‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 105 sur 126 · IX · texte numérisé non relu

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Mais nous n'avons besoin ni de parcourir les lointains climats ni de rechercher les anciens

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vestiges de notre race, pour apprendre les cruels effets des altérations et du temps; tous les jours, hélas! nous en trouvons des traces en nousmêmes. Cependant je ne me plains ni de ma vue qui s'affaiblit, ni de mon visage qui se ride, ni de mes cheveux qui grisonnent; mais, Ô temps, épargne en moi tout ce qui s’y trouve de vie intellectuelle, de candeur, d'amour, de divine sympathie; n'éteins en mon âme ni les feux de l’imagination, ni la flamme de l'amitié!

À ce prix, soumis de bonne grâce aux ordres sévères de la vérité, je transposeraïi sans résistance le ton de mes accords, et toucherai d'une main plus rude les cordes gothiques de ma lyre, après avoir dépassé pour toujours ces routes fleuries de l’enfance, que je parcourus si joyeusement, sautant et chantant à toute heure sans aucun souci. Chaque figure alors était innocente et gaie, chaque vallon romantique, chaque langage harmonieux, doux, plein d'abandon et de naturel, comme les chansons enfantines d'Edwin. :

Mais le héros de mes chants ne dira plus : « Périssent les leçons qui étouffent les jeunes désirs ! » Edwin, quoique aimé du ciel, ne doit pas aspirer à un bonheur que les mortels ne connurent jamais. À quelque essor que s'élève sur ses ailes légères la riantc imagination , elle ne parcourt pas toujours

OU LE PROGRÈS-DU GÉNIE. 435 les brillans royaumes dela joie; par ci, par là, elle s'égare dans les ombres soucieuses de la vie; plusieurs bruits et aspects sinistres viennent lui apporter. du. trouble; plusieurs cuisans chagrins vienuent renverser ses naissanies espérances.

La force naît du travail; et la patience, des revers. La faible fleur épanouie, l'été, dans les bosquets, peut jeter quelques lueurs d'une beauté passagère ; mais les héures frileuses l’ont bientôt flétrie. Voyez ces chênes, au contraire ! ils s'élèvent, bravant la puissance et la lutte de tous les vents du ciel; de la pointe orageuse du promontoire , ils balancent parmi les nuées leurs bras gigantesques , et chaque ouragan qui vient. les assaillir ne fait que redoubler leur vigueur. | . vL. oo Maintenant lés joues cotonneuses et la voix affermie d'Edwin ont donné à à son printemps plus de force et de dignité; "ses promenades sont tracées dans un cireuit plus large ; il descend des val- Jons plus incultes et gravit des môntagnes plus hautes. Un soir, qu’il modulait négligemment quelques airs, le hasard conduisit très loin ses pas errans, et il grimpa sur une éminence solitaire où ses pieds jamais ne s'étaient imprimés ; au-dessous, s'étendait un vallon, retraite profonde et isolée.

Il se hâta d'y descendre, épris de la beauté du paysage. Des rocs entassés les uns sur les autres comme par une puissance magique, et tantôt pénétrés d'un rayon de lumière, tantôt tapissés d’un lierre verdoyant, défendaient du côté du nord et de l’est cette sauvage profondeur. Au levant, s’étendait une montagne découpée en nombreux mamelons, et dont les immenses ombrages se bæançaient avec de longs murmures.

Enfin , aux regards mourans du soleil, s'épanchait un petit ruisseau , et, du même côté, l'œil à travers les roches, apercevait dans l'éloignement des montagnes azurées, des ondes scintillantes, et les cieux parés de leurs vêtemens d'or.

Le long de cette étroite vallée, voyez-vous le chevreuil farouche s’ébattant dans la prairie ; et çà et là, un arbre solitaire, ouunbloc couvert de mousse, ou un rocher couronné de chèvre-feuille? Souvent les cavités des roches répétaient le bruit des grands blocs déracinés, tombant de la crête des montagnes; souvent on entendait, de ces sommets escarpés , les cris perçans del aigle, ou le frottement de ses ailes retentissantes , sillonnant obliquement les airs.

Là se trouvait un petit coin cultivé qui, aux

rayons du midi, ouvrait ses fleurs parfumées ; là vous voyiez la rose lever son front pudique, et les

plantes nourricières de l'homme pulluler avec fééondité. Enchanté par les murmures attrayans des bocages et de l'onde, Edwin abandonna son âme au vague délicieux de ses rêveries ; il ne s'aperçut pas que les derniers rayons du soleil tremblottaient dans les eaux, et n’entendit point sonner dans l'éloignement la cloche du couvre-feu; son oreille et son âme étaient captivées par ces accens qui pénétrèrent doucement jusqu’à lui:

«Salut, scènes imposantes, qui portez le calme dans les cœurs troublés, et invitez à un profond repos les âmes fatiguées ! Ici peuvent s’apaiser les passions dans leur plus affreux tumulte; ici des sons consolateurs peuvent murmurer aux oreilles de l'infortuné. L’innocence y peut errer sans craindre d’ennemis, et la contemplation y prendre son essor sur les ailes des séraphins. O solitude, l’homme qui te délaisse , aiguillonné par l'ambition ou séduit par la cupidité, ne connaîtra jamais la source d'où découle la vérit le grandeur.

» Homme vain! la grandeur réside-t-elle dans une brillante parure? alors laisse le papillon humilier ton orgueil. Consiste-t-elle dans les amis, lés serviteurs , les armées ? ah! plutôt c'est ta faiblesse qui a besoin de leur secours. En des palais . enrichis d’or et de pierres précieuses ? les voleurs peuvent les piller, et la tempête les détruire. En

me ES um ee en Een. :

436 LE MÉNESTREL, des troupes orgueilleuses, que le carnage mènc aux conquêtes ? regarde le vainqueur, à son tour vaincu par un insecte; contemple tous les ravages qu'une saüterelle peut exercer.

» La vraie dignité est le partage de celui dont l'âme paisible est élevée par la vertu au-dessus des choses d'ici-bas ; qui, résignant dans les cieux toutes ses craintes et toutes ses espérances, voit sans tressaillir la fortune diriger sur lui ses traits les plus redoutables. » Tels étaient les solennels accens qui arrivèrent jusqu'à Edwin du milieu des rochers. Déjà brillait l'étoile du soir; déjà, dégageant doucement la barrière des nuages, Cynthie s'avançait sur son char argenté, et éclairait au loin d’une douce lumière le”front'blanchâtre des roches sourcilleuses. |

Bientôt à l'oreille d’Edwin ravi d’extase, la voix imposante se fit entèndre de nouveau : « Adieu, ruses- et fatigues de la tyrannie, méprisées du sage et haïes de l’homme de bien! vous ne pouvez enlacer dans Vos réseaux que la race servile de la convoitise et de la frivolité ; cette race que l’indépendance et la vérité font rougir, et qui a besoin que le faux éclat de ses chaînes lui dérobe la splenideur des cieux.

" » Et moi aussi, égaré dans les routes de l’ambi-

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OU LE PROGRÈS DU GÉNIE. 457 tion, je cherchais la gloire sur les pas de l'imposture. On me vit ramper et sourire pour dépouiller et trahir les autres: hélas! c'était surtout moimême que je dépouillais et trahissais. J'étais .le serpent qui voulait ronger la lime. Maintenant dans les angoisses du remords, je déplore ces années de misère et de bassesse. Mais pourquoi . me repaître de ces souvenirs? Odieuges pensées , fuyez, fuyez pour jamais de ma vue!

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