‹ Bibliothèque dramatique de Pont de Vesle, formée avec les débris des bibliothèques de Saint-AngeChapitre 1 sur 54 · TËGHNER, LIBRAIRE, PLAGE DU LOUVRE · texte numérisé non relu

TËGHNER, LIBRAIRE, PLAGE DU LOUVRE

C'en est fait : la bibliothèque dramatique de Pont de Vesle et de madame de MoûtessoD est condamnée à périr! Les livres qui la composent, rassemblés avec tant de peine par un grand seigneur qui faisait des comédies, et conservés avec tant de soin par une grande dame qui faisait des tragédies, vont se désunir et se disperser : les uns, nétoyés, restaurés et remis à neuf, se couvriront de maroquin et de dorures pour devenir des bijoux que les bibliophiles convoitent déjà ; les autres passeront dans ie^ mains de quelques amis de la littérature dramatique et seront encore lus ou feuilletés, comme ils Tétaient au 18® siècle ; le plus grand nombre tombera chez les bouquinistes, sur les étalages des quais, et ne s'en relèvera pas. Vœ victis !

Et pourtant la plupart de ces volumes ont été touchés par des mains illustres! Parmi ceux qui proviennent des bibliothèques de Saint-Ange et de Grozat, quelques uns avaient appartenu à Molière et aux acteurs de sa troupe; les armes de madame de Pompadour, du duc de Lavallière et du comte d'Hoym, témoignent encore de l'origioe de ces rares exemplaires qui n'avaient pas craint de s'encanailler, en se mêlant aux restes des bibliothèques du théâtre de la Foire et du théâtre Italien.

Aujourd'hui on ne recherche que les livres irréprochables, c'est-à-dire habilement traités par la bibUolalrique ou l'ait de guérir les livres malades : ces livres-là, on les paie au poids de l'or. Les livres que renferme la bibliothèque de Pont de Vesle, ne sont pas malheureusement, du moins pour la plupart, dans l'état de conservation et surtout de reliure qu'on exige maintenant pour les collecUions d'amateurs. Si ces livres étaient tous en belle condition, la bibliothèque vaudrait plus de 100,000 fr.

Car les raretés y sont très nombreuses : on y remarque une foule de pièces introuvables, sans parler des mystères et des éditions originales. Le catalogue, qui était fait pour la protection et non pour la destruction de cette bibliothèque si curieuse, ne donne aucun renseignement sur ce qui est rare et précieux : il décrit, par exemple, la première édition de Louise Labé, avec la même indifférence qu'une brochure publiée chez Barba !

C'est donc affaire aux libraires instruits et aux bibliophiles éclavrés.

de découvrir eux-mêmes les perles enfouies dans ce catalogue : nous leur recommandons surtoot Tancien Théâtre français et l'ancien Théâtre italien. Il y a là quantité de volumes auxquels il ne manque qu'une reliure digne d'eux, pour atteindre les prix extraordinaires des ventes Cailhava, Libri et Âimé-Martin.

On sera tout éconné d'apprendre, avant une année, que dix ou quinze articles, tirés de ce catalogue, valent à eux seuls le prix que Ton demandait de la bibliothèque entière.

Quant à nous, qui avons fait tant d'efforts pour la sauver, nous n'avons pas. Dieu merci, à nous reprocher do l'avoir sacrifiée, et encore, à cette heure, en écrivant son épitaphe, nous formons des vœux, inutiles sans doute, mais ardents et sincères, pour qu'une bonne âme d'argent s'émeuve en faveur de la dernière bibliothèque dramatique, de la célèbre bibliothèque de Pont de Vesle et de madame de Montesson !

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