LE PASTISSIER FRANÇOIS. Amsterdam
Reliure de Trautz, en maroquin citron, filets cintrés genre Du Seuil sur les plats, doublée de maroquin bleu, compartiments intérieurs au pointillé genre Le Gascon.
Exemplaire de Q.uentin Bauchart.
Comment parler en termes sufTisamment élevés de ce livre fameux , célébré par les bibliophiles a cause de sa rareté, conspué par les profanes à cause de son objet, qui s'est élevé en ces derniers temps a des prix catapultueux ? ( lo.ooo francs, non rogné. Et encore, il y avait un fleuron qui n'était pas celui de l'édition ordinaire. Angoisse de l'acheteur. Serait-ce une contrefaçon? Il est fortement tenté de rendre son livre au libraire qui le lui a vendu. Refus de celui-ci Nomination d'experts. Examen minutieux , docte et raisonné du bouquin. Verdict solennel d'acquittement. Ce n'est pas une contrefaçon. Ça vaut les 10.000 comme un sou. Trop heureux encore, que l'amateur ne soit pas condamné à payer une soulte au libraire I ) Non I la prose est trop vile en telle occasion; sans qu'il soit nul besoin d'exercer de pression les mots tout seuls en rang tendent a s'aligner
Pour te cataloguer en vers, ô Pastiisier I
Oui, bien que tu ne sois qu'un livre de cuisine, Pour toi l'on donnerait et Molière et Racine, f)n donnerait Corneille, on donnerait Victor Hugo, Zola, Coppée, et Lamartine encor, (Juge un peu 1). Pour t'avoir, avec ta reliure De Trautz, aux plats divins, i suave doublure A petits fers poussés l'une impeccable main. On donnerait tout, quoi 1 sa cnemise et son pain. Mais est-il donc besoin d'insister davantage ? Et n'a-t-on pas montré pour toi combien peu sage E»t le collectionneur mordu par le désir ?
RBClT DE notre AMI.
A II était chez Bauchart. Je dus le lui ravir, <\ Mais l'attaquer de front ce n'était pas à faire :
« Un mouvement tournant fut jugé nécessaire,
« C'est-à-dire, un échange. Il me fallut chercher
« Dans mes livres, lequel pourrait bien le tenter.
« — l'avais un Coquillart (un Coquillart volage
« Adroitement saisi par moi dans le Passage
« Tout exprès dans l'espoir d'allécher un copain:
<\ Je comptais le céder avec honnête gain.
« Les livres , comme nous , suivent leur destinée
« Habent iua fata ! modeste ou fortunée.
« Celle de Coquillart fut de changer de main ,
« Un jour chez celui-ci , chez celui-là demain.)
« Il me le prit. Parfait! — Mais ici, ça se corse.
« Ace jeu, comme moi, notre homme était de force
« Et se gardait — Jugeant où j'en pourrais venir,
« Il me tenait, braquant sur moi son eizevir ,
« Exigeant en retour mon Roman de la Rose
« De Galliot du Pré! Doublé!! Par Trautz !11 — La chose
« Devenait bien visible : il me faisait mouler
« A l'arbre. — Pour son livre il feignait de lutter,
<* Vantant sa taille énorme et sa fraîcheur exquise,
« Le grain du ma!oquin : la peau d'une marquise
« N'est pas si douce, (siV)..,. J'étais sur le charbon.
« Q.uand on perd son sang-froid , il vous en coûte bon !
« Mon Roman partit donc , englobé dans l'orgie.
« Je n'étais pas au bout ! — J'avais VApologtc
« Pour Hérodote , en reliure ancienne, amour
« De livre provenant de chez la Pompadour.
« Il me le soutira ! — J'avais, (le cœur m'en saigne ,
« Mais il est bien trop tard pour qu'a présent je geigne) ,
« Un Virgile eizevir, (c'était un joli coup
« Fait chez Baillieu) . dans un ravissant Padeloup,
« Un Padeloup frais, pur, intact, en mosaÏclue !!
« Il me l'extirpa net, spéculant, — le cynique !
« Sur mon désir brûlant du bouquin tentateur.