Figures de Desenne pour Voltaire, en un album , in
Epreuves avant la lettre et eaux-fortes.
On remarque sur une figure de la Pucelle la signature d'Henriquel- Dupont.
432. Paul et Virginie , la Chaumière indienne , le Café de Surate , par B. de Saiut-Pierre. Paris , Méquignon-Marvis , 1823, in-8.
Exemplaire en grand papier, rempli de figures ajoutées, (il a fallu en faire deux volumes). Toutes ces ligures sont dans des états les plus satisfaisants. Les diverses suites de Moreau, Desenne, Corbould, avant LA lettre. Les bois de l'édition Curmer. sur chine volant. Pièces en couleur. Suites nouvelles publiées par Jouaust, Lemerre et Conquet. Vignettes séparées diverses.
Demi-reliure.
11 ne faut pas trop dire de malade ces illustrations factices. Songez que le grand Renouard fut le maître du genre !
433. Louis XIV et ses maîtresses , suite de portraits gravés au pointillé par Roger.
434. ORAISONS FUNÈBRES, 1826 (Janet) , 4 vol. in-8; figures et portraits.
Grand papier vélin', épreuves avant la lettre et eaux-fortes. Excellente reliure de Purgold , en maroquin brun, compartiments sur les plats.
C'est, dans son genre, un très beau livre.
435. Œuvres d'Homère, 1828 (Didot) , 10 vol. in-8 ; figures de Marinier, Smirke et Fuselli , ajoutées.
Les figures sont avant la lettre.
Demi-reliure.
4)6. Fabliaux, traduits par Legrand d'Aussy , 1829, 5 vol.
in-8; figures de Moreau , gravées en 1818.
Papier vélin , figures avant la lettre. Demi-reliure.
437. ToM Jones, de Fielding , 1833 ( I^'dot ) , 4 vol. in-8 ; figures de Moreau.
Grand PApiER vélin , figures de Moreau avant la lettre et eauxfortes , plus les pièces doubles , deux suites de Gravelot ajoutées . fravées par Pasquier et Punt , suite de Borel avant la lettre , suite ejohannot avant la lettre, très-rare , etc. Demi-reliure.
438. Souvenirs et regrets d'un vieil amateur dramatique , 1829, in-8 ; gravures.
Avec toutes les gravures , même celles de la Comédie italienne , en noir et en couleur.
Demi-reliure.
Les livres de la période intermédiaire sont surtout les éditions de classiques publiées sous la Restauration L'illustration en était généralement médiocre, mais ce défaut était facilement réparable , au moyen d'une illustration supplémentaire.
Les beaux exemplaires en grand papier de cette époque sont faits tout exprès pour recevoir ûes suites de gravures au goût de chacun , aussi de nombreux amateurs se sont-ils voues à cette spécialité de bibliophilie; Sieurin a même publié spécialement a leur usage un manuel de l'illustration artificielle.
On achetait les suites de gravures de Moreau , de Desenne , de Dévéria , chez Cape , chez Sieurin, puis chez Caen et chez Fontaine . on se procurait les portraits en pratiquant des fouilles suivies dans les portefeuilles des marchands d'estampes, chez Danlos, ou chez Clément, ou bien encore aux ventes de Vignères.
Vignères , curieuse physionomie ! Une trinité a lui seul: éditeur, marcnand , expert.
Vignères-éditeur était l'Odieuvre du XIX*" siècle, taisant graver des portraits dans les prix doux. C'était a 'ui qu'il fallait s'adresser pour avoir une tète qui vous manquait , un auteur du grand siècle comme un philosophe , un conventionnel comme un représentant de 1848 . un membre de l'Institut comme un sauveteur, etc. ( Un franc avant la lettre ; avec la lettre cinquante centimes).
