‹ Bibliothèque égyptologique (volume 5)Chapitre 226 sur 237 · Il est figuré en demi-grandeur, pl. IV, n · texte numérisé non relu

Il est figuré en demi-grandeur, pl. IV, n

DÉCOUVERTE D’ARMES EN SILEX

des variétés assez limpides et assez homogènes sur de grandes surfaces pour qu’il ait été possible d’y tailler des lames telles que celles de Volgu et les grandes lames de Solutré? C’est ce qui parait peu vraisemblable, mais non absolument impossible, la question n’ayant jamais fait l’objet d’une étude attentive.

Le seul gisement bien notoirement connu qui contienne à coup sûr des blocs de dimension suffisante et de qualité convenable, est celui qui a fourni les nuclei de Pressignyle-Grand, dans le département d’Indre-et-Loire. Tout le monde connaît ces magnifiques nodules, tout préparés pour l’enlevage des lames, auxquels on a donné dans le pays le nom vulgaire de livres de beurre. M. le docteur Léveillé en a trouvé dont la longueur n’était pas moindre de 59 centimètres. Le silex de Pressigny fournit des variétés de nuances aussi blondes et aussi transparentes que celui des lames de Volgu, et présentant les mêmes taches noires disséminées dans la pâte. Les produits de ce silex se sont d’ailleurs répandus dans un vaste rayon ; on les a signalés à Pontlevov, a Paris, dans les stations de Saône-et-Loire, et surtout à Chassey.

Le Grand-Pressigny a été considéré depuis longtemps comme un lieu d’exportation de silex taillé et même de blocs de silex préparés pour l’éclatement. Il ne faut peutêtre pas chercher ailleurs l’origine des armes et des outils trouvés à Volgu, à Neuzy, à Charbonnières, sur la Saône, près d’Autun, et dont la matière n’a pu être fournie par des gisements locaux. C’est une question que nous pouvons d’ailleurs laisser sans solution précise ; il nous suffit de savoir qu’il n’a pas été nécessaire de demander cette matière au Danemark, qui est la terre classique des belles et grandes armes de pierre, ni à aucun autre pays étranger.

Voyons maintenant si le travail exceptionnellement beau de nos lames nous oblige à son tour à supposer un apport du dehors,

A VOLGU, PRÈS DIGOIN

LES SILEX DE SOLUTRÉ

A ce propos, il y a lieu tout d’abord de faire observer qu’on ne connaît aucun produit de la taille du silex plus semblable de forme et de façon aux lames de Vol gu que les pointes de lances de Solutré. La ressemblance serait bien plus frappante encore si cette célèbre station nous avait fourni des pièces ayant conservé leur couleur et leur transparence naturelle, et non pas entièrement transformées en cacliolon, c’est-à-dire blanches, opaques, à arêtes et à pointes très adoucies. Mais, en examinant la plupart de ces silex, on reconnaît aisément qu’ils ont été travaillés avec une exquise habileté'. M. Arcelin s’explique de la manière suivante la confection d’une lame mince de Solutré : « La )) surface à façonner, dit-il, devait être placée sur tranche » de façon à s’appuyer sur un support résistant et fixe. » Les coups étaient portés sur la tranche supérieure et )) dans le plan même de l’objet, ce qui en détachait de » minces éclats traversant toute la surface et la dédoublant » en quelque sorte"'. »

Cette description s’applique aussi exactement au travail des lames de Volgu qu’à celles de Solutré. Pour faciliter la comparaison, j’ai fait reproduire sur la, planche III, en A, la photographie d’une petite tête de lance de Solutré provenant d’une fouille récente1 2 3. Elle est en forme de losange, de très faible épaisseur, très aiguë des deux bouts, admirablement taillée, et retravaillée tout autour.

1. M. l’abbé Duorost émet l’opinion qu’à notre époque, et malgré le perfectionnement de l’outillage, on n’arriverait que difficilement à des résultats aussi prodigieux ( Études sur la station de Solutré, p. 20).

2. Études d’ Archéologie préhistorique : La station de l'âge du renne de Solutré, p. 10, note 2.

3. J’en ai trouvé dans mes propres fouilles à Solutré une absolument semblable, à cela près qu’elle est un peu moins entière.

DÉCOUVERTE D’ARMES EN SILEX

Sous le rapport de la forme comme sous celui du travail, cette petite arme de Solutré est identique aux lames de Volgu. Il en existe de bien plus grandes à Solutré, mais elles semblent généralement être de travail moins bien fini. En 1868, M. Arcelin déclarait que la plus longue qu’il eût recueillie mesure O'n14o de longueur, ce qui est beaucoup, dit ce savant, vu la mauvaise qualité du silex mâconnais' . Mais on voit dans l’ouvrage collectif du même M. Arcelin et de M. de Ferry, publié en 1870, la figuration de têtes de lance de Solutré ayant 0m185\ L’une d’elles, qui est brisée à l’une de ses extrémités, dépassait certainement vingt centimètres lorsqu’elle était entière1 2 3 4. Enfin, M. l’abbé Ducrost, dont les fouilles sont postérieures, a recueilli à Solutré une moitié de lance qui, dans son intégrité, devait mesurer 30 centimètres'. Nous voici tout près des dimensions des plus longues lames de Volgu.

Mais dans toutes ces lames le silex a perdu son aspect naturel ; elles sont blanches et entièrement opaques ; on trouve cependant quelques éclats de nuances diverses, mais tous ont perdu leur transparence, ce qui est le cas en général de tous les silex qui sont restés pendant un certain temps exposés à l’air. J’ai pu faire nombre de fois des observations sur ce fait, en particulier lors de mes recherches au camp de Chassey. Les silex trouvés à la surface du terrain sont toujours patinés de blanc, rarement nuancés en jaune, en rouge, veinés ou tachetés, et tous ont perdu leur transparence. Lorsque la pioche ou la charrue en ramène au jour des éclats ayant cette apparence, on peut tenir pour certain qu’ils avaient été exhumés antérieurement, puis réenfouis après avoir séjourné à la surface. Ce fait ne pouvait manquer de se produire bien souvent par le seul

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