CHAPITRE 1Y. .
Ses cheveux étaient blonds comme l'or, frisés et bouclés, et paraissaient des rayons détachés d’une étoile ou des chœurs suprêmes.
Chacun de ses yeux semblait une torche si vive et si ardente, que tout regard, quelque enflammé qu'il füt, s’éteignait en les considérant. |
Sa tête avait une grâce attrayanie que je ne puis comparer à rien, tant la vue se confondait à l'envisager.
Ses sourcils étaient déliés, arqués et noirs : tous les dieux, tous les ponvairs célestes s'étaient réunis à les former. e
Je voudrais dire sur leur éclat quelque chose qui ‘8 ‘approchât de la vérité; mais je me tais par impuissance,
Pour sa bouche, j'ignore par quelle main elle fut faite, Sans doute ce fut par celle de Jupiter même, aucune autre n’eût produit ce chef-d'œuvre.
Ses dents étaient plus blanches que l’ivoire, et Jon voyait de là se darder une petite langue imitant les replis du serpent. |
Les paroles qui en sortaient auraient pu arrêter les vents et faire courir Les plantes, tant leur con: cert était suave et doux! °
Parlerai-je de son col et de son menton, et de tant d’autres beautés qui, révélées tout-à-coup,
enivrèrent de délices un pauvre et malheureux
amant ? | J'ai peut-être tort de raconter ce qui va suivre,
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car Ja vérité fait souvent la guerre à celui qui la dit ;
Mais, me blâme qui voudra, un grand plaisir passé sous silence n'est pas un plaisir entier.
Mes yeux avides parcoururent toutes les parties de son corps jusqu’à son sein, dont l’éblouissante beauté m'embrâse encorg lorsque ; jy pense.
En voir davantage me fut interdit par une riche et blanche couverture dont notre petite © couche était revêtue.
Mon esprit demeurait stupide, incertain , froid , triste, timide, embarrassé : j'ignor#is jusqu’à quel point m'étaient ouvertes les routes de la félicité!;
Et, telle que, la première nuit, la nouvelle épouse auprès de son époux se tient honteuse et sauvage, enveloppée dans les replis de ses draps,
- Tel , inquiet, peureux et doutant de moi, je demeurais entortillé dans ma couverture,
Mais la dame, après m'avoir regardé un mo-
ment, se mit à sourire, et me dit: « Suis-je donc armée d’épines ou d'orties?
‘ » Tu peux jouir d'un trésor qui fut convoité par
bien des cris et des soupirs, par bien des querelles et des emportemens.
» Ainsi, pour arriver jusqu’à maj, tu craindrais donc d'affronter de périlleux passages ; tu ne na- : gerais pas, nouveau Léandre, entre lés rochers de Sestos et d'Abydos,
»Toi, qui as si peu de courage, qu’ un simple
CHAPITRE IV. 393 drap jeté entre nous deux t intim) e, et te force à rester à l'écart ! » |
Soudain , tel qu’un criminel qui, renfermé dans une prison où il craignait pour sa vie, et se tenait les yeux baissés vers la terre,
S'il obtient sa grâce du maître, le voilà qui dépouille toute pensée de terreur, et ressaisit sa vaillance et son audace; |
Telsje devins à ce discours bienveillant. Je m'approchai d'elle, étendant sous les draps ma main encore glacée. -
Et, bannissant toute crainte, je lui dis avec un doux soupir : « Que tes beautés soient bénies!
» Bénie soit l'heure où je mis le pied dans la forêt ; béni soit tout ce que j'ai pu faire ou écrire, pour être agréable à tes yeux!»
Alors, prodigue de tendres gestes et de paroles amoureuses , Je me tournai vers ces attraits angéliques qui m'enlevaient au-dessus des choses humaines ,
Et je sentis mon cœur se fondre en de si vives allégresses, en de si ravissantes délices, qu’au point suprême de la félicité je demeurai sans connaissance,
Étendu sur ce sein charmant.