‹ Bibliothèque dún bibliophile, 1865-1885Chapitre 38 sur 106 · Cent pensées d'une anglaise, 1798. Frontispices · texte numérisé non relu

Cent pensées d'une anglaise, 1798. Frontispices

Demi-reliure de Brany.

Tous les livres que nous avons décrits jusqu'ici sont des livres de pure bibliophilie qu'il n'est guère prudent de montrer aux profanes.

Il est déjà grave de les montrer aux initiés, car, dans le goût des livres il y a plusieurs sous-goûts, tous exclusifs, et qui ne sont pas loin de s entre-mépriser. Pour le collectionneur d'incunables ou d'éditions originales anciennes, l'amateur de livres à figures du XVIIF siècle est un simple parpaillot : tous deux ont pour le collectionneur de livres modernes l'oeil du créole regardant le nègre.

Ce qu'il y a de bon, c'est que les uns et les autres sont considérés comme des fous par les non-bibliophiles.

Les gens qui s'y connaissent ne font pas toujours rire, c'est vrai. Mais ceux qui ne s'y connaissent pas sont constamment exaspérants. Brunet, le doux Brunet lui-même, ne peut se retenir, dans son édition de 1842, de leur lâcher cette bordée de haut style :

« Quant aux hommes trop positifs, qui ne voient dans une bibliothèque qu'un embarras sans utilité et dans un bibliophile qu'une espèce de maniaque, ils feront bien de se dispenser de nous lire, car la science bibliographique a leur usage, c'est le catalogue du cabinet de lecture ou ils vont de temps en temps disputer à l'antichambre et à la loge du portier quelques volumes bien crasseux de ces nouveautés éphémères, de ces mémoires apocryphes que personne ne conserve, mais que, cependant, beaucoup de gens veulent tire. »

Lorsque vous vous êtes exterminé à leur montrer votre bibliothèque,

il y a une chose que ces hurons de non-bibliophiles ne manquent jamais de vous demander, d'un ton mi-nalf, mi-narquois:

Les avc:^-vou5 lus, vos livres ?

Presque toujours le bibliophile balbutie: mais oui.... je vous assure...., etc.

Et les autres de jouir de leur triomphe.

En pareil cas, n'hésitez jamais : à la question traîtresse, répondez nettement la vérité :

— NoNl

Et c'est vous qui jouirez de l'embarras de votre homme. — Reprenez vivement l'offensive a votre tour et posez lui cette question:

— Vous même, vous n'êtes pas sans posséder probablement, quelques plats ou quelques assiettes de vieille faïence?

— Oui certes ; comme tout le monde aujourd'hui.

— Mangez-vous dedans ?

— Par exemple 1 Pour les casser ? Je les accroche aux murs comme ornement et je les regarde.

— Eh bien, cher Monsieur, il en va de'méme des livres. Pour lire, je prends des volumes Charpentier ou Hachette, (deux soixante-quinze). Mais les livres rares ne sont pas des instruments de travail, ce sont des objets de curiosité précieux, faits pour être manipulés modérément et avec précaution, tout comme une porcelaine de Chine.

Croyez-moij votre sauvage ne soufflera plus. Et voulez-vous l'achever ? Decochez-lui cet apophtegme :

— D'ailleurs un livre-bien relié ne doit pas pouvoir s'ouvrirI

Cependant, il est une certaine catégorie de livres qui jouit du privilège de plaire à tous : c'est le livre à figures, le livre illustré ; il n'est en effet, nullement besoin d'être initié pour prendre intérêt a des gravures généralement charmantes.

Abordons la description détaillée de ces livres, qui font la gloire de la bibliothèque Paillet.

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