Lepsius, Denkmâlcn, III, 30, B
DE MESURAGE
nom; il y avait aussi des j— ^ de capacités diverses, tels sont notamment les quatre d’or, dans lesquels il était prescrit de verser 2 hin y de certain liquide. Mais ce côté de la question touche à l’interprétation des textes; les valeurs par moi déterminées ne seront évidemment applicables qu’autant qu’il s’agira de mesurages.
Chalon-sur-Saône, 1er janvier 1869.
SUR
L’école égyptologique est redevable à M. W. Pleyte, d’Utrecht, d’une très utile publication1 2; je veux parler des papyrus hiératiques de la Bibliothèque impériale de Paris, aujourd’hui connus sous le nom de Papyrus Rollin. Sur les vingt planches dont se compose le volume de mon savant collègue, dix-huit contiennent des comptes de denrées diverses. Si l’on ne doit pas espérer y rencontrer l’indication de faits historiques importants, ces comptes ont au moins l’avantage de nous montrer les Égyptiens dans certains détails de leur vie ordinaire, et de nous reposer un peu de l’emphase et de l’exagération qui nous gâtent toujours l’histoire dans les inscriptions monumentales. Beaucoup de gens y apprendront, ce qui ne devrait de nos jours être ignoré par personne, à savoir que l’écriture hiéroglyphique se prêtait à tous les emplois des écritures ordinaires, et n’était nullement réservée pour l’usage hiératique; qu’elle ne constituait en aucune manière une écriture sacerdotale, inséparablement associée à la science sacrée, mais quelle servait aux petits commis des exploitations rurales, aux surveillants d’ouvriers, aux marchands et aux artisans pour la
1. Publié dans la Zeitschrift fur agyptische Spraehe, 1869, p. 85-92.
2. Les Papyrus Rollin de la Bibliothèque impériale de Paris , publiés et commentés par W. Pleyte. Leyde, E. Brill, 1868.
tenue de leurs notes de comptabilité, aussi bien qu’aux hiérogrammates pour la rédaction des hymnes religieux et des panégyriques des rois. Venue aux basses époques, l’écriture démotique n’est qu’une altération de l’hiératique, dont elle ne diffère que par la forme plus cursive des signes, mais dont elle conserve tous les autres caractères, puisqu’elle peut être transcrite en hiéroglyphes purs.
Les papyrus hiératiques de la Bibliothèque impériale contiennent des comptes de bois, de céréales, de farines et de pains fournis pour l’approvisionnement d’une des résidences de Séti Ier. Tout n’est pas facile à expliquer dans ces comptes, sur lesquels s’est exercée la sagacité de M. Pleyte, mais j’aime mieux avouer mon ignorance relativement à certaines mentions que de supposer que tous les calculs inintelligibles pour moi sont dus à des erreurs de scribes égyptiens.
Au point de vue philologique, les papyrus de comptes n’ont pas une grande importance; cependant, ils aident quelquefois à bien préciser la valeur de certains groupes. Nous trouvons dans les Papyrus Rollin des renseignements très circonstanciés en ce qui concerne les pains; j’y reviendrai plus loin. A l’égard des bois, nous sommes un peu moins bien guidés. Les quatre premières planches sont relatives à cette matière; il ne s’agit pas de bois de chauffage, mais de bois de service, soit en grume, soit débité; ce bois était livré sous diverses formes, notamment :
1° En (j p ou (] (1 ^Tj (j c’est-à-dire en solives, copte coi, longues de 14 à 17 coudées et larges de 3 à 4 palmes; ce groupe était connu par les papyrus du Musée Britannique’. J’en ai déjà signalé la valeur;
20 En ou
1. Voyez Papyrus Anastasi IV, pl. 8 : des solives de cèdre; des solives longues et épaisses.
samakôt, de 10 à 13 coudées de longueur. Ce mot a une physionomie sémitique très prononcée; je l’assimilerais volontiers à l’hébreu-chaldéen 720, appuyer , soutenir, branche , fcaûD, base. Les samakôt étaient des piliers ou étais;
3° En || sensen, de dimensions variées, peut-être des montants assortis deux à deux ;
4° En (| S aka, de 7 coudées de longueur sur
3 palmes de largeur; j’ignore ce que ce peut être;
5° Une fois sous forme d’aviron ou gouvernail de barque,
tuira, très pro-
n ’ copte 2.ejuu ;
6° Et une fois sous forme de
bablement un pieu, une pièce de bois pointue à l’une de ses extrémités. L’orthographe exceptionnelle de ce groupe me laisse au surplus quelques doutes sur la régularité de sa transcription. D’autres dénominations sont encore plus incertaines à la lecture. Je les laisse provisoirement de côté.
Le nom de chacun de ces objets est précédé du groupe OQ’ flue Ie n ai Pas encore rencontré dans d’autres textes. Je ne crois pas qu’il serve à nommer une espèce d’arbre, ce qui nous obligerait à admettre que toutes les fournitures mentionnées dans nos quatre pages de comptes ne comprenaient qu’une seule essence. Je préfère supposer que ce groupe désigne le bois des arbres ayant atteint leur croissance; c’est-à-dire le bois ayant acquis les qualités et les dimensions qui le rendent propre à la menuiserie et à la charpenterie Le mot anglais tituber me paraît rendu exactement par le groupe Q Q •
Dans les comptes relatifs à la boulangerie, nous trouvons l’indication des denrées suivantes :
1° 6l 'e W® en général, les grains destinés à la boulanger ie.
2° "’f" o <£.•'" , en copte «on, fart ne. Cette denrée est
40 SUR QUELQUES DONNÉES DES PArYRUS ROLLIN
citée tantôt sous son nom simple, tantôt avec l’addition
ou 1 1 o . Ce dernier groupe rappelle naturellement les deux mots coptes cme, moudre, et ceu, cribler, nettoyer au crible. L’une et l’autre de ces acceptions conviennent pour expliquer le mot égyptien partout où il est associé au grain;
ainsi 5 1 L signifierait grain nettoyé, vanné, bluté;
de même j aurait la même valeur, sauf la spé-
cialisation du grain. Mais lorsque l'dp suit le mot farine,
il ne peut que qualifier l’espèce de farine, par exemple, indiquer qu’elle provient de blé nettoyé. Dans un passage,
il est question de farine ü <2 /" j destinée à faire ,;:^5
pour les pains de la domesticité; entre la farine et le pain, il n’y a place que pour la pâte. Je n’admets pas toutefois ce dernier sens, et suppose que nom- est le nom de la farine
en général, tandis que |1 est celui d’un genre particulier
de farine.
û et
sont le même mot enrichi de son
déterminatif. Cette farine servait dans la préparation des médicaments; il en était livré au temple de Médinet-Abou.
3° Le „.ü
uti, espèce de blé que les textes distinguent du Z"-1 ; ce n’est que par hypothèse que je propose d’y voir le blé barbu.
4° Le pain ~^g^^(I==sD, en copte mu, oem, imn. Cette expression se disait de pains de diverses formes.
5° Le V ^ , Il û (£=cd keleshta, le xuXXàauç ou xuX- (2 I Q [Il
X/;o-nç, cité par Hérodote1. Selon le rapport de cet historien, ce pain était fait avec de l’épeautre. S’il en était ainsi,
^ O <2 A désignerait la farine d’épeautre. Mais
j’avoue que j’ai peu de foi en cet usage exclusif de l’épeautre.