Vignères - marchand d'estampes était un type a part. Il avait chez lui des accumulations , des montagnes de portraits. Dans le tas il y en avait d'excellents. Mais Vignères n'aimait que vendre les portraits ordinaires , les têtes pour les têtes. Q.uant aux portraits des grands graveurs , c'était une autre affaire . il les gardait avec une véritable jalousie. Je n'irai pas jusqu'à le comparer à René Cardillac , il était bien trop doux , l'excellent homme , et ne vous aurait point violenté
f)OUr ravoir sa marchandise ; par la bonne raison , d'ailleurs , qu'il ne a vendait pas , J'entends les bonnes pièces. Impossible d'arriver à les voir.
Vous vous rappelez son entresol de la rue de la Monnaie. On entrait dans une antichambre noire, puis dans une pièce demi-obscure, c'était le magasin. Vignères, en 'ongue redingote, calotte et pantoufles, vous
recevait d'ailleurs fort aimablement. Le dock des portraits se trouvait dans la pièce suivante à gauche. Là, nul mortel n'a jamais pénétré. Cet entrepôt tenait du sanctuaire. Vignères avait fait installer devant la porte une sorte de réduit fortifié , avec une barrière comme celle d'un passage à niveau. Q.uand on commençait a faire connaître ses desiderata , la barrière se fermait et c'est de l'intérieur de ce donjon
3u'il traitait les affaires. Pour pénétrer dans le réservoir, dans le Saint es Saints, il eut fallu lui passer sur le corps. Pour moi , j'ai essayé de la douceur. Avec un entêtement de collectionneur tenace , je lui ai demandé vingt fois . cinquante fois , cent fois à pénétrer, ne fût-ce qu'un instant. Toujours repoussé avec perte.
— Dites-moi les noms des personnages dont vous désirez les portraits!
— Mais , Monsieur Vignères , cela m'est égal , les personnages ! L'essentiel c'est d'avoir des gravures d'art. Donnez-moi tout ce que vous trouverez d'épreuves d'état.
— Je n'ai pas le temps de chercher. Spécifiez...
J'essayai d'un mouvement tournant. -^ Eh bien , dis-je, prenez vos cartons l'un après l'autre et mettez de coté tout ce qui vous paraîtra sortir de l'ordinaire.
Peine perdue. |e suis obligé d'avouer ma défaite.
Vignères-expert a fait plus de (juatre cent-cinquante ventes , dont plusieurs très-importantes. Matériellement soigneux et même méticuleux à l'extrême, ponctuel, ne vous montrant jamais les portefeuilles d'une vente avant le jour qu'il s'était fixé; et quand il vous les montrait, vous surveillant anxieux , sur le gril , de peur qu'on dérangeât l'ordre des pièces. Préoccupé des intérêts de ceux qui lui confiaient leur collection , il divisait les lots à l'infini pour mettre toute bonne pièce en lumière ; rehaussait chaque objet par la mention superbe ! ou bien encore marge vierge ! n'avait garde d'omettre la fameuse expression : eau-forte pure, qu'il allongeait même ainsi : èau-forte pure avant toute lettre! Bref, il savajt tirer d'une vente tout ce qu'elle pouvait donner. Ce n'est que grâce à lui que bien des collections ont pu trouver acquéreurs, et son rôle, à ce point de vue, a été considêrabb. En mêmetemps qu'il défendaitle vendeur, Vignères était l'expert modèle sous le rapport de la discrétion absolue observée vis-à-vis des acheteurs qui lui donnaient leurs commissions ; c'était Ihommemystère , et en pareille affaire il faut être ainsi.
Vignères laisse en héritage son fonds d'estampes et de portraits que l'on vend actuellement , et qui. nous l'espérons, sera pour sa famille la fortune. Il laisse encore un autre bien non moins précieux : sa réputation proverbiale d'honnêteté.
Passer de Vignières, ce manœuvrier prudent, a Danlos , qui mena les deux grandes batailles des ventes Béhague et Miihlbacher, c'est refaire le parallèle de Tu renne et du Grand Condé.
Danlos qui, à la vente Mûhlbacher, emporta d'assaut a douze mille francs le Bal et le Concert de Saint-Aubin (c'est la plus forte timbale qui ait été décrochée en fait d'estampes du XVI IP siècle), et son associé Delisle. tiennent dans le commerce des estampes un rôle capital ; leur maison est ancienne et universellement connue, et ils apportent dans les affaires une complaisance extrême. C'est plaisir de s'en rapporter à eux pour le développement d'un collection.
Ils vont prochainement se déplacer, étant expropriés pour l'agrandissement de l'Ecole des Beaux-Arts. Leurs clients prétendent qu'on aurait mieux fait d'exproprier l'Ecole des Beaux-Arts pour agrandir le commerce de Danlos et Delisle, qui est d'utilité publique.
Clément, le Nestor des ventes, compte de non moins beaux états de services et a commandé en chef dans nombre d'actions importantes, telles que la vente Morel-Vindé (ah I l'heureux temps pour nous !
(Quelles belles pièces, quels prix charmants !), et la vente Wasset qui fut une journée mémorable et chaude (ah ! comme cela marchait I la fureur battait son plein !) Il a formé plus d'une collection.
Bien souvent, en entrant chez lui, vous voyiez, absorbé dans quelque comparaison d'estampes, ou creusant quelque problème relatif à un état de Rembrandt, iVt. Duthuit, le collectionneur formidable auprès duquel nous ne sommes que des pygmées agités.
Quant Clément n'y est pas, Jules le remplace; les bibliophiles, ses clients intermittents, savent l'apprécier tout comme les collectionneurs d'estampes.
Plusieurs bibliophiles de 1875, dans l'espoir de récolter quelque belle vignette, se rendent périodiquement rue du Cherche-Midi, chez M. Henry Lacroix, qui, après avoir achevé sa carrière administrative, consacre les loisirs de la retraite au commerce des estampes de l'Ecole française.
Dans ces diverses pérégrinations, les amateurs de livres avaient l'occasion de rencontrer bien des collectionneurs d'estampes : mais les deux courants ne se sont point mêlés, bibliophiles et iconophiles ayant des tempéraments distincts. Les amateurs de gravures sont sans doute aussi ardents que les fanatiques de livres: ils nous semblent moins remuants, moins préoccupés, moins dominés par leur passion ; nous ne saurions trouver parmi eux des types d'une originalité assez accentuée pour être mis en parallèle avec les bibliophiles de 1875. Q."^"^ aux collectionneurs de livres, ils sont en général peu sensibles au charme de l'estampe, qui les fait sortir de leur ordinaire. Ce qu'on a
extrémité, quand la hausse des prix était faite. C'était cher, donc c'était bon. Et plusieurs ne se lançaient qu'après avoir consulté les néobibliophiles, qualifiés par eux du nom de Minora, (pourquoi pas la Gueux ?) et leur avoir demandé, si les illustrations ae Moreau ou de Marinier étaient vraiment bien !
Dans l'estampe aussi, l'on trouve des amateurs a idées singulières.
11 nous souvient qu'étant un jour quai Malaquais, nous vîmes arriver un jeune et riche débutant, plein d'ardeur. — Je voudrais voir, dit-il, une collection d'AIber Durer. — Une collection, dit Delisle interloqué, c'est peut-être beaucoup demander: quelques-uns, c'est déjà bien joli par le temps qui court. — Pourriez-vous me montrer un spécimen ?
— Voici. — Combien ? — Mille francs. — Comment ! reprit l'amateur stupéfait, on peut avoir un Albert Durer pour mille francs ? Je croyais que c'était plus cher que ça I
Et il partit.
— On a tort d'être honnête, fit Delisle; si je lui en avait demandé quatre mille, il le prenait I
Autre échantillon. Un marchand d'estampes, offrait à un amateur deux estampes en couleur, de Debucourt, montées sur bristol comme d'habitude; notez ce point. L'amateur ne les trouva pas à son idée.
— Eh bien, reprit le marchand, je vais les démonter et les encadrer pour les montrer à un de mes clients que j'ai en vue. — Et pourquoi les démonter? — Parce que si elles n'étaient pas dans des cadres, il ne les prendrait jamais, il croirait que les épreuves ne sont pas anciennes I
Etc. Etc. Etc. On pourrait faire des volumes avec ces anecdotes.