‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 55 sur 126 · SE SE ©) CR · texte numérisé non relu

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DE PARABOSCO. 189

et vilain. La fermière ne tarda pas à trouver pour sa fillé, qui était fraiche et belle, un bon jeune paysan qui lui convenait ; mais celui-ci voulait toucher directement la dot des mains de sa bellemère, sans avoir affaire à un tiers. Ellé partit donc d’une des villes du Trévisan où elle demeurait, et se mit en route pour Venise avec sa fille. Mais, chemin faisant, elle fit réflexion que l'argent ne lui serait pas compté, si elle ne prouvait clairement que sa fille était mariée. En conséquence, elle était sur le point de retourner sur ses pas et d'aller prendre avec elle son gendre futur, lorsqu'elle rencontra un jeune. paysan de ses environs, appelé Menico, qui se rendait également à Venise, à ce qu'il lui dit.« Parbleu, mon garçon, dit la vieille, si tu n'as rien qui te presse, ralentis un peu ta marche, et fais route avec noùs. » Le drôle qui avait lorgné la jeune fille, et qui la trouvait fort de son goût, répondit gu'il ne demandait pas mieux.

Tout en cheminant, la bonne femme lui raconta le sujet de son voyage, et le pria de lui rendre service en se présentant au dépositaire du legs, comme le mari de sa fille. Menico répondit qu’il y consentait de bon cœur. Au milieu de cet entretien, ils arrivèrent à Malghera, Menico se sentant toujours plus épris de la jeune paysanne. Alors ils s'embarquèrent avec plusieurs autrés passagers, et-arrivèrent à Venise, où tous trois allèrent trouver le frère du testateur, au territoire de Canaregio. La vieille, ainsi qu'il était

convenu, présenta Menico comme son gendre, etcelui-ci soutint gaiment le personnage. Le bôn gentlhomme leur prit les mains, les accueillit amicalement, et leur fit préparer à souper et à coucher, ajoutant que le lendemain matin il leur compterait de bon cœur les vingt-cinq ducats. Mais le rusé Menico, songeant aux moyens de mettre cette nuit à profit pour son amour, prit son hôte à part, et lui dit que jusqu'à ce moment la maligne vieille l'avait empêché de coucher avec sa jeune femime, et qu'il suppliait sa seigneurie de prendre son tourment en pitié. Le gentilhomme rit beaucoup de la confidence; il ordonna tout haut qu'on préparât au rez-de-chaussée un bon lit pour Menico et pour sa femme Polissena, tandis que la. mère irait coucher en haut avec une des femmes de la maison. La vieille, entendant cela, déclara qu’elle voulait que sa fille couchôt avec elle. Mais le gentilhomme répondit que cela n'étaïÿgpas dans l’ordre, et qu'il n’y consentirait point. Grand débat à ce sujet. La mère insiste; lhôte se fâche : ce refus, dit-il, commence à lui faire penser du’on lui a présenté un mari de contrebande. Si l’on avait osé se jouer de lui, adieu la dot; il auraït titre en main pour ne pas la payer. À cette menace, la vieille épouvantée, fut réduite, bon gré malgré, à laisser Menico passer la nuit avec sa fille, au risque de tout ce qui pourrait en arriver. Quelque chagrin qu'elle en ressenfit, cela-valait encore mieux que decompromettre la dot par un aveu très périlleux.

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