‹ Bibliothèque dún bibliophile, 1865-1885Chapitre 26 sur 106 · Les Caractères, 1696, in · texte numérisé non relu

Les Caractères, 1696, in

Dernière et complète édition donnée du vivant de l'auteur. Reliure de Cuzin, maroquin rouge, janséniste.

La Bruyère a voulu s'essayer à peindre le bibliophile. Affreusement poncif, entre nous, son article! Voyez un peu comme il s'y prend pour tracer ce caractère, ou ce portrait :

«Je vais trouver cet ho.nme (celui qui dit qu'il a une bibliothèque) , qui me reçoit dans une maison ou, des l'escalier, je tombe en faiblesse d'une odeur de maroquin noir dont ses livres sont tous couverts. (Voyez-vous ça! vous êtes bien petite maîtresse, ô La Bruyère I). // a beau ,ne crier aux oreilles, pour me ranimer, qu'ils sont dorés sur tranche, ornés de filets d'or, et de la bonne édition (eh mais, ce n'est déjà pas si mal ! préféreriez-vous donc qu'ils fussent de la mauvaise?) , me nommer tes meilleures l'une après l'autre, dire que sa galerie est remplie, à quelques endroits prés qui sont peints de manière qu'on les prend pour de vrais livres arrangés sur des tablettes et que l'œil s'y trompe, (le trait ne porte pas ; si le fait était vrai, vous ne seriez pas chez un bibliophile, mais simplement chez M.Jourdain), ajouter qu'il ne lit jamais {encore un coup, qu'est-ce que cela fait ? On n'a pas besoin de lire pour s'y

connaître en livres) , qu'il ne met pas le pied dans cette galerie, qu'il y viendra pournic faire plaisir {eh bien ! il est fort aimable, cet homme!), je le remercie de sa complaisance et ne veux non plus que lui visiter sa TANNERIE, qu'il appelle biblifithéque. »

Moraliste, mon ami, vous avez perdu une belle occasion de vous taire. Vous faites peine avec votre tannerie. C'est tout simplement indécent. Tannerie, la bibliothèque d'un Grolier ou d'un de Thou ? Tannerie est d'un fiacre. Vous n'avez pas l'ombre d'idée de ce que sont les beaux livres. 11 vous faut de bons gros in-folios, couverts de papier bleu, étalés en désordre sur une table, sur lesquels vous faites des pâtés d'encre en écrivant, et où vous marquez les pages qui vous intéressent en faisant des cornes. — Mais rassurez-vous, chacun connaît ces livr2s-la: ils s'appellent des bouquins. C'est une bibliothèque de travail ; tout le monde en a encore comme cela. Mais ce n'est point une bibliothèque de bibliophile !

Toutes les fois qu'un profane a voulu plaisanter la bibliophilie, il a été spirituel à faire pitié. Les traits lancés par les non-bibliophiles, qui se croient très fins , ne portent pas : y compris la célèbre et sempiternelle citation sur « les fautes de la bonne édition, qui ne sont pas dans la mauvaise. »

Bion mieux I Un grand bibliophile, qui s'y connaissait pourtant, l'auteur du Catalogue de la Bibliothèque d'un amateur, s'est laisse entraîner une fois, poussé par je ne sais quel diable , à risquer sa petite pointe : en bien, ce jour-là, le grand bibliophile fut pitoyable. Il s'agissait de la valeur des livres à toutes marges, non coupés.

« Il se trouve, dit-il, des curieux qui vous montrent avec emphase: 4es « fenillets non encore séparés sans s'apercevoir que cet excès de conser- « vation, cette espèce d'inutile virginité d'un vieux livre n'atteste rien « autre chose qu'il ne méritait pas d'être lu, i« que ses possesseurs t'en « ont jamais su être que les gardiens. »

Ah 1 Q.ue c'est donc joli I D'honneur I on se pâme. Eh morbleu ! pas tant d'histoires. Il est si simple de dire que le livre non coupé est l'équivalent de la faïence intacte 1 (i)

Le portrait que La Bruyère trace de l'Iconophile est relativement juste.

« youle:^-vous, ajoute Démocéde, voir mes estampes ? Et bientôt il les étale et vous les montre. Vous en rencontre:^ une qui n est ni noire, ni nette, ni dessinée, et d'ailleurs moins propre à être gardée dans un cabinet qu'à tapisser un jour de fête le Petit Pont ou la rue Neuve : il convient qu elle est mal gravée, plus mal dessinée, mais il assure qu'elle est d'un Italien qui a travaillé peu, qu'elle n'a presque pas été tirée, que c'est la seule qui soit en France de ce dessin, qu'il l'a achetée très-cher et qu'il ne la changerait pas pour ce qu'il a de meilleur. J'ai, continue-t-il, une sensible affliction, et

(i) On a beaucoup écrit sur le goût des livres, mais on a beaucoup mal écrit. Tout cela, parce qu'on est parti d'un principe faux et qu'on cherche midi à quatorze heures, passant a côté de cette vérité si simple que nous nous efforçons de mettre en lumière et qui explique tout : a savoir que la bibliophilie est un bibelotage comme un autre.

Il est bon d'ajouter que ce bibelotage est aujourd'hui mieux raisonné qu'il ne le fut jamais, que le livre est admirablement connu, et que sous la folie apparente^ des bibliophiles se cache un grand fonds de savoir, de méthode et de goût.

qui m'obligera à renoncer aux estampes pour le reste de mes jours : j'ai tout Callot, hormis une seule qui n'est pas, à la "vérité de ses bons ouvrages, au contraire, c'est un de ses moindres, mais qui m'achèverait Callot : je travaille depuis vingt ans a recouvrer cette estampe, et je désespère d'y réussir, cela est bien rude ! »

Très-vrai et bien observé, le type de l'amateur qui s'acharne à « faire un œuvre » , que ce soit Callot ou Moreau , de Longueil ou Gavarni , et prend en dégoût toute sa collection pour avoir manqué une pièce !

Mais l'amateur d'estampes n'est pas un tj[pe aussi accentué que le bibliophile de la turbulente époque de 1872 à 1880.

165. SUITE DU QUATRIEME LIVRE DE L'ODYSSEE D'HOMERE, ou les Aventures de Télémaque, fils d'Ulysse. Paris, Vve Claude Barbin, sur le second perron de la Sainte Chappelle (sî<:) , 1699, in-12.

Premier fragment de l'édition originale.

Superbe exemplaire: d'une taille invraisemblable! énorme!

En vieux veau.

166. Dialogue des morts , composez pour l'éducation d'un prince, par Fénelon, 1712 , in-12.

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