est à Reims, comme nous Tavons dit, que furent imprimés les 3 infol. de la Vêtus Italica, chez Regnault Florentain, 1743. Nommons encore Vialar (1701- 1706), Douladoure (1708) et Jean Guillemette (1745;, à Toulouse; J. Fleuriau (1708), à Poitiers; François Godard, à Reims (1708- 1714} ; Jacques Mareschal, à Nantes (1708); Delorme (1711' et Ch. Geroust (171 8', à Avignon; Troche, à Auxerre (1714' ; Jean Malassis, à Evreux (1720;; la veuve Hérault (1731); Jorre (i73o\ N. Besogne (1747;, et Laurent Dumesnil (1767-69), à Rouen; Jean Rouzeau- Montaut, à Orléans (1760-69); Philibert Masson, à Blois (1750); Desventes, à Dijon (i75o\ 3*^ Nous devons, enfin, dire un mot des ouvrages des Bénédictins de Saint -Maur, qui
3o PREFACE
portent un nom de lieu étranger. Les réimpressions, non plus que les éditions posthumes, ne sont pas de notre sujet, et, par conséquent, malgré leur importance, les réimpressions faites, particulièrement en Italie, des travaux de Mabillon et des éditions des Pères : nous ne devons traiter que des rapports directs ou indirects de nos Bénédictins avec la librairie étrangère. D. Gerberon, durant les vingt ans qu"il fut dans les Pays-Bas, Montfaucon et les autres résidents à la procure de Rome, ont imprimé quelques livres, mais ce sont surtout de ces brochures que Ton appelait alors des factums : l'ouvrage le plus considérable serait le Baiiis^ in-4% 1696, publié sous Fanonyme par Gerberon et qui se vendait chez Henri Fricx, libraire à Bruxelles. La Bibliothèque des auteurs de la Co7igrégation de Saint-Maur^ qui avait été confiée à Tabbé Prévost, fut éditée en Hollande par les soins de Jean Le Clerc, « chez Pierre Gosse à la Haye, 1726 ». Un ami de D. Pisant se chargea de faire imprimer son Traité des exemptio7is à Luxembourg, par Chevalier.
D. Gerberon était encore en France quand il donna ses Acta Marii Mercatoris, 1673, qui portent le nom de Lambert Marchantà Bruxelles, et D. Magnin était prieur de Saint-Benoît-sur-
Loire, quand il édita une ou deux plaquettes jansénistes « chez Fabri et Barillot à Genève». Plusieurs de ces livres, et, nous pouvons dire, la plupart de ceux de notre Bibliothèque Mauriste qui sont donnés comme imprimés à l'étranger, sont de libraires supposes, souvent de libraires imaginaires. Même pour des ouvrages comme la deuxième édition des Rites de D. Martène, la mention d'un lieu étranger peut être suspecte, et en elTet nous savons que ces 4 in-4'^ ont été imprimés à Milan et non, comme le titre l'annonce, à Anvers, chez J.-B. de la Bry. Mais il y a un certain nombre de noms, celui de Pierre Marteau, par exemple, qui sont connus en bibliographie comme de fausses étiquettes de livres ou jansénistes, ou hostiles à l'autorité, ou contraires aux mœurs. Nous ne trouvons que le Mémorial de D. Gerberon sur les cinq pr^opositions 1676, qui soit attribué aux presses de Pierre Marteau à Cologne, au milieu de plus de trois cents ouvrages datés de 1660 à 1834; que les Œuvres de Baïus citées plus haut, 1696, in-4°, pour Balthasar dTgmont, et les Lettres de Jansénius, 1702, in-12, pour Pierre Lejeune. Le Stabulensis monasterii jura de Martène, 1730, in-foL, est donné à la veuve Schlebusch ; trois in-12 de l'inépuisable D. Ger«
beron à Jacques de Vallée, et VAbbé commendatairck Nicolas Schouten, toujours à Cologne; la Vérité persécutée à^ D. Toustain à Christian Van Loun à la Haye, et Y Histoire générale du Jansénisme par Tabbé '** ^D. Gerberon) à Louis de Lorire à Amsterdam. Avec Cologne c^est la Hollande que les livres clandestins ont le plus souvent pour patrie, véritable ou supposée (f, et les Pays-Bas, Bruxelles en particulier. La Morale pratique des Jésuites, 8 in-i2, de divers auteurs, parmi lesquels Gerberon avec Cambout et Arnauld, est mise sous la responsabilité de Quentel à Cologne : c'est un eizévir, sorti des presses de Daniel fils de Bonaventure, comme nous l'assurent Motteley et les Annales de Pieters '2'.
Il faut nous arrêter dans notre longue, et peutêtre fastidieuse énumération. Le nom des Elzévirs clora cette étude bibliographique, commencée par celui des Estienne, et qui nous à entraîné au delà des limites que nous nous étions assi-
(0 Tout ce fatras de libelles pervers,
Dont le Batave infecte Tunivers.
Gresset, Epître à ma Muse, v. 392-3.
(2) Aperçu sur les erreurs de la Bibliographie des El^évirs, Bruxelles, 1848, in-i6. — Annales de l'Imprimerie des El:{é' virs, Gand, i838, in-S».
gnces, malgré la liàtc que nous avons mise à notre marche et la sécheresse qui en résultera pour notre récit. En rappelant le souvenir de tant de familles moins illustres, qui ont succédé aux Estienne, ont devancé les Didot ou leur ont été contemporaines, nous aurons du moins largement donné la preuve de ce que disait D. Tassin, énumérant les services de ses frères de la Congrégation de Saint-Maur : « Qu'ils avaient aussi concouru à faire fleurir la Librairie, une des branches considérables du commerce de la France. »
BÉNARD (D. Laurent) f en 1620 au collège de Gluny, à Paris.
1. De l'Esprit des ordres religieux, en quoy il consiste, et des moyens pour Tacquérir, spécialement de Tesprit de l'Ordre de Saint Benoist, avec une Apologie pour sa Reigle. In-8.
Paris, Régnauld Chaudière, 1616.
2. Parénèses chrétiennes, ou sermons très utiles à toutes personnes, tant laïques, ecclésiastiques, que régulières. 2 in-8.
Paris, P. Chevallier, 1616.
3. Instructions monastiques sur laRègle de Saint Benoît, touchant les trois vœux de religion, vêture, profession, réception des novices et moines étrangers, Thumilité et ses XII degrés, et tous les autres actes, vertus et devoirs de l'état religieux.
In-8 de i,25ô pages.
Paris, Denys Langlois, 16 16.
On a fait porter aussi à ce livre le titre de Mémorial de la vie religieuse.
4- Remerciement des Bénédictins au roy très-chrestien, Louis XIII, roi de France et de Navarre, sur la proposition faicte par Sa Majesté en rAssemblée de Rouen de remettre les Abbayes en régularité. In-i6 de 3o pages.
Paris, Bertrand Martin, 1618.
5. L'Éloge bénédictin, et combien les Bénédictins, par leur science et vertu ont honoré et obligé la chrestienté.
In-16 de 58 pages.
Paris, Bertrand Martin, 161 8.
4 pages non numérotées sont jointes au volume, avec ce titre : Advis pour la réforme et nourriture des Religieux à qui Sa Majesté voudrait donner les Abbayes de leur Ordre.
G. Police régulière tirée de la reigle de Saint Benoist, en laquelle est traitté de la vocation d'un chacun, de l'estude, de l'œuvre manuel et de l'hospitalité des religieux. In-8.
Paris, R. Giffart, 1619.
LANGLOIS (D. Adrien) f en 1627 à
7. Apologie pour Thistoire des deux fils aînés de Clovis II, énervés, et moines à Jumièges. In-12.
Imprimé aussi dans les Chroniques de l'Ordre de Saint-Benoit, in-fol. voL H, page bSj Cin-4 vol. II, p. 7^'
MONGIN (D. Athanasede) f en iG33 à Saint-Germain-des-Prés